Deux cigarettes dans le noir

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« Au début de sa carrière, Pina Bausch faisait cours elle-même à sa troupe, elle formait ses rangs patiemment. Aucun professeur ne savait faire comme elle. Sa danse n’existait pas. Arquer les genoux, tituber. Piailler. Bouger le ventre vers l’arrière. Disloquer les hanches, personne ne connaissait. Chez Pina, tout était dans la peau. Le corps qui claque. Les bras nobles, les pieds nerveux, tordus, à cogner le sol avec insolence. Pina était cette femme bizarre. »

Le roman

Une nuit, Clémentine part à la maternité pour accoucher. Seule et dans la douleur de ses contractions, elle percute quelqu’un sur son trajet. Dans le déni le plus total, elle ne va pas s’arrêter et tracer sa route.

« Voilà je n’essaie pas de freiner, c’est trop tard. (…) Je continue ma route parce que j’ai mal au ventre. J’ai si mal au ventre. »

Quelques jours après la naissance de son petit Barnabé, cette jeune mère isolée, ouvrière et végétarienne, apprend la mort de la célèbre danseuse Pina Bausch lors de la fameuse nuit. Mortifiée, elle se remémore les cheveux gris et la cigarette allumée de la personne qu’elle a fauché. Elle a tué Pina Bausch en allant mettre son enfant au monde. Dès lors, en plus de l’angoisse de se faire découvrir, elle ne va plus cesser de penser à la danseuse. Elle veut connaître sa vie, ses ballets, ses chorégraphies, sa façon d’être. Elle surnomme même son fils Pina. Elle regarde les dvd de la danseuse, son bébé sur les genoux.

«  Pina montre l’amour comme il existe. Il n’y a rien de joli. C’est l’amour. Cela ne cherche pas à plaire. Orteils piétinés, griffures, lèvres rougies, irritées, on aime en s’abîmant. »

La façon qu’elle a de penser à Pina vire à l’obsession, qui elle même vire à l’identification.
Clémentine essaie de se remémorer l’histoire, que s’est-il vraiment passé cette nuit-là??
Sa meilleure amie la prend pour une folle, sa mère lui prend son fils qui ne grandit pas, elle se sent suivie, retrouve des messages anonymes dans sa boite aux lettres. Et son obsession pour Pina Bausch ne fait que grandir.

La question est là : la maternité, ce véritable tremblement de terre dans la vie d’une femme, peut-elle la rendre folle?

L’auteur passe de Paris à Wuppertal, en Allemagne, de la vie de l’une puis à l’autre jusqu’à ce que l’on se perde nous-même. Une sorte de manipulation psychologique des personnages et du lecteur habilement menée…

Mon avis

Difficile de ne pas être charmée par l’originalité de l’histoire! D’autant plus quand la maternité de la narratrice est contemporaine à la mienne ! L’auteur en parle d’ailleurs avec beaucoup d’intelligence et de finesse, sans jamais rentrer dans les clichés, puisqu’habilement il détourne le chamboulement que vit cette jeune femme en le transposant à la danseuse décédée, dont la biographie est très intéressante !

Tout est dramatique dans ce roman, il faut bien l’admettre mais comme l’héroïne, on tient le coup car le roman danse. Un scénario bien ficelé, actuel, dont on ressort joliment malmené, et bien sûr si l’on aime la danse, complètement charmé!

Le signe astrologique du roman

Cancer…
Le cancer symbolise la maternité, la fécondité, la création. C’est un signe d’eau, fait de douceur, doué pour l’art, la discrétion. Les signes d’eau sont dans l’irrationnel, dans l’émotion plus que dans le pratique. Le cancer est un signe qui aime se cacher sous sa carapace, comme la narratrice du roman, qui se fait toute petite, recluse et seule, dans son appartement.
Enfin, le physique de Pina Bausch, maigre presque décharnée, fumeuse, m’a rappelée celui de bons nombre de femmes cancer, à l’image de Charlotte Gainsbourg par exemple.

« Pina riait derrière ses mains, le sourire en coin, les yeux bas, la crainte d’être aimée. »

Un mot sur l’auteur

Julien Desfresne Lamy est né en 1987. Il est déjà l’auteur de deux romans. Il enseigne les lettres en région parisienne.

Citations et extraits du livre

« Bruno les aime féroces les filles. C’était bien ma veine. Il aime quand elles cognent et qu’elles dégainent une série de répliques mesquines. Une petite femme d’intérieur avec du caractère. Une qui peste à la venue improvisée des copains le soir mais qui dandine gentiment du cul. La preuve, il est venu me rechercher ce jour-là. »

« Je ne suis plus la même depuis ma grossesse. J’ai l’impression que mon corps me cache un secret. Je regarde la pendule, Barnabé qui fixe le plafond en silence, quelque chose m’ échappe. Grossesse, ça me fait penser à promesse. »
J’aimais danser car j’avais peur de parler. Pina Bausch

6 commentaires sur « Deux cigarettes dans le noir »

    1. Oui les cancer sont des personnes entières, c’est pas pour rien qu’on leur a donné le nom d’un tropique 😉 Mister ne serait pas cancer par hasard? Faudra que je te fasse ton thème un de ces 4, tu dois avoir de l’eau quelque part 😉

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      1. J’en pense que c’est génial ! Deux signes du même élément s’entendent à merveille et dans un couple c’est nécessaire. (Nous on est tous les deux en terre, un peu chiant quoi mais on l’assume😉)Pour les kids c’est cool aussi d’être connecté avec ses parents. En revanche en amitié il faut s’ouvrir un peu à d’autres éléments sinon on ne s’en sort pas ! 😅 tu me donneras ta date de naissance, lieu et ton heure je regarderai tout ça si tu veux 😉

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