Grande Section

gemeaux

Les confidences d’Hadia…

Avec Hadia, on s’est rencontrées sur Instagram. Elle s’est abonnée à mon compte car elle aimait les livres. Un jour, elle apprend que comme elle je suis dentiste. Nous sommes toutes deux agréablement surprises de notre rencontre virtuelle… Les dentiste férus de littérature ne courent pas les rues ! Depuis ce jour, la liste de nos points communs n’en finit pas de s’allonger. (Evidemment, elle est taureau comme moi). Je lui demande si elle a participé à la manif des dentistes, elle me dit qu’elle avait d’autres projets à finaliser. Elle finit par m’avouer qu’elle va publier un roman chez Lattès dans quelques mois. Un tourbillon de joie s’empare de moi tellement je suis contente pour elle. Je réalise alors qu’ Hadia Decharrière va être bien plus qu’une insta-rencontre…

« Hadia, je serai ta première lectrice, c’est génial, une dentiste écrivain ! Tu confirmes ce que j’ai toujours pensé : écrire permet de tout supporter.

_ Ecrire soigne tous les maux. Sans doute ce genre d’histoire te permet de confirmer des envies que tu aurais envie d’accomplir mais que tu réfrènes par soucis de réalisme… Je pense aujourd’hui que réellement, tout est possible dans la vie. Même les choses qui paraissent inatteignables.

_ Tu dois être tellement heureuse ! Tu es sur le projet depuis longtemps? Tu écrivais avant?

_ J’ai toujours écrit, mais sans jamais ressentir la volonté de publier. Qui étais je d’ailleurs pour oser imaginer que mes textes avaient de la valeur?

_ J’imagine que tu ne veux pas me révéler tout de suite de quoi parle ton roman?

_ Le livre qui va être publié vient d’un texte que j’ai écrit vite, un texte cathartique qu’il me fallait sortir.

_ Comment tu as sauté le pas pour entrer dans une maison d’édition?

_ Je ne l’aurais jamais fait sans une amie. En fait, je faisais lire mes textes à mes amies, et un jour, une d’entre elles, Priscilla, m’a dit qu’il fallait que je me fasse publier. On s’est démenées, et de fil en aiguille, j’ai fini par obtenir un rendez vous… Le contrat a été signé, tout s’est passé à toute vitesse. Je ne réalise pas… »

Et puis le livre a été imprimé, Hadia me l’a envoyé quelques jours avant le lancement. Je l’ai lu d’une traite. Son histoire m’a touchée, la tournure de ses phrases et la fluidité de l’écriture m’ont vraiment conquise. Le jour du lancement, je suis allée à Paris pour enfin la rencontrer.
Libraire Fontaine… Je la rencontre enfin, on s’embrasse avec émotion. Après plusieurs centaines de dédicaces, j’ai enfin pu lui poser toutes les questions qui étaient venues m’assaillir après la lecture…

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« Ta syntaxe est superbe. Combien de temps as-tu passé à travailler tes phrases? Et où as -tu trouvé tout ce temps?

_ Oh pas si longtemps ! En fait ce sont les mots qui viennent à moi, j’écris d’un jet. Je ne relis quasiment jamais ce que je viens d’écrire. J’ai écrit quand j’avais un moment, au café par exemple, quand j’attends ma fille à son cours de théâtre. Je n’écris jamais les soirs, je suis trop fatiguée par le cabinet !

_ La couverture est superbe… Est-ce toi qui a choisi la gravure en bas?

_ Oui à la base je voulais un drapeau syrien et américain, mais bon… On a plutôt opté pour cette petite fille. Il y en avait deux à bicyclette, j’ai choisi celle qui regardait vers la gauche, vers son passé.

_ Comment ta maman a-t-elle accueilli le roman? Cela n’a pas remué trop de souvenirs chez elle?

_ Très bien, au contraire. Elle m’a dit quelque chose de très beau, qu’elle ne savait pas « que je savais faire ça… ».

_ Et toi, as-tu senti le pouvoir libérateur des mots, t’es-tu sentie mieux après avoir écrit ce texte?

_ Oui, surtout avec la deuxième partie, « Parenthèse américaine. » Personne ne m’avait jamais reparlé de cette période. Ecrire dessus m’a fait beaucoup de bien. J’ai retrouvé mon oncle sur facebook et c’est lui qui m’a appris tout ce que j’ai écrit dans le roman. Mes souvenirs étaient flous…

_ As-tu d’autres projets d’écriture en cours?

