Soirée de remise de Prix 2017

Vendredi 26 janvier 2018, Librairie L’instant à Paris, s’est tenue la première édition du Grand Prix des Blogueurs Littéraires ! Environ quatre-vingt personnes étaient présentes autour d’un cocktail servi par François-Xavier Ferrol, gérant du restaurant Pirouette Paris Ier, pour couronner Bakhita, sublime roman 2017 de Véronique Olmi publié chez Albin Michel. 80 personnes, Auteurs, éditeurs et blogueurs confondus étaient présents, dans une ambiance festive et décontractée, et se sont laissés photographier toute la soirée par Albin Durand que je remercie infiniment pour sa prestation de qualité.

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Parmi les invités : David Foenkinos et Olivia de Lamberterie en guest star et marraine bienveillante, Eric Metzger qui écrit aussi bien qu’il nous fait rire dans Quotidien, François-Henri Désérable et son acolyte Clément Bénech, l’incroyable Sylvia Rozelier à l’origine de l’idée de ce Prix, la drôlissime Sylvie Le Bihan, les belles et inspirantes Charlotte Pons, Clarisse Gorockoff et Hadia Decharrière, ainsi que les talentueux Mahir GuvenJean-Baptiste AndreaSébastien Spitzer et Mathieu Ménégaux, venus avec un aplomb inégalables.

Au terme de mon discours dont je préfère oublier les hoquets et tremblements, Véronique Olmi s’est vue remettre un trophée de la part de notre communauté, ainsi qu’un encadrement de la photo de couverture du roman, provenant des archives du musée Nicéphore Niepce à Chalon-sur-Saône… ma ville! (les hasards sont souvent bons..)

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Notre lauréate, dans une interview qu’elle a donné au journal Valgirardin XVème a justement déclaré :

Je trouve cela bien de donner au livre des moments hors de tout ce qui est institutionnel, attendu, rituel. Là, tout d’un coup, une très belle surprise surgit, avec cette spontanéité, ce travail, cette énergie très joyeuse et très communicative.

La suite de la soirée s’est déroulée dans la même ambiance, rencontre, échanges et dédicaces entre blogueurs et auteurs adulés.

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Clément Bénech, Estellereads, unlivreparsemaine, François-Henri Désérable

Notre équipe s’est fait une joie d’accueillir, badger et orienter chacun et chacune. Je dois énormément à mon équipe de blogueuses, qui depuis la création du Prix a su innover, réfléchir, diffuser, partager… Parmi elles, je nomme Amandine de Livresse Littéraire, mon associée principale, trésorière du Prix, que je remercie énormément pour son aide au quotidien depuis le début. Il y a aussi Bénédicte d’aufildeslivres qui a géré l’actualité de la page Facebook du Prix avec une énergie incroyable, Charlotte de Loupbouquin ,  Céline de mes échappées Livresques, mais aussi Sarah, Alex de Bricabook et puis Carobookine et Julie Vasa dont le discours surprise à mon endroit m’a profondément touchée. Merci les filles !

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Sylvie Le Bihan, entourée de Céline, Caroline, et Sarah

Comme l’a parfaitement expliqué Solène (Larousse Bouquine) dans son article sur la soirée du Prix, les blogueurs étaient encore mal perçus dans le milieu littéraire. Trop libres, trop sincères, peu formés… et pourtant, cette soirée a permis à tous de constater à quel point ce Prix et cette union manquaient dans le paysage littéraire actuel, immergé constamment dans le bain des réseaux sociaux.

J’ai eu l’immense chance de vivre cela : une rencontre nécessaire et libératrice, une communion sincère et enthousiaste de lecteurs passionnés, ravis d’échanger avec leurs auteurs préférés ; des auteurs détendus, invités pour célébrer et non pour débattre, se défendre, ou encore se faire connaître.

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Nicolas Houguet, blogueur présent ce soir-là, a publié sur Facebook un superbe billet dans lequel il y a ce passage si émouvant :

Je me tiens un peu à l’écart de la foule qui ressemblait à celle d’une fosse de concert tant elle était nombreuse dans la librairie. D’un coup, je vois une forêt de téléphones portables s’élever. On se livre à des discours allègres sous des ovations enthousiastes. Tout ça, c’est de la joie.

