Emprise

Ce qui donnait aux journées de Claire un aspect désespérément falot, c’était de ne plus pouvoir faire toutes ces toutes petites choses qui ponctuent -et ensoleillent- le quotidien. S’arrêter à une terrasse pour boire un café, entrer dans une expo, une galerie, un musée, grignoter sur le pouce en arpentant les bords de la Seine, ou simplement marcher dans la rue en respirant l’air du temps.

Le roman :

EMPRISE est un roman très bien mené et très intelligent. Il démarre comme une lecture de vacances, légère, l’écriture et les dialogues sont simples et efficaces. Entre Bridget et Le diable s’habille en Prada, des trentenaires parisiennes recherchent l’âme soeur sur Happn en buvant des verres en terrasse de leur café préféré. Claire est styliste, Audrey chroniqueuse littéraire, Josie est dans l’immobilier.
Sur ce réseau de rencontre, Claire rencontre Mark, l’homme parfait, dont la mère est riche et célèbre mais dont il refuse l’argent. Très vite, Claire reçoit des mails de plusieurs de ses ex, la prévenant du danger que représente Mark. Pervers narcissique, le mot est lâché. On se dit, ah, un énième roman sur les relations toxiques. Mais le but du roman n’est pas là. De toute façon c’est trop tard, on s’est attachée à Claire, alors on la suit, dans sa relation, idyllique au départ, son Mark absolument doux, prévenant et romantique. Jusqu’à ce qu’elle se marie avec lui au bout de 6 mois et qu’il l’emmène à Riyad, en Arabie Saoudite, pour son travail.
Le piège se referme d’un coup, et Claire se retrouve alors non seulement sous l’emprise de Mark, qui est devenu méchant, brutal et colérique, mais aussi sous l’emprise de la culture du pays, prisonnière du voile et privée de liberté. Ce roman est un reportage, celui d’une femme libre soudain contrainte de se retrouver soumise à un mari absent, volage et difficile dans un pays où « selon la complicité du Coran un homme vaut deux femmes ». Impossible de rentrer et sous cette omniprésente domination masculine, comment fait-on pour s’en sortir?

Mon avis

J’ai été assez bluffée par ce roman, qui au départ, me paraissait simple et dont le style littéraire ne répondait pas à mes aspirations poétiques. Je salue la prise de risques, celle de laisser le lecteur continuer, et de ne pas « tout donner » dès le départ, le laisser là, en terrasse, boire un verre, tranquillement. Prends des forces, lecteur, tu n’es pas au bout de tes surprises. Et nous voilà au milieu du roman, plongés en plein voyage en Arabie Saoudite ! J’ai été vraiment conquise.
Le roman est construit, la dimension romanesque est là, psychologique également, car n’est pas pervers narcissique qui veut, et pour avoir lu de nombreux livres à ce sujet, celui-ci est le premier qui ouvre une porte positive. Et si on n’était pervers narcissique que dans certaines circonstances? Et si les limites des cases dans lesquelles on range les gens étaient plus subtiles que cela?
J’ai adoré voyager en Arabie Saoudite car clairement ce n’est pas un voyage que j’oserais entreprendre dans ma vie de maman. La place de la femme occidentale, mêlée à ses congénères orientales, plongée brutalement dans cette nouvelle culture et ses paradoxes hypocrites, le port de l’abaya, les débats qu’il a suscité dans le roman entre les personnages par exemple, tout cela était extrêmement intéressant..

Le Starbucks de Riyad, Arabie Saoudite, était interdit aux femmes. Les autorités estimaient qu’elles y allaient pour draguer. La fille était sous la garde de son père, voire de son frère, puis, lorsqu’elle se mariait, passait sous l’autorité de son époux. La femme en tant que personne à part entière, la femme-sujet, la femme électron libre n’avait pas sa place dans cette société.

