La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose

Quel livre ! La pudeur et la sincérité sont au service de l’émotion dans ce nouveau  roman de Diane Ducret. Des histoires de femmes, elle en a écrit et relaté beaucoup, mais aujourd’hui, c’est sa propre histoire qui sort en librairie.

Sur le papier, Enaid a tout pour être heureuse. La beauté, ok. L’intelligence, ok. Le talent, ok. L’amour : …  Le roman débute en Pologne par un coup de fil de son amant : il la quitte, « c’est pas elle c’est lui ». A trente ans passés, quelques rudiments psychanalytiques l’aident à appréhender le problème : en s’aimant soi-même ça marchera peut-être mieux. Oui mais comment s’aimer lorsque l’on a grandi sans parents, sans une mère qui vous assure chaque soir en vous lisant une histoire que ça va aller et qu’elle vous aime ?

Une enfance volée donc, vers trois ans Enaid est élevée par ses grands-parents paternels, qui en voulant la protéger l’enferment. Elève surdouée, elle saute deux classes, déménage à Biarritz.

Et puis tout s’enchaîne, la malédiction frappe : un terrible accident de cheval la condamne à boiter, elle se fait avorter à quinze ans de son premier amour, elle découvre la drogue et les rave espagnoles, elle devient cette ado à la recherche d’elle-même, ou de cette mère qui lui manque tant. Etudiante à Paris, elle tombe amoureuse de son professeur, part vivre à Rome puis découvre trop tard qu’il est maniaco-dépressif. Les séquelles psychologiques seront nombreuses, longtemps après avoir fui elle aura peur du noir, ou qu’il la retrouve. Elle sombre dans la dépression, la boulimie, accepte un voyage au Caraïbes; car l’on voyage beaucoup dans ce roman, mais ce n’est pas une fuite, Enaid est en perpétuelle recherche d’elle-même, peut-être que quelque part dans le monde elle trouvera enfin ce qui lui manque tant.

Comment font les flamants roses pour tenir sur une patte si frêle ? Ils font avec, répondrait Enaid, qui a frôlé l’amputation et s’est battue des années pour sauver sa jambe malade. Car si ce n’est la jambe c’est peut-être le coeur, nous sommes tous des flamants roses, dit l’auteure, condamnés à devoir composer à marcher sur une patte sans tituber. C’est un roman fort sur l’hérédité, sa nécessité dans notre équilibre mental.

Ils ne savent pas la chance qu’ils ont, ceux qui ont le temps d’avoir des enfants avant de perdre leurs parents. Lorsque l’on est tout seul sur la chaîne de l’hérédité, perdu entre deux générations qui ne veulent pas être, on ne se sent pas véritablement exister, comme si aucune place ne nous avait été destinée et qu’il fallait la faire tout seul, à la force des bras, des mains, des dents.

Mon avis

Je vous recommande ce roman ! L’écriture rythmée, l’absence d’artifices et d’atermoiements en font un texte d’une grande qualité et d’une profonde humilité. J’ai mis longtemps à comprendre le choix d’une couverture aux allures feel-good enveloppant un roman aussi fort et sensible. Et puis en le refermant on comprend. L’intention de la jeune femme n’est pas de se faire plaindre, elle tient à conserver l’humour dans les larmes, elle est avant tout une guerrière, elle incarne la renaissance. Dans sa mise à nu elle nous livre ici un message de résistance et d’optimisme. Un parcours de femme magnifique, une histoire que j’ai dévorée, adorée.

L’auteure :

Née en Belgique  le 17 novembre 1982, Diane Ducret est normalienne, historienne, philosophe, journaliste et écrivain. Son roman « Femmes de dictateurs » a été un best seller.
A propos de ce roman, cliquez ici pour la très belle Interview de Diane Ducret dans femme actuelle réalisée par Amélie Cordonnier

ducret_diane

Crédit photo Flammarion

Le signe astrologique du roman

Je n’ai pas pu m’empêcher d’aller chercher le signe de l’auteure… elle est née le 17 novembre comme ma petite Pénélope!! Je la trouve encore plus géniale depuis cette info.