_ Bien sûr… d’ailleurs mon deuxième roman attend sagement, sur le bureau de mon éditrice… »

Le roman

Comment les choses que l’on avait si bien enfouies nous reviennent-elles? Pour la narratrice, la rentrée de sa fille en grande section fait apparaître des réminiscences de son enfance. Un crayon HB acheté pour la rentrée et ses souvenirs des années 80 ressurgissent. Que s’est-il passé cette année là pour qu’elle ait autant envie de pleurer?
Nous voilà à ses côtés, à voyager dans sa mémoire et visionner les clichés Kodac de son enfance, le clip de Thriller en fond.
Née à Koweït de parents syriens, elle déménage trois fois en cinq ans. Koweït, Cannes, Damas, puis San Diego, près de Los Angeles. Puis elle rentrera en France, à Paris, où elle grandira.

Au départ, son père est dans « les affaires », fait construire une villa à Cannes, et sa famille fait ainsi partie des privilégiés du Proche Orient installés sur la côte s’azur.

Les Syriens et les Libanais qui avaient les moyens s’y construisirent une vie en tout point semblable à la leur, les bombes en moins.

Malheureusement les affaires en famille tournent mal, et son père se voit contraint de les faire déménager et de retourner en Syrie. Ils restent alors deux ans en Syrie, la narratrice découvre la culture arabe, elle entend les appels du minaret comme une musique car elle n’est ni croyante ni pratiquante. La nourriture est abondante, odorante, et les femmes sont très habillées.

A Damas, les épouses sont comme des princesses, ça brille et ça scintille dans tous les sens, le minimalisme n’est en aucun cas de rigueur. Il faut du bleu sur les yeux, du rouge sur les lèvres, il n’est pas question de faire un choix, il faut laisser derrière soi un envoûtant sillage de musc et de gardénia.

A Damas, elle est heureuse, sa vie ne change pas trop de Cannes, « sa vie cathodique est riche » et l’école est française. Mais déjà il faut déménager. Son père projette de nouvelles affaires, croit au rêve américain et les emmène à San Diego. Ce sera la parenthèse américaine, celle qui emportera celui qui y croyait tant. Son père ne fera jamais affaire là bas puisqu’il y mourra.

Mon papa ne va pas mourir dans le pays qui l’a vu naitre, mais dans celui qui aurait dû être le témoin de son ascension.

Que reste-t-il de l’enfance quand on a été arrachée à tout? A son pays d’origine, à ses frères et soeurs, à son père? Que reste t-il quand on a connu les trahisons familiales, la maladie paternelle, la dépression maternelle?

Il reste tout. Tout à reconstruire, tout à aimer. La narratrice se met à nager comme une folle, et après quelques années de pause, c’est la natation qui la fera replonger dans ses souvenirs…

Les années qui suivirent sa mort j’ai nagé comme une star. Puis le 19 mai 2014, comme un exquis cadeau d’anniversaire, Molitor renaquit, et les premières photos du bassin qui circulaient sur internet constituèrent un parfait prologue à ma future immersion dans le passé.

Elle ne veut surtout pas que sa fille connaisse la même Grande Section qu’elle. Elle veut la protéger des excès, des voyages, elle veut pour elle une enfance stable, pleine d’amour et de tendresse. Elle ne veut pas qu’elle grandisse trop vite, veut la porter jusqu’à la crampe, profiter de chaque instant avec elle.

Désormais, j’aime les entre deux, ces moments qui me parurent stériles et inutiles jusqu’à présent, ces instants ennuyeux qui ne le sont pas, et que j’apprendrai à considérer comme les fondamentaux de ma vie. Je n’ai pas hâte qu’elle fasse ses nuits, je veux profiter de chaque seconde du silence qui règne quand elle m’appelle pour soulager sa faim, ce silence qui n’arrive jamais en ville, plus de voiture, plus de voisin, il est 3h du matin et je n’ai pas de frisson, je fais ce qui me plaît, je suis seule avec elle; et quand son papa nous rejoint, nous sommes si bien que le monde entier peut crever, j’en ai rien à faire, j’ai tout ce dont j’ai besoin.

Mon avis

Un premier roman a quelque de chose de commun au premier amour. Une émotion particulière, quelque part entre le frémissement et la sensation d’absolu.

Ce livre touchant à la plume impeccable nous parle du déracinement des êtres et des cicatrices que l’on maquille, de la tristesse que l’on cache et qui nous rattrape toujours. Ce roman est un voyage, le pèlerinage d’une enfance volée, une déclaration d’amour au père trop vite parti.

