Un Homme dangereux

belier

L’auteur

Emilie Frèche, écrivain engagé dans la lutte contre l’antisémitisme, intervient régulièrement sur les plateaux télévisés, notamment pour l’affaire Ilan Halimi, dans laquelle elle a contribué au scénario pour l’adaptation cinématographique.
Emilie Frèche dit qu’elle écrit pour se « libérer ». En quelque sorte, elle exhorte sa colère, sa rancune. l’écriture est pour elle un exutoire.

L’histoire 
Ici, l’héroïne, juive comme l’auteur, et dont le couple bat de l’aile, tombe sous le charme d’un écrivain de mauvaise vie, malgré les mises en garde de son entourage. Cet homme n’aime vraisemblablement ni les femmes ni les juifs et se révèle impuissant et pingre.
J’ai fait une petite enquête sur internet car je ne connais pas les cancans du milieu littéraire, et il paraîtrait qu’Emilie Frèche se serait ainsi vengée de Patrick Besson vraisemblablement antisémite.
Au delà de l’aspect vengeance qui a suscité une mauvaise critique, celle du très désagréable Baptiste Liger (qui ferait mieux d’essayer d’écrire un roman que de soutenir les antisémites) ce roman nous amène sur des terrains politiques, mais aussi conjuguaux, et sur celui de l’écriture.

Le signe astrologique du roman

Cet homme intelligent et « dangereux » rassemble tous les éléments caractéristiques du bélier : impossible de l’ignorer, il est doté d’une personnalité assurée, idéaliste et dirigée par un ego puissant. La subtilité n’y joue aucun rôle. D’une nature indépendante, comme le personnage du roman, il peut se montrer manipulateur et assez menteur. Enfin, le bélier n’a pas de scrupules à mettre en danger la sécurité d’autrui.

Extraits choisis

« Je pouvais rire, boire, manger, sourire puisque la voix de Benoît était encore dans mon oreille,  et le plus extraordinaire dans tout cela, c’est qu’Adam ne se doutait de rien. Mais alors de rien du tout! Comment le pauvre, aurait-il pu se douter de quoi que ce soit? Une femme heureuse se sent si peu coupable. »

« Maintenant que tu as vraiment quitté ton mari, on va pouvoir parler. je veux que tu deviennes ma femme. je t’aime, je veux vivre avec toi, mais avant, il faut que tu les laisses à leur père, je te dis ça pour leur bien. Ils partiront vivre pour Israël, ce sera beaucoup plus simple, et tu iras leur rendre visite pendant les vacances. »

Une allure folle

sagittaire

L’auteur: 

Isabelle Spaak, née à Bruxelles en 1960, est une romancière et journaliste belge vivant en France.

L’histoire

Ce roman touchant à l’allure folle et surtout autobiographique est une analyse partielle de la vie de la mère et donc de la grand mère de la narratrice. Celle ci reconstitue le puzzle de leurs vies, en fouillant le passé, en lisant des lettres conservées dans des malles, ou perdues à cause de la guerre. La narratrice voyage entre Bruxelles, Paris, et l’Italie.
La grand mère de la narratrice, Mathilde, a tout fait pour se sauver d’une situation de pauvreté, en se mettant secrètement dans une situation illégale de l’époque puisqu’elle se faisait entretenir par un homme riche mais marié avec qui elle a eu une petite fille. En contrepartie, elle a accouché seule et vivait seule avec sa fille. Elle composait ainsi avec ses propres sentiments, puisque cette vie lui permettait de vivre aisément, mondaine et frivole, dans une société huppée. La narratrice reste pudique sur les « frivolités » de sa grand mère mais elle ne peut s’empêcher de les mentionner.
La mère de la narratrice, Anne, ayant vécu le manque d’amour d’un père qu’elle ne voyait que très peu puisqu’il vivait en Italie avec sa femme la plupart du temps, a recherché le contraire de sa mère : l’amour. l’amour absolu, la transparence, en rejetant les faux semblants de son enfance, les clichés et sa richesse. Elle a tout risqué, tout donné, tout au long de sa vie, elle n’a fait aucune concession avec les sentiments et s’en allait si l’amour n’était plus là, tout en participant avec courage à la Résistance pendant la guerre. La fin de sa vie sera tragique.
Le lien mère-fille dans ce livre est très intéressant; si les deux femmes semblent à l’opposé dans leur manière de vivre, (l’une est dans la possession et l’autre dans la dépossession), elle sont néanmoins unies par une furieuse envie et joie de vivre. Elles ont toutes deux connu une entrée difficile dans la vie adulte, avec des maris absents, (le premier est marié et le deuxième est sur le front) et des mariages compliqués. Anne semble critiquer la façon légère de vivre de Mathilde, elle qui se sacrifie pour ses enfants, qui parcourt les bois en bicyclette pendant la guerre. Mathilde en veut à Anne d’avoir cru à l’amour. Elle qui est plus pragmatique, plus matérialiste, l’avertit souvent des élans du coeur qui ne mènent à rien envers des hommes toujours décevants.