Comme beaucoup de romans autobiographiques, ce livre est du même signe que celui de son auteure, car c’est le cœur qui parle… ce roman est donc Scorpion ! En témoigne cet extrait …

Je ne peux plus être une jolie poupée blonde. J’ai besoin d’être comme ces jeunes hommes des civilisations éloignées qui doivent prouver leur bravoure en se confrontant à la douleur physique par une épreuve qui marquera leur chair. Parfois le visage est entaillé, parfois le dos est brûlé, la lèvre élargie d’un disque. Ils peuvent alors fièrement retourner parmi les leurs. Tous verront qu’ils sont aptes à affronter la vie, à être chef de clan. Moi j’arborerai cette encre comme la pieuvre crache la sienne pour se protéger. Elle sera la preuve irréfutable et tangible que, face à la douleur, je ne cède pas. Que si j’ai pu me vaincre moi-même, rien ne peut me briser.

Le message du roman est l’adage du scorpion : une éternelle reconstruction. Le scorpion n’a pas peur de l’échec, c’est là sa plus grande force, il y trouve même de la joie  (le scorpion est assez américain en fait…) car les épreuves lui permettent sans cesse de se réinventer.

L’autodestruction dont fait preuve Enaid lors de l’adolescence caractérise aussi parfaitement ce signe : drogue, piercings, tatouages, jusqu’à ce qu’elle décide de reprendre sa vie en main, et hop, c’est reparti ! Le scorpion est doté d’une grande endurance, c’est un signe tenace, sa planète Pluton lui assure un fort pouvoir de régénération.

Enfin l’humour ! Nombre d’humoristes portent ce signe ! Coluche, Gerra, Foresti… Pourquoi les Scorpion sont ils drôles ? Car le scorpion a cette intuition inée de mettre le doigt sur chaque ressenti, la perspicacité de saisir ce qu’il y a de plus secret chez les autres, c’est le marqueur d’une grande sensibilité (signe d’eau) et cela nous fait rire autant que pleurer… c’est l’effet que vous procurera ce roman à coup sûr !

Message pour Enaid : j’ai une autre explication, astrale, à l’échec amoureux relaté dans le premier chapitre (parfois l’astrologie rassure, ce n’est de la faute de personne, juste des planètes). Après une étude très sommaire du thème, il s’avère que  Vénus en scorpion (en plus du signe solaire) amène un grand besoin de contrôle et de maîtrise dans le couple, qui tourne souvent aux rapports de domination. Souvent les natifs ayant Vénus en scorpion créent plus ou moins consciemment des rapports de force dans leurs relations, ils ne s’épanouissent que dans une certaine tension, dans la confrontation, ils peuvent alors être amenés à être détruits ou destructeurs… Une façon de se sentir  vivant, celle de mener une sensualité et une relation très « agitées ».

Les Orphée

« Arrivé au comptoir, Orphée a envie de manger une glace à la nuit. Mais ça n’existe pas. Alors il se commande un verre. »

En terminant ce roman j’ai dû m’arrêter de respirer un temps. Ma bouche a émis une drôle d’onomatopée : Aoupff. Tout en reprenant mon souffle, déroutée, je suis retournée au début. A nouveau la dédicace « Agathe voici les Orphée, (…) PS : c’est très différent d’ Adolphe a disparu tu verras ».
C’est très étrange cette comparaison, qui plus est je déteste comparer — on ne doit jamais comparer ses enfants ni ses livres, principe de vie absolu — très étrange de les comparer alors qu’en effet ils ne se ressemblent pas.
Par conséquent, comme il ne faut jamais dire jamais, je l’ai comparé. Non pas à Adolphe, mais au premier, La nuit des trente, grande cavale de nuit dans Paris à la recherche de l’amour. Si Les Orphée changeait de titre, j’opterais donc volontiers pour La nuit des trente-deux  version mythologie grecque (au passage, un grand merci à l’auteur et à Wikipédia pour avoir comblé mes lacunes sur la descendance d’Apollon, Calliope & co).

Dans ce troisième roman, il est ainsi question de la nuit, de l’ivresse, de la perte et du manque. Orphée est cet être qui chaque nuit descend aux enfers pour tenter de ramener sa belle Eurydice sans pouvoir la regarder.
Les personnages deviennent des légendes : Virgile le guide est ce copain pilier de bar toujours dispo pour boire à votre santé, le videur est représenté par Cerbère … même le chauffeur Uber est baptisé Charon, celui qui vous conduit aux enfers.
Qui est Eurydice cette jeune femme qu’Orphée recherche obstinément ? A-t-elle existé, est-elle un fantasme, une image oubliée ? Faut-il vraiment descendre aux enfers pour la retrouver ? En vaut-elle vraiment la peine ?
Mais la nuit ne peut exister sans le jour. Et Louis est cet être qui chaque matin appelle son père défunt dans un téléphone incroyable acheté dans une brocante: il lui permet de téléphoner vingt ans en arrière ! Peu à peu, Louis s’isole socialement, plus les jours passent, plus son père va avoir l’âge de mourir.

