Les mijaurées

balance

Auteur

Elsa Flageul : née en 1980, cette romancière passionnée de littérature a d’abord étudié le cinéma. « Les mijaurées » est son quatrième roman.
Résumé
Récit d’une amitié qui nait à l’école et qui ne cesse de se renouveler. Clara et Lucile se rencontrent dans le « collège élitiste » de leur quartier sans vraiment en faire partie. Elles y noueront une amitié voire une fraternité solide. Plus tard elles découvriront les étés en Suède, les garçons… Sans fréquenter le même lycée elles ne se perdront jamais de vue, vivront ensemble leur entrée dans la vie adulte. ET puis l’amour… en tombant amoureuses du même homme elles se feront du mal. Mais arriveront à surmonter. Plus tard, forte de leur succès professionnel respectif, elles retrouveront leur liesse, avant de rencontrer d’autres épreuves : la maladie, la maternité, les deuils… L’histoire d’une vie, ou plutôt de deux vies que l’on suit en parallèle.
On dit qu’un ami est une personne qui vous connaît bien et qui vous aime quand même. Si  l’amitié se reconnaît à la façon dont chacune se réjouit pour l’autre de leur bonheur et de leurs réussites, alors celle ci en est une vraie.
Mon avis
On ne peut que transposer et repenser à nos années collège, lycée, et à l’entrée si difficile dans la vie adulte. Il n’y a aucun cliché, il y a une vraie histoire d’amitié, de l’amour presque, une chance inouïe que partagent la brune et la blonde. Il semblerait au fil des pages que si l’amitié paraît plus difficile à conquérir, elle parvient plus aux concessions que l’amour, que les sentiments sont plus purs et plus sincères. Les deux amies surmontent les épreuves que la vie leur proposent, et on les envie…
Le signe astrologique de ce roman
Balance ! Tout se passe comme si les deux amies se tiennent chacune d’un côté d’une balance, l’équilibre de leur amitié étant totalement dépendant l’une de l’autre.
La balance, signe féminin, est dirigée par Vénus, planète de l’art, de la création, de la beauté…
La balance est aussi le signe du partage et de l’harmonie par excellence, elle est le signe qui permet de passer du « je » au « nous ».

Extraits choisis 

Je ne suis pas née dans les ors et les fastes d’une grande famille, n’ai pas été élevée par des parents mariés et ensemble, ni par des nurses anglaises et des bonnes en habit, pas été au catéchisme, même pas été baptisée, jamais pris l’avion, jamais été aux Bahamas, Seychelles, Etats Unis, jamais eu de baby-sitter, de jeunes filles au pair étrangères m’attendant à la sortie de l’école avec un goûter, de professeurs particuliers, de maisons de campagne avec piscine et armoiries au dessus de la cheminée, pas pris de leçon de tennis, équitation,water polo, danse classique, pas eu de grand mère qu’on appelle bonne-maman, de colliers de perles, de jupes plissées écossaises, d’argent de poche toutes les semaines, de week-ends à la mer en été, à la montagne en hiver. Rien de tout cela. Lucille non plus.

Nous sommes redevenues celles que nous avons toujours été. En apparence il n’y avait aucune différence, de l’intérieur pourtant quelque chose s’était déplacé. Nous avions vu si loin l’une en l’autre, si loin et si profond que j’ai pensé que plus rien désormais ne pourrait nous séparer : nous savions de quoi nous étions faites, de quoi nous étions capables, nous nous connaissions sous notre pire jour, celui que seuls les amants qui se déchirent connaissent. Rien n’était effacé, nous gardions en nous une blessure, une balafre même mais qui ne faisait plus mal. Malgré tout cela, nous nous aimions toujours, avec la tranquillité un peu usée de ceux, qui, un jour, ne se sont plus aimés. Je ne savais pas si c’était un miracle, une folie ou une aberration mais c’était pourtant un fait: nous nous aimions toujours, avec plus de force peut-être qu’auparavant.

En attendant Bojangles

verso

Auteur : Olivier Bourdeaut
Auteur nantais, « En attendant Bojangles » est son premier roman.

