Les loyautés

Un jour il aimerait perdre conscience, totalement. S’enfoncer dans le tissu épais de l’ivresse, se laisser recouvrir, ensevelir, pour quelques heures ou pour toujours, il sait que cela arrive.

Vous noyer dans l’alcool vous est sûrement déjà arrivé dans votre vie. Mais lorsque l’on a douze ans et demi et que l’on rêve d’un coma éthylique à l’instar de Théo caché sous l’escalier de son collège pour boire, c’est qu’il y a un problème. Familial. Une situation bloquée, enlisée, face à laquelle Théo refuse de faire face « parce qu’il sait que tout cela est trop lourd pour lui, qu’il n’est pas assez fort ».

A part ses parents divorcés dont dépression et désinsertion sociale semblent dépasser l’intérêt de leur progéniture, il y a Hélène, sa prof d’SVT. Hélène porte en elle les stigmates d’une enfance détruite. Hélène aussi s’est tue, et sa vie en a été gâchée. De Théo Hélène n’a rien vu, et pourtant elle sait, elle tire la sonnette d’alarme auprès de l’équipe pédagogique, convoque sa mère. Théo se tait. Théo ne veut pas, ne peut pas raconter ce qu’il se passe chez son père, Théo aime ses deux parents, c’est comme ça.

Et puis il y a Mathis, l’ami de Théo. Ses parents ne sont pas divorcés, mais la famille semble extraite d’elle-même. Sa mère, Cécile, vient d’un autre milieu, elle est aujourd’hui femme au foyer et ne se reconnaît plus dans l’extinction qu’elle a faite de sa propre personnalité, complice d’un mari avec qui elle ne partage plus rien. Prétextant un cours de yoga, elle consulte un psy, pour tenter de comprendre à quel moment sa vie a pris une tournure qu’elle n’a pas souhaitée, tenter de comprendre son mari, être abject à ses yeux depuis la découverte.

« Quiconque vit ou a vécu en couple sait que l’autre est une énigme. »

Théo, Mathis, Hélène et Cécile sont quatre personnages extrêmement seuls, déçus par les êtres et par leur vie. Ils tous les quatre liés par leurs secrets qu’ils taisent et les non-dits abondent. Peuvent-ils encore sauver la situation, ou sont-ils pris en otage des « principes illisibles qui les enferment », c’est-à-dire de leurs loyautés ?

Mon avis

Ce Page-turner se dévore en une heure et demie top chrono, impossible de faire autrement. Je l’ai refermé émue et perturbée. Vers le tiers du roman, j’ai eu une sensation d’excès dans l’histoire que je peinais à trouver totalement réaliste ou crédible, et puis peu importe, le rôle du roman n’est pas d’exiger la vérité ni de savoir si ce genre de situation extrême est arrivée, il démontre le mal qui ronge, la souffrance invisible, que les actes destructeurs aient lieu ou non.
Il est extrêmement important en 2018 de souligner les conséquences du manque de communication au sein d’un couple divorcé qui s’échange leur enfant unique au bas d’un immeuble sans prendre la peine d’effectuer une transmission de la semaine passée. Ce roman dérange un peu car il éveille notre culpabilité d’enfant, de parent, d’enseignant. Jusqu’où peut-on fermer les yeux lorsque l’on souffre? Quel est le poids du silence ? Quelle est l’étendue de notre responsabilité ?

« Mais au fond je le sais. Je sais que les enfants protègent leurs parents et quel pacte de silence les conduit parfois jusqu’à la mort. Parfois je me dis que devenir adulte ne sert à rien d’autre qu’à ça : réparer les pertes et les dommages du commencement. Et tenir les promesses de l’enfant que nous avons été. »

Le signe astrologique du roman

Poissons ! Un signe d’eau et un roman neptunien. Les poissons se caractérisent par une compassion et une malléabilité extrême. Le poisson a une polarité négative, (ou féminine) qui se caractérise par un caractère plutôt introverti, soumis et accommodant, à l’instar de Théo, ou encore de Cécile.

Par ailleurs, Neptune rejoint ce roman par sa démesure, ses personnages désorientés, leur culpabilité, leur sacrifice. Souvent les poissons sont perçus comme martyrs.

Note personnelle : Une astrologue m’a confiée un jour qu’après avoir étudié les thèmes de nombre d’écrivains reconnus, elle avait identifié une dominante poissons dans chacun. Le talent de Delphine de Vigan, par ailleurs Poissons comme ce roman, n’est plus à démontrer.

 

 

 

 

11 commentaires sur « Les loyautés »

  1. Superbe billet ! Je partage tout à fait ton avis, pour moi un des thèmes du roman est vraiment les conséquences parfois désastreuses du manque de communication (personne ne se parle réellement dans ce livre, personne n’entend la souffrance de Théo). J’ai été tout de même déçue qu’il ne soit pas plus long, et que la fin n’apporte pas plus de réponses. Quant au signe, je suis Poissons, et je me reconnais tout à fait dans ta description (bon, à part le côté martyr 😉

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    1. Oui ça ne peut pas être un livre qui marque au long terme, mais qui a le mérite de frapper sur le coup! Et pour le côté martyr c’est quand le Poissons a un Neptune fort. (C’est un signe à deux planètes, Jupiter l’exubérante et Neptune la mélancolique, d’où deux types de Poissons ou un changement de comportement à la quarantaine par ex…)

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  2. Agathe, il est extrêmement important de peser ses mots voire de les taire quand des parents divorcés peuvent lire ceci : « Il est extrêmement important en 2018 de souligner les conséquences du manque de communication au sein d’un couple divorcé qui s’échange leur enfant unique au bas d’un immeuble sans prendre la peine d’effectuer une transmission de la semaine passée. »
    Une phrase limite assassine, une phrase donneuse-de-leçons…
    Je pense que les parents divorcés n’ont nul besoin de lire ce genre de phrases puisqu’ils savent que la communication est importante au sein d’un couple. Mais justement, ils sont divorcés… Et bien souvent à cause de manque de communication.
    Bref, je vais me dire que c’esr une phrase très maladroite.

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    1. Eléonore, ceci est le message du livre. Je ne veux faire culpabiliser personne, d’ailleurs je suis divorcée aussi. On peut réussir un divorce, c’est le but d’ailleurs à la base, chercher un bonheur autrement que dans le couple dysfonctionnel, pour éviter que l’enfant ne subisse les crises et se construise dans un schéma sain. Je pense sincèrement, je le redis, et le redirai autant que vous voudrez, que notre responsabilité de parent doit s’écraser devant nos soucis et notre tristesse. (Surtout dans notre pays et le contexte du livre où l’on a la chance de ne pas être en guerre et avoir des minima sociaux). Élever un être immature qui n’a rien demandé doit devenir notre principale préoccupation. Les parents du jeune garçon m’ont mis terriblement en colère. C’est de la maltraitance, de l’égoïsme, notre enfant, la chair de notre chair, doit passer devant nos chagrins d’amour. Un proverbe arabe dit « Tu as un fils, tu ne peux pas mourir. » A méditer …

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