Antigone, Phèdre et Andromaque n’ont qu’à bien se tenir. Après la lecture de ce roman aux allures de tragédie antique, vous ne regarderez plus Eric Metgzer de la même façon à la télévision.

« Elle lui plaisait, il lui plaisait, Orphée le sait. Alors pourquoi avoir tout gâché ? La malédiction des Orphée. Longtemps le secret a été bien gardé; il a fallu de riches mensonges pour le protéger, des mythes, des poèmes, des opéras, des films, et même un peu de foudre. Mais voici la pauvre vérité ; ce jour-là, il y a des milliers d’années, plongé dans l’obscurité, suivi de la femme aimée, Orphée a fait exprès de se retourner. »

Outre la crise existentielle de la trentaine, cet âge adulte où la devise serait Boire ou construire, il faut choisir, ce roman pose la question de l’être manquant, un thème que j’affectionne beaucoup, car les absents font tellement de bruit dans nos vies, les souvenirs résonnent : quoi que nous fassions nous sommes façonnés par ces êtres qui disparaissent de notre existence. Il n’y a rien de plus injuste que cette phrase que l’on n’a pas eu le temps de dire à un proche défunt, et il n’y a rien de plus romantique qu’un amour inachevé, la mélancolie qui en découle est féconde et sublimatrice.

Merci à Eric Metzger pour la lecture de ce roman que je vous recommande. Une très jolie odyssée au pays de la nuit.

Le signe astrologique du roman

orphée .jpg

Balance ! Orphée représenté par sa lyre ne peut appartenir qu’à ce signe vénusien !!! La balance est un signe artistique et romantique. Par ailleurs, on lui attribue à tort la qualité d’être tempéré et équilibré, ce qui n’est pas forcément le cas : la balance est capable de passer d’un extrême à l’autre. Les relations affectueuses sont vitales pour le bonheur de ce signe, en cas d’échec il peut se révéler cynique et amer.
D’autre part, le roman comme le signe sont totalement vénusiens ; Vénus est la planète du désir, de l’amour et de la volupté. Rien de plus vénusien que ce roman où l’esthétisme et l’ivresse sont maitres.

 

Débâcle

Débâcle. Nom féminin. Si la couverture de ce roman vous évoque sa troisième définition du Larousse (soûlerie, désordre, perdition, dévergondage, lubricité) la débâcle signifie avant tout le dégel, la décongélation, ou la rupture subite d’une couche de glace.

Mais pour comprendre tout cela, il vous faudra résoudre l’énigme d’Eva; si vous échouez, car tout le monde échoue dans ce roman, vous devrez obéir à ses amis, Laurens et Pim, et enlever tous vos vêtements.

A Bovenmeer, un peut village de Flandres où tout le monde se connaît, ils n’étaient que 3 bébés à naître en 1988. Fusionnels depuis l’enfance, le cruel été 2002 marquera la fin de leur amitié.

Trente ans plus tard, Eva habite Bruxelles, lorsqu’elle reçoit une invitation à une fête au village, organisée par l’un de ses anciens comparses.

C’est l’occasion pour elle de revenir sur les traces d’un passé qu’elle n’a pas digéré. Dans sa voiture, elle emporte un bloc de glace : le temps de la débâcle sera celui de sa propre histoire.

« À la maison, on avait cinq poules. De toute évidence, maman aussi était au courant du fait que les poules ne pondent qu’un œuf par jour, tôt le matin. Pourtant, plusieurs fois dans la journée, elle retournait voir s’il y avait eu de nouvelles pontes et revenait systématiquement avec un œuf de plus, un seul. Les douzaines qu’elle avait achetées en secret devait être camouflées quelque part dans le poulailler, près de la caisse de vin. »

Prenez une famille, deux parents, trois enfants, mettez-là à table. Ils ne disent rien. Et pourtant. Parmi eux, une boit en cachette dans le poulailler, un autre explique comment s’y prendre pour se pendre sans se rater, une autre a perdu sa culotte, l’un fugue sans arrêt pendant que la dernière passe ses journées à taper sur un clavier d’ordinateur débranché.

