Frère d’âme : fureur et tremblements

De la violence. C’est le premier mot qui vient à l’esprit pour parler de ce premier roman sélectionné par les nombreux jurys de Prix cette année. Violence physique, mentale, mise à mort de la morale.

Retour sur la première guerre mondiale. Des jeunes Sénégalais sont venus en France défendre le pays. Parmi eux, dans les tranchées, deux « presque-frères », Alpha et Mademba. Ils ont été « élevés ensemble, ont été circoncis ensemble », ne se sont jamais quittés. Dès le début du roman, Mademba meurt dans les bras de son presque frère. Cette mort provoque chez Alpha un électrochoc, et déclenche le sentiment de savoir enfin penser par lui-même, d’être dans le juste. Pour se venger, il va alors se mettre à trancher les mains de l’ennemi et les ramener dans la tranchée le soir tels des trophées. Car oui, dans cette guerre ignoble, où s’est égarée la morale ? Est-ce courageux de couper des mains? Est-ce utile? Qu’importe si ça lui fait du bien. Coupé de ses racines, de son pays, de son double, celui qui a déjà perdu sa mère tout petit rentre ainsi dans une spirale de haine et en cherchant un peu d’amour, de réconfort, ne fera plus que couler du sang. Ce n’est pas sans rappeler un certain idéologisme actuel de jeunes en perte de repère, s’engageant dans le Djihad, et ce court roman, qui ressemble à une fable historique, m’a fait réfléchir sur notre époque et l’enrôlement des terroristes.

Porté par un style très particulier, rythmé par les légendes africaines, la voix de Dieu et des ancêtres, Frère d’âme nous plonge littéralement dans une aventure humaine psychologique, où chacun a l’impression de perdre un frère. Un livre extrêmement bien réussi.

Quand je sors du ventre de la terre, je suis inhumain par choix, je deviens humain un tout petit peu. Non pas parce que le capitaine me l’a commandé, mais parce que je l’ai pensé et voulu. Quand je jaillis hurlant de la matrice de la terre, je n’ai pas l’intention de tuer beaucoup d’ennemis d’en face, mais d’en tuer un seul, à ma manière, tranquillement, posément, lentement. Quand je sors de terre, mon fusil dans la main gauche et mon coupe-coupe dans la main droite, je ne m’occupe pas beaucoup de mes camarades. Je ne les connais plus. Ils tombent autour de moi, face contre terre, un à un, et moi je cours, je tire et je me jette à plat ventre. Je cours, je tire et je rampe sous les barbelés. Peut-être qu’à force de tirer j’ai tué un ennemi par hasard, sans vraiment le vouloir. Peut-être. Mais ce que je veux, moi, c’est le corps-à-corps.

 

Le discours

Vous avez mal à la tête ? Vous vous sentez déprimé ? Vous prendrez bien un petit jus d’orange !
Oui, pour la mère d’Adrien, la narrateur, un bon jus d’orange vous sauvera de tout. De toute façon, pour la mère d’Adrien, « le monde se divise en trois catégories : ceux qui ont un cancer, ceux qui font construire et ceux qui n’ont pas d’actualité particulière. Entre ces deux stades, la construction et le cancer, pas grand chose, une espèce de flottement, une parenthèse, un grand vide existentiel ». Adrien appartient à cette absence de catégorie. Il loue son appartement. Et surtout, durant ce repas de famille, il attend désespérément un message de Sonia. Ils sont « en pause », c’est Sonia qui a pris cette décision, sans raison particulière.
Et puis soudain, Ludo, son futur beau-frère lui demande de préparer un discours pour leur mariage, ça fera grandement plaisir à sa soeur.
Adrien pense à tout ça pendant le repas, à ce discours qu’il n’a pas envie de faire, et puis à Romain, le guitariste avec qui Sonia est peut-être en ce moment, « un beau brun ténébreux à la douleur lointaine ». Il guette la vibration dans sa poche, la réponse qui le sauvera de ce repas interminable, des discours ennuyeux de cette famille qui ne le connaît pas si bien que ça.