 

Le signe astrologique du roman

Scorpion. Un signe au caractère intense pour un sujet fort. Le scorpion symbolise la transformation des êtres et des sentiments. Mark est magnétique, comme le sont les natifs de ce signe. Il a du pouvoir, il est mystérieux et destructeur, ses actions sont parallèles à ses traumatismes. Poussé par un désir souverain de pouvoir, le scorpion n’hésite pas à utiliser les informations obtenues grâce à son intuition pour manipuler les gens afin d’arriver à ses propres fins : Mark n’hésite pas à demander en mariage Claire, car il sait qu’en Arabie saoudite, seuls les couples mariés peuvent y séjourner.
Mark est également vindicatif : sa rancoeur de ne pouvoir être aussi riche que sa mère l’incite à pousser Claire dans ses retranchements, il n’hésite pas à tout lui faire payer. Le scorpion est un excellent stratège : capable d’hypnotiser les autres pour leur faire faire ce qu’il désire.

L’auteur :

Valérie Gans (wikipédia) : Diplômée d’une maîtrise de finance et d’économie de l’université Paris Dauphine en 1987, Valérie travaille durant dix ans dans la publicité. Ancienne chroniqueuse pour la rubrique Place aux Livres d’LCI, et pour Le Nouvel Economiste, elle est actuellement chroniqueuse depuis 2004, pour la rubrique hebdomadaire livres de Madame Figaro..

À la suite de son expatriation au Moyen Orient, elle se consacre entièrement à l’écriture. Mère de deux adolescentes, elle a pour sujet de prédilection la psychologie familiale, de couple, l’éducation, la transmission, la place des hommes et des femmes dans nos sociétés…

Soeurs de miséricorde

Le roman

Azul est femme de ménage à Paris. Elle fait ça pour que ses enfants restés en Bolivie puissent manger et aller à l’école. Comme sa mère avant elle et beaucoup d’autres boliviennes, Azul tombe enceinte à vingt ans d’un homme qui ne la demande pas en mariage. A Santa Cruz, elle perd son emploi, c’est la crise et le fascisme monte. Elle doit travailler pour toute la famille. Alors elle part en Europe pour les sauver, car son mari a contracté des dettes. Les hommes en Bolivie sont gentils mais lâches, ils savent qu’en leur faisant des enfants, les femmes trouveront la force nécessaire et puiseront dans leur foi pour travailler et nourrir toute leur famille. Ils savent qu’une mère a des ressources insoupçonnées. Que le bonheur de sa famille prime avant le reste, avant la liberté et les plaisirs.
Mais Azul est positive, elle s’autorise à ne pleurer que dix minutes par jour, et elle trouve que c’est déjà un grand luxe. Depuis son enfance, elle se bat. Elle est protégée par la Vierge Marie, par sa grande soeur qui, à douze ans, travaillait déjà pour lui payer l’école, et par les soeurs de miséricorde qui à Paris, accueillent et orientent les jeunes femmes comme elle. Elle sait la chance qu’elle a. Azul possède une soif de vivre et un don pour le bonheur qui nous donne une grande claque, car malgré toutes ses épreuves, Azul en ressort toujours plus forte et toujours plus heureuse.
Une superbe leçon de vie.

Elle sait qu’elle peut compter sur le jardin, ses voisins, et puis cette foi mystérieuse qu’elle possède, cette assurance que rien de mauvais, de vraiment mauvais, grâce à ses prières et son comportement, ne peut lui arriver.

Mon avis

Magnifique roman! L’auteur semble retracer l’histoire réelle d’une femme qu’elle a rencontrée et écoutée. L’écriture est ciselée, ne verse jamais dans le tragique, ce qui la rend encore plus émouvante. J’ai été happée par le récit, j’ai voyagé en Bolivie, j’ai mangé des goyaves et des fruits sucrés. J’ai plongé dans la rivière de l’enfance d’Azul, j’ai pris l’avion avec elle pour Rome et Paris.

