Une jeunesse perdue

vierge

Le livre :

Je suis passée par toutes les phases dans ce roman. A la librairie, la quatrième m’a emballée. Les deux premières pages m’ont intriguée, car on y découvre de suite le sujet principal du roman: le narrateur a atteint un âge certain, ne suscite plus de désir dans le regard des femmes et le vit très mal. Ce sujet étant peu abordé par les auteurs mâles contrairement aux multiples témoignages de femmes sur le sujet, j’étais curieuse de savoir ce qu’un homme d’âge mûr peut ressentir.

Pendant la première partie j’ai eu la nausée en lisant les fantasmes du narrateur reluquant les cuisses des jolies jeunes filles dans la rue qui, sans nul doute, sont des provocatrices et mériteraient d’être châtiées pour ce dénuement honteux. Pis encore, il avoue tromper régulièrement sa femme en s’en vantant, fier de proclamer qu’ils ne font pas partie de ces couples médiocres qui sont jaloux et possessifs, avant d’écrire quelques pages plus tard qu’il ne supporterait pas que sa femme le trompe. Bref un dégoût envers l’auteur s’est emparé de moi, je l’ai alors complètement assimilé à son narrateur. J’étais donc prête à le refermer pour me précipiter vers le Grégoire Delacourt acheté en même temps, et puis une petite voix m’a dit « Agathe, t’es peut-être tombée dans le panneau, l’auteur est académicien, tout de même, il y a de l’auto-dérision là dedans, continue un peu. »

En effet, le but de l’auteur est de ne faire aucun cadeau à son personnage principal, de lui attribuer tous les vils défauts qu’un homme peut avoir, lâcheté, égoïsme, naïveté, et lui donne comme appât une somptueuse Valentina, jeune de surcroît, qui va accepter ses avances et se servir de lui comme jamais. Elle arrive très bien à toutes ses fins, encore mieux que si elle était avec un homme de son âge. Au final, j’ai trouvé le sujet intéressant et bien mené, de voir jusqu’où peut aller un homme, pour qui les tourments de l’amour et du sexe ne sont plus permis, lorsqu’il est persuadé qu’il est préférable de renoncer à tout ce qu’il bâti, réputation, maison, femme, argent et honneur, quand jouir quelques instants l’éloigne encore un peu de la mort.

Je conseille donc ce petit vaudeville semi-tragique à ceux dont le sujet intéresse, et aussi pour le vocabulaire de JM Rouart, qui écrit remarquablement bien ne l’oublions pas. Je verrais d’ailleurs bien ce court roman adapté au théâtre.

Le signe astrologique du roman

Vierge! Qui ne connaît pas le dicton vierge folle / vierge sage? En effet la vierge possède une ambivalence : très acharnée au travail et extrêmement méticuleuse, elle peut parfois soulever ses inhibitions et révéler ses prédilections aux plaisirs de la chair, risquant plus tard de déboucher sur une crise de conscience. Ce qui est le cas ici, le narrateur a toujours su sauver les apparences en ayant une vie plutôt rangée aux yeux de son entourage, mais a toujours voulu séduire à coté. Une femme vierge maîtrise normalement mieux ses deux versants qu’elle arrive à concilier, plutôt que l’homme vierge, qui peut mener facilement et dans le déni le plus total une double vie.

D’autre part, dans le travail, la Vierge n’est jamais au premier plan (sauf si son thème présente un soleil dans le milieu du ciel, ou que l’ascendant lion domine par exemple) et c’est le cas ici du narrateur, galeriste et grand amateur d’art, qui a l’impression d’être arrivé là par hasard, alors que c’est le fruit de son travail souvent conséquent.

Extraits choisis

Ne plus être désiré, n’est-ce pas un supplice aussi injuste et cruel que la mort? La perspective de rejoindre les zombies désabonnés des fièvres voluptueuses m’accablait.

Pourquoi ces jupes si courtes, ces pantalons moulants sur les fesses, sinon pour exciter le passant et chauffer sa lubricité? Je les observais douloureusement. Aucune d’entre elles n’assouvirait jamais ma tentation.Et le supplice qu’elles m’infligeaient, en avaient-elles la moindre conscience? Bien sur que non : elles étaient murées dans l’indifférence et l’égoïsme de la jeunesse.

Valentina était une femme tempête. L’amour réveillait en elle des forces obscures qui se déchaînaient. Le sexe semblait avoir moins pour but d’atteindre la volupté que de libérer des délires, d’ouvrir la voie à de violents tumultes, et de faire surgir des profondeurs de son corps un cri tragique.

La sagesse envers les femmes ne consiste-t-elle pas à vivre l’instant, le pur instant, sans se préoccuper des motivations ou des arrières pensées de celle qui le procure, ni de son passé, de son avenir, ni de ce qui se trame sous la surface de cet instant ? Quel péché contre la vie que la curiosité, quel instrument infernal!

Auteur

Jean-Marie Rouart,de l’Académie française, est né le 8 avril 1943 à Neuilly-sur-Seine. Il est romancier, essayiste et chroniqueur français. Il a écrit une trentaine de roman  et est officier de la Légion d’Honneur.

4 commentaires sur « Une jeunesse perdue »

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