Résumé

Un couple fou amoureux danse sur le titre « Bojangles » de Nina Simone. Leur fils les regarde émerveillé de tant d’amour et raconte leur histoire, celle d’une vie marginale, remplie de fêtes et de plaisir. Petit à petit, on découvre que c’est la mère du narrateur qui décide cette vie fantasque, ce véritable château en Espagne, avec une oie comme animal de compagnie. Au départ, on la pense simplement excentrique, alors qu’en réalité elle est atteinte d’une réelle maladie psychique et sombre de plus en plus vers ses démons. L’amour que lui portent son mari et son fils est tellement entier qu’ils se résignent à la suivre partout et jusqu’au bout de ses folies…

Mon avis

J’ai lu ce roman en deux heures et je l’ai fini en larmes tant j’étais émue. Rien ne m’émeut autant que l’amour absolu, celui que rien ne peut contraindre. On y trouve tellement de respect, de finesse, une absence totale de calcul, c’est tellement beau (et utopique) d’aimer l’autre au point de s’oublier, sans attendre de reconnaissance, juste l’aimer pour ce qu’il est, et ce qu’il nous donne. Tout promettre et tenir toutes ses promesses, tout dire et ne jamais mentir, crier et se faire rassurer.
La finesse de l’auteur, c’est d’aborder le sujet de la folie  et de la maladie sans le dire au départ. Au début du roman, on croit simplement, comme l’enfant narrateur, assister à une suite de situations cocasses et loufoques, qu’on imagine inventées pour divertir le lecteur…  Puis on découvre le douloureux, le caché, ce qu’on essayait de sublimer. C’est extrêmement malin car on bascule du rire aux larmes sans avoir recours au pathos. Quel talent! J’ai adoré !

Le signe astrologique de ce roman

Verseau, sans hésitation aucune…
Les personnages, surtout la mère du narrateur, sont totalement uraniens. Uranus, planète de l’humanité, de la fraternité et de l’amour absolu, s’affranchit des règles et des lois dépassées de la société. C’est la planète de l’excentricité, de la rébellion. En clair, Uranus est la planète des passionnés… Elle représente les inventeurs, les originaux… et les fous….

Extraits choisis

Je voyais bien qu’elle n’avait pas toute sa tête, que ses yeux verts délirants cachaient des failles secrètes, que ses joues enfantines, légèrement rebondies, dissimulaient un passé d’adolescente meurtrie, que cette belle jeune femme, apparemment drôle et épanouie, devait avoir vu sa vie passée bousculée et tabassée. Je m’étais dit que c’était pour ça qu’elle dansait follement pour oublier ses tourments, tout simplement.

Ils volaient mes parents, ils volaient l’un autour de l’autre, ils volaient les pieds sur terre et la tête en l’air, il volaient vraiment, ils atterrissaient tout doucement puis redécollaient comme des tourbillons impatients et recommençaient à voler avec passion dans une folie de mouvements incandescents. Jamais je ne les avais vus danser comme ça, ça ressemblait à une première danse, à une dernière aussi.

Les indociles

gemeaux

Auteur 

Murielle Magellan

Résumé

Olympe Delbord est une galerie reconnue, séductrice et libre. Passionnée d’art et extrêmement douée, elle s’est constituée très tôt un réseau d’artistes et de professionnels qui l’admirent et la redoutent. Olympe n’a pas d’homme dans sa vie, ou plutôt beaucoup d’hommes. Elle les séduit, les manipule, et les jette. Elle a eu une enfance difficile, les sentiments ne sont plus pour elle.

Jusqu’au jour où elle tombe sur Paul… Paul est un être simple, pur, marié, des enfants, une vie réglée, un salaire raisonnable. Paul est fidèle et droit. Et tout cela déstabilise Olympe dangereusement…

Parallèlement, elle découvre par le biais d’une stagiaire gitane un peintre méconnu, Claude Solal, déjà âgé, extrêmement talentueux mais aigri.

Se succèdent dans ce roman ses entretiens avec Paul, qu’elle se résigne à prendre en ami, et Solal, qu’elle doit convaincre de peindre pour une future exposition.

Et si Olympe ne réussissait pas, cette fois ci, à garder le contrôle sur tout? Sur ses sentiments, et sur la créativité des autres?