Un bijou d’humour, c’est brillant, c’est émouvant, un gros gros coup de coeur pour ce livre de Fabrice Caro, auteur de BD toutes plus hilarantes les unes que les autres.
Foncez !

Le divorce est une sortie de péage.

C’est l’hécatombe en ce moment, tout le monde se quitte. J’ai rarement vu ça. Est-ce l’effet post-été, cette saison où tu te sens invincible, ou tu quittes ta copine, ta meuf, ta femme, ton job, ton pays ? Est-ce un aspect planétaire dans la conjoncture du ciel, un Uranus violent, un Pluton irascible ? Est-ce tout simplement la tranche d’âge dans laquelle je suis, la vraie vie d’adulte, celle où tu tapes du poing sur la table, où tu te moques enfin de l’avis de tes parents, cette période post-hésitante où tu ne sais pas encore ce que tu veux vraiment, mais où clairement tu sais très bien ce que tu ne veux plus, où tout est encore possible, il n’y aura quasiment pas d’incidences si tu le quittes là maintenant, ou si tu lui avoues que tu la trompes, elle a 32 ans, elle n’a pas encore besoin d’acide hyaluronique et elle est nullipare en plus, elle en retrouvera plein des types sympas comme toi.

Je ne sais pas à cause de quoi c’est dû, mais ça y va à la pelle. Et tout le monde me téléphone. Je pleure des rivières avec mes copines tellement c’est injuste, tellement c’est un putain de salaud, j’en rassure d’autres qui culpabilisent, qui paient très cher leur liberté. Bah oui, parce qu’il paraît que j’étais avant-gardiste à l’époque, j’ai divorcé à 24 ans, à l’âge où mes acolytes de CROUS vivaient encore chez leurs parents. Alors on me demande. Comment tu avais fait toi, dis. Avocat, garde alternée, déménagement dans la foulée?
Alors je vais quand même vous expliquer, vous les futurs séparés, les parents exaltés, pas assez fatigués pour espérer vivre une vie meilleure. Non pas que je regrette, s’il le faut faites-le, mais un petit avant-goût de ce qui vous attend ne vous fera pas de mal.

Là je suis dans ma voiture. Il est 16h45 j’attends ma fille devant le collège. Sa valise est dans mon coffre, c’est les vacances de la Toussaint, elle va chez son père. Si elle n’est pas à 16h50 dans la voiture, j’aurai déjà du retard au point de rendez vous. On a dit 18h au point 45°58’37.5’’N /4°44’14.6’’E. Vous pouvez aller regarder à quoi ça ressemble, ça n’a rien d’exotique, c’est un croisement d’autoroutes, une sortie de péage qui ressemble à une sortie de péage. J’ai posé mon début d’aprem pour rentrer ces coordonnées dans le GPS, faire le plein, prévoir un petit encas, préparer les affaires pour sa semaine. C’est mon ex qui a choisi le point de repère. Je lui ai fait confiance. De toute façon je ne saurai pas vérifier. Ma fille n’arrive pas, elle doit être en train de faire des bisous à toutes ses copines. Il faut absolument qu’elle arrive, parce que si je ne suis pas à 18h au point 45°58’37.5’’N/4°44’14.6’’E je ne serai jamais rentrée pour la fermeture de la crèche, or je dois récupérer ma deuxième fille à 19h15 maximum. Oui bien sûr, « j’ai refait ma vie » sinon quel intérêt de divorcer. Autant avoir deux points de rendez-vous à 150 km d’écart c’est tellement pratique. Et puis c’est pas si horrible, ce n’est que toutes les trois semaines environ, ça me permet d’écouter un peu de musique, c’est presque du temps pour moi, positive attitude, j’adore faire de la voiture, oh oui je kiffe je kiffe je kiffe.
16H52. On démarre, puis très vite on s’arrête. J’ai envie de faire pipi maman steplèèè. Il n’y a pas de WC au collège? Si mais ça vient d’arriver là… Vas-y, la petite rue il n’y a personne je te cache.