 

Mon avis
J’ai beaucoup aimé la façon dont l’auteur retrace l’histoire: avec des lettres et des photos. Rien de plus. Elle observe les toilettes de sa grand mère, la gaieté sur le visage adolescent de sa mère, la finition d’une chemise sur un portrait en noir et blanc.Elle décrypte des écritures, des surnoms au bas d’une lettre, elle compare les dates.
J’en suis donc venue à me questionner sur la question de cette transmission aujourd’hui. Si dans le temps les moyens de communication étaient plus difficiles et les courriers plus longs à arriver, au moins ils étaient plus durables, plus humains, stockés précieusement dans des boites. Dans quelques années, comment feront nos petits enfants (à moins d’avoir laissé nos mots de passe sur nos testaments) pour relire nos mails, nos comptes, nos journaux intimes? Pour savoir quels étaient nos « mots d’amour de l’époque », notre façon d’aimer et de se le dire? Nos données et nos images sont dans le Cloud pour les statisticiens de google, mais ne sont même pas accessibles à nos proches en cas de décès, en témoignent le nombre de comptes Facebook décédés encore en ligne. A l’ère du numérique nous croyons tout stocker sans imaginer que dans quelques années, nos milliers de photos et messages seront introuvables, aussi éphémères qu’une photo reçue sur snapchat.
D’autre part, moi qui ne suis pas spécialement « roman de guerre » j’ai acheté ce livre sans savoir qu’il allait en parler, et c’est pas plus mal, car je ne l’aurais peut être pas acheté, et à tort. La guerre me met mal à l’aise, c’est à la fois trop loin et beaucoup trop proche, trop triste et trop peu poétique. Ici elle est traitée simplement, et dans le contexte d’une relation amoureuse, cela ne m’a pas déplu.

Le signe astrologique de ce roman
J’ai changé plusieurs fois d’avis au cours de ce roman; au départ, je le pensais balance, avec le titre « une allure folle » et Mathilde légère, et bien habillée, je pensais à Brigitte Bardot, balance aussi. Mais cela m’est très vite passé quand j’ai compris les sacrifices que faisait Mathilde, et surtout quand Anne est entrée dans la partie. Plus sérieuse, plus entière, plus spirituelle aussi.Mathilde m’a alors semblé capricorne avec son pragmatisme, sa sensualité mais aussi sa vénalité, tandis qu’Anne m’apparaissait plutôt taureau, femme dure et romantique à la fois, sa joie de vivre et d’enfanter se confrontant à des crises brutales et soudaines.
A la fin du roman le signe astrologique s’est imposé à moi: Ces deux femmes vivant en marge de la société, avec leurs codes bien à elles, leur joie de vivre, l’extravagance très jupitérienne de Mathilde se conjuguant avec le besoin d’être « au -dessus » d’une Anne rebelle et parfois d’une colère sans nom m’ont amené au signe de sagittaire. Tout d’abord, le sagittaire est voyageur , et pour l’époque, on voyage beaucoup dans ce livre !
D’autre part, Armando, le père d’Anne italien, lien entre ces deux femmes, et noeud de l’histoire finalement, jamais là, flambeur, beau parleur et épris de liberté possède de nombreuses caractéristiques du sagittaire. Le sagittaire est optimiste, et espère trouver sur les rivages lointains des réponses lui permettant de se réaliser, révélant sa tendance à vivre dans ce qui pourrait être plutôt que dans ce qui est.

Extraits choisis 

« Il fait tellement chaud que maman a noué son blouson en daim sur ses hanches. D’une impulsion subite, elle opère une volte-face et crie au photographe derrière elle « Là-bas regarde » ! Torsion du buste soulignée par une posture de danseuse, pied droit en lévitation, le gauche posé devant, son bras projeté vers je ne sais quoi, son blouson plus sa jupe, qui volent autour d’elle. C’est instant suspendu me bouleverse. L’ambiance, l’insouciance, les amis de toujours. Et l’amour qui naît sur le cliché suivant. »

« Cela faisait si longtemps. C’est si fragile le plaisir. Et un tel miracle après toutes ces années à osciller entre les pics et les creux. A Bruxelles, étendue toute seule sur son lit, berceau de leurs plus belles nuits, elle avait souvent songé à cette jouissance précaire, à tous les moments où Armando n’avait pas été près d’elle. Un jour dans son sommeil, après les nirvanas de l’amour de la veille, quelqu’un ou quelque chose lui avait soufflé: Tildy, tu t’es trop abandonnée hier. Aujourd’hui tu t’ennuieras.
Comme si le bonheur allait et venait mais se payait toujours. »

Qu’est ce que je lis?