Mais n’allez pas croire que l’herbe est plus verte dans la famille d’à côté. A la boucherie et à la laiterie, chez les parents de Laurens et Pim, ce n’est guère mieux.

Est ce la faute du village, ces habitants de la terre et leurs enfants qui ne partent pas de l’été ? Ou est-ce la faute des traumatismes que l’on enfouit derrière des prénoms ou dans la fosse à purin, et qui finissent par vous rendre dingues ?

Débâcle est un roman belge coup de poing, sur l’emprise des siens, sur l’enfermement du milieu rural et leur malheur consanguin.

« Je sors de la grange au pas de charge. Le verrou de tout à l’heure, en travers de ma gorge, se bloque. J’aurai beau m’éloigner tant que je veux de ces garçons, tout le monde croira que ce sont eux qui m’ont laissé tomber. »

Mon avis

Un roman saisissant! Cruauté et violence de vie sont servies par une écriture légère, en inadéquation totale avec la teneur des propos, donnant à l’ensemble un caractère encore plus acide que prévu. La construction est parfaite, le rythme impeccable, les ingrédients du suspense et de la description fraîchement dosés. J’approuve ce succès belge et je vous le recommande !

Le signe astrologique du roman

Scorpion ! Car dans ce roman il est question de secrets, de jalousie, de vengeance. Lorsqu’un scorpion est malheureux il peut faire preuve de cruauté, cynisme, autodestruction, comme Pim après la mort de son frère. De plus la sexualité est omniprésente dans ce roman, Laurens et Pim n’ont rien d’autre en tête que cela, le signe du scorpion étant justement lié aux fesses, aux parties sexuelles et à l’anus. La couleur du scorpion est rouge foncé et noir, cela correspond parfaitement à l’ambiance du livre…

La vie intérieure

Ce livre est ma nouvelle Bible ! Il réveille ce Dieu présent en chacun de nous, celui qui accorde les êtres quelle que soit leur culture. Il est une homélie romancée de nos émotions et les citations littéraires qui le rythment en font un écrin de savoir et de plénitude.

A l’origine, Christophe André était diffusé dans une émission sur France-culture, l’Iconoclaste en a fait un livre de quarante chapitres et un CD.
Cultiver notre vie intérieure, c’est-à-dire prendre quelques secondes pour étudier nos affects et nos pensées, est sans doute inné. Pourtant, notre société hyperactive nous amène à considérer ces moments de méditation ou d’introspection comme une perte de temps.
Les quarante items sont classés eux-mêmes en trois groupes : ressentis, voies d’accès et expériences existentielles nous menant directement à visiter notre vie intérieure.
Elles sont des choses courantes de la vie, comme la maladie, l’échec, la fuite du temps. Ce sont des expériences qui nous forcent à nous arrêter, faire un bilan pour mieux repartir.
Christophe André nous donne des clés pour apprendre à faire le vide, sublimer toute sensation désagréable et décrypter nos émotions.
Concrètement ? Ne plus avoir peur d’être déçu, pardonner, écouter la musique sans rien faire d’autre, accepter, réfléchir au lieu de ruminer, marcher 10 minutes pour nettoyer l’âme, aller au petit coin sans son portable, écrire pour se découvrir, apprécier la nostalgie ou encore apprendre à être ivre sans boire d’alcool (celle-ci je la mettrais même dans la catégorie super-pouvoir).
Surtout, il décortique les ressentis pour mieux les aborder : la force de la tendresse, le danger de l’envie, le cercle vicieux de la jalousie, le sentiment de fraternité, la force de la honte ou la normalité du plaisir.

Il y a une grande qualité d’écrit, les phrases sont travaillées, le vocabulaire est riche et les citations parfaites ! Un livre à offrir à notre âme.