16h56, la ruelle était à sens unique. le GPS recalcule l’arrivée… 18h10. Aïe, ça part mal. Je déglutis lentement. Horreur, ça pique. Je redéglutis. J’ai très très mal. Voilà, j’ai chopé la crève. Ce soir j’aurai de la fièvre, cette nuit le nez qui coule, demain je barlerai cob ça. Un bon week-end en perspective. Je n’ai même pas d’Oscillococcinum dans mon sac pour enrayer tout ça, le virus va avoir deux heures trente pour attaquer mes cellules. Oh et puis ça n’avance pas à la sortie de la ville. Le GPS recalcule, 18h15.
Maman ça n’a pas l’air d’aller.
Si si super ma puce.
Tu es triste que j’aille chez papa ?
Non non pas du tout mon coeur, tu vas bien t’amuser. Maman pense à la sieste crapuleuse de demain après-midi planifiée depuis deux mois qui tombe à l’eau mais sinon tout va bien.
Ça y est on est sur l’autoroute, je respire par le nez en gonflant le ventre, j’expire. Régulateur, 136km/h, application Coyotte activée, pas de danger ni de Police volante en vue, c’est parti mon kiki. je rattrape le temps. 18h14. 18h13. Je vole sur l’eau. Allez je mets un peu de musique.`Ah oui j’adorais ce tube !! Je mets plus fort.
Maman, pourquoi à la radio ils disent que les pesticides c’est pas bien alors que personne n’est jamais mort à cause des pesticides, franchement c’est n’importe quoi.
Je sais que cette phrase ne lui appartient pas, qu’un débilos de l’école lui a soufflé car son père aimable vignoble lui a soufflé le midi-même, et donc je souris platement. Je n’ai pas du tout la force d’argumenter, si je parle, mon pied va décélérer, je me connais, je ne sais pas faire deux choses en même temps.. Un peu déçue devant l’absence de débat, elle prend un livre. Voilà. J’ai loupé mon passage préféré de ma musique. Je respire par le nez.

18h12. J’y crois, les yeux rivés sur l’horizon, la file de gauche m’appartient. Je déteste conduire. À chaque fois que j’en double une, j’imagine que la voiture en question me déboite dessus, et à chaque fois je tachycarde. Je ne double jamais une voiture sans avoir une vasoconstriction totale de mon corps. Je perds facilement deux litres de sueur en une heure de conduite. Mais c’est encore pire sur la voie du milieu, car c’est celle où tu peux te faire attaquer des deux côtés. Celle de droite est reposante mais je n’ai plus le temps pour elle.
18h11. Ça va le faire. Ha, plus que deux files sur cette portion, travaux.
Et voilà, je le savais. Le camion juste à droite déboite devant moi, sur moi. Tout ça pour doubler son petit copain qui le redoublera dans dix minutes. Oh vas-y je te double après tu me doubles. C’est une vraie partie de cul leur petit jeu. Les camions s’enfilent sur l’autoroute et personne ne pose une loi. « Sauterie de camions interdite sur la voie du milieu », c’est quand même pas compliqué. Alors je freine très fort pour sauver notre peau, ma fille est propulsée vers l’avant, mon coeur arrive dans ma bouche. Putain putain quel connard!!! je hurle. Je déglutis mon coeur, j’ai mal, ça pique. Dans ma tête, je m’imagine l’éviscérer, lui dire à quel point il tombe mal dans ma vie là maintenant avec son gros camion de merde. Surtout qu’il reste au même niveau que son petit copain de camion pendant cinq minutes, on est en montée, il n’arrive pas à accélérer. Si ma fille n’avait pas fait pipi on n’aurait jamais rencontré ce connard.
Elle lit dans mes pensées. Je suis désolée maman d’avoir fait pipi tout à l’heure.
Je culpabilise. Je déglutis, j’ai mal. Je respire par le nez, il finit par se rabattre. Je me calme.
18h13. Et merde.
Une demie-heure d’accalmie plus tard, on arrive. Je vois le péage de loin. Le GPS indique 18h02. Quasiment parfait. Je souris. De contentement je tachycarde même un petit coup. Et là, tout d’un coup, mon GPS s’affole, le symbole Recalcul d’itinéraire apparaît. 18h25. Ce n’est pas possible c’est une blague… Je ne comprends pas, je ne me suis pas trompée pourtant. Je vois une grande boucle se dessiner sur le plan pour me faire revenir au même endroit. Mon ex-mari a indiqué ses coordonnées de péage dans SON SENS à lui. C’est trop tard, je ne peux pas faire demi-tour sur l’autoroute, de toute façon il n’y en avait pas la possibilité, j’ai rien vu venir. Mes mains se mettent à trembler de rage, de désespoir, de vieillesse ennemie. Je pleure.
« Oui, ALLO PUTAIN C’EST QUOI CE BORDEL. Je…
— Quoi qu’est-ce qu’il y a calme toi. Je suis arrivé, et toi ?
— OUI JE SUIS ARRIVEE AUSIS FIGURE TOI MAIS TU M’AS PAS DONNÉ LA BONNE ADRESSE!! je vocifère. Je n’ai aucun sang-froid c’est terrible.