Quand Véronique Olmi brandit le trophée qu’elle a gagné pour Bakhita, ouvre le beau cadre qui reproduit la photo de sa couverture avec l’allégresse d’une enfant un matin de Noël, un frisson d’intensité et d’émotion parcoure l’assistance. Et je l’éprouve aussi

Ce soir-là, j’ai vu des gens prendre conscience de leur voix et de leur nombre.
C’était comme assister au début d’un beau mouvement.

C’était une naissance.

Oui Nicolas, c’était sans doute cela que je cherchais, enfanter ce Prix c’était pour moi un aboutissement utile, une reconnaissance envers les réseaux à qui je dois tant de lectures enrichissantes, tant de rencontres éblouissantes. Bookstagram est une bulle d’air immense, une communauté qui certains jours, sauve, par sa disponibilité et sa bienveillance.

Tout cela s’est ressenti, le simple bonheur d’être ensemble, l’excitation de se découvrir, entre membres de l’équipe du Prix, mais aussi entre blogueurs, sans parler de la fierté immense de passer une soirée avec les auteurs comme s’ils étaient nos amis, comme si on les connaissait depuis toujours.

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Jean-Baptiste Andréa et Sandrine Babu, libraire

Jean-Baptiste Andréa, auteur de Ma Reine publiée chez L’iconoclaste , a su percevoir ce qui avait plu, a compris d’où venait la magie de la soirée. Il m’a envoyé ce mail au lendemain du Prix qui m’a tellement émue que je me suis promis, en tant que Présidente du Prix, d’en faire ma ligne de conduite pour les années à venir, afin d’en garder l’esprit intact.

Chère Agathe,
Merci encore pour la soirée d’hier. Tu as réussi l’exploit de monter en un court laps de temps un événement très réussi. J’ai la réputation d’être assez réfractaire à toute forme d’organisation formelle, tables rondes, exégèse, etc… et la soirée d’hier était à cet égard une vraie bouffée de fraîcheur. Décontractée, joyeuse, des amis réunis autour des livres plutôt que pour écouter des logorrhées.
J’espère que tu sauras préserver, dans les prochaines éditions, cette fraîcheur. Que tu résisteras à la pression de l’institutionnalisation, « d’essayer de faire mieux ». Car tu ne pourras pas faire mieux, c’était parfait comme ça.
Amitiés, 
Jean-Baptiste Andréa

Dans quel état pouvais-je être, autrement que comblée par cette première édition ? Merci à tous , et vivement l’année prochaine !!

Avant de finir en images je vous joins quelques posts Instagram dont la beauté des mots résonnera en moi longtemps tellement ils m’ont fait plaisir !

Le mot d’Hadia

Le mot d’Aurélie

Le mot d’Amandine

Le mot de Mademoiselle do Lit

Et enfin, quelques photos de cette sublime soirée…

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Crédit Photo : ALBIN DURAND @_albin_

Fugitive parce que reine

Premier grand coup de cœur 2018 avec Fugitive parce que reine de Violaine Huisman.

Il est question d’une mère et ses deux filles, de leur immense amour.
Ce roman a le génie de sa construction. Pour raconter sa mère, l’auteur ne commence ni par le début ni par la fin, mais par le milieu, c’est-à-dire sa mère comme elle l’a connue, jugée, aimée et détestée avant de la comprendre.

L’auteur nous livre cela dans une première partie, son enfance brutale, chaotique, le récit autobiographique de sa propre enfance, autour d’une mère que l’on dit d’emblée «malade» ou « maniaco-dépressive », un père qui leur rend visite le soir, irréprochable, intouchable, LE père, celui qui a l’argent, celui qui reste calme, celui qui mène sa vie. Une mère qui fait des crises, internée, une mère dont on vide les cendriers, une mère qui raconte des choses que l’on ne voudrait pas entendre, une mère fantasque dont on a honte et fière en même temps auprès des copines. Une mère que l’on aime, infiniment.
Et puis il y a une sœur aînée, qui nous tient les doigts pour s’endormir. Une sœur avec qui l’on partage cette mère un peu spéciale. Cette soeur qui ne quitte pas le roman, cet autre témoin de cette enfance si peu ordinaire.

