Les corps inutiles

 

Le roman

« Ils ne me prendront rien, je me donnerai d’abord . »

C’est désormais le credo de Clémence, victime à 15 ans d’une tentative de viol, menacée à l’arme blanche.

Chaque 29 du mois, Clémence, 30 ans, s’habille, sort, et offre son corps à un homme, n’importe lequel, nourrissant l’espoir fou qu’il la réveille de son coma sensoriel. Car depuis l’agression, le corps de Clémence ne réagit plus à rien, n’a jamais froid ni chaud, n’a jamais mal.

« Je vois et je cligne des yeux, je n’ai pas de sensation mais j’ai des émotions, je ne sens rien mais je ressens tout, je baise donc je suis, je suis un être humain. »

Son corps est devenu aussi inutile que les poupées gonflables qu’elle maquille pour son métier. Toute la journée, elle donne vie à Nadine, Marie, Joy. 32 kg, 1m60, 85C. Pour M.Francis S. Qui sont ces hommes qui achètent ces poupées sur internet? Au nom de quoi les juge-t-on? Leur sourire est quotidien, elles peuvent tout supporter, ne diront jamais rien.
Clémence elle, n’a jamais rien avoué.
Pourquoi une victime ne va pas forcément porter plainte? Pour mille et une raisons, à cause du déni, de la honte, de la peur des conséquences. Pour ne pas être stigmatisée, pour encore être comme tout le monde, et surtout, surtout, pour qu’on ne lui dise pas «Ce n’était même pas un viol.»
Détestant son corps et incapable de s’éprendre d’un homme, envahie des démons de son passé, Clémence va être confrontée à les affronter. Un très beau récit.

Mon avis

Après mon  coup-de-coeur-naufrage, j’avais hâte de retrouver la plume de Delphine Bertholon. J’ai tenu bon quelques mois, à peine, le temps de légitimer mon envie en intercalant quelques lectures hétéroclites.
Et bien c’est un Re-coup de foudre total pour sa prose. Ses écrits sont tout ce que j’attends d’une auteure française contemporaine : portraits psychologiques actuels, sujets forts et sensibles traités avec une ironie mordante, un fil conducteur intriguant, aucune longueur… Je vous le recommande mille fois.

Mention spéciale pour la deuxième partie, de seulement 2-3 pages (il fallait oser, très bonne idée pour « casser » le rythme, ainsi que pour la play list musicale après les remerciements.

Le signe astrologique du roman

Capricorne ; le signe le plus « dur » du zodiaque. Gouverné par Saturne, la planète du contrôle, de l’ombre, du déni, de la peur, de la responsabilité, ce signe correspond parfaitement à Clémence, assumant pour elle seule son agression et se murant dans une profonde solitude. Le capricorne s’arrange toujours pour être seul mais s’en plaint, c’est son grand paradoxe, c’est aussi le cas de la narratrice. Ce signe, chez la native, est capable d’ébats sexuels complètement dissociés des sentiments, car tout reste toujours sous contrôle, et sous des airs parfois libres, ce signe est extrêmement froid, tenace et ne livre ses sentiments que rarement, et à très peu de monde.

Extrait

Je m’arrêtai dans une station service pour me changer, mettre la robe lamée que je gardais dans le coffre, mon blouson en jean brut et mes talons trop hauts (ceux-là, ceux qui déséquilibrent mais vous donnent l’allure d’une étoile lointaine vers laquelle tendre la main, espérer la saisir, la convoiter au moins). A l’époque, c’était mon look de quand j’avais soif.

5 commentaires sur « Les corps inutiles »

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