— Je ne comprends rien à ce que tu dis, arrête de crier. Tu es en retard, c’est ça ? Comme d’hab, quoi !
— Non je suis pas en retard!!!! Je suis à l’heure ! J ARRIVE !!! »
Je raccroche et je me rends compte qu’en lui parlant j’ai loupé la sortie sur le village pour reprendre l’autoroute dans l’autre sens. Je sens la crise de nerfs monter en moi. Le GPS recalcule. 18h30.
Je suis en pleine détresse, ma fille me caresse la cuisse. Ça va aller maman.
Et là je pense à toutes mes copines célib qui se demandent quelle robe elles vont porter ce soir. La bleue ou la verte? Oh fais chier j’ai vraiment rien à me mettre. Tu crois qu’il y aura Gabriel à la soirée?
Je pourrais tout abandonner, là maintenant tout de suite. Toutes mes vies, tous mes enfants. J’en laisse une sur l’autoroute avec mon portable, son père finira bien par la retrouver. La crèche finira bien par appeler le père de l’autre. Ils ont bien un pot de légumes en rab à lui donner. Voilà je me casse. C’est facile en fait. Je me prends un appart dans une ville inconnue et je me fais ligaturer les trompes. Les soirs, j’écouterais de la musique en fumant des clopes dans le salon comme quand j’avais 18 ans, béatement mélancolique, telle une petite allumeuse portant le désir du monde. Voilà je ne me sépare pas, je ne divorce pas, je me casse. C’est l’unique solution salvatrice! Mais oui je vais faire ça. Tant pis je ferai partie des mères qui abandonnent leurs enfants. C’est un mal pour un bien après tout. Je serai pas la seule.