Une des parties les plus intéressantes du roman est la rencontre d’Azul avec une de ses patronnes parisiennes, Isabelle. Les deux femmes ont le même âge mais sont radicalement opposées. Isabelle ne travaille pas mais est constamment fatiguée, elle se sent comme une femme étriquée qui n’aurait pas trouvé sa voie, sa mission de vie. Grâce à Azul, elle va apprendre le don de soi et sa vie s’éclaire. Isabelle viendra en aide à d’autres femmes, les mettra en relation avec les communes et les habitants, pour qu’elles s’en sortent.

A aucun moment Azul ne juge mal Isabelle, ce sont juste deux mondes. Ceux qui ont tout à portée de main et qui ne sont pas heureux, et ceux qui n’ont rien et qui trouvent le bonheur en tout.

Elle regrette que Madame Isabelle et ses amis ne voient pas mieux l’abondance du monde.

Le signe astrologique du roman

verso

Verseau. Ce roman à visée humaniste, et Azul, personnalité positive et endurante, le symbolisent très bien. Le verseau est gouverné par deux planètes, Saturne (planète de la réflexion, de la force et de la persévérance), et Uranus (planète du changement, de la rébellion et de la transformation), le signe du verseau a donc deux polarités. Son côté excentrique et désaxé cache souvent un projet solide et bien fondé. Ce signe fusionne intuition et intelligence.

Un signe de génie pour un roman brillant !

L’auteur

Colombe Schneck, née le 9 juin 1966, est une journaliste française de radio, un écrivain sélectionné et récompensé par plusieurs prix littéraires, et une réalisatrice de documentaires.

Les méduses ont-elles sommeil?

Tous ceux qui m’entourent ne sont que les enfants de Marie. Les membres de son corps. Il n’y a plus qu’elle et moi. Cette personne que j’étais avant n’existe plus. Et d’ailleurs je ne suis plus personne. Je me fiche d’être quelqu’un : tout ce que je veux, c’est danser.

Blanche et Marie, cocaïne et MDMA, sont devenues les meilleures amies d’Hélène. A Paris où elle vient de débarquer à 18 ans en projetant une vie extraordinaire, elle saute à pieds joints dans le désastre. Plutôt que de courir les castings et de s’inscrire à des cours, elle passe ses nuits à danser sous substance, et ses jours à redescendre. La cocaïne et la MDMA sont des drogues qui dans le milieu de la nuit se commercialisent très facilement, et plus aucune soirée n’est envisagée sans quelque chose.

Malgré le risque de tomber sur un roman d’une young adult mal dans sa peau, il faut avouer que ce court roman était très tentant…
…Et c’est tout simplement un petit bijou d’écriture, d’une poésie incroyable, on devine le glauque sans que le roman devienne dérangeant.

F. Beigbeder (qui étrangement a été choisi pour rédiger l’article du figaro) le situe entre Trainspotting et Bonjour tristesse. Je ne voyais pas le rapport avant de l’ouvrir, et non seulement je suis d’accord mais je rajoute volontiers une atmosphère de Rimbaud rimant à l’opium. L’auteur ajoute cette touche d’illumination afin de nous faire planer confortablement durant la lecture. L’apologie de la drogue ne semble cependant pas être la mission de ce petit roman. Plutôt la description fort captivante d’effets merveilleux et éphémères qui rendent marginaux tous ceux qui en prennent et en abusent. Qui en oublient de manger et de dormir. Les corps sous MDMA sont des méduses dont les tentacules dansent lascivement dans des caves en se prenant pour des papillons de nuit.

« Les méduses sont les consommateurs de MDMA : légers, souples et lumineux »

Il y a un véritable message qui s’adresse aux futurs parents concernés par ce genre de « post-adolescence ». Persuadés que la crise d’adolescence est passée, ils peuvent louper l’étape la plus difficile, celle de l’entrée dans la vie adulte.