Si ce livre était un signe astrologique il serait …

sagittaire

Sagittaire ! Ce signe de feu éveille l’esprit à la spiritualité. Le sagittaire est symbolisé par une flèche montante, l’âme est amenée à s’élever toujours plus haut et plus loin, l’humanité vise à se dépasser constamment. Le sagittaire est philosophe, perpétuellement en quête d’apprentissage et de découverte. C’est un signe qui parle plus qu’il n’agit, son accomplissement réside dans l’extase intérieure plutôt que les actes. C’est un signe positif, tourné vers les autres pour mieux se comprendre soi-même.

La planète Jupiter régit ce signe, Jupiter symbolise l’expansion, elle n’est pas une planète tellurique mais une planète géante faite de gaz. Après Mars dans le bélier qui symbolisait la conquête personnelle et primitive, Jupiter représente la conquête collective organisée, le développement des grandes civilisations, l’énergie de la justice, de la loi.
Dans ce roman, le signe du sagittaire met en place un cadre légal permettant le développement de l’individu dans la communauté. Il est aussi le signe de la joie légitime, le bon vivant dont tous les voyages quels qu’ils soient sont pour lui une expérience épanouissante.

Par curiosité j’ai esquissé le thème astral de Christophe André après avoir écrit cette chronique. Il est né le 12 juin 1956, il est donc gémeaux, le signe complémentaire du sagittaire, sa part d’ombre ; jusque là rien d’extraordinaire ni d’illogique, jusqu’à ce que je remarque deux planètes (Jupiter et Pluton) placées au même endroit, c’est-à-dire une « conjonction » planétaire. Que signifie-t-elle?
⇒ Jupiter conjoint Pluton est un aspect associant l’expansion avec les forces de transformation, ce qui donne des moyens importants psychologiquement pour guider et conseiller autrui, grâce à un bon sens psychologique, un fort pouvoir de conviction, et une excellente perception des forces et des faiblesses des autres. Cela montre aussi que cet aspect de conseil peut s’effectuer dans un domaine secret, caché, ou non reconnu officiellement.
Christophe André obéit complètement au pouvoir de cet aspect planétaire et aurait fait également un excellent astrologue !

FullSizeRender-4

Une première expérience auditive

FullSizeRender-8.jpg

M’étant toujours persuadée que j’étais 100% visuelle et 0% auditive (j’ai toujours été incapable de comprendre un cours sans prendre de notes en même temps, je suis très mal à l’aise au téléphone etc…) j’ai cependant découvert les textes de ce livre par le biais du CD. La voix mélodieuse de l’auteur et son timbre apaisant m’ont hypnotisée, les citations lues par une voix féminine m’ont totalement touchée. J’étais dans les conditions optimales, j’avais profité d’un long trajet en voiture seule (sans enfants à l’arrière) et sur autoroute désert pour l’écouter complètement.
Lorsque je suis revenue à la version papier pour les besoins de ma chronique, je parcourais les chapitres à toute vitesse, le texte m’a paru moins magnétique, moins prégnant. J’ai vite compris à quoi cela était dû : si l’on peut réguler la vitesse d’une lecture, sauter des lignes ou des paragraphes, on ne peut faire de même avec un CD, et cela nous oblige à prendre le temps, à caler notre rythme sur celui de l’orateur. Pour ce genre de textes c’est tout à fait souhaitable et nécessaire, une expérience que je renouvellerai !

Citations

Le plaisir est l’objet, le devoir et le but de tous les êtres raisonnables.
Voltaire

Tu seras aimé le jour où tu pourras montrer ta faiblesse sans que l’autre s’en serve pour affirmer sa force.
Cesare Pavese

Je compris vite que l’ivresse sans vin n’est autre que l’état lyrique. Gide

Sans cesse occupé de mon bonheur passé, je le rappelle et le rumine, pour ainsi dire, au point d’en jouir derechef quand je veux . Jean-Jacques Rousseau

Je ne suis pas une héroïne

« Un livre qui parle d’amour et d’identité française » résume Nicolas Fargues, évoquant son dernier roman.
« Un livre au pari risqué ! » me suis-je répétée durant la lecture.
Se mettre dans la peau d’une femme en évitant les poncifs était un défi audacieux et admirablement réussi. Au demeurant, un pari peut en cacher un autre, car l’auteur a décidé que sa narratrice serait noire.
Loin de vouloir faire de son roman un essai anti-raciste, Nicolas Fargues s’intéresse ici au multiculturalisme : omniprésent aujourd’hui, comment l’abordons-nous ? Sommes-nous si à l’aise derrière nos grands