Ces divagations m’ont fait passer le temps mais pas ma rage. 18h27, j’arrive sur l’aire de péage, je remarque que mon ex essaie de garder un visage réjoui pour ma fille, mais qu’il a reperé de loin la tempête qui m’habite.
« Bonjour !
— J’ai pas le temps de sortir, prends les affaires dans le coffre stp. Bisous ma puce bonnes vacances.
— Ouh là! Eh! C’est pas de ma faute si tu sais pas te servir d’un GPS.
Il n’en fallait pas tant pour exulter.
— C’est TOI qui t’es trompé dans les coordonnées.
— Ah non. Je ne crois pas non. Tu t’es juste plantée, t’as mal vu la sortie. Ça fait trois fois qu’on se retrouve à cet endroit, tu t’es plantée c’est tout. T’es incapable de reconnaître une route.
— PAS DU TOUT PUTAIN JE ME SUIS PAS PLANTEE JE TE LE JURE SUR LA TETE DE MES FILLES! JE NE ME SUIS PAS PLANTEEEEEE !!!
Mon ex déteste quand je jure, —c’est bien pour ça que j’ai juré— et son visage devient écarlate.
— Mais t’es complètement folle ma parole ! Mais va te faire soigner ! Tu es aussi hystérique que ta mère !
— Pardon ????? Repète connard ! »
Voilà. Comment en cinq secondes vous réussissez haut la main le casting de NRJ12 « Mes parents sont des cassos » . Tout ça bien sûr devant les yeux écarquillés de votre progéniture qui n’en a pas perdu une miette. Habituellement vous êtes tous les deux des êtres très bien élevés et cordiaux bac +7, mais là non.
18h32. Je redémarre, je me trompe de sens d’autoroute. Je vois mon ex qui me fait des grands signes pour m’indiquer la bonne direction mais c’est trop tard. Je reperds dix minutes. Je roule maintenant beaucoup trop vite. Je vais arriver à 19h40 à la crèche. Je vais me faire virer. Je ne retrouverai jamais de place dans une telle structure. Je vais devoir arrêter de travailler et garder ma fille du matin au soir et jouer au parc avec des mères qui m’indiffèrent. Je pleure toujours et une voiture déboite soudain. Je ferme les yeux. Je le sais de toute façon, je vais mourir dans un accident tragique, mes filles ne me verront plus jamais. J’espère qu’ils me mettront une musique sympa à mon enterrement. J’imagine le discours que mes proches m’ont préparée et je pleure à nouveau tellement c’est émouvant. Je rouvre les yeux et la voiture a disparu, je ne suis pas morte, je roule toujours à 150. Je rumine.
Hystérique, hystérique… Bah oui oui, c’est facile de ne pas être hystérique quand on passe ses soirées à mater des séries téléchargées et à se toucher la nouille.
Je sais pas reconnaître une route, comment ça je ne sais pas reconnaitre une route. Non je ne sais pas reconnaître une route. J’ai jamais su. Qu’est-ce qui ressemble plus à une route qu’une autre route ? Bah une route ! Il ne me disait rien du tout ce péage. La prochaine fois c’est moi qui choisis le point de rendez-vous. Non, il n’y aura pas de prochaine fois. Je suis folle et hystérique ? Alors très bien il n’y aura pas de prochaine fois, il se démerde. Parce que oui je ne sais pas reconnaître une route mais passer mes mercredis à faire le taxi, debout dans un hall de conservatoire, en double-file, je sais faire. Faire une croix sur les restos, virées improvisées, je sais faire aussi. Organiser les anniversaires au bowling, au laser game, vérifier les devoirs tous les soirs, répéter trois fois par jour tiens-toi droite, coupe la viande plutôt que de l’arracher avec la fourchette, oui ça oui je sais faire. Mais reconnaître une route, non désolée je sais pas. Je faisais confiance aux coordonnées moi.

19h35. J’arrive à la crèche comme si j’arrivais à la fin d’une guerre en cas de défaite.
La crèche est fermée; c’est tout noir à l’intérieur.
Mon Dieu c’est une blague ? Où est mon enfant ? Qu’ont-ils fait de mon enfant ? Je sonne, aucune réponse.
Je me mets à sangloter. J’appelle mon amoureux.
« Agathe ? Où es-tu? je suis passé chercher la puce à la crèche, j’ai fini plus tôt. »
Je raccroche religieusement. Je respire par le nez, je rentre chez moi.
« Ça va ? Dis coucou à maman ! »
Elle me sourit. Et la vie reprend son cours.
J’écris pour ne jamais oublier cet instant de détresse, dérisoire certes, face à vous tous qui divorcez à corps et à cris, mais merde, chacun son échelle dans la détresse de l’humanité.