J’ai dix-huit ans pour toujours. Le futur ne me réserve pas d’avenir. Je connais déjà tout et les adultes ne peuvent rien y comprendre. Les adultes n’ont jamais eu dix-huit ans. Plus ils m’indiqueront une direction et plus j’emprunterai son contraire. Les adultes ne savent pas ce qui est bon pour nous. Ils souhaitent que nous soyons « normaux » et, pour ainsi dire, sans personnalité. Ils veulent faire de nous ce que eux n’ont pas réussi à devenir.

Comment sublimer le désastre? Pari réussi avec ce petit roman d’une force et d’un souffle incroyable. Les méduses ont-elles sommeil? est le roman initiatique d’une jeune poétesse prometteuse.

Nous sommes une dizaine à nous balancer sur The XX, transportés, bercés par des notes de musique que nous ne connaissons pas encore . Cotonneux et luisants, majestueux, nonchalants, d’inoffensives méduses . Nous sommes la légèreté . Nous sommes de tendres particules de douceur. Nous sommes la jeunesse d »aujourd’hui et demain .

Le signe astrologique du roman

poisson

Poissons ! Le Poissons possède deux planètes, jupiter et Neptune. Il y a deux types de personnes poissons : les jupitériens, ambitieux et extravagants, et les neptuniens, plus mélancoliques, sensibles.
Ce roman est neptunien à l’extrême ! En l’absence de frontières solides, ces individus sont ouverts aux influences extérieures. Neptune est la planète de la démesure, de l’illusion, de l’extase, de la dépendance.
Elle est aussi la planète de l’amour inconditionnel, de l’envoûtement, cet effet que procure la MDMA.

Laurine est si belle, si douce, elle est survolée par une auréole de parfum sucré que je mangerais si je le pouvais. Elle est aussi perchée que moi. Je le sens. Son approche est tactile et agréable. J’ai envie de la toucher, de l’embrasser. Je ne cesse de lui dire qu’elle est belle et la remercie d’exister. Je l’aime. Jamais je n’ai aimé de la sorte.

Extraits choisis

Les bad trip font partie de nous. Sur le moment ils sont affreux, mais il faut dire ce qui est : ils nous excitent.

Blanche neige fait oublier la faim et tant mieux. Il n’y a rien de plus tendance que le décharnement.

Un jour , je mourrai debout . Je ne me couche que dans ma tête .

Personne ne me voit puisque je ne vois personne . Ma vie est une chimère.

Auteur

Lousiane Clémence Dor est née en 1992 dans le limousin. A 18 ans elle part à Paris pour essayer de percer dans la photographie. Ce récit est d’inspiration autobiographique.

Un jeune homme prometteur

« S’ils savaient écrire, les assassins feraient d’excellents écrivains. Ils ont de l’imagination à revendre et du temps à tuer. L’inverse n’est pas sûr. Il y a un précipice entre tirer à la ligne et à bout portant. Les jours du tueur sont comptés. L’écrivain prétend à l’immortalité. Je suis le trait d’union originel entre ces deux mondes. C’est par les meurtres que je suis entré en littérature, mais la littérature me les a inspirés. »

Le roman

Orphelin de naissance et quitté par Marie, le narrateur quitte son terroir, sa mémé et son grand frère bagarreur pour la capitale, afin d’exécuter sa vocation : écrire.
Il devient rapidement journaliste free-lance et rencontre le milieu littéraire qui le déçoit : ce sont tous des imposteurs. Il part à la recherche de sa mère, se fait virer du journal, tombe en dépression… jusqu’au jour où son grand-frère débarque. Il veut le débarrasser de ses démons, de Marie qui est revenue, l’aider dans son combat intérieur. Pourquoi veut-il l’aider ? D’où vient-il? Peu à peu le poète maudit entre en guerre avec ses origines, des Pyrénées à Bangkok avec Paris en toile de fond, le récit devient une quête identitaire flirtant avec les limites de la folie.

« Et après avoir visité le bout du monde, vous avez fait quoi?
– Je suis revenue. (…) Je te demande de prendre garde. Regarde dans quoi tu trempes ton coeur.»