Mon avis

Quelle tristesse de finir ce roman et de quitter ses personnages!! On adore Olympe, cette femme intelligente, riche, belle, et surtout libre, inclassable, et indocile! On aime son milieu artistique, sa répartie, son insolence, sa chambre, ses cigarettes, son parcours, son Paris! On adore comme elle nous parle de ses œuvres d’art et des humeurs des artistes… et surtout on adore comme l’amour la surprend et l’étourdit alors qu’elle le prend pour de l’amitié… On aime quand Paul lui demande « ça vous arrive souvent, d’être sur le point de vous évanouir? » On aime cette ambivalence de la femme ambitieuse séduite par un homme « ordinaire », et la perte de contrôle qui en découle.

Le signe astrologique de ce roman

En refermant ce roman je me suis dit qu’il était un de mes préférés de la rentrée littéraire 2016. Je ne pensais pas si bien dire quand j’ai réalisé que son héroïne avait tout du Gémeaux, qui est aussi un de mes signes préférés…

Gémeaux pour l’ambiance du roman, « donjuanesque » qui est légère sans l’être, pour cette héroïne libre, charismatique, qui préfère les oeuvres et la beauté des choses matérielles aux hommes, pour ses phrases courtes et efficaces, et pour son réseau qu’elle s’est construite très jeune. Gémeaux aussi pour sa façon de séduire, et de coucher avec les hommes, ou les femmes d’ailleurs, et pour ses mots crus.

Les gémeaux sont des travailleurs, ne dépriment pas beaucoup car en cas de coup dur ils se donnent corps et âme dans le travail. Ce ne sont pas des romantiques mais ils savent plaire.

L’extrait ci dessous correspond décrit parfaitement ce signe astrologique :

Extraits choisis

« Olympe a trente-sept ans et elle n’a jamais vraiment écouté une phrase jusqu’au bout. On n’est pas l’une des galeristes les plus en vue de paris, à trente-sept ans, sans avoir un fond d’impolitesse, un mépris de la lenteur, une persistante hâte. »

« Ils sont assommés par cet échange qui les ramène à ce qu’ils sont : des indociles. Des marcheurs de côté. Des êtres qui échappent à la définition. Ils ne se sont jamais pliés à une seule loi, une seule façon d’aller au monde. Ils sont conventionnels, puis ils ne le sont plus. Réactionnaires puis profondément ancrés dans leur époque. (…) Les indociles n’ont pas d’âge, ni de classe sociale. Ils sont instruits ou ne le sont pas, et dans ce dernier cas, ils sont ébaubis quand ils découvrent, au détour d’un texte, d’un article de presse, que d’autres ont si bien exprimé ces choses qu’ils se sentaient seuls à penser. (…) Les indociles éclatent parfois de rire quand on ne s’y attend pas. Parce qu’ils ont honte de leur propre gravité, de leur sérieux ridicule. »

 

 

Blonde à forte poitrine

poisson

Auteur:  Camille de Perretti

Résumé
Texas. Vickie, une jeune fille de 17 ans travaille dans un fast food comme serveuse et tombe rapidement enceinte du fils du patron. Sa mère la rejette, puis plus tard son compagnon aussi, elle se retrouve à la rue avec son bébé. Consciente du pouvoir qu’elle exerce sur les hommes, elle devient strip teaseuse. Quelques temps plus tard, forte de son succès et de ses formes généreuses, un milliardaire nonagénaire tombe fou amoureux d’elle et décide de la recueillir et de la protéger elle et son fils. Elle se croit sauvée, c’est la chance de sa vie. Il en fait cependant une playmate et lui offre des seins surdimensionnés. Elle enchaîne alors les photos, les interviews, les voyages, avale des pilules pour tenir et des pilules pour dormir. Fragile, elle se laisse parfois aller dans des bras d’inconnus. Tous la veulent, tous la désirent. On l’insulte, on la bafoue, elle en perd son libre arbitre, sa façon de penser. Elle crée des scandales, se fait découvrir en plein délit de toxicomanie. Elle arrête alors sa carrière, se marie avec son « papa », son vieux milliardaire qui ne demande qu’à se lover dans ses seins. Elle mène quelques mois heureux et paisibles, puis son vieux protecteur décède… C’est de nouveau la descente aux enfers. Son beau fils la dégage de la maison et la revoilà a la case départ, prise dans des procès, sans argent, dans des motels poisseux avec son fils de dix ans, alors elle refait ce qu’elle a toujours fait : vendre son corps pour nourrir son fils.
Un fils qui lui a donné la rage de vaincre, de lutter contre tous, de s’en sortir, mais qu’elle n’a pas épargné, qu’elle a emmené partout, qui dormait dans les loges du bar de nuit, dans la voiture, puis plus tard qu’elle laissait seul à la maison, à qui elle demandait ses pilules. Ce fils qui l’adore et qui la hait à la fois, qui lui en veut d’être pour tous « un fils de pute », qui déteste son nouveau beau-père, un avocat célèbre qui ne parviendra cependant pas à faire gagner le procès. Vickie acceptera de tourner le Vickie show, émission de télé réalité racontant sa vie et sa jeunesse.  Sa vie aura toujours été médiatisée, scandaleuse et tragique.