Alors divorcez oui, si vous voulez ! Juste deux conseils : Faites tous vos enfants avec la même personne, ou attendez que vos enfants aient le permis.

Maman, Papa, on joue à quoi ?

Avec les enfants, je suis assez adepte du : «  Il est sain de laisser un enfant s’ennuyer un peu, ça stimule son imagination ! » Oui j’étais une petite fille qui s’ennuyait pas mal aussi, il faut l’avouer. Alors voilà la pâte à sel, les gâteaux, les expériences chimiques et botaniques, n’en ayant jamais fait, difficile d’en faire naturellement avec mes filles. Et quel bienfait pour ma culpabilité de voir qu’Agathe Le Caron écrit :

« Je m’ennuie comme un rat mort quand je joue avec mes enfants. Faire un puzzle de pirate pour un enfant de 2 ans, empiler des lego pour faire une girafe, tout ça m’intéresse autant que de regarder pousser des artichauts pendant 7 heures ».

Enfin une mère qui me comprend. Et pas n’importe laquelle, celle qui anime Les Maternelles ! 

Avec Sylvia Gabet, auteure, et Roxane Damidot, illustratrice, elle a conçu ce livre dans le but de nous donner une multitude d’idées de jeux et activités pour passer du temps avec ses enfants sans attendre enfin l’heure de la sieste ou du coucher. Elles font le pari que ça nous plaira ! Au menu : un peu de cuisine, de création d’objets, un zeste de sport, du jardinage, des expériences scientifiques, des activités d’extérieur, des exercices de calme aussi… tout cela répertorié en fonction de l’âge de votre enfant. C’est parti pour le yoga des animaux, l’arc-en-ciel de maison, l’appareil photo-poivron, la séance de massage et les « pestacles » en tout genre !!!

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Merci aux Editions Lattès pour l’envoi de ce manuel qui va sauver mon hiver !

Prodiges et Miracles

On leur a livré le cheval un lundi. Une superbe jument blanche, taillée pour la course.

Dans leur ferme de l’Indiana, le grand-père et son petit-fils élèvent des poulets dans la plus grande misère. Cette erreur de livraison semble venir du ciel, la Providence vient modifier leur destin.

Très vite, cela fait jaser, des voisins en entendent parler, proposent au grand père de la faire courir. Elle remporte la course.

« Le cheval avala la piste d’un bon dans un flou fantasmagorique, rien qu’une blancheur inébranlable, une écume, la robe brillante, fonçant telle une locomotive faite de muscles. L’écho des sabots de la jument contre la terre aride retentissait comme le tonnerre, les sabots heurtant le sol avec cette prodigieuse force explosive si particulière, le son des chevaux qui cavalent à nul autre pareil, un son évoquant un infatigable mouvement, la joie, une échappatoire au passé, au présent, à l’incertitude de l’avenir. À la voir courir, le grand-père entendit dans le martèlement de ses sabots sur la terre dure son propre pouls, son cœur lancé à toute vitesse vers sa propre fin. »

Grand-père et petit fils pressentent dans ce miracle le début d’une nouvelle vie. Mais seront-ils à la hauteur d’une telle beauté tant convoitée ?

Les crapules abondent, et très vite, le roman se transforme en une course poursuite à travers le Middle West, les liens entre le grand père et son petit fils se resserrent, ils courent après le cheval et leurs rêves. La jument blanche est l’allégorie de leur vie fantasmée, d’une épouse défunte ou encore d’une mère partie. Elle est l’idée de la liberté aussi.

C’est très noir, c’est cruel et c’est infiniment poétique. Je sors de ce roman très émue, j’ai eu l’impression de voler avec cette jument. Superbe livre, après le Blues de la Harpie je suis décidément fan de Joe Meno… merci aux @agulloeditions pour cette magnifique découverte.