Mon avis

D’un style très soigné, cruel et poétique, Gautier Battistella mélange avec subtilité fiction et auto-fiction. Quel est le faux du vrai? Quand tout paraît autobiographique, il renverse la situation et décide d’inventer la suite de son existence. La narrateur quand à lui manie son passé névrotique avec brio, et l’on finit par comprendre avant lui ce qui est en train de se passer… le lecteur se sent ainsi intelligent et valorisé. J’ai trouvé la troisième partie un peu trop longue et glauque mais le roman reste cependant excellent, un thriller psychologique littéraire brillant.

Laissez-vous tenter par les promesses de ce jeune homme…

Je suis entrée en littérature par la porte de derrière, j’en sortirai par la porte principale.

Le signe astrologique du roman

Gémeaux… Pour la dualité entre le narrateur et son frère. Pour ces deux facettes opposées de leur personnalité. La cruauté, la méchanceté d’une part, la douceur ambitieuse, l’amour des mots de l’autre. Cette gémellité angoissante nous prend aux tripes durant tout le roman… en dire plus révèlerait la fin du roman, lisez le!

Faire du mal ne veut pas forcément dire être méchant. Je crois même que la plupart du temps on fait du mal sans le vouloir, pour le bonheur de quelqu’un d’autre.

Citations et extraits

Chaque nouveau soleil est un cadeau.

Faites-les parler d’elles, elles croiront qu’elles vous aiment. Maupassant.

Les corps sont maladroits la première fois. Ils font l’amour en rougissant. Ils miment des gestes qu’ils croient connaître, se trompent, tâtonnent, impatients. Marie riait. Quand elle a cessé et m’a regardé, surprise, avec ses grands yeux comme des lunes, j’ai su que j’avais touché au but. Des scènes d’amour, j’en avais lu des centaines, mais quand ça arrive pour de vrai, ça coupe le souffle. (…) Bien que son corps fût plus petit que le mien, il m’enveloppait.

Je n’étais pas triste, j’étais absent. Je négociais mes nuits au bar des Artistes, mais l’alcool n’enivre que ceux qui cherchent à disparaître : je voulais revenir.

Le problème avec l’amour

« Quand j’étais petite, tout ce que je voulais faire plus tard quand je serais grande, c’était connaître l’amour. L’amour m’intriguait parce qu’il ne suffisait pas d’être amoureux. Il fallait aussi être aimé. »

Le problème avec l’amour, la première fois, c’est qu’on ne le reconnaît pas forcément. Le problème avec l’amour, les fois d’après, c’est toutes nos croyances, tous nos espoirs. Le problème avec l’amour aujourd’hui, c’est notre mère, notre père, notre meilleure amie, nos rêves, nos drames, tout ce qui nous constitue. Nous vivons dans l’urgence d’un amour réussi. Mais qu’est-ce qu’un amour réussi? Que signifie l’échec en amour aujourd’hui? De nos jours, nous n’avons jamais autant décrié l’amour mais jamais autant idéalisé à la fois.
Marion, comme beaucoup de femmes actives de 40 ans célibataire, parisienne de surcroît, a l’impression d’avoir accumulé beaucoup d’échecs amoureux. Elle rencontre Marco. Marco veut cadenasser leur amour naissant sur le Pont des Arts, comme le font beaucoup d’amoureux. Alors Marion lui écrit une grande lettre. Une analyse de tous ses espoirs et de ses peurs en amour, dans l’espoir fou que cette fois-ci, ça marche. Car quand le sentiment de l’amour existe, le plus difficile, c’est qu’il persiste.
Marion est peut être une amoureuse de l’amour, qui, plutôt que s’installer confortablement dans une relation, en cherche les limites et en visite tous les contours.
Ce roman est une vision ultra réaliste de l’amour du XXI ème siècle, la solitude des êtres, ses exigences, son impossibilité d’éternité.

