Pactum Salis

Amicitia Pactum Salis : « l’amitié est un pacte de sel », elle est éternelle et durable, comme le sel.

Mais s’agit-il vraiment d’amitié dans ce deuxième roman d’Olivier Bourdeaut, cette relation d’attirance/répulsion entre un paludier et un agent immobilier, tous deux seuls et trentenaires au coeur des marais salants, ou plutôt une sorte de curiosité extrême, entre fascination et régression?

A la base, rien ne semble les lier, si ce n’est une certaine solitude. Jean est venu de Paris pour s’installer dans les marais salants de Guérande. Il se lève à l’aube et mène une vie quasiment monarcale. Il semble se conforter dans cette vie minimaliste, l’effort et le retrait ; se frotter à l’âpreté de la vie le rassure.
Michel quant à lui recherche la réussite, le luxe et l’argent infiniment. A trente ans, il s’estime accompli, il n’a besoin de rien ni personne dans sa vie. Un soir, il décide de boire jusqu’à perdre connaissance. C’est ainsi qu’il finit dans le tas de sel de Jean, complètement ivre.
De cette rencontre faite sur une querelle, le dégoût et la curiosité de l’autre, de leur dissemblance totale naît une sorte de complicité presque fraternelle. Dès le lendemain, Jean et Michel passent ensemble une nouvelle soirée mémorable où rien ne semble pouvoir les arrêter. Une amitié fusionnelle qui rappelle à Jean une autre amitié, parisienne, avortée et qu’il pourrait réparer avec celle-ci. Mais est-ce seulement possible?

 

marais-salants-guerande-sel

Mon avis :

L’auteur était dans le viseur après le succès phénomal d’« En attendant Bojangles ». Et c’est avec ravissement que ce deuxième roman vient confirmer son talent. Résolument un grand écrivain. Un style unique et burlesque, un vocabulaire extrêmement riche, des dialogues pointus et rythmés, un décor original, un imaginaire comme on n’en voit plus, une construction parfaite, un thème contemporain rarement abordé, on ne peut que s’incliner devant tant d’atouts.
Peut-être un peu trop parfait pour en faire un coup de coeur absolu, l’ambiance loufoque propre à l’auteur ne m’a pas tout de suite attachée, et surtout il était difficile de me faire autant pleurer que la scène des parents qui dansent sur Nina Simone dans le premier roman. Mais l’auteur a fait le job : il a démontré qu’il était l’auteur à suivre, il a su confirmer son univers, sa plume, son concept. J’ai adoré voyager au pays du sel, cette histoire estivale sortie en hiver m’a réchauffée. Je lirai son troisième roman avec encore plus de curiosité !

Le signe astrologique du roman

Au début de ma lecture, j’ai identifié Jean comme capricorne, et Michel comme poissons. Jean pour sa solitude et son endurance, Michel le flamboyant pour sa réussite, sa velléité aussi, son métier, son goût des belles choses et faciles. Le capricorne est droit et entier, le poissons n’a pas de principe, au niveau des valeurs ce sont deux signes opposés. L’un et l’autre s’envient, car ils retrouvent chez l’autre ce qu’ils n’arrivent pas à être eux-mêmes.
Et au final, Olivier Bourdeaut parvient tellement à ne pas faire de ses personnages des êtres caricaturaux, que les pistes se sont brouillées, une fois n’est pas coutume. Je trouvais à Jean des comportements soudains et irréfléchis, et à Michel une certaine constance.

Et au final, en refermant ce roman, c’est l’ensemble et l’ambiance qui me l’a confirmé : le roman est gémeaux. Car il traite de la gémellité de deux hommes différents, le gémeaux illustre parfaitement la dualité du signe : le thème de l’amitié entre hommes qui sont devenus comme frères, à l’image d’Abel et Caïn qui s’aiment autant qu’ils se détestent.
Le gémeaux a deux visages, il est impatient, versatile et curieux… et positif  !! Ce roman, si j’ai oublié de le mentionner, est extrêmement drôle, les dialogues pourraient être ceux d’une comédie théâtrale, ambiance gémeaux garantie.

Extrait choisi

Pourquoi Jean se retrouva-t-il torse nu sur le trottoir, accroché à la jambe du videur, vers quatre heures du matin? Pourquoi Michel tentait-il de protéger la bouteille de vodka des mains du même videur, en ricanant comme un lutin malveillant? Une sombre histoire de baiser volé et de mouvement de foule pourrait peut-être l’expliquer. Dans quelles circonstances arrivèrent-ils à se détacher des griffes du molosse? Pourquoi s’échappèrent-ils vers la voiture en battant des ailes et en criant comme des cormorans? Une envie de voler tout simplement, et une idée précise de la liberté.

3 commentaires sur « Pactum Salis »

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