Les questions soulevées par le roman

La narratrice apprend à 36 ans que son père avant de mourir avait projeté de monter une clinique dentaire avec son beau-frère. Celle qui a choisi dentaire deux semaines avant le bac, alors que son dossier pour la prépa HEC était prêt, n’avait jamais pu expliquer ce choix et tombe des nues en apprenant les projets de son père à l’époque. D’où sa question pertinente :

La vie est-elle une succession de choix conscients, où sommes-nous contraints par nos souvenirs inconscients à privilégier certaines décisions, certaines rencontres?

En effet, lorsque l’on croit tout contrôler, tout diriger, l’inné ou l’enfance ont déjà presque tout déterminé…

Hadia parle également de l’émigration, du Proche-Orient qui a changé, de tout ce qu’on déracine quand on déménage loin de ses origines et de l’espoir qui l’accompagne :

Normalement, quand on change de pays, on est accompagné de l’espoir d’y trouver un futur meilleur. Que l’on y soit contraint ou qu’on l’ait envisagé en toute liberté, vivre ailleurs ouvre de nouveaux horizons et donne naissance à des possibilités inédites.

Le signe astrologique du roman

Gémeaux… Comme le père de la narratrice. Ayant également un papa gémeaux, j’ai immédiatement saisi le portrait de celui du roman. Un être positif, débordant d’idées et d’énergie, et surtout malin. Doué pour les affaires. Le genre d’homme qui n’a pas forcément besoin de faire d’études, qui comprend vite et qui a un bon flair. Qui aime les belles choses, qui aime le luxe, qui assume sa famille, qui part tôt au travail sans se plaindre, parce que ça marche, parce que le Gémeaux est un très bon travailleur. Un gémeaux vit avant tout pour son épanouissement professionnel.
De plus, quand on arrive vers 40 ans, notre ascendant prend le dessus sur notre signe solaire. Ce qu’Hadia ne sait peut-être pas, c’est qu’elle est ascendant gémeaux…

Mais tu aurais dû le savoir papa, les affaires en famille ne sont jamais bonnes, tu t’es laissé embarquer dans leur business, tu as accepté d’en prendre la tête. Tu as permis à mes oncles de gagner un fric insensé, de rouler en Rolls… Tu as fait le job, mais toi, tu ne partages pas leur mode de vie, et ton indépendance est devenue trop encombrante. Pas de bol mon papa chéri, tes tontons t’ont flingué.

Un beau roman, à lire, bien évidemment!

12 commentaires sur « Grande Section »

  1. Bonjour Agathe. Ton profil instagram comblait déjà mes attentes de lectrice, mais enfin je prends le temps de visiter ton blog. Et c’est formidable! Aujourd’hui j’ai le temps et la tchatche, alors j’en profite pour te remercier de ce partage. Je dégaine mon téléphone quand je me perds à la bibliothèque ou à la librairie, et toujours je me retrouve bien orientée pour choisir mon livre. « Grande Section » rejoint ma liste … Au plaisir!

    Aimé par 1 personne

  2. Ayant vécu en Syrie plusieurs années, j’étais curieux de découvrir ce livre… Hélas, je dois vous avouer qu’il m’est tombé des main, à force d’enchaîner les clichés et inexactitudes. Ca commence avec l’historique rapide du pays, qui semble être un copié collé de Wikipédia… Puis, on apprend que, à Damas, tous les hommes portent la moustache et fument le cigare. Ah bon?!! Elle confondrait pas avec le reportage qu’elle a vu sur Cuba?!!

    P.S: « Les Syriens et les Libanais qui avaient les moyens s’y construisirent une vie en tout point semblable à la leur, les bombes en moins ». De quelles bombes parle t-elle? Il n’y avait pas de bombes qui tombaient sur la Syrie, jusqu’en 2012… Cette jeune-femme ne connaît à l’évidence absolument rien du tout de la Syrie.

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    1. Bonsoir Robert, il ne faut pas confondre littérature et encyclopédie. En effet, ce roman ne semble pas être celui que vous recherchiez. S’il vous est tombé des mains c’est peut être que vous n’avez pas compris l’objet premier du roman: parler de « réminiscences » et d’inexactitudes justement. Des souvenirs d’enfant, des anecdotes racontées par les adultes, et modifiées par ce que l’inconscient peut soutenir. Ce roman n’est pas un reportage sur la Syrie mais un texte qui parle de l’enfance, des attaches et de ce que l’on a perdu… je pense que d’autres ouvrages pourront répondre à vos questions ou confirmer vos certitudes. Bonne soirée !

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