« Tu ne comprends vraiment rien à l’amour. Bien sûr, toi tu crois que c’est celui qui est quitté qui souffre le plus, hein? Et bien non. Celui qui aime, il a encore son amour au moins. »

Mon avis

Comme la narratrice, comprendre l’amour est pour moi une des missions qui m’a sans doute été donnée. L’amour fou, vrai, passion, ou véritable, selon le petit nom qu’on veut bien lui donner, a toujours été le grand fantasme de beaucoup de générations. La relation fusion, l’amour réciproque est pour beaucoup d’entre nous un réel but à atteindre, mais seulement lorsqu’on veut bien y croire.
Aujourd’hui en France, la femme peut choisir son partenaire, le quitter, s’assumer, et vivre ses sentiments sans contrainte. On a donné la liberté aux femmes il y a moins d’un siècle, sans leur expliquer comment s’en servir. Pas étonnant qu’elles éprouvent quelques difficultés… Puisse ce genre d’ouvrage aider les générations futures !

J’ai aimé le réalisme avec lequel l’auteure dépeint la société et les paradoxes des relations. J’ai regretté l’absence d’un fil conducteur qui nous tiendrait plus en haleine, et ce roman pourrait glisser des mains de ceux qui n’ont pas le sujet de l’amour en priorité.

Le signe astrologique du roman

balance

Balance, dont la relation sentimentale prime sur la relation professionnelle et dont l’ambition principale est la recherche d’un partenariat fiable, équilibré, harmonieux. La balance est perfectionniste, et souvent indécise, comme la narratrice.

L’auteur

Isabelle Miller est née à Paris en 1958. Elle y vit et travaille toujours. Elle a exercé plusieurs métiers dont professeur de français à l’Éducation nationale. Elle a travaillé dans une maison d’édition, puis dans une grande entreprise comme responsable de la communication interne puis des études marketing. Elle est aujourd’hui consultante indépendante.
Son premier roman Le Syndrome de Stendhal est paru chez Sabine Wespieser en 2003. En 2008, elle publie un recueil de nouvelles sur 11 histoires de grandes oeuvres d’art inachevées, Les Inachevées, le goût de l’imparfait chez Seuil.
Son dernier ouvrage, Le problème avec l’amour, est paru février 2017 aux éditions JC Lattès.

L’amie prodigieuse

J’ai lu ce roman après tout le monde, mais je l’ai lu en partie à Naples, et c’est comme si j’avais rencontré Elena et Lila pour de vrai. Quelle ville étrange, sale et impressionnante. Pour ceux qui n’y sont jamais allés, lire l’amie prodigieuse suffit presque. Même si Naples n’est plus tout à fait celle de 1958, les murs de certains quartiers nous chuchotent toute la violence et les secrets qui s’y sont déroulés.

Résumé du roman

Elena et Lila sont deux petites filles qui au début du roman sont âgées de 6 ans. A travers leur enfance puis leur adolescence, on entre dans une éducation et un style de vie bien différent du nôtre dans une Naples en reconstruction et encline à la corruption.

« Etait il donc possible que seul notre quartier soit saturé de tensions et de violences, alors que le reste de la ville était radieux et bienveillant? »

Une époque difficile où les parents de leur quartier, pauvres pour la plupart, ne poussaient pas leurs enfants à aller à l’école, mais plutôt à les aider à la maison ou au travail. Rares étaient ceux qui allaient jusqu’au collège, et ne voyageaient pas plus loin que le bout de leur rue, les claques volaient à longueur de journée et chacun se faisait la justice soi même, les voisins s’entendaient hurler mutuellement et les femmes se jalousaient.