Deuxième partie, on passe de l’autobiographie de Violaine à la biographie de Catherine, la mère. Et là tout s’éclaire. Catherine a eu mille vies avant d’avoir ses filles. Catherine danseuse, Catherine pauvre, Catherine différente aussi. Qui ne finit pas «maniacodépressif » avec un passé aussi surchargé ? Qui ne revendique pas sa liberté de femme, d’épouse, de mère après une enfance à l’hôpital, une mère distante, un père pervers, un mari excessif ? Six noms différents ?

Dans la troisième partie, Violaine devenue adulte reprend la narration, elle a le recul sur l’histoire et nous aussi, on fait désormais partie de l’histoire. Le roman se referme sur notre âme bouleversée.

C’est l’histoire sublime d’une femme extra-ordinaire dont la beauté n’avait d’égale que l’immense amour qu’elle portait en elle.
L’écriture est splendide, fluide, percutante, bouleversante. 
Magnifique premier roman !!

Le signe astrologique du roman

Lion ! Un signe de feu pour cette histoire de femme hors du commun ! Lion pour son endurance, pour son énergie, sa dignité aussi, son goût du spectacle et de la danse, son tempérament libre, colérique, hautain et condescendant parfois.
Une femme qui n’en ressemble à aucune autre, qui se distingue de la masse ne pouvait être classée dans aucune catégorie ! Il est impossible d’ignorer le Lion, c’est une personnalité spectaculaire qui fait forte impression, mais aussi chaleureuse et positive qui fait entrer le soleil dans la vie de ses proches. Le lion est quelqu’un qui nous agace mais dont on a du mal à se séparer !
Le lion aime l’argent, ce qui brille : Catherine ne pouvait se contenter d’une vie de provinciale, elle en voulait plus, elle n’a pas pu résister à tomber dans les bras d’un homme riche…
Le lion régit également la maison V, celle de la créativité, de l’art et du spectacle.

Extrait choisi

« Pour maman, être une mère suffisamment bonne n’avait rien d’une évidence. Aux demandes incessantes du nourrisson, à l’aliénation de la maternité, et aux bouleversements affectifs, à la crise identitaire que représentait le fait de devenir mère, vu son parcours, sa maladie, son passé, elle ne pouvait que répondre de manière violente, imprévisible, destructrice, mais aussi avec tout l’amour qu’elle n’avait pas reçu et rêvait de donner en retour. Cet amour fou, cette passion intenable que représentaient deux moutardes avec leurs emmerdements à tous âges, cet amour qui n’en finissait pas, qui ne pouvait finir, qui survivait à tous, flambait plus haut que tout, pardonnait tout, cet amour qui la faisait nous appeler, quand nous n’étions pas des petites connes ou des salopes ou des pétasses, mes chéries adorées que j’aime à la folie, cet amour la fit vivre autant qu’elle le put.

Pactum Salis

Amicitia Pactum Salis : « l’amitié est un pacte de sel », elle est éternelle et durable, comme le sel.

Mais s’agit-il vraiment d’amitié dans ce deuxième roman d’Olivier Bourdeaut, cette relation d’attirance/répulsion entre un paludier et un agent immobilier, tous deux seuls et trentenaires au coeur des marais salants, ou plutôt une sorte de curiosité extrême, entre fascination et régression?

