Une allure folle

sagittaire

L’auteur: 

Isabelle Spaak, née à Bruxelles en 1960, est une romancière et journaliste belge vivant en France.

L’histoire

Ce roman touchant à l’allure folle et surtout autobiographique est une analyse partielle de la vie de la mère et donc de la grand mère de la narratrice. Celle ci reconstitue le puzzle de leurs vies, en fouillant le passé, en lisant des lettres conservées dans des malles, ou perdues à cause de la guerre. La narratrice voyage entre Bruxelles, Paris, et l’Italie.
La grand mère de la narratrice, Mathilde, a tout fait pour se sauver d’une situation de pauvreté, en se mettant secrètement dans une situation illégale de l’époque puisqu’elle se faisait entretenir par un homme riche mais marié avec qui elle a eu une petite fille. En contrepartie, elle a accouché seule et vivait seule avec sa fille. Elle composait ainsi avec ses propres sentiments, puisque cette vie lui permettait de vivre aisément, mondaine et frivole, dans une société huppée. La narratrice reste pudique sur les « frivolités » de sa grand mère mais elle ne peut s’empêcher de les mentionner.
La mère de la narratrice, Anne, ayant vécu le manque d’amour d’un père qu’elle ne voyait que très peu puisqu’il vivait en Italie avec sa femme la plupart du temps, a recherché le contraire de sa mère : l’amour. l’amour absolu, la transparence, en rejetant les faux semblants de son enfance, les clichés et sa richesse. Elle a tout risqué, tout donné, tout au long de sa vie, elle n’a fait aucune concession avec les sentiments et s’en allait si l’amour n’était plus là, tout en participant avec courage à la Résistance pendant la guerre. La fin de sa vie sera tragique.
Le lien mère-fille dans ce livre est très intéressant; si les deux femmes semblent à l’opposé dans leur manière de vivre, (l’une est dans la possession et l’autre dans la dépossession), elle sont néanmoins unies par une furieuse envie et joie de vivre. Elles ont toutes deux connu une entrée difficile dans la vie adulte, avec des maris absents, (le premier est marié et le deuxième est sur le front) et des mariages compliqués. Anne semble critiquer la façon légère de vivre de Mathilde, elle qui se sacrifie pour ses enfants, qui parcourt les bois en bicyclette pendant la guerre. Mathilde en veut à Anne d’avoir cru à l’amour. Elle qui est plus pragmatique, plus matérialiste, l’avertit souvent des élans du coeur qui ne mènent à rien envers des hommes toujours décevants.

 

Mon avis
J’ai beaucoup aimé la façon dont l’auteur retrace l’histoire: avec des lettres et des photos. Rien de plus. Elle observe les toilettes de sa grand mère, la gaieté sur le visage adolescent de sa mère, la finition d’une chemise sur un portrait en noir et blanc.Elle décrypte des écritures, des surnoms au bas d’une lettre, elle compare les dates.
J’en suis donc venue à me questionner sur la question de cette transmission aujourd’hui. Si dans le temps les moyens de communication étaient plus difficiles et les courriers plus longs à arriver, au moins ils étaient plus durables, plus humains, stockés précieusement dans des boites. Dans quelques années, comment feront nos petits enfants (à moins d’avoir laissé nos mots de passe sur nos testaments) pour relire nos mails, nos comptes, nos journaux intimes? Pour savoir quels étaient nos « mots d’amour de l’époque », notre façon d’aimer et de se le dire? Nos données et nos images sont dans le Cloud pour les statisticiens de google, mais ne sont même pas accessibles à nos proches en cas de décès, en témoignent le nombre de comptes Facebook décédés encore en ligne. A l’ère du numérique nous croyons tout stocker sans imaginer que dans quelques années, nos milliers de photos et messages seront introuvables, aussi éphémères qu’une photo reçue sur snapchat.
D’autre part, moi qui ne suis pas spécialement « roman de guerre » j’ai acheté ce livre sans savoir qu’il allait en parler, et c’est pas plus mal, car je ne l’aurais peut être pas acheté, et à tort. La guerre me met mal à l’aise, c’est à la fois trop loin et beaucoup trop proche, trop triste et trop peu poétique. Ici elle est traitée simplement, et dans le contexte d’une relation amoureuse, cela ne m’a pas déplu.

Le signe astrologique de ce roman
J’ai changé plusieurs fois d’avis au cours de ce roman; au départ, je le pensais balance, avec le titre « une allure folle » et Mathilde légère, et bien habillée, je pensais à Brigitte Bardot, balance aussi. Mais cela m’est très vite passé quand j’ai compris les sacrifices que faisait Mathilde, et surtout quand Anne est entrée dans la partie. Plus sérieuse, plus entière, plus spirituelle aussi.Mathilde m’a alors semblé capricorne avec son pragmatisme, sa sensualité mais aussi sa vénalité, tandis qu’Anne m’apparaissait plutôt taureau, femme dure et romantique à la fois, sa joie de vivre et d’enfanter se confrontant à des crises brutales et soudaines.
A la fin du roman le signe astrologique s’est imposé à moi: Ces deux femmes vivant en marge de la société, avec leurs codes bien à elles, leur joie de vivre, l’extravagance très jupitérienne de Mathilde se conjuguant avec le besoin d’être « au -dessus » d’une Anne rebelle et parfois d’une colère sans nom m’ont amené au signe de sagittaire. Tout d’abord, le sagittaire est voyageur , et pour l’époque, on voyage beaucoup dans ce livre !
D’autre part, Armando, le père d’Anne italien, lien entre ces deux femmes, et noeud de l’histoire finalement, jamais là, flambeur, beau parleur et épris de liberté possède de nombreuses caractéristiques du sagittaire. Le sagittaire est optimiste, et espère trouver sur les rivages lointains des réponses lui permettant de se réaliser, révélant sa tendance à vivre dans ce qui pourrait être plutôt que dans ce qui est.

Extraits choisis 

« Il fait tellement chaud que maman a noué son blouson en daim sur ses hanches. D’une impulsion subite, elle opère une volte-face et crie au photographe derrière elle « Là-bas regarde » ! Torsion du buste soulignée par une posture de danseuse, pied droit en lévitation, le gauche posé devant, son bras projeté vers je ne sais quoi, son blouson plus sa jupe, qui volent autour d’elle. C’est instant suspendu me bouleverse. L’ambiance, l’insouciance, les amis de toujours. Et l’amour qui naît sur le cliché suivant. »

« Cela faisait si longtemps. C’est si fragile le plaisir. Et un tel miracle après toutes ces années à osciller entre les pics et les creux. A Bruxelles, étendue toute seule sur son lit, berceau de leurs plus belles nuits, elle avait souvent songé à cette jouissance précaire, à tous les moments où Armando n’avait pas été près d’elle. Un jour dans son sommeil, après les nirvanas de l’amour de la veille, quelqu’un ou quelque chose lui avait soufflé: Tildy, tu t’es trop abandonnée hier. Aujourd’hui tu t’ennuieras.
Comme si le bonheur allait et venait mais se payait toujours. »

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