« Les hommes finissaient toujours par se calmer, tandis que les femmes, en apparence silencieuses et accomodantes, lorsqu’elles s’énervaient, allaient jusqu’au bout de leur furie et ne connaissaient plus de limites. »

Lila est extrêmement brillante, surdouée dirions nous aujourd’hui; à 5 ans elle sait déjà lire et écrire. Elena la narratrice, dite Lenu, est également une élève appliquée, avec des facilités normales. Les deux amies vont se pousser vers le haut, une compétition ambivalente naîtra : à celle qui aura le plus appris, à celle qui aura le plus lu, puis plus tard à celle qui aura des seins et ses règles la première, à celle qui aura le premier fiancé, celle qui aura le plus d’argent. Lila se verra contrainte d’arrêter l’école faute de financement parental et elles devront se séparer. Leur amitié évoluera mais restera, tout comme leurs beautés complémentaires. Dans leur vie, tout est compliqué, les parents, les frères et les petits amis orchestrent leur existence, et il leur faudra beaucoup d’imagination et de volonté pour s’accrocher à leurs ambitions.

Mon avis

Non seulement l’ambiance m’a conquise, mais j’ai été complètement absorbée par les portraits psychologiques des personnages, et l’excellente approche réaliste de l’amitié qu’en fait Elena Ferrante. Un excellent roman sur l’amitié…

Le signe astrologique du roman

capricorne

C’est le signe de notre amie prodigieuse, Lila, tellement capricorne que je lui ai associé des visages de connaissances de mon entourage.

Elle incarne le signe du capricorne par son aspect physique : jeune fille très mince, brune, aux muscles fuselés et bien dessinés. Elle est agile et gracieuse, ses yeux noirs deviennent deux fentes quand elle réfléchit.
Elle laisse transparaitre un incroyable magnétisme, et dégage malgré elle une sensualité envoûtante. Cette puissante attractivité est réservée aux natives de ce signe, contrairement à l’homme capricorne qui cache prudemment sa sensualité.
De plus, elle est extrêmement sèche. Elle rit et pleure très peu. On dit du capricorne que c’est le signe le plus antipathique du zodiaque. Lila est en effet vue la première fois par la narratrice comme une petite fille extrêmement méchante. Si le capricorne peut parfois être, à tort, vu comme quelqu’un de méchant, c’est qu’il est d’abord extrêmement froid. Froid et sec. Un capricorne donne l’impression d’avoir besoin de rien ni de personne. Derrière cette façade impitoyable se cache souvent un diamant brut et mal taillé, mais sur lequel on peut s’appuyer avec le plus grand confort si toutefois on a su attraper la confiance de la bête.

Lila est très très ambitieuse, voit loin, ne réagit pas de façon impulsive mais toujours avec recul. Les anneaux de Saturne poussent le natif à être responsable des siens, comme elle l’est de son frère et de ses propres tâches domestiques, c’est une de leurs grandes qualités. C’est un signe extrêmement entier, très idéaliste dans ses relations, et Lila n’a qu’une parole, ne se laisse influencer par personne, elle reste intègre à ses idées et ses envies.
Si la personne capricorne présente des défauts, elle est tout sauf fourbe et velléitaire.

En revanche, elle possède aussi pleinement l’ombre du signe. On dit de certaines natives qu’elles portent le diable en elles. Elles savent tellement décontenancer le sexe masculin qu’elles rendent les hommes fous. Ils sont prêts à tout pour elle.  Lila est à l’origine de nombreuses querelles et guerres de quartier. Son frère Rino et ses prétendants n’hésitent pas à en venir au poing et aux armes dès qu’elle exprime le moindre désir. Elle attire irrémédiablement les ennuis et s’en rend tristement compte sans pouvoir rien y changer.

