Nos richesses

De l’Algérie je ne connaissais que ce mon grand père avait bien voulu m’en dire, c’est-à dire-rien, car rien de la guerre n’est racontable à ses petits enfants.
Immersion à Alger des années 1830-1960 et d’aujourd’hui par ce roman. On suit le journal de bord d’Edmond Charlot, jeune éditeur passionné qui dans un minuscule local nommé « les vraies richesses » comme le roman éponyme de Giono, va imprimer romans et revues et éditer Albert Camus pour la première fois.

Parallèlement au contexte historique de la seconde guerre et de la guerre d’Algérie, Ryad, 20 ans en 2017, est chargé de vider la fameuse librairie. Abdallah, le maître des lieux, va lui narrer l’histoire de ce lieu connu des habitants.

Mon avis

J’ai été très touchée par l’obsession forcenée de Charlot à ne jamais baisser les bras devant le contexte extrêmement difficile des deux guerres qu’il a traversé, la censure, les attentats, le manque de moyens, de papier. Très intéressée aussi d’observer les grands auteurs du siècle, Camus, Gide, discuter entre eux entre Alger et Paris.

C’est un roman d’une grande maturité, documenté et enrichissant, aéré aussi, très bien écrit. Mais difficile d’en faire un coup de coeur, trop froid, trop lisse (à mon goût).

A mes yeux son défaut est sa principale caractéristique : ce roman manque de coeur, d’envolée personnelle, l’auteure est totalement absente du récit, on la devine à peine dans le « nous » de la narration.  A se tenir à distance de son propre roman, elle prend le risque d’y laisser son lecteur un peu à côté aussi. C’est son choix.

Si ce n’est donc à l’auteur et à ses mots que l’on ne s’attache, on ne peut que s’éprendre et revisiter les romans dont E. Charlot parle avec ferveur : je me suis ruée sur Giono pour le découvrir, feuilleter « Les vraies richesses », lui-même écrit après les réactions suscitées par « Que ma joie demeure ». Et c’est cela que démontre ce roman, que chaque livre est lié à un autre, et encore un autre. La littérature est une chaine sans fin.

Extrait choisi

« Nous devenons des fanatiques, des ingrats, des enfants manipulés. Nos attentats sont lâches, nos crimes odieux et nous sommes indignes de la France. De jeunes hommes, à moitié nus, sont tirés de leur lit et embarqués dans des cars de police. On ne traine plus. Le couvre feu est là. Nous sommes tous menacés et surveillés. Des bagarres éclatent, à coups de poing ou de tête. Dans les cafés, nous ne jouons plus aux cartes le soir. Les marchands de beignets baissent la tête lorsque les militaires passent devant eux. Les ultras d’Algérie tractent à tout va. Partout des menaces et des grèves. C’est le temps des regards de haine et de peur, de frustration et de colère. Un mélange épais qui nous enveloppe, nous submerge. Plus jamais, nous ne dormirons en paix. »

Le signe astrologique du roman

Lion ! Un signe solaire, élément feu pour ce roman optimiste et baigné de la chaleur d’Alger.
Ce signe est régi par le soleil : le soleil est la force de vie,  le moi indestructible, à l’instar de la librairie d’Edmond Charlot, qui malgré l’occupation et les faillites est toujours ressortie de ses cendres. Le lion est connu pour son endurance, sa fierté, son enthousiasme.
Le lion appartient à la maison V, la maison de la créativité, de l’expression personnelle… Quelle maison représente mieux le monde de l’édition que celle-ci?

8 commentaires sur « Nos richesses »

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