A la base, rien ne semble les lier, si ce n’est une certaine solitude. Jean est venu de Paris pour s’installer dans les marais salants de Guérande. Il se lève à l’aube et mène une vie quasiment monarcale. Il semble se conforter dans cette vie minimaliste, l’effort et le retrait ; se frotter à l’âpreté de la vie le rassure.
Michel quant à lui recherche la réussite, le luxe et l’argent infiniment. A trente ans, il s’estime accompli, il n’a besoin de rien ni personne dans sa vie. Un soir, il décide de boire jusqu’à perdre connaissance. C’est ainsi qu’il finit dans le tas de sel de Jean, complètement ivre.
De cette rencontre faite sur une querelle, le dégoût et la curiosité de l’autre, de leur dissemblance totale naît une sorte de complicité presque fraternelle. Dès le lendemain, Jean et Michel passent ensemble une nouvelle soirée mémorable où rien ne semble pouvoir les arrêter. Une amitié fusionnelle qui rappelle à Jean une autre amitié, parisienne, avortée et qu’il pourrait réparer avec celle-ci. Mais est-ce seulement possible?

 

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Mon avis :

L’auteur était dans le viseur après le succès phénomal d’« En attendant Bojangles ». Et c’est avec ravissement que ce deuxième roman vient confirmer son talent. Résolument un grand écrivain. Un style unique et burlesque, un vocabulaire extrêmement riche, des dialogues pointus et rythmés, un décor original, un imaginaire comme on n’en voit plus, une construction parfaite, un thème contemporain rarement abordé, on ne peut que s’incliner devant tant d’atouts.
Peut-être un peu trop parfait pour en faire un coup de coeur absolu, l’ambiance loufoque propre à l’auteur ne m’a pas tout de suite attachée, et surtout il était difficile de me faire autant pleurer que la scène des parents qui dansent sur Nina Simone dans le premier roman. Mais l’auteur a fait le job : il a démontré qu’il était l’auteur à suivre, il a su confirmer son univers, sa plume, son concept. J’ai adoré voyager au pays du sel, cette histoire estivale sortie en hiver m’a réchauffée. Je lirai son troisième roman avec encore plus de curiosité !

Le signe astrologique du roman

Au début de ma lecture, j’ai identifié Jean comme capricorne, et Michel comme poissons. Jean pour sa solitude et son endurance, Michel le flamboyant pour sa réussite, sa velléité aussi, son métier, son goût des belles choses et faciles. Le capricorne est droit et entier, le poissons n’a pas de principe, au niveau des valeurs ce sont deux signes opposés. L’un et l’autre s’envient, car ils retrouvent chez l’autre ce qu’ils n’arrivent pas à être eux-mêmes.
Et au final, Olivier Bourdeaut parvient tellement à ne pas faire de ses personnages des êtres caricaturaux, que les pistes se sont brouillées, une fois n’est pas coutume. Je trouvais à Jean des comportements soudains et irréfléchis, et à Michel une certaine constance.

Et au final, en refermant ce roman, c’est l’ensemble et l’ambiance qui me l’a confirmé : le roman est gémeaux. Car il traite de la gémellité de deux hommes différents, le gémeaux illustre parfaitement la dualité du signe : le thème de l’amitié entre hommes qui sont devenus comme frères, à l’image d’Abel et Caïn qui s’aiment autant qu’ils se détestent.
Le gémeaux a deux visages, il est impatient, versatile et curieux… et positif  !! Ce roman, si j’ai oublié de le mentionner, est extrêmement drôle, les dialogues pourraient être ceux d’une comédie théâtrale, ambiance gémeaux garantie.

Extrait choisi

Pourquoi Jean se retrouva-t-il torse nu sur le trottoir, accroché à la jambe du videur, vers quatre heures du matin? Pourquoi Michel tentait-il de protéger la bouteille de vodka des mains du même videur, en ricanant comme un lutin malveillant? Une sombre histoire de baiser volé et de mouvement de foule pourrait peut-être l’expliquer. Dans quelles circonstances arrivèrent-ils à se détacher des griffes du molosse? Pourquoi s’échappèrent-ils vers la voiture en battant des ailes et en criant comme des cormorans? Une envie de voler tout simplement, et une idée précise de la liberté.