« J’ai quelque chose qui ne va pas? Je fais toujours faire des bêtises aux gens. »

Lila est une vraie capricorne, une indocile résignée…

« Tu perds encore ton temps avec ces machins Lenu? Tu ne vois pas que nous volons au dessus d’une boule de feu? La partie qui s’est refroidie flotte sur la lave : c’est sur cette partie qu’on construit des immeubles, des ponts et des routes. De temps en temps, la lave sort du Vésuve ou bien provoque un tremblement de terre qui détruit tout. Il y a tout un tas de microbes qui rendent malades et qui tuent. Il y a les guerres. C’est partout la misère qui nous rend tous méchants. Chaque seconde, il peut se produire quelque chose qui te fera tellement souffrir que tu n’auras pas assez de larmes pour pleurer. »

Pour une balade littéraire dans Naples, je vous envoie sur l’excellente chronique de Booksmoodsandmore :

https://booksmoodsandmore.com/category/en-balade/

 

Croire au merveilleux

La beauté, l’Art et le rêve sont ce qu’il nous reste quand on a perdu l’amour.

Après la mort de sa femme Paz dans l’excellent « Plonger », César part en pèlerinage de leurs souvenirs en Italie, notamment pour faire réparer la statue qu’ils avaient achetée ensemble. Avec Paz, ils collectionnaient les céramiques, visitaient des grottes, et faisaient l’amour sur la plage. Ce séjour douloureux lui donne envie de mourir, malgré son fils, malgré sa jeunesse. Alors Nana apparaît. Cette mystérieuse voisine frappe à sa porte alors qu’il voulait avaler tout un lot de médicaments, et lui redonne petit à petit goût à la vie. Elle est belle, grecque, et possède une culture gigantesque. Leurs discussions, son érudition, ses invitations… Mais qui est elle, pourquoi veut elle l’aider ainsi?

Mon avis

Croire au merveilleux est une invitation au voyage. Et quel voyage! Amalfi ci dessous…

De la côte amalfitaine au Japon en passant par la Grèce, ce roman est un hommage à l’enfant qu’a été César et à son goût immodéré pour la Grèce antique et la mythologie… car « contre le temps qui dévore, seule notre enfance, ce qu’on y puise, peut nous sauver. »

Un roman lumineux et savoureux…

Signe astrologique du roman

Lion! Car la planète du lion est le soleil… et ce roman aux personnages solaires et aux multiples références mythologiques en sont d’excellents représentants. Le personnage de nana, jeune femme blonde, d’une beauté lumineuse, et son appartement, inondé de richesses m’a également fait penser à ce signe d’été et à l’énergie positive. Et puis il y a le personnage de César, solitaire, ambitieux, fidèle et loyal comme l’est ce signe quand il est amoureux.

Enfin, le roman fait entre autres référence à Apollon, fils de Zeus et de la titane Léto, et Apollon dans la mythologie grecque incarne le soleil. Hélios est également cité, Il est la personnification du Soleil lui-même.

Extrait choisi


« Pina etait toute jeune. Elle travaillait dans une galerie d’art qui consacrait précisément une rétrospective à ce John De Andrea. Nikos a acheté l’expo entière. Et il a embarqué Pina avec toutes les statues, dans un grand camion, à la barbe de tout le monde.

_ Il l’avait endormie puis déshabillée, alors?

_ Je ne sais pas dans quel ordre. C’est leur légende. Mais moi ça me plaît, parfois, de croire au merveilleux. »

Mon voyage

Comme par magie, j’avais programmé ce voyage sur la côte amalfitaine, et ma lecture assortie à ce voyage a été un réel enchantement. Je me suis donc rendue sur les lieux décrits par le narrateur, Amalfi, Positano, et une des plages citées, « Marina di Praia », est d’une beauté rare.


D’une petite crique, émergent des sentiers qui nous mènent à des vues hors du commun et  à des restaurants gourmands et douillets. Un régal…



Restaurant « Il pirata »…

La surprise 

Et puis, au détour d’une visite, à Ravello, alors que j’avais déjà terminé le roman, une connaissance m’a conseillé de me rendre à la villa Cimbrone, admirer la vue de la terrasse de l’infini …


Comment mieux clôturer ce voyage et cette lecture qu’en plongeant dans la photo de la couverture du roman ….?

 « À Ravello, on est suspendu entre le ciel et la terre, mais bien plus près du ciel ».   André Gide