Par amour

belier

Confession de l’auteur :

« Ma mère, Havraise, parlait peu de la guerre. Je devinais pourtant qu’elle avait vécu l’enfer. Un jour, j’ai saisi les raisons de ce silence. La ville n’avait pas seulement été occupée par les Allemands. Nos propres alliés, les Anglais, l’avaient bombardée sans relâche, puis détruite, assassinant nombre de ses habitants. Des enfants, par centaines, parce qu’on souhaitait les protéger, avaient été arrachés à leur famille et évacués, pour certains jusqu’en Algérie.
Alors j’ai voulu comprendre. Ce que j’ai découvert m’a éclairée sur ce qu’est le courage, l’abnégation, et sur l’amour qui n’évite ni les désastres, ni les chagrins, mais éclaire les routes lorsque tout s’effondre. L’amour se dessine comme le seul élément, la dernière richesse qu’aucun ennemi ne pourrait enlever à ceux qui luttent. Il est le terreau des plus belles récompenses et des plus grandes émotions. Par amour, n’importe quel être humain peut se surpasser. C’est ce que nous révèlent les personnages de ce roman. »

Le signe astrologique de ce roman

Un signe de feu assurément car le roman est à feu et à sang : parmi les trois signes de feu (bélier, lion, sagittaire) le bélier représente le mieux ce roman: l’esprit de conquête, le feu qui jaillit, l’imprévisible, l’indomptable. Le bélier est régi par la planète Mars, la planète rouge, la planète de la guerre par excellence…
Le bélier est aussi le premier signe du zodiaque et cette position lui confère l’instinct de survie, sentiment qui ne quitte pas les personnages de ce roman…

Le roman

Par amour est le récit déchirant d’une famille havraise durant la seconde guerre mondiale.
Tout ayant été détruit, l’auteur a du faire un travail de fourmi et de recherches dans les rares archives pour romancer ce qu’ont dû vivre les familles de l’époque.
En effet, dans ce récit, deux soeurs, leurs maris et leurs enfants se relaient la narration pour nous raconter la vie qui fut la leur durant cette période au Havre, ville stratégique pour les frappes militaires anglaises et allemandes.

Tout commence par la mobilisation, et puis l’exode. On ne peut d’ailleurs pas s’empêcher de faire un parallèle avec les migrants syriens d’aujourd’hui. L’extrait suivant m’a semblé être un beau message pour nous :

« Personne n’est préparé à tout quitter ainsi, à devoir inventer les moyens de survivre, quand, le jour d’avant, tout était si parfaitement ordonné, le linge sale dans son panier, le linge propre dans son armoire, la soupe sur la cuisinière, les draps repassés, la journée planifiée. Lorsque les premiers convois avaient sillonné la ville, nous avions murmuré : Pauvres gens, à nous cela n’arrivera jamais! »

Puis vient la capitulation du Maréchal, l’été 1940. Le sentiment d’échec, l’orgueil bafoué des hommes. La soumission du peuple :

« Il n’y avait plus d’endroit ou d’envers, de tort ou de raison, de bon ou de mauvais côté : tout cela venait de disparaître dans le fracas de la défaite. Désormais, il y aurait seulement la vie et la mort. »

Tout au long du roman, les bombes sifflent et les sirènes hurlent. La résistance s’installe.

« Les bombardements commençaient vers vingt-deux, vingt-trois heures, parfois, c’était plutôt à l’aube, il fallait courir jusqu’à la tranchée abri et là bas, papa nous faisait jouer aux petits chevaux pour que l’on oublie les tremblements et les explosions. »

Comment l’âme peut-elle supporter un pareil stress, un tel traumatisme, les rationnements, et surtout les séparations familiales? Car pour être protégés, nombre d’enfants étaient envoyés en Algérie pendant une à plusieurs années. Et toute communication était coupée. Comment faisaient les femmes pour ne pas mourir d’inquiétude, leur homme au front, les enfants sur un autre continent, dans la crainte perpétuelle d’apprendre la mort de l’un ou de l’autre?

«J’avais honte. Honte d’être une mauvaise mère, tout juste bonne à se laisser glisser malgré l’amour que j’éprouvais pour mes enfants, malgré leur émouvante métamorphose, malgré l’espoir qu’ils portaient vaillamment en eux. »

Et se dire que c’était il y a si peu de temps…

« Comment était-il possible que le monde soit assez fou pour plonger à nouveau dans le sang, après l’horreur que nous avions vécue, moins de vingt ans en arrière? »

Sans dévoiler le reste du livre, se succèdent par la suite nombre de péripéties qui nous tiennent en haleine durant tout le roman, des dissimulations, des mensonges, des déchirements, mêlés aux évènements historiques que l’on connaît, comme la déportation des Juifs, lancée à bas bruit, déjà assassinés quand le peuple se demandait à peine ce qu’il se passait avec eux.

« Non vraiment, cette rumeur était folle. Selon moi, les Juifs étaient les victimes d’une opération avant tout économique, la guerre coûtait cher, il fallait remplir les caisses et trouver des bras. »

Et puis la libération du Havre, après la destruction totale de celle-ci par l’armée anglaise. Comme un traitement pour le cancer, on tue toutes les cellules pour guérir. C’est le cas ici, pour gagner la guerre, les anglais ont du raser la ville pour être sûrs de tuer tous les allemands. (Et une autre hypothèse de l’auteur tout aussi intéressante à la fin du roman…)

Il n’y a pas eu de cris de joie, ou si peu. Nos gorges étaient trop serrées pour acclamer nos libérateurs, puisqu’ils étaient aussi nos assassins.

On se sent tellement petit, tellement honteux… et tellement heureux dans notre vie après la lecture de ce roman! Juste avoir ses proches près de soi, n’est ce pas l’essentiel? Le traumatisme de cette guerre est tellement immense, le sentiment de gâchis omniprésent. Combien d’enfants n’ont pas eu d’enfance, combien de femmes ont perdu leur mari, combien d’hommes ont perdu leur honneur…

Mon avis

J’ai été complètement conquise par la plume de l’auteur. Douce, progressive, juste, syntaxe parfaite…
Larmes aux yeux inévitables par moments, mais  le but de l’auteur n’est pas insister sur l’horreur.
Le travail de recherche derrière le récit est omniprésent : plus qu’un roman, un document ! À lire!!

Citations du roman

La vie est ainsi, m’avait confié papa. Le monde est une roue qui tourne vite, à peine es tu en haut, que te voilà déjà en bas.

Si tu n’attends pas les belles choses, comment veux tu qu’elles se produisent?

On tombe toujours plus vite que l’on se relève.

 Auteur

Valérie Tong Cuong est née en 1964. Elle a étudié la littérature et les sciences politiques, puis passé huit ans en entreprise avant de se consacrer à l’écriture et à la musique. Ses livres sont traduits dans dix-huit langues.

4 commentaires sur « Par amour »

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