Une vie sans fin

Voici un selfie de moi et du nouveau roman de Frédéric Beigbeder. Pourquoi poser avec les auteurs quand on peut poser avec leurs livres ? Ceux qui l’ont lu comprendront : le « selfisme » est, avec la vie éternelle et la paternité, un des fils rouges du dernier roman de l’auteur, qui dans ce nouvel opus nous offre des lignes noircies d’aphorismes mordants :

  • Le selfie est le langage nouveau d’un époque narcissique. Il remplace le cogito cartésien: « je pense donc je suis »  devient « Je pose donc je suis ».
  • Nous sommes avides de reconnaissance faciale. Notre visage a soif de clics.
  • Autrefois, la domination était réservée à la noblesse de cour, puis aux stars de cinéma. Depuis que chaque humain est un média, tout le monde veut exercer cette domination sur son prochain, partout.
  • Aimons-nous nos enfants uniquement par narcissisme ? Un enfant est-il un selfie vivant ?

Lire un roman de Beigbeder, c’est avoir pris rendez-vous avec votre meilleur ami. Vous riez sans vous arrêter, et par la même occasion vous palabrez ensemble sur l’avenir. Il a cette qualité indéniable : entraîner le lecteur dans ses élucubrations personnelles et faire de vous son partner in crime number one.
Voici le tableau qui résumerait parfaitement votre idylle amicale : vous êtes installé confortablement avec votre roman et gloussez à un rythme régulier depuis deux heures. Soudain, vous venez de lire un passage époustouflant de par son sens et sa forme. Vous décrétez en votre for intérieur que la terre entière doit prendre connaissance sur le champ de ce passage.
Option 1 : vous cherchez l’appui de la première personne qui passe à côté de vous « Ecoute ça c’est génial; tu vas adorer, bouge pas je te lis un passage… hein tu ne trouves pas que ce qu’il dit c’est vraiment tout à fait ça quoi? Oh et ça! Ecoute écoute !! » …C’est à ce moment-là que votre mari/enfant/femme de ménage/prof de flûte se carapate discretos, ce qui vous amène directement à :
L’option 2: Afin d’évacuer enthousiasme et/ou frustration de ne pas avoir été entendu, vous publiez sur les réseaux un, deux ou trois posts de vos passages préférés pour obtenir l’approbation de vos congénères et donc… des likes. Vous venez, sans même vous en rendre compte, d’effectuer la démonstration mathématique de son 1er chapitre sur les affres du selfisme narcissique et solitaire des réseaux sociaux. Et là vous pensez : il est très fort.

Peut-être vouliez-vous le résumé du roman et l’avis subjectif d’une inconditionnelle de Frédéric Beigbeder ? Les voici.

Le roman

Dans cet opus, le narrateur s’est éloigné de l’image du trentenaire célibataire et égoïste ; il est devenu un riche animateur de télé-réalité, patriarche d’une tribu moderne aux allures de famille nombreuse recomposée et futuriste : sa jeune et jolie femme médecin biologiste, ses deux filles Romy et bébé Lou, demi-sœurs, et enfin le petit dernier : Pepper le robot nippon, personnage farfelu et hilarant ayant tout à fait sa place dans la fratrie.

Un jour, la question de sa fille Romy produit chez lui un électrochoc. Est-ce que les papas meurent ? Ah ça non, il n’avait pas vu les choses sous cet angle.
Hors de question de mourir. Frédéric a loupé la tendance vegane, le sans-gluten et les cours de pilates ? Peu lui chaut, il va devenir immortel.
Il part alors à la conquête de la fontaine de jouvence idéale, entraînant sa tribu à Jérusalem, Genève, Autriche, New York… Il donne la réplique aux grands pontes de la biologie cellulaire, écoute les discours des transhumanistes, se rend dans un institut de détox haute gamme et mâche des légumes. Puis des lasers renouvellent son sang : sans limites, il veut tout savoir et tout tenter. Il nous entraîne alors dans des chapitres pointus et documentés sur le sujet des cellules souches et cellules T, des télomères et des mitochondries. Dans sa quête d’une vie sans fin, Frédéric n’a pas peur de perdre ses proches, il sait qu’il aura l’éternité pour les reconquérir.