J’achète sans réfléchir tous les romans de David Foenkinos, Beigbeder, Sacha Sperling, Clarisse Gorokhoff, Alice Ferney, Camille Laurens, Delphine Bertholon, Philippe Claudel, Pierre Ducrozet, Alessandro Baricco, Hadia Decharrière, Hervé le Tellier, Adélaïde Clermont-Tonnerre. Je ne suis jamais déçue, j’aime leur univers, leur travail ou leur concept unique.

J’aime la littérature contemporaine, encore plus les romans en excusivité, vierges de tout avis sur babelio.

Avant, je n’achetais que des romans qui contenaient le mot « Amour » dans le titre. Je les achète toujours mais j’en achète aussi d’autres.  J’ai un gros faible pour la littérature française, je lis pour la musicalité des phrases, et leur sonorité; je lis plus pour la forme que pour le fond.

J’aime plus leur mélodie que leur histoire,  Les livres sont faits pour réinventer les mots, si en plus la trame du roman est bonne alors je les conseille. J’aime sentir l’âme de l’auteur entre les lignes, ses faiblesses, son humour, ses névroses, et je m’agace quand je ne trouve que des rebondissements marketing.

Les romans qui suscitent des émotions trop fortes manquent souvent de subtilité, j’aspire à une certaine poésie et une grandeur d’âme entre les lignes.

Je respire mes romans quand ils sont neufs, et puis je les maltraite. Je corne les pages, je souligne les phrases qui me plaisent, je les fais tomber dans l’eau du bain, je laisse les grains de sable entre les pages. Mes marque-pages sont des billets de train, des mots d’amour ou des entrées de concert. Mes livres sont dans mon sac a main, dans des salles d’attente, ou posés sur la hotte de la cuisine. Et quand je les termine je les garde encore un peu, par nostalgie, puis je vous les raconte. J’ai du mal à en commencer un autre dans la foulée, il me faut les digérer avant de passer à un autre. Je ne prête jamais mes livres, ils sont toute mon intimité, ma possessivité est de l’ordre de la relation amoureuse.

La Faille

vierge

L’auteur 

Isabelle Sorente. Avant de devenir écrivain, Isabelle Sorente est passée par les Mines, et polytechnique. Sa passion des mathématiques se retrouve dans la façon qu’elle a de décortiquer les situations, et les sentiments humains. Ici, elle fait une démonstration presque algébrique de la manipulation.

L’histoire

La faille est le portrait d’une femme, Lucie Scalbert, décrite par son amie d’enfance, Mina. Petite, Mina observe l’emprise que Lucie subit de sa propre mère. Plus tard, Lucie rentrera dans le même genre de relation avec Vincent-Dominique, un pervers narcissique. Au-delà de sa composante psychologique et érotique, la manipulation y apparaît comme un mal contemporain, à travers lequel se transmettent les secrets de famille et se perpétuent les rapports de domination, dans la vie intime comme dans la sphère professionnelle. Mina va essayer de sortir son amie de ce schéma infernal, mais est-ce seulement possible ?

Ce que j’ai aimé

Ce livre n’est pas un livre, mais trois livres. Celui de Mina, Lucie et  Vincent-dominique. Au départ donc, ces trois personnages:  la narratrice, l’héroïne, le pervers narcissique. La relation entre Vincent Dominique et Lucie fonctionne sur le mode suivant: Lucie a peur de déplaire et VD d’être abandonné.

Au fil des pages on entre dans leur intimité psychologique d’une précision si déroutante qu’on ne parvient plus vraiment a les catégoriser. Qui est la victime, qui est le héros? On les suit de la naissance à la mort, La Faille fait partie de ces trop rares œuvres qui aujourd’hui prennent le temps de nous attacher aux personnages. On se surprend à connaître les personnages mieux que nous mêmes. On sent que l’auteure elle même n’arrive pas à les lâcher, qu’elle ajouterait bien quelques tomes aux cinq cent pages.

Isabelle Sorente joue également avec nos nerfs. Elle déploie l’ellipse et les chapitres avortés, elle commence par la fin puis oscille entre le passé et présent. Elle a construit son roman comme on résout un puzzle. Les coins, les bords, et on n’en finit pas d’ajouter des pièces qui s’assemblent a l’infini, tout en respectant habilement l’essence même d’une trame complète et réussie, pour ne jamais perdre son lecteur.

Si vous êtes amateurs de livres psychologiques, foncez! ce roman est d’une qualité incroyable.

Le signe astrologique du roman

Vierge! la Vierge est le signe selon moi le plus psychologique qui réfléchit sans jamais s’arrêter. Elle décortique tout sur son passage, tout est à analyser, tout est sous contrôle sans en avoir l’air.

