Le jour d’avant

« Je voulais respirer un ciel sans charbon, un horizon sans terril. Je voulais que cessent les bruits du jour d’avant. »

Le jour d’avant, c’est la veille de la catastrophe minière de Liévin où 42 hommes sont morts.
Le jour d’après, et tous ceux qui ont suivi, Michel a cessé de vivre, ou alors il n’a vécu que dans les souvenirs de son frère et de son père défunts.

Quarante ans plus tard, un troisième deuil le frappe, celui de sa femme, celle pour qui la vie avait eu un semblant d’attrait, pour qui il voulait bien mettre ses démons de côté.

N’ayant plus rien à perdre, il reprend l’enquête là où il l’avait laissée, en 1974. Devenu parisien, il renoue avec sa région et le vocable d’antan. «Les gueules noires », « le grisou», « les galibots », « descendre au fond », ces mots sont ceux de générations entières nées et mortes autour des bassins miniers. Les accidents et la silicose qu’entraînaient le travail à la mine en faisaient tout autant la fierté de ses travailleurs.
La catastrophe n’a jamais été jugée, et si quelques hommes politiques en ont fait des discours, Michel prétend connaître le coupable, l’assassin de son frère.

Un procès va alors commencer, mais lequel au juste ? Celui des victimes ? Celui des responsables de la sécurité d’alors ? Celui de Michel qui semble réparer quelque chose ?

Avec une totale maîtrise des corons et de la Cour d’assise, Sorj Chalandon offre un roman riche, émouvant, documenté, haletant. Difficile de ne pas s’incliner devant ce livre talentueux, intéressant, psychologique et parfaitement rythmé. Je le remercie volontiers car des corons je ne connaissais que la chanson de Pierre Bachelet, et sans un roman aussi bien écrit j’aurais sans doute passé ma vie à ignorer l’histoire des bassins miniers du Pas-de-Calais. Un livre que je recommande à tous, et qui plaira aux hommes.

Le signe astrologique du roman

Bélier ! Un signe de feu assurément pour ce roman où le grisou frappe sans prévenir.

Le bélier symbolise l’action, par Mars, le dynamisme, la force, le courage ! Joseph, le frère du narrateur, viril, sûr de soi, drôle et bon vivant m’a immédiatement fait penser à ce signe. Car fier de sa région, de son métier, malgré la difficulté de la tâche, prompt à se lever à 4h30 du main et défier la nature.

Un autre personnage du roman, l’avocat général, dont le discours m’a totalement subjuguée, (certainement un de mes passages préférés du roman),  m’a également fait penser à ce signe, impulsif, flamboyant, charismatique, le feu qui rayonne, qui envoie, qui assassine aussi, sans pitié…

Extraits

« Lorsqu’il remonte au jour, le mineur n’est qu’un survivant. Même s’il est décrassé, il rapporte le charbon en surface. Il lui en reste dans les cheveux, dans le nez, au coin des yeux, entre les dents. La mine a pris la place de l’air dans ses poumons. Le mineur n’est pas mort, non. Mais il sait que la mort l’attend. »

« Si on fait trop de sécurité, on ne fait pas de rendement. »

 

minier

Ce livre est un superbe hommage aux gueules noires…

9 commentaires sur « Le jour d’avant »

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