Recherche-t-il vraiment l’immortalité ou veut-il juste désobéir à la mort ?

 

Mon avis

Retrouver la démesure de l’auteur, son auto-dérision et ses déclarations enflammées sur les femmes : le plaisir demeure intact! Frédéric Beigbeder n’a pas vraiment changé et on s’en réjouit. Achetez du Beigbeder vous aurez du Beigbeder.
La nouveauté était ailleurs : lire des dialogues dont l’interlocutrice principale est sa fille de dix ans ou des grands scientifiques, ça c’était nouveau et réussi car sujets à écueils. Caler sa prose au rythme des séquences ADN et nous assaillir de données biologiques, c’était très nouveau aussi, un peu moins pour moi, car le sujet passionnant du transhumanisme, ces hommes qui paient pour ne pas mourir, je l’avais découvert il y a quelques mois avec « L’invention des corps » merveilleux roman de Pierre Ducrozet, (qui n’est autre que le dernier Prix de Flore de F.B, tout se recoupe).

Je pense qu’il y aura deux grands types d’avis pour « Une vie sans fin » : Ceux qui aiment le personnage et l’auto-centrisme de l’auteur préfèreront peut-être la première moitié du roman que la deuxième qui risque de les perdre dans les méandres de la génétique. Et puis il y aura ceux qui s’agacent des interventions de l’auteur qu’ils jugent intempestives (que pour ma part je recherche avidemment) et qui se régaleront de s’enrichir intellectuellement car l’auteur a poussé le sujet scientifique très loin.

Personnellement, j’aime ses égarements philosophiques humoristiques et allusions sexuelles décalées qui jalonnent le roman et permettent de le rendre digeste. J’aime à la fois le masque qu’il porte et l’image de vieux dandy qu’il entretient, tout ce qu’il veut bien nous donner de lui en somme.

Ce roman est une ode décalée à la vie saine et à la paternité, qui donne envie de visiter Jérusalem, de s’acheter un robot connecté et de boire du jus de citron au réveil !

Le signe astrologique du roman

Verseau !

Le verseau est le signe symbole de la science, du progrès, des avancées technologiques. La science attire plus que tout l’esprit rationnel et novateur du verseau. Ce signe est un anti-conformiste curieux, imprévisible, avide de découvertes et complètement hyper actif. Le verseau peut être ce « vieux hippy » qui n’avance pas ou l’anarchiste qui n’a pas remarqué la fin de la révolution. Par ailleurs, le verseau se trouve souvent parmi les grands auteurs et les agitateurs sociaux.
Sans le Verseau, il n’y a pas d’évolution.
L’obsession du narrateur, mais aussi Pepper, le robot du roman, m’ont clairement évoqué ce signe.
Sa planète, Uranus, est celle du changement, de l’originalité, de la déviance.

Extraits et citations du roman

Créer une vie est tellement plus facile pour un homme que de repousser la mort.

Le bon sexe, c’est quand deux égoïstes cessent de l’être.

Dans notre époque sans relief, seule la mort donne le vertige.

La peur de l’âge est une angoisse de la mort travestie en hédonisme attardé.

Ma génération est passée en un clin d’oeil de l’inconséquence à la paranoïa. J’ai l’impression que le changement a eu lieu en une nuit. Soudain, tous mes potes destroy des années 80 ne jurent plus que par la nourriture bio, le quinoa, le véganisme et les randonnées à vélo. Une sorte de GGBG (Gigantesque Gueule de Gois Générationnelle) s’est emparée de nous. Plus mes amis étaient foncedés dans les toilettes du baron il y a vingt ans plus ils me donnent des leçons d’hygiène de vie et de santé aujourd’hui. C’est d’autant plus surréaliste que je ne l’ai pas vu venir! J’étais peut-être dans un trou noir avec mes divorces et mes émissions de télé, je croyais qu’il était encore cool de se droguer avec des escort girls, je n’avais pas vu le monde changer autour de moi. Des mecs qui terminaient dans le caniveau à huit heures du mat sont devenus des ayatollahs des légumineuses, et mes anciens dealers, des apôtres de la marche en montagne chaussés de croquenots North Face. Tout d’un coup, si tu allumes une cigarette tu es un assassin suicidaire; si tu commandes une caïpirovska, un déchet puant. T’as pas lu Sylvain Tesson? Pauvre de toi. C’est leur passé qu’ils engueulent. Même Sylvain a failli crever à force de grimper bourré sur les toits. Arrêtez d’en faire un moine écologiste ! Tesson est comme moi : un alcoolique russophile qui a peur de crever.