La vierge n’est pas manipulatrice par essence mais le devient malgré elle, par ce côté déluré complètement contrôlé. 

De plus le personnage Vincent Dominique répond aux cahiers des charges de la Vierge: très charmant, travailleur et méticuleux il déteste le désordre et fait bien attention à son argent. 

Extraits choisis

La différence entre la jalousie et l’envie? La jalousie, c’est quand tu veux ce que l’autre a. L’envie c’est quand tu voudrais que l’autre n’ait jamais existé.

Combien d’histoires sont déjà écrites, comme des pièges dont le premier mot n’attend que d’être dit pour se refermer?

Le seul mensonge vital, le seul vrai mensonge consiste à faire semblant d’être gai.

Lucie irradiait l’éternelle jeunesse des femmes qui rêvent d’être soumises, […] il lui suffisait de relever ses cheveux, de passer l’air de rien une main sur sa nuque pour qu’on s’imagine qu’elle s’offrait au bourreau. […] Lucie savait ce qu’elle faisait, elle savait tout. »

Les Demons parlent aux Demons.

Charles Draper

poisson

L’auteur

Xavier De Moulins, né le 5 juillet 1971, est un journaliste de presse écrite et de télévision, animateur de télévision français, également écrivain.

L’histoire

D’une écriture fluide et imagée, Xavier de Moulins raconte l’année passée de Charles Draper, pris aux problématiques de la quarantaine.
Avec sa femme Mathilde, ils ont fait le choix de la province pour une meilleure qualité de vie avec leurs filles, vivre dans la nature et monter à cheval.
Cependant depuis quelques mois, Mathilde lui paraît lointaine, ailleurs. Charles Draper commence à se persuader que son petit ventre la dégoûte et entreprend alors de changer de corps pour plaire à Mathilde. Il prend un coach sportif et arrête de manger. Cependant, plus il soulève de la fonte, plus il court, plus Mathilde s’éloigne. Charles est alors persuadé que sa femme a un amant. Que Mathilde le trompe avec leur ami fleuriste à peine veuf, ou son professeur de théâtre. Pourtant Mathilde paraît préoccupée et semble en vouloir à Charles, et à le protéger en même temps.
C’est sur ce quiproquo et ce suspense insoutenable qu’on lit ce roman à toute vitesse. Que s’est-il passé entre Charles Draper et sa femme pour expliquer ce malaise?
Ce livre et surtout sa dernière partie nous interroge sur la façon de vivre la quarantaine. Il parle des démons enfouis, du déni, des illusions, de la peur de perdre notre image de jeunesse.
Il nous fait perdre la notion de bien et de mal; Balzac disait que dans un couple il y en a toujours un qui souffre, et l’autre qui s’ennuie. Au départ on se met à plaindre Charles Draper, il a l’air si amoureux. Quelques pages plus tard on commence à s’interroger. Qui est donc le gentil de l’histoire, celui qui souffre? ou celui qui s’ennuie?

Ce que j’en pense

Personnellement, j’ai aimé ce livre, et en le reposant, je me suis souvenue d’un conseil de ma mère qui me disait :
Méfie toi des hommes trop gentils, et qui t’offrent trop de fleurs. Ce sont les pires…

Le signe astrologique du roman

Poissons! Pour la raison énoncée ci-dessus: les hommes qui paraissent trop gentils, généreux, à l’écoute de leur femme, et qui plus tard se dévoilent différents, sont souvent poissons…

D’autre part, la façon dont Charles se trompe allègrement sur les pensées secrètes de sa femme beaucoup plus terre à terre que lui, cette façon de voir les choses toujours un peu à côté de la plaque m’ont fait penser (moi taureau) au signe du poisson.

Extraits choisis

« Arrête un peu de lui courir après. ça lui passera. Le mystère féminin. Cesse de la regarder façon septième merveille du monde, même si c’est la septième merveille du monde et qu’elle est formidable. »

« Mathilde vengeait des millions de femmes. Dans sa nuit, Charles comprenait qu’elle n’étaient pas les seules à vivre dans l’obsession d’un corps sans faute. Elles avaient aussi des yeux pour apprécier la beauté du monde. »

« Appareil photo, caméra, mange disque, boîte aux lettres instantanée, pigeon voyageur électronique, nos téléphones sont les couteaux suisses de la trahison, des accélérateurs de paranoïa. Dans leur batterie se niche un nouveau virus, pour lequel on ne connaît ni médicament ni vaccin, le poison du doute. »

« 11h30, il a envie d’un footing et d’une cigarette. C’est inconcevable, se dit-il, ces désirs contradictoires. Seul sur son canapé, Charles Draper appuie sur le frein et l’accélérateur en même temps. Le mur d’en face lui tend les bras. »