Je dansais

 

verso

 

«Nous n’avons pas été sauvées. Une poignée d’entre nous s’est enfuie mais nous n’avons pas été sauvées. Nous sommes pour la plupart encore entre leurs mains. »

 

Marie a 13 ans. Elle rayonne de vie et de bonheur. Elle est encore une jeune fille insouciante et lumineuse. Et puis Edouard la repère, l’enlève, et la séquestre. Et elle sera à jamais perdue, même si quelques années plus tard elle retrouvera sa famille et la lumière du jour.

Edouard a été défiguré dans un accident. Il ressemble à présent à un monstre. En croisant le regard compatissant de Marie dans la rue, il s’invente une histoire d’amour et son obsession pour elle commence, « dans cette odeur de vanille et de pain ».
Il l’enlève, la séquestre, et l’horreur commence. Il la veut toute entière, elle lutte des jours et des jours. Elle s’abîme volontairement quand il veut en faire sa poupée. Petit à petit, elle arrête de lutter. Elle se laisse nourrir, toucher, elle n’habite plus son corps. Ce corps qui ne lui appartiendra plus jamais.

« Je suis le lieu d’un carnage invisible. Ce qu’il accomplit par amour ne peut, selon lui, être entaché, ne peut ni blesser ni salir. Il dit qu’il m’honore et je suis violée. »

Edouard le monstre voit bien que les yeux de sa jolie poupée, son plus beau jouet, se sont éteints. Il s’imagine un monde où Marie l’aimerait, un monde où elle le réparerait.

« J’embrasse tes blessures, ma soeur de martyre, mon âme même. Dans l’autre monde, celui que tes yeux ont crée en rencontrant mes yeux, tu m’écoutes et tu m’étreins; sous ton regard et entre tes mains je suis indemne. Je suis avant l’accident.»

Et puis la narration est donnée aux parents de Marie, anciens migrants, qui pendant leur exil avaient rêvé d’une vie sans terreur pour leur petite fille, et sur qui le sort s’est tout de même abattu. La mère de Marie devient folle de douleur, elle s’adresse au ravisseur en ces termes :

« Je veux vous écarquiller les yeux avec des clous et la glu, avec mes griffes de sorcière hébétée pour que ma douleur y entre entière. Je veux déverser dans le conduit forcé de vos oreilles ma haine pure et que cette lave propage en vous cette dévastation.Je rêve de mots couteaux pour vous ouvrir le ventre et laisser pourrir lentement vos tripes dégoutantes. »

Dans ce roman coup de poing, Carole Zalberg épingle la violence des hommes. Le récit de Marie n’est pas seulement le sien. Marie représente les millions de femmes toujours prisonnières de la loi des hommes. L’enfer des femmes bafouées à travers le monde, les jeunes filles kidnappées pour la prostitution, les femmes recrutées pour servir l’Etat islamique, et puis toutes les autres, vendues, achetées, comme objet de commerce.

Toutes les voix de ces femmes s’élèvent en une seule voix, universelle, qui nous glace le sang.

« Nous sommes les femmes prises sans répit tout au long de l’histoire humaine. Nous petites encore fraîches, données en pâture au sexe violent des soldats, à l’éboulis que sont leurs corps de pierre sur nos corps duveteux, puis, quand tout en nous s’est éteint, quand nul ne voudra plus nous reconnaître, quand nous serons l’abîme sous les pieds des vivants, jetées, livrées aux crachats ou finies à la machette, à la kalach, à mains nues. »

Je conseille ce livre à tous ceux qui s’en sentent capables. Par sa violente vérité, il m’a foutu une énorme claque. Un roman utile… malheureusement… pour toutes ces femmes qui ne dansent plus.

La prouesse de l’auteur est selon moi, d’avoir réussi à glisser de la poésie dans ce récit si dur. Et cette interrogation, qui n’en finit pas de nous hanter:

« Quelle divinité mettons-nous ainsi en colère pour qu’elle s’acharne ainsi? De quel rouage sommes nous le grain de sable? Quelle faute nous fait-on payer depuis la nuit des temps? »

La question soulevée par le roman

Les femmes cesseront-elles un jour de souffrir, ou est-ce leur destin pour l’éternité? Les faits sont là, et nous les racontons à nos filles. Nous instillons sans le vouloir, la peur, et la terreur, dans leurs gènes. Cette terreur là que les mauvais hommes savent reconnaitre, et cadenasser, pour que l’histoire se répète à l’infini…

Le signe astrologique de ce roman

Verseau, le porteur d’eau pour ce roman porteur d’un message important : attention aux femmes! Le verseau est le signe symbole de l’Humanité; comment mieux préserver l’humanité qu’en prenant soin des femmes? De leur beauté, de leur joie de vivre, de leur danse incessante?

Un mot sur l’auteur

Carole Zalberg est née en 1965 et vit à Paris. Elle a publié une dizaine de romans notamment Feu pour Feu qui a obtenu le prix Littérature monde.Elle se plait à explorer toutes les formes d’écriture : roman, nouvelle, poésie, scénario, théâtre, chansons, chroniques littéraires, spectacle musical.

4 commentaires sur « Je dansais »

    1. Et tu as bien raison, je ne m’en suis pas encore remise… entre chanson douce et ce livre, on ne prend plus de nounou pour nos enfants et on ne les laisse plus aller à l’école tout seuls… l’écriture de ce roman est cependant absolument superbe ❤️

      Aimé par 1 personne

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