Nos richesses

De l’Algérie je ne connaissais que ce mon grand père avait bien voulu m’en dire, c’est-à dire-rien, car rien de la guerre n’est racontable à ses petits enfants.
Immersion à Alger des années 1830-1960 et d’aujourd’hui par ce roman. On suit le journal de bord d’Edmond Charlot, jeune éditeur passionné qui dans un minuscule local nommé « les vraies richesses » comme le roman éponyme de Giono, va imprimer romans et revues et éditer Albert Camus pour la première fois.

Parallèlement au contexte historique de la seconde guerre et de la guerre d’Algérie, Ryad, 20 ans en 2017, est chargé de vider la fameuse librairie. Abdallah, le maître des lieux, va lui narrer l’histoire de ce lieu connu des habitants.

Mon avis

J’ai été très touchée par l’obsession forcenée de Charlot à ne jamais baisser les bras devant le contexte extrêmement difficile des deux guerres qu’il a traversé, la censure, les attentats, le manque de moyens, de papier. Très intéressée aussi d’observer les grands auteurs du siècle, Camus, Gide, discuter entre eux entre Alger et Paris.

C’est un roman d’une grande maturité, documenté et enrichissant, aéré aussi, très bien écrit. Mais difficile d’en faire un coup de coeur, trop froid, trop lisse (à mon goût).

A mes yeux son défaut est sa principale caractéristique : ce roman manque de coeur, d’envolée personnelle, l’auteure est totalement absente du récit, on la devine à peine dans le « nous » de la narration.  A se tenir à distance de son propre roman, elle prend le risque d’y laisser son lecteur un peu à côté aussi. C’est son choix.

Si ce n’est donc à l’auteur et à ses mots que l’on ne s’attache, on ne peut que s’éprendre et revisiter les romans dont E. Charlot parle avec ferveur : je me suis ruée sur Giono pour le découvrir, feuilleter « Les vraies richesses », lui-même écrit après les réactions suscitées par « Que ma joie demeure ». Et c’est cela que démontre ce roman, que chaque livre est lié à un autre, et encore un autre. La littérature est une chaine sans fin.

Extrait choisi

« Nous devenons des fanatiques, des ingrats, des enfants manipulés. Nos attentats sont lâches, nos crimes odieux et nous sommes indignes de la France. De jeunes hommes, à moitié nus, sont tirés de leur lit et embarqués dans des cars de police. On ne traine plus. Le couvre feu est là. Nous sommes tous menacés et surveillés. Des bagarres éclatent, à coups de poing ou de tête. Dans les cafés, nous ne jouons plus aux cartes le soir. Les marchands de beignets baissent la tête lorsque les militaires passent devant eux. Les ultras d’Algérie tractent à tout va. Partout des menaces et des grèves. C’est le temps des regards de haine et de peur, de frustration et de colère. Un mélange épais qui nous enveloppe, nous submerge. Plus jamais, nous ne dormirons en paix. »

Le signe astrologique du roman

Lion ! Un signe solaire, élément feu pour ce roman optimiste et baigné de la chaleur d’Alger.
Ce signe est régi par le soleil : le soleil est la force de vie,  le moi indestructible, à l’instar de la librairie d’Edmond Charlot, qui malgré l’occupation et les faillites est toujours ressortie de ses cendres. Le lion est connu pour son endurance, sa fierté, son enthousiasme.
Le lion appartient à la maison V, la maison de la créativité, de l’expression personnelle… Quelle maison représente mieux le monde de l’édition que celle-ci?