Ce que j’en ai pensé
Ce roman largement inspiré de la vie d’Anna Nicole Smith même si on y retrouve quelques données discordantes, nous tient en haleine sur un rythme entêtant. La blonde. Le fils. La fille. Le vieux. L’histoire est loin d’être légère. Les évènements traumatisants. On veut savoir la suite, on veut connaître l’histoire jusqu’au bout même si on sait comment elle se termine. On se demande comment ils en sont arrivés là.
Dans cette démesure américaine on se sent parfois mal à l’aise, et on ressort ému de cette vie si peu commune.

Destin d’une femme fragile, prisonnière de son corps et du désir qu’elle suscite. L’auteure nous offre une vision plus compatissante de cette femme que les journaux ont toujours voulu donner d’elle. Belle réflexion à la fin tragique sur toutes ces poupées qui font fantasmer le monde.

Le signe astrologique de ce roman

Poissons!

« Les poissons sont caractérisés physiquement par leurs beaux yeux, des mares hypnotiques où l’on se noie. Le teint typique est pâle, le visage expressif et séduisant. le corps est pulpeux, mais exsude l’attirance sexuelle. » d’après la Bible de l’astrologie, de Judy Hall.

En lisant cette description , j’ai trouvé qu’elle correspondait bien à Vickie. Les poissons ont en effet une personnalité floue et perméable: ils ne sont pas sûrs d’où finit le moi et où commence l’autre. Ce sont de véritables éponges émotionnelles, et ont du mal à dire non, comme l’héroïne de notre roman. Ils peuvent promettre et ne pas faire. C’est un signe qui a du mal à gérer la réalité quotidienne; la façon qu’a Vickie de gérer l’argent en est révélateur: avec les poissons l’argent va et vient… tout comme ce signe est très généreux et n’hésite pas à gâter sans compter.’

Bien entendu, j’ai regardé sur internet le signe astrologique d’Anna Nicole Smith, qui est sagittaire: le sagittaire en veut toujours plus, n’a pas d’attaches et à tendance à l’excès. Cependant, la Vickie décrite par l’auteure n’est pas sagittaire. Le sagittaire est « l’éternel étudiant » qui pose toutes les grandes questions et cherche sans cesse le sens de la vie, et qui peut se montrer acerbe et manipulateur. Vickie du roman ne semble pas réfléchir, elle semble accuser mélancoliquement les coups et les joies que lui infligent la vie… Un côté plus neptunien donc, que le sagittaire avec qui le poissons partage tout de même jupiter, planète de l’ambition et de la démesure.

Pour résumer mes propos, je ne pense donc pas qu’Anna Nicole Smith était aussi ingénue que la Vickie de ce roman…

Extrait choisi

« Dès qu’ils la voient, les hommes sentent qu’il serait facile de profiter d’elle, de couper à la racine la belle plante grasse et fragile. Sa peau douce et laiteuse, ses cheveux blond cendré, tout est en elle inspire un désir de domination. La fille réveille le tyran qui sommeille, donne l’impression à chaque qu’il pourrait la prendre. Elle est un trophée magnifique, un rêve un grand chiffon de poupée qui ne sait pas dire non. »

« L’enfant gardera un souvenir traumatique de cette journée d’orage et de la nuit qui a suivi, de cette chambre de motel, de la douleur muette de sa mère, sa mère qui avale les médicaments par quatre et se laisse tomber sur le matelas comme une souche morte, sa mère qui ne sait pas se battre ». Il lui en veut. Il l’aime. Il n’a qu’elle au monde. Sa mémoire mêlera la terreur de cette nuit aux ricanement des cartoons. Sa mère n’a pas su le rassurer, elle s’est accrochée à son bras de petit garçon, elle a inversé les rôles, a demandé à un enfant de dix ans de la protéger. »