Danser au bord de l’abîme

poisson

Extraits choisis…

Mon mari ne m’avait ni enfermée ni attachée, et pourtant, j’allais m’échapper.

Mes premières émotions d’adolescente refont surface, suffocantes, décuplées par mon appétit de femme, ma connaissance des vertiges.

Je crois que l’on tombe amoureux à cause d’une part de vide en soi. Un espace imperceptible, une faim jamais comblée.

Lire c’est aussi écrire; quand le livre est refermé on le continue.

Vos abîmes m’attirent, me sont nécessaires.

Nos souffrances ne sont jamais assez profondément enfouies, nos corps jamais assez vastes pour y enterrer toutes nos douleurs.

Il me regarde et je suis nue au milieu du monde.

Pourquoi ceux qui vous aiment peuvent vous laisser vous noyer ?

Je dansais au bord de l’abîme, ce n’était pas la peur de tomber qui faisait pousser des ailes, c’était la chute.

Les mères n’ont pas le droit d’être heureuses, ou plus tard, ou après les autres.

Un homme m’avait reliée à moi-même.

Aimer est épuisant, et avec Olivier je n’étais pas épuisée.

Le deuil est un amour qui n’a plus d’endroit où se loger.

Laisse les choses s’envoler, il y a une joie parfois à ne pas les retenir.

Là où il y a du pain, il y a une famille.

Les larmes sont un langage qui ne peut être compris que par celui qui a déjà pleuré.

l’idée de ne pas se battre elle même est un combat.

On ne fait jamais ce qu’on devrait au moment où on devrait le faire. On fait toujours passer ceux qu’on aime en dernier.

Tu adores Caroline parce qu’il y a en toi des obscurités qu’elle accepte.

Je le regarde. je ne pleure pas. les larmes n’ont jamais rien fait pousser.
Les mots qu’on ne dit pas sont ceux qui font le plus de mal.

Le présent est la seule certitude, la seule île possible dans le vide.

Le roman

Je savais bien, chaque soir, lorsque ma grand mère prenait le livre que je lui réclamais, que Blanquette allait mourir dans la gueule du loup. En relisant la chèvre de M. Seguin hier, j’ai compris que j’aimais la lire non pas pour la scène de combat atroce, mais pour le passage d’extase vécue par la chèvre dans la montagne, envahie de fleurs et transcendée de liberté. Il en est de même pour le nouveau roman de Gregoire Delacourt: J’ai été très enthousiasmée par la première partie, qui répondait au titre et au résumé du livre. Les deux parties suivantes m’ont quelques peu déroutée. En effet, l’histoire débute dans une chic brasserie de Lilles en compagnie d’un bel amant subtil, et puis d’un coup l’on se retrouve au camping Pomme de pin avec Mimi et l’arménien du coin. La copine Sophie se trouve un vieux chanteur, et puis on rencontre Jacques qui fabrique des mugs et on va le mettre en couple avec Mimi. Bon, bon d’accord… mais j’aurais aimé rester dans la première partie, avec Emma et Alexandre, qui s’aiment sans se toucher, côte à côte dans une brasserie.

Les pensées de l’auteur sont excellentes, c’est pour cela que j’ai beaucoup corné le livre, mais à de nombreuses reprises j’ai trouvé l’histoire « facile ». On nous a ajouté le deuil, une maladie, des enfants, une maitresse, une mère à faire psychanalyser … A mettre trop d’ingrédients dans une bonne recette pour plaire, le plat s’en trouve un peu gâché. Je pense qu’il n’y avait pas besoin de tout ça.

Dans la troisième partie j’avais l’impression d’être dans un roman d’Anna Gavalda, tout le monde se retrouve et tout le monde s’aime, on était à deux doigts de griller des chamalows au coin du feu en Provence. (Heureusement les personnages ont préféré le vin, le livre regorge d’ailleurs d’excellentes références viticoles.)

Voilà, un avis en demi-teinte pour moi, je n’ai pas ressenti toute la passion de l’auteur et je me suis perdue dans ce qu’il voulait nous faire comprendre. j’ai souvent été malgré moi désolée de constater que cela « sonnait faux ».

CEPENDANT, j’ai beaucoup aimé la thématique majeure du livre: l’abord du vide de l’existence, l’existence étant la courte distance entre deux vides. Comment nous nous efforçons de le combler, grâce au désir de l’autre qui est avant tout le désir de soi, celui de se trouver soi même avant de se faire engloutir par un autre vide. Vouloir ressentir d’un peu plus près le vertige, se rapprocher de l’abîme. Se faire dévorer par le loup, mais à l’aube…
Ce livre se veut être l’apologie du Présent, et mérite tout de même qu’on s’y attarde un peu, chacun fera son tri;)

Le signe astrologique du roman

Poissons… Le rythme du roman m’a fait penser à des vagues, régulières, qui viennent s’échouer sur la mer… Une certaine mélancolie émane du roman, des courtes phrases, des dialogues pastel…
Emma la narratrice, est perdue, comme ce signe le laisse souvent apparaître bien qu’il ne se noie jamais; On sent la présence de Neptune, planète maîtresse du Poissons, avec ses illusions, sa désorientation, sa modestie aussi. Emma veut connaitre l’union transcendante, elle a une soif d’absolu, et c’est cet absolu qui m’a fait penser au Poissons, le dernier signe du zodiaque, celui qui s’est inspiré de tous les autres pour être.

Auteur

Gregoire Delacourt, né le 26 juillet 1960, qui s’est notamment fait connaître du grand public par « la liste de mes envies ».
Il fut d’abord publicitaire puis est devenu écrivain avec son premier roman « L’écrivain de la famille ».

9 commentaires sur « Danser au bord de l’abîme »

    1. Merci Soso 😉C’est tout à fait ça tu as tout compris… je n’avais pas ressenti cette caricature pour la liste de mes envies mais là jai trouvé que ça faisait tres marketing, toi même tu saurais bien le débusquer😉

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  1. J’ai suivi ton enthousiasme pour la première partie du livre sur instagram – j’ai été à deux doigts de l’acheter. Puis j’ai attendu sagement ton avis final et j’ai bien fait ! Un peu mitigé alors, il ne me donne plus vraiment l’envie. A emprunter peut-être plus tard.

    (par contre, un peu dommage d’attribuer « les poissons », un des signes les plus sympathiques à un livre qui n’est pas un coup de cœur !) 🙂 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Oui franchement je l’ai trouvé vraiment commercial, je ne le conseille pas aux fines bouches de la lecture comme toi! Oui c’est vrai les poissons sont très gentils (trop d’ailleurs, on abuse souvent de leur gentillesse…!) comme ce livre trop gentil!

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      1. Complètement ! J’ai l’impression qu’on nous endort avec des couches de belles phrases dénuées de sens, comme si Delacourt pensait avoir trouvé la façon de plaire à son lectorat féminin. Un peu réducteur je trouve.

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