L’amie prodigieuse

J’ai lu ce roman après tout le monde, mais je l’ai lu en partie à Naples, et c’est comme si j’avais rencontré Elena et Lila pour de vrai. Quelle ville étrange, sale et impressionnante. Pour ceux qui n’y sont jamais allés, lire l’amie prodigieuse suffit presque. Même si Naples n’est plus tout à fait celle de 1958, les murs de certains quartiers nous chuchotent toute la violence et les secrets qui s’y sont déroulés.

Résumé du roman

Elena et Lila sont deux petites filles qui au début du roman sont âgées de 6 ans. A travers leur enfance puis leur adolescence, on entre dans une éducation et un style de vie bien différent du nôtre dans une Naples en reconstruction et encline à la corruption.

« Etait il donc possible que seul notre quartier soit saturé de tensions et de violences, alors que le reste de la ville était radieux et bienveillant? »

Une époque difficile où les parents de leur quartier, pauvres pour la plupart, ne poussaient pas leurs enfants à aller à l’école, mais plutôt à les aider à la maison ou au travail. Rares étaient ceux qui allaient jusqu’au collège, et ne voyageaient pas plus loin que le bout de leur rue, les claques volaient à longueur de journée et chacun se faisait la justice soi même, les voisins s’entendaient hurler mutuellement et les femmes se jalousaient.

« Les hommes finissaient toujours par se calmer, tandis que les femmes, en apparence silencieuses et accomodantes, lorsqu’elles s’énervaient, allaient jusqu’au bout de leur furie et ne connaissaient plus de limites. »

Lila est extrêmement brillante, surdouée dirions nous aujourd’hui; à 5 ans elle sait déjà lire et écrire. Elena la narratrice, dite Lenu, est également une élève appliquée, avec des facilités normales. Les deux amies vont se pousser vers le haut, une compétition ambivalente naîtra : à celle qui aura le plus appris, à celle qui aura le plus lu, puis plus tard à celle qui aura des seins et ses règles la première, à celle qui aura le premier fiancé, celle qui aura le plus d’argent. Lila se verra contrainte d’arrêter l’école faute de financement parental et elles devront se séparer. Leur amitié évoluera mais restera, tout comme leurs beautés complémentaires. Dans leur vie, tout est compliqué, les parents, les frères et les petits amis orchestrent leur existence, et il leur faudra beaucoup d’imagination et de volonté pour s’accrocher à leurs ambitions.

Mon avis

Non seulement l’ambiance m’a conquise, mais j’ai été complètement absorbée par les portraits psychologiques des personnages, et l’excellente approche réaliste de l’amitié qu’en fait Elena Ferrante. Un excellent roman sur l’amitié…

Le signe astrologique du roman

capricorne

C’est le signe de notre amie prodigieuse, Lila, tellement capricorne que je lui ai associé des visages de connaissances de mon entourage.

Elle incarne le signe du capricorne par son aspect physique : jeune fille très mince, brune, aux muscles fuselés et bien dessinés. Elle est agile et gracieuse, ses yeux noirs deviennent deux fentes quand elle réfléchit.
Elle laisse transparaitre un incroyable magnétisme, et dégage malgré elle une sensualité envoûtante. Cette puissante attractivité est réservée aux natives de ce signe, contrairement à l’homme capricorne qui cache prudemment sa sensualité.
De plus, elle est extrêmement sèche. Elle rit et pleure très peu. On dit du capricorne que c’est le signe le plus antipathique du zodiaque. Lila est en effet vue la première fois par la narratrice comme une petite fille extrêmement méchante. Si le capricorne peut parfois être, à tort, vu comme quelqu’un de méchant, c’est qu’il est d’abord extrêmement froid. Froid et sec. Un capricorne donne l’impression d’avoir besoin de rien ni de personne. Derrière cette façade impitoyable se cache souvent un diamant brut et mal taillé, mais sur lequel on peut s’appuyer avec le plus grand confort si toutefois on a su attraper la confiance de la bête.

Lila est très très ambitieuse, voit loin, ne réagit pas de façon impulsive mais toujours avec recul. Les anneaux de Saturne poussent le natif à être responsable des siens, comme elle l’est de son frère et de ses propres tâches domestiques, c’est une de leurs grandes qualités. C’est un signe extrêmement entier, très idéaliste dans ses relations, et Lila n’a qu’une parole, ne se laisse influencer par personne, elle reste intègre à ses idées et ses envies.
Si la personne capricorne présente des défauts, elle est tout sauf fourbe et velléitaire.

En revanche, elle possède aussi pleinement l’ombre du signe. On dit de certaines natives qu’elles portent le diable en elles. Elles savent tellement décontenancer le sexe masculin qu’elles rendent les hommes fous. Ils sont prêts à tout pour elle.  Lila est à l’origine de nombreuses querelles et guerres de quartier. Son frère Rino et ses prétendants n’hésitent pas à en venir au poing et aux armes dès qu’elle exprime le moindre désir. Elle attire irrémédiablement les ennuis et s’en rend tristement compte sans pouvoir rien y changer.

« J’ai quelque chose qui ne va pas? Je fais toujours faire des bêtises aux gens. »

Lila est une vraie capricorne, une indocile résignée…

« Tu perds encore ton temps avec ces machins Lenu? Tu ne vois pas que nous volons au dessus d’une boule de feu? La partie qui s’est refroidie flotte sur la lave : c’est sur cette partie qu’on construit des immeubles, des ponts et des routes. De temps en temps, la lave sort du Vésuve ou bien provoque un tremblement de terre qui détruit tout. Il y a tout un tas de microbes qui rendent malades et qui tuent. Il y a les guerres. C’est partout la misère qui nous rend tous méchants. Chaque seconde, il peut se produire quelque chose qui te fera tellement souffrir que tu n’auras pas assez de larmes pour pleurer. »

Pour une balade littéraire dans Naples, je vous envoie sur l’excellente chronique de Booksmoodsandmore :

https://booksmoodsandmore.com/category/en-balade/

 

Croire au merveilleux

La beauté, l’Art et le rêve sont ce qu’il nous reste quand on a perdu l’amour.

Après la mort de sa femme Paz dans l’excellent « Plonger », César part en pèlerinage de leurs souvenirs en Italie, notamment pour faire réparer la statue qu’ils avaient achetée ensemble. Avec Paz, ils collectionnaient les céramiques, visitaient des grottes, et faisaient l’amour sur la plage. Ce séjour douloureux lui donne envie de mourir, malgré son fils, malgré sa jeunesse. Alors Nana apparaît. Cette mystérieuse voisine frappe à sa porte alors qu’il voulait avaler tout un lot de médicaments, et lui redonne petit à petit goût à la vie. Elle est belle, grecque, et possède une culture gigantesque. Leurs discussions, son érudition, ses invitations… Mais qui est elle, pourquoi veut elle l’aider ainsi?

Mon avis

Croire au merveilleux est une invitation au voyage. Et quel voyage! Amalfi ci dessous…

De la côte amalfitaine au Japon en passant par la Grèce, ce roman est un hommage à l’enfant qu’a été César et à son goût immodéré pour la Grèce antique et la mythologie… car « contre le temps qui dévore, seule notre enfance, ce qu’on y puise, peut nous sauver. »

Un roman lumineux et savoureux…

Signe astrologique du roman

Lion! Car la planète du lion est le soleil… et ce roman aux personnages solaires et aux multiples références mythologiques en sont d’excellents représentants. Le personnage de nana, jeune femme blonde, d’une beauté lumineuse, et son appartement, inondé de richesses m’a également fait penser à ce signe d’été et à l’énergie positive. Et puis il y a le personnage de César, solitaire, ambitieux, fidèle et loyal comme l’est ce signe quand il est amoureux.

Enfin, le roman fait entre autres référence à Apollon, fils de Zeus et de la titane Léto, et Apollon dans la mythologie grecque incarne le soleil. Hélios est également cité, Il est la personnification du Soleil lui-même.

Extrait choisi


« Pina etait toute jeune. Elle travaillait dans une galerie d’art qui consacrait précisément une rétrospective à ce John De Andrea. Nikos a acheté l’expo entière. Et il a embarqué Pina avec toutes les statues, dans un grand camion, à la barbe de tout le monde.

_ Il l’avait endormie puis déshabillée, alors?

_ Je ne sais pas dans quel ordre. C’est leur légende. Mais moi ça me plaît, parfois, de croire au merveilleux. »

Mon voyage

Comme par magie, j’avais programmé ce voyage sur la côte amalfitaine, et ma lecture assortie à ce voyage a été un réel enchantement. Je me suis donc rendue sur les lieux décrits par le narrateur, Amalfi, Positano, et une des plages citées, « Marina di Praia », est d’une beauté rare.


D’une petite crique, émergent des sentiers qui nous mènent à des vues hors du commun et  à des restaurants gourmands et douillets. Un régal…



Restaurant « Il pirata »…

La surprise 

Et puis, au détour d’une visite, à Ravello, alors que j’avais déjà terminé le roman, une connaissance m’a conseillé de me rendre à la villa Cimbrone, admirer la vue de la terrasse de l’infini …


Comment mieux clôturer ce voyage et cette lecture qu’en plongeant dans la photo de la couverture du roman ….?

 « À Ravello, on est suspendu entre le ciel et la terre, mais bien plus près du ciel ».   André Gide

Inhumaines

 

Sinon je viens de tuer ma mère. Ah bon. Pourquoi. Comme ça. Travaux pratiques en quelque sorte. C’est donc cela tout ce sang sur ta chemise. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Bien sûr.

Découvrir Philippe Claudel par ce recueil de nouvelles à l’humour noir charbon, pourquoi pas après tout? Déjanté et monstrueusement drôle…
Dans un futur qui pourrait être le nôtre, nous tuons nos parents, nous nous accouplons comme nous respirons et nous torturons le père Noël. Le narrateur prête sa femme à ses amis, lui offre des hommes pour Noël, et quand elle meurt, il en rachète une autre, la même, parce qu’il a ses habitudes. Avec ses collègues de bureau, Turpain, Durand, ou Dubois, ils découpent des phalanges, revendent Dieu sur le Bon Coin et organisent des suicides, tout ça dans la plus grande consanguinité, leurs enfants assistant à toutes leurs banales cruautés.

Hier un automobiliste nous a fait un doigt. Nous le lui avons coupé.

Tout se passe dans la plus grande indifférence, et c’est là tout le principe du roman. Le ton est neutre ou léger du début à la fin, sur les sujets les plus anxiogènes.
Philippe Claudel aborde les sujets de la cruauté, la vieillesse, la pauvreté ou encore du handicap sans aucune précaution, à la manière de certains humoristes qui parleraient des Juifs et des Belges. Il souligne efficacement l’égoïsme ambiant, le sexe et les meurtres banalisés de notre société. Dans un style quasiment dépourvu de guillemets et de ponctuation, les pires horreurs sont lâchées.

Dans un des chapitres intitulé « les philosophes », ceux ci sont en fait des clochards ramassés dans la rue qu’il ramène chez lui et utilise pour lui faire la conversation et l’aider à comprendre ce qui ne tourne pas rond aujourd’hui. C’est un sans-abri qui lui donne une bribe d’explication sur la nature humaine :

Nous avons inventé l’amour faute de mieux et parce qu’il faut bien faire quelque chose. Nous avons inventé Dieu pour nous sentir moins seuls, parce que nous rêvions d’un maître, puis nous avons fini par le trouver inutile et encombrant, laid, puant.

La nouvelle sur le « suicide assisté » est atrocement brillante.
« Hier soir, Turpon du service expédition nous a invité pour son suicide. »
Une vingtaine d’amis est réunie autour de canapés au saumon (ou au tarama peut-être, ils ne savent pas), et attendent de savoir comment Turpon va se suicider. Ils s’abreuvent de banalités comme s’ils étaient invités à un quelconque vernissage. Turpon rigole et picole, son épouse vérifie que tout le monde ne manque de rien. Et puis soudain Turpon n’a plus envie de se suicider. « Tu ne peux pas nous faire cela » lui dit sa femme. « Tes amis sont venus exprès , tout cela a coûté bonbon, on est là depuis deux heures! Tu es un chieur, petite bite. Couille molle, gland fripé, je te l’avais bien dit. Tu vas gâcher la fête et tu nous ridiculises. »
Jusqu’où peuvent mener la bienséance et les principes ? Je vous laisse le soin d’aller lire la nouvelle…

Mon avis

J’ai dévoré ce livre! Je n’accroche pas toujours avec les nouvelles qui ne me laissent jamais le temps de m’attacher aux personnages mais ici l’auteur signe un pamphlet magistral! Le choc et le trash sont au service de la Vérité et nous ouvrent les yeux sur les dérives potentielles d’une société habituée aux monstruosités. Il ne faut jamais s’habituer au pire, et Claudel est là pour nous le rappeler. Il signe avec ce roman un excellent exercice de style, une satyre actuelle, admirablement bien dosée.

« Drôle d’époque. En vérité peu de choses nous choquent. Que faudrait il pour nous choquer. Je ne sais pas. Que tout le monde s’aime peut être. »

L’auteur

Philippe Claudel, né en Lorraine en 1962, a fait ses études à Nancy, a publié une kyrielle de romans dont certains adaptées au cinéma, comme « Les âmes grises » ou encore « Il y a longtemps que je t’aime ».

Le signe astrologique du roman.

scorpion

Scorpion assurément! Ce roman vitriolé pique et repique là où ça fait mal, et le plus gratuitement possible… tout en nous faisant mourir de rire, à l’image de certains humoristes scorpion : Coluche, Florence Foresti, Nicolas Canteloup…

« Que mange-t-on ce soir. Ta mère. Encore. »

Grande Section

gemeaux

Les confidences d’Hadia…

Avec Hadia, on s’est rencontrées sur Instagram. Elle s’est abonnée à mon compte car elle aimait les livres. Un jour, elle apprend que comme elle je suis dentiste. Nous sommes toutes deux agréablement surprises de notre rencontre virtuelle… Les dentiste férus de littérature ne courent pas les rues ! Depuis ce jour, la liste de nos points communs n’en finit pas de s’allonger. (Evidemment, elle est taureau comme moi). Je lui demande si elle a participé à la manif des dentistes, elle me dit qu’elle avait d’autres projets à finaliser. Elle finit par m’avouer qu’elle va publier un roman chez Lattès dans quelques mois. Un tourbillon de joie s’empare de moi tellement je suis contente pour elle. Je réalise alors qu’ Hadia Decharrière va être bien plus qu’une insta-rencontre…

« Hadia, je serai ta première lectrice, c’est génial, une dentiste écrivain ! Tu confirmes ce que j’ai toujours pensé : écrire permet de tout supporter.

_ Ecrire soigne tous les maux. Sans doute ce genre d’histoire te permet de confirmer des envies que tu aurais envie d’accomplir mais que tu réfrènes par soucis de réalisme… Je pense aujourd’hui que réellement, tout est possible dans la vie. Même les choses qui paraissent inatteignables.

_ Tu dois être tellement heureuse ! Tu es sur le projet depuis longtemps? Tu écrivais avant?

_ J’ai toujours écrit, mais sans jamais ressentir la volonté de publier. Qui étais je d’ailleurs pour oser imaginer que mes textes avaient de la valeur?

_ J’imagine que tu ne veux pas me révéler tout de suite de quoi parle ton roman?

_ Le livre qui va être publié vient d’un texte que j’ai écrit vite, un texte cathartique qu’il me fallait sortir.

_ Comment tu as sauté le pas pour entrer dans une maison d’édition?

_ Je ne l’aurais jamais fait sans une amie. En fait, je faisais lire mes textes à mes amies, et un jour, une d’entre elles, Priscilla, m’a dit qu’il fallait que je me fasse publier. On s’est démenées, et de fil en aiguille, j’ai fini par obtenir un rendez vous… Le contrat a été signé, tout s’est passé à toute vitesse. Je ne réalise pas… »

Et puis le livre a été imprimé, Hadia me l’a envoyé quelques jours avant le lancement. Je l’ai lu d’une traite. Son histoire m’a touchée, la tournure de ses phrases et la fluidité de l’écriture m’ont vraiment conquise. Le jour du lancement, je suis allée à Paris pour enfin la rencontrer.
Libraire Fontaine… Je la rencontre enfin, on s’embrasse avec émotion. Après plusieurs centaines de dédicaces, j’ai enfin pu lui poser toutes les questions qui étaient venues m’assaillir après la lecture…

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« Ta syntaxe est superbe. Combien de temps as-tu passé à travailler tes phrases? Et où as -tu trouvé tout ce temps?

_ Oh pas si longtemps ! En fait ce sont les mots qui viennent à moi, j’écris d’un jet. Je ne relis quasiment jamais ce que je viens d’écrire. J’ai écrit quand j’avais un moment, au café par exemple, quand j’attends ma fille à son cours de théâtre. Je n’écris jamais les soirs, je suis trop fatiguée par le cabinet !

_ La couverture est superbe… Est-ce toi qui a choisi la gravure en bas?

_ Oui à la base je voulais un drapeau syrien et américain, mais bon… On a plutôt opté pour cette petite fille. Il y en avait deux à bicyclette, j’ai choisi celle qui regardait vers la gauche, vers son passé.

_ Comment ta maman a-t-elle accueilli le roman? Cela n’a pas remué trop de souvenirs chez elle?

_ Très bien, au contraire. Elle m’a dit quelque chose de très beau, qu’elle ne savait pas « que je savais faire ça… ».

_ Et toi, as-tu senti le pouvoir libérateur des mots, t’es-tu sentie mieux après avoir écrit ce texte?

_ Oui, surtout avec la deuxième partie, « Parenthèse américaine. » Personne ne m’avait jamais reparlé de cette période. Ecrire dessus m’a fait beaucoup de bien. J’ai retrouvé mon oncle sur facebook et c’est lui qui m’a appris tout ce que j’ai écrit dans le roman. Mes souvenirs étaient flous…

_ As-tu d’autres projets d’écriture en cours?

_ Bien sûr… d’ailleurs mon deuxième roman attend sagement, sur le bureau de mon éditrice… »

Le roman

Comment les choses que l’on avait si bien enfouies nous reviennent-elles? Pour la narratrice, la rentrée de sa fille en grande section fait apparaître des réminiscences de son enfance. Un crayon HB acheté pour la rentrée et ses souvenirs des années 80 ressurgissent. Que s’est-il passé cette année là pour qu’elle ait autant envie de pleurer?
Nous voilà à ses côtés, à voyager dans sa mémoire et visionner les clichés Kodac de son enfance, le clip de Thriller en fond.
Née à Koweït de parents syriens, elle déménage trois fois en cinq ans. Koweït, Cannes, Damas, puis San Diego, près de Los Angeles. Puis elle rentrera en France, à Paris, où elle grandira.

Au départ, son père est dans « les affaires », fait construire une villa à Cannes, et sa famille fait ainsi partie des privilégiés du Proche Orient installés sur la côte s’azur.

Les Syriens et les Libanais qui avaient les moyens s’y construisirent une vie en tout point semblable à la leur, les bombes en moins.

Malheureusement les affaires en famille tournent mal, et son père se voit contraint de les faire déménager et de retourner en Syrie. Ils restent alors deux ans en Syrie, la narratrice découvre la culture arabe, elle entend les appels du minaret comme une musique car elle n’est ni croyante ni pratiquante. La nourriture est abondante, odorante, et les femmes sont très habillées.

A Damas, les épouses sont comme des princesses, ça brille et ça scintille dans tous les sens, le minimalisme n’est en aucun cas de rigueur. Il faut du bleu sur les yeux, du rouge sur les lèvres, il n’est pas question de faire un choix, il faut laisser derrière soi un envoûtant sillage de musc et de gardénia.

A Damas, elle est heureuse, sa vie ne change pas trop de Cannes, « sa vie cathodique est riche » et l’école est française. Mais déjà il faut déménager. Son père projette de nouvelles affaires, croit au rêve américain et les emmène à San Diego. Ce sera la parenthèse américaine, celle qui emportera celui qui y croyait tant. Son père ne fera jamais affaire là bas puisqu’il y mourra.

Mon papa ne va pas mourir dans le pays qui l’a vu naitre, mais dans celui qui aurait dû être le témoin de son ascension.

Que reste-t-il de l’enfance quand on a été arrachée à tout? A son pays d’origine, à ses frères et soeurs, à son père? Que reste t-il quand on a connu les trahisons familiales, la maladie paternelle, la dépression maternelle?

Il reste tout. Tout à reconstruire, tout à aimer. La narratrice se met à nager comme une folle, et après quelques années de pause, c’est la natation qui la fera replonger dans ses souvenirs…

Les années qui suivirent sa mort j’ai nagé comme une star. Puis le 19 mai 2014, comme un exquis cadeau d’anniversaire, Molitor renaquit, et les premières photos du bassin qui circulaient sur internet constituèrent un parfait prologue à ma future immersion dans le passé.

Elle ne veut surtout pas que sa fille connaisse la même Grande Section qu’elle. Elle veut la protéger des excès, des voyages, elle veut pour elle une enfance stable, pleine d’amour et de tendresse. Elle ne veut pas qu’elle grandisse trop vite, veut la porter jusqu’à la crampe, profiter de chaque instant avec elle.

Désormais, j’aime les entre deux, ces moments qui me parurent stériles et inutiles jusqu’à présent, ces instants ennuyeux qui ne le sont pas, et que j’apprendrai à considérer comme les fondamentaux de ma vie. Je n’ai pas hâte qu’elle fasse ses nuits, je veux profiter de chaque seconde du silence qui règne quand elle m’appelle pour soulager sa faim, ce silence qui n’arrive jamais en ville, plus de voiture, plus de voisin, il est 3h du matin et je n’ai pas de frisson, je fais ce qui me plaît, je suis seule avec elle; et quand son papa nous rejoint, nous sommes si bien que le monde entier peut crever, j’en ai rien à faire, j’ai tout ce dont j’ai besoin.

Mon avis

Un premier roman a quelque de chose de commun au premier amour. Une émotion particulière, quelque part entre le frémissement et la sensation d’absolu.

Ce livre touchant à la plume impeccable nous parle du déracinement des êtres et des cicatrices que l’on maquille, de la tristesse que l’on cache et qui nous rattrape toujours. Ce roman est un voyage, le pèlerinage d’une enfance volée, une déclaration d’amour au père trop vite parti.

Les questions soulevées par le roman

La narratrice apprend à 36 ans que son père avant de mourir avait projeté de monter une clinique dentaire avec son beau-frère. Celle qui a choisi dentaire deux semaines avant le bac, alors que son dossier pour la prépa HEC était prêt, n’avait jamais pu expliquer ce choix et tombe des nues en apprenant les projets de son père à l’époque. D’où sa question pertinente :

La vie est-elle une succession de choix conscients, où sommes-nous contraints par nos souvenirs inconscients à privilégier certaines décisions, certaines rencontres?

En effet, lorsque l’on croit tout contrôler, tout diriger, l’inné ou l’enfance ont déjà presque tout déterminé…

Hadia parle également de l’émigration, du Proche-Orient qui a changé, de tout ce qu’on déracine quand on déménage loin de ses origines et de l’espoir qui l’accompagne :

Normalement, quand on change de pays, on est accompagné de l’espoir d’y trouver un futur meilleur. Que l’on y soit contraint ou qu’on l’ait envisagé en toute liberté, vivre ailleurs ouvre de nouveaux horizons et donne naissance à des possibilités inédites.

Le signe astrologique du roman

Gémeaux… Comme le père de la narratrice. Ayant également un papa gémeaux, j’ai immédiatement saisi le portrait de celui du roman. Un être positif, débordant d’idées et d’énergie, et surtout malin. Doué pour les affaires. Le genre d’homme qui n’a pas forcément besoin de faire d’études, qui comprend vite et qui a un bon flair. Qui aime les belles choses, qui aime le luxe, qui assume sa famille, qui part tôt au travail sans se plaindre, parce que ça marche, parce que le Gémeaux est un très bon travailleur. Un gémeaux vit avant tout pour son épanouissement professionnel.
De plus, quand on arrive vers 40 ans, notre ascendant prend le dessus sur notre signe solaire. Ce qu’Hadia ne sait peut-être pas, c’est qu’elle est ascendant gémeaux…

Mais tu aurais dû le savoir papa, les affaires en famille ne sont jamais bonnes, tu t’es laissé embarquer dans leur business, tu as accepté d’en prendre la tête. Tu as permis à mes oncles de gagner un fric insensé, de rouler en Rolls… Tu as fait le job, mais toi, tu ne partages pas leur mode de vie, et ton indépendance est devenue trop encombrante. Pas de bol mon papa chéri, tes tontons t’ont flingué.

Un beau roman, à lire, bien évidemment!