Einstein, le sexe et moi : Chronique et interview!

Place au jeu !!!

Le livre le plus lumineux, le plus drôle, le plus original de la rentrée littéraire, c’est lui !

Olivier Liron est autiste asperger. Il pose ça là, dans le premier chapitre. Il retient les dates, les plaques d’immatriculation et réagit parfois un peu trop violemment. Quand il ne sait pas quoi faire, il trempe une madeleine dans du coca. Il y a quelques années, il a participé à Question Pour Un Champion. 

Si vous aussi vous avez regardé l’émission assidûment aux côtés de vos grands-parents —et même qu’à force vous y preniez goût— achetez ce livre, il vous fera hurler de rire.

Julien Lepers l’a invité pour la finale des supers champions. Olivier Liron a alors 25 ans, et grâce à sa mémoire d’éléphant, il retient l’éphéméride, les noms latins des plantes, les dates de naissance des inventeurs. Cependant, derrière Einstein, il y a l’homme. L’émotif, l’enfant-martyr, l’amoureux incompris, l’homme en colère.

Ce roman est un thriller humoristique dont le fil narratif est une émission de télé entrecoupée de confessions amoureuses et philosophiques sur la vie de l’auteur. Entre deux questions du Quatre à la suite, il s’interroge sur ses premières expériences sexuelles. La description de l’animateur et des autres joueurs est tellement subtile qu’elle provoque chez le lecteur non seulement le rire mais la réminiscence de souvenirs proustiens et universels.

Ce livre, par son humilité et sa sincérité, redéfinit le pouvoir de l’écriture et apporte à la littérature un message de résilience : une différence n’est pas un handicap, bien au contraire, c’est parfois grâce à elle que l’on dépasse ses limites. Un roman à lire et à offrir, un bijou !

Extraits choisis

Questions pour un champion a changé la vie de millions de personnes. Et pas seulement des retraités. Une dame d’un certain âge m’a avoué un jour « Julien Lepers, je ne suis même pas sûre de l’aimer, et on dit ce qu’on veut, on peut lui reprocher beaucoup de choses, mais tous les soirs il est là pour moi. Dans ma vie, je ne peux dire la même chose de personne d’autre » C’est peut-être la plus belle chose qu’on puisse raconter sur Julien Lepers et c’est aussi une très belle définition de l’amour que Julien nous porte à tous.

 

C’est ça que j’aurais voulu dire à Julien Lepers : « Vous ne savez pas ce que c’est. Je suis enfermé derrière un mur de politesse. Attaché et bâillonné. Dans un monde sombre et silencieux, où seule pousse la colère. »

Interview d’Olivier Liron

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Crédit Photo Lionel Samain

 

La première question que je ne peux retenir plus longtemps est la suivante :  Julien Lepers a-t-il lu votre roman? Si oui, comment l’a-t-il accueilli ?

Oui, Julien Lepers m’a fait l’honneur de lire le roman! Il l’a trouvé plaisant et drôle, selon ses propres termes. C’est pour moi très touchant. J’avais peur que certains traits d’esprit sur le jeu le choquent, mais ce n’est pas du tout le cas. C’est quelqu’un qui a beaucoup d’humour, et pour qui j’ai beaucoup d’admiration.

Après cette délivrance, revenons à des questions plus standard : En quelques mots, qui êtes-vous Olivier Liron ?

J’ai eu un parcours d’universitaire. J’ai étudié à l’Ecole normale supérieure, réussi l’agrégation d’espagnol, puis j’ai enseigné à l’université. Mais le cadre était difficile pour moi, j’ai fait un burn-out et j’ai entamé une reconversion. J’ai décidé de me consacrer pleinement à l’écriture. J’ai la chance de travailler beaucoup pour le théâtre, comme dramaturge et acteur, et aussi pour le cinéma.

Vous faites de l’autisme un portrait sensible et sublimateur : cette différence devient votre moteur et vous réussissez à la dompter et vous en servir. Le chemin a-t-il été difficile, avez-vous toujours cru en vous ?

J’ai reçu un diagnostic d’autisme très tard, à 29 ans. Comme beaucoup de personnes autistes de ma génération, j’ai vécu dans une errance diagnostique, allant de psy en psy, sans savoir ce qui faisait que les relations sociales étaient si compliquées… Mais, c’est ce que je raconte dans le livre, j’ai toujours cru en moi, et cela m’a été donné par la poésie, principalement, et la force de vie qu’elle porte en elle.

Qu’est-ce que l’écriture vous a apporté ?

L’écriture, elle m’a tout apporté, c’est une façon de m’exprimer, de communiquer avec les autres. Quand on n’arrive pas à parler, parfois, on écrit, cela permet de vivre. J’aime beaucoup cette phrase de Proust qui dit: « la vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c’est la littérature ». Je suis intimement convaincu de cela. Il dit aussi que « le style pour l’écrivain est une question non de technique, mais de vision. Il est la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients de la différence qualitative qu’il y a dans la façon dont nous apparaît le monde… » Cela veut dire que l’écriture nous permet d’aller vers les autres. De sortir de nous. De communiquer ce qui sans cela, serait incommunicable. Je suis très touché par cette idée.

Comment gérez vous la part d’incertitude qui réside dans le processus d’écrire, notamment la libération de l’inconscient ?

C’est vrai qu’écrire, c’est libérer à la fois son esprit, mais aussi sa spiritualité, ses affects et ses pulsions. Tout cela doit tenir ensemble, et c’est pour cela qu’écrire est un processus si intense. C’est une façon de s’exposer, de prendre des risques, de se mettre à nu. Pour reprendre les mots de Simone de Beauvoir: « Exister, c’est oser se jeter dans le monde. »

Dans le roman vous parlez d’une certaine colère en vous, apparue avec l’école et une enfance terrible dans la cour de récréation. Pensez-vous que cette colère puisse un jour disparaître?

Je ne sais pas si cette colère peut un jour disparaître. J’essaie de la transformer quand j’écris. En faire une force, un moteur. Ce que j’ai vécu m’a rendu invincible.

Votre mémoire et votre capacité de stockage est impressionnante. Avez vous besoin de l’entraîner ?

Il est vrai que j’ai une très bonne mémoire, mais pas non plus comme certaines personnes avec autisme, qui sont capables de retenir des quantités invraisemblables de chiffres ou de dates. C’est d’ailleurs un stéréotype. Toutes les personnes autistes ne sont pas « Rain Man », loin de là! En tout cas, pour en revenir à « Questions pour un champion » et au roman, oui, il y a eu un véritable entraînement. Je passais quatorze heures par jour à m’entraîner, les derniers mois. Je mémorisais et j’apprenais tout ce que je pouvais. Je crois que j’ai essayé d’apprendre Wikipédia par coeur – au moins la moitié !

Allez-vous retenter votre chance dans d’autres émissions, par exemple avez-vous déjà pensé à Qui veut gagner des millions ?

Oui, j’ai participé à d’autres jeux, mais hélas je n’ai pas été sélectionné, car les castings sont très différents de « Questions pour un champion ». Pour les sélections d’un jeu de TF1, que je ne citerai pas, j’ai dû imiter le sanglier tout en me léchant le coude! Mon imitation n’étant pas assez convaincante, j’ai dû renoncer à participer à d’autres jeux. 

Votre roman est extrêmement drôle, maniez-vous aussi bien l’humour dans la vie que dans les livres ?

J’ai parfois du mal avec l’ironie, mais j’arrive quand même à faire des blagues (d’autiste). 

Pouvez-vous parler de vos projets, notamment autour de ce livre ?

Mes projets, c’est bien sûr que ce livre rencontre son public, comme on dit. Je serais vraiment touché que le maximum de gens puissent vivre cette aventure comme je l’ai vécue, et soient sensibilisés à cette question de la différence. C’est ce que j’essaie de dire dans le roman: nos différences sont nos richesses. Une personne normale, ça veut dire quoi? Parce que moi, je n’en ai jamais rencontré! Dans notre monde, je crois que lutter pour le droit à la différence est nécessaire et urgent. 

Le signe astrologique du roman

Verseau ! Un de mes signes favoris, celui des grands penseurs et des grands révolutionnaires, les humanistes, ceux qui ont foi en leurs projets et qui par leur force, leur courage, leur ténacité, y parviendront.

Lèvres de Pierre

Quelque chose en elle avait un lien avec l’histoire du Cambodge. Mais quoi. Parfois la gestation d’un roman prend du temps, voire toute une vie.

Un jour, Nancy Huston trouve enfin l’homme qui fait écho à sa vie : Pol Pot le despote, ni plus ni moins.

Les résonances entre eux sont multiples : leur sentiment d’exclusion durant l’enfance, la précoce instrumentalisation sexuelle de leur corps, leurs voyages incessants comme la découverte de Paris au même âge, et surtout, leur militantisme marxiste sont les piliers sur lesquels s’est basée l’auteure pour élaborer ce roman passionnant en deux parties : « L’homme nuit », l’origine du chef communiste, et « Mad girl » , celle de l’écrivaine qui nous offre des romans foisonnants depuis plus de trente ans.

Saloth Sâr était un petit garçon incompris, féminin, différent. Un cancre, la honte de la famille, volant d’échec en échec. Apprivoisé par les femmes du roi (mortes d’ennui), il est devenu très jeune leur objet sexuel. La cour, son royaume et sa luxure, et tout autour, la violence. Un jeune garçon en perdition qui se retrouvera à Paris, apprivoisera l’ennemi pour plus tard faire éclater la haine chez lui.

De son côté, Dorrit, le double de l’auteure, abandonnée par sa mère, entourée d’une multitude de frères et soeurs, tombe amoureuse très jeune de son prof d’anglais, part sur les routes avec un père très moderne, déménage mille fois. Comme Pol pot, on se sert de son joli corps, elle essaie même de le vendre pour payer ses études. L’argent qu’elle gagnera sera emprunté par son père et jamais rendu. Elle restera longtemps à Paris, les hommes de sa vie continueront de la trahir. Ce n’est que plus tard qu’elle comprendra d’où est né son militantisme féministe, ou encore son anorexie.

Car un des grands sujets du roman est celui-ci : deux vents contraires soufflaient sur les femmes de l’époque : le vent très libertin des années 70 et d’un autre l’immobilisme du schéma patriarcal. « Ce n’était plus du tout à la mode de dire non aux hommes ». 

En quelque sorte, ce Non, c’est ce qu’a essayé de dire Pol Pot; et l’auteure l’a compris. Ce roman pourrait prêter à une juste contestation, Nancy Huston se ferait-elle l’avocate du diable sous prétexte de quelques similitudes ? C’est tellement bien amené que l’on ne peut, à la fin du roman, que comprendre sa démarche.

Les lèvres de pierre sont celles du sourire figé, immobile, de celui qui cache les traumatismes, celui derrière lequel on se cache pour continuer à vivre masqué, celui des statuts de Bouddha, religion de Saloth Sâr.

Lèvres de pierre bien en place, elle mène une vie double : charmante, souriante et performante à la surface, folle de rage en dessous.

Mon avis 

Quel roman, foisonnant, documenté et dense psychologiquement ! L’auteure pose ici ses blessures intimes, réussit avec brio ce qu’on aime tant : faire coïncider la petite avec la grande Histoire.

Note personnelle : À la lecture de ce roman, je me suis trouvée très peu militante par rapport à la jeunesse révolutionnaire des années 65-75. J’ai réalisé à quel point nous n’avions pas grandi avec les mêmes inquiétudes, ainsi que le chemin parcouru par les différents courants réactionnaires, parfois trop extrêmes, mais utiles. 

Le signe astrologique du roman

Taureau !

Comme tous les bons dictateurs qui se respectent, le taureau malheureux incompris devient vite nerveux et intolérant, voire totalement répressif, s’engrène dans sa folie, à la manière des deux personnages du roman, Pol Pot et Dorrit, qui dans leur souffrance finissent par ne plus supporter ceux qui ne pensent pas comme eux, à en devenir destructeur. 

Douce

Qu’avait-il cet homme, pour qu’elle abolisse ainsi tous ses principes ? Qu’a-t’il dit, qu’a-t-il fait, pour que l’amour prenne ces dimensions gigantesques, inhumaines ? Comment finit-on par supporter l’insupportable, renoncer au renoncement ?

Douce est le surnom qu’il lui a donné au début de leur relation. Mais de douceur dans leur histoire d’amour, il n’y en a pas eu beaucoup. Ou suffisamment pour s’accrocher aux bribes d’un sentiment de dépendance, d’abnégation.

Plus âgé qu’elle, secret et mystérieux, c’est à la deuxième personne que Douce retrace leur histoire. D’une plume magnétique, envoûtante, elle explore les bas-fonds de l’inconscient, de cette passion qui l’a consumée pendant huit ans. 

Secrets, non-dits, mensonges et trahisons. L’image spectrale d’autres femmes, un sentiment de malaise profond et exponentiel, une succession de sacrifices. Et quelque part dans tout ça, l’amour. L’amour, chimique et inconditionnel.

Ce texte est porté par un souffle puissant, celui des sentiments douloureux, il est un grand ciel d’orage sur une toile, l’écho assourdissant des schémas répétés à l’infini.

« Je ne me souviens de rien, je me souviens de tout. De ton parfum inoubliable, des lignes de ta main, de la première fois que je l’ai serrée, de la première fois que je l’ai quittée. Nous n’en finissions jamais de nous quitter. Reprendre. Je ne me souviens plus des lieux ni des dates. Des jours, des heures, des mois. »

Quand Douce se pose la question du comment —comment peut-on rester, comment peut-on tomber?—  le livre répond à celle du combien de temps. Combien de temps reste-t-on empoisonné, meurtri, et incapable d’aimer ? J’ai souffert avec la narratrice, et comme elle, je me suis interrogée, indignée. Comme elle, j’avais envie de croire à son histoire, malgré le portrait de l’homme que j’ai trouvé répugnant et inconstant. Que ne supporterait-on pas au nom de l’amour fou ?

Le signe astrologique du roman

Scorpion

« Tu avais disposé mon portrait sur une table où brûlaient bougies, cierges, l’encens purificateur. M’aurais-tu maraboutée que ça n’aurait rien changé, j’étais déjà ensorcelée. »

En témoigne cet extrait, le scorpion est naturellement attiré par les secrets, l’ésotérisme, les eaux profondes et stagnantes. Extrêmement magnétique et séducteur il peut se révéler manipulateur, sournois, menteur lorsque ses planètes sont mal aspectées les unes par rapport aux autres. Le scorpion n’a pas peur de perdre, ni les gens ni les choses. Au contraire, il se galvanise de ses échecs qui n’en sont pas, il renaît toujours de ses cendres. Très intelligent et intuitif, il repère très facilement les failles des êtres pour mieux s’en servir plus tard. Il peut également être profondément attachant, et envoûter ses proies par le sexe. D’apparence lumineux et charismatique, il est au fond de lui noir et mystique.  Ici, l’intérieur de l’appartement de l’homme est sale et les volets ne sont pas ouverts. Les procédures judiciaires tournent souvent autour de ce signe.

Extrait

« J’appartenais à la douleur exclusivement. Elle était ma langue, ma patrie. Je la parlais, je l’habitais nuit et jour. Elle me tenaillait, me tenait éveillée, m’extirpait du sommeil les rares fois où je tombais d’épuisement. »`

L’auteure

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Avocate de formation, Sylvia Rozelier est l’auteure de Deux heures (Le Passage, 2006) et de Je partirai, je pars toujours (Le Passage, 2008).

C’est Sylvia qui nous avait suggérés lors d’une discussion sur Instagram de créer notre Prix des blogueurs ! Je la félicite pour ce superbe roman, intense et émouvant.

 

Trancher

Des mots sur les mots

« Grosse vache dégueulasse » , « Sale putain ». Ces insultes, elle les encaisse, les liste dans l’application « notes » de son téléphone. 

Ces mots sont ceux d’Aurélien, son mari. Bel homme, brillant, cultivé, et sans doute malade.

Il profère ces insanités devant leurs enfants, sans prévenir du jour ni de l’heure. De loin, ça ressemble à une variante du syndrome Gilles de La Tourette, mais de près, c’est beaucoup moins drôle. Quels maux font les mots ? Des blessures invisibles, secrètes, enfouies, qui durcissent l’âme et détruisent le couple et la famille. 

Il l’aime lui dit-il, il s’excuse profondément, il suit des thérapies. 

Elle l’avait déjà quitté une première fois, quand Vadim, leur petit garçon, avait huit ans. Elle était alors en dépression. Lui l’attendait, lui souriait, implorant son pardon. Devant son sourire, son amour, elle avait replongé, elle a « refait sa vie avec le même ». Les années suivantes ont été les plus belles, ils ont même eu un autre bébé, une jolie petite fille prénommée Romane. Pas une seule insulte en sept ans. 

Jusqu’à ce fameux matin, elle aide Vadim à ses devoirs, Aurélien pousse le volume de la musique, elle lui demande de baisser et alors il explose « Je suis chez moi je fais ce que je veux, ferme ta gueule connasse si tu ne veux pas que je te la réduise en miettes ».

Elle se donne quinze jours, jusqu’à son anniversaire, pour prendre une décision. Après elle sait qu’elle n’en sera plus capable. 

Dans cette histoire d’amour passionnelle et pathologique, c’est le lecteur qui va trancher.

Mon avis

J’ai découvert Amélie Cordonnier, journaliste de formation, lors de son interview vidéo de Diane Ducret pour Femme actuelle, j’avais aimé sa sensibilité et les questions qu’elle avait posées  à l’auteure du Flamant rose. Quelques jours plus tard, je la rencontre à une soirée de Prix, elle m’annonce qu’elle sort un roman à la rentrée de septembre. Quelque chose me disait que je n’allais pas être déçue et je guettais avidement sa sortie. 

C’est un coup de coeur absolu pour cette histoire de violence conjugale verbale, traitée par une narration parfaitement maîtrisée, celle d’une femme qui se parle à elle-même : «Tu attends, en silence, que la violence retombe» comme si elle voulait se forcer à réaliser, à ouvrir les yeux et prendre du recul sur ce que son couple est devenu. Les enfants et leurs réactions m’ont émue aux larmes, notamment lorsqu’un soir, ils s’insèrent des petits pois dans les oreilles comme paratonnerre aux insultes de leur père à leur mère. C’est brillant, c’est violent et subtil à la fois, c’est la vie qui gagne, et c’est, « malgré tout » une histoire d’amour.

Extrait choisi

C’est comme si tu voulais tout oublier, le temps d’une soirée, tout mettre de côté. Que le monde s’embue, que les choses deviennent floues. La réalité t’apparaît pourtant avec une effroyable netteté. Tu danses comme une folle, mais tu gardes toute ta tête. Lucidité parfaite. Rien ne te console, rien ne t’exténue. Ni l’alcool ni la musique. C’est comme si ton chagrin refusait de se noyer.

Le signe astrologique du roman

Gémeaux, pour la dualité permanente du roman, (rester/partir) et la gémellité du personnage d’Aurélien, sorte de Poker effrayant dont on ne sait jamais quel masque il va revêtir.

Tu t’appelais Maria Schneider

Hier, je ne savais pas qui était Maria Schneider. Ce soir, j’ai envie de raconter sa vie à tout le monde (à vous conséquemment). Ne serait-ce pas le signe d’une exofiction réussie?

Qui de mieux que sa cousine, Vanessa Schneider, reporter au journal Le monde, pour la raconter, romancer l’existence de celle qui fascina tant les journaux de l’époque ?

Maria était actrice. Elle a vendu son âme à 20 ans dans le film qui l’a autant propulsée que détruite. Un dernier tango à Paris, de Bertolucci, aux côtés de Marlon Brando, 50 ans à l’époque. C’est à ce moment-là qu’elle est morte, mais c’est en 2011 qu’elle rendra son dernier souffle et que sa cousine commencera le récit.

Au nom de l’Art et surtout pour que le film fasse du bruit, pour que Maria simule parfaitement l’humiliation, Brando et le réalisateur ont manigancé une scène improvisée sans lui en parler. Le monde entier l’a ainsi découverte face contre terre, le postérieur enduit de beurre. Toute sa vie, les journalistes n’oublieront jamais de lui reparler du Tango et lui offrir des jeux de mots scabreux.  

Cette scène violente non écrite dans le script serait aujourd’hui punissable par la loi, mais la jeune Maria de l’époque n’avait pas conscience des retombées psychologiques que ce film aurait alors sur elle. 

Maria n’avait pas les armes pour supporter tant de pression, tant de médiatisation. Chassée par sa mère à 15 ans, un père (Daniel Gélin) qui ne l’a jamais reconnue, elle n’a pu que sombrer dans le désastre et la drogue dure. Après le Tango, elle ne tournera plus que complètement défoncée, offrant mille et un scandales à la presse avide de scoops. 

Pour mieux comprendre qui elle était, Vanessa Schneider retrace son parcours familial, leurs origines communes, une famille folle, engagée, des vrais et des faux enfants, des pères éparpillés. Le père de Vanessa était son oncle, et c’est chez eux que Maria s’est réfugiée à 15 ans. Quelques années plus tard, à la naissance de Vanessa justement, c’est Brigitte Bardot qui l’a accueillie en personne. Elle la soutiendra toute sa vie, Maria, sa petite protégée. D’autres personnalités jalonneront son existence et donc ce livre passionnant, on y croise Patti Smith, Alain Delon, Frederic Mitterand, Jean Seberg. Des soutiens indéfectibles, ceux qui l’aimaient et qui ont su lui dire.

L’écriture est parfaite, c’est celle que j’aime, un style fluide au service d’une narration concise, directe. Je vous le recommande !

Extrait choisi

Personne n’a écrit que tu étais partie en buvant du champagne, ta boisson favorite, la mienne aussi, celle qui fait oublier les meurtrissures de l’enfance et qui nimbe de joie les fêlures intimes des âmes trop sensibles. Tu t’en es allée au milieu des bulles et des éclats de rire, de visages aimants et de sourires pétillants. Debout, la tête haute, légèrement enivrée. Avec panache.

Le signe astrologique du roman

Lion! 

Pour le personnage flamboyant et la crinière de Maria, cette femme impétueuse et excessive. Le lion est un signe de feu, et ce roman dégage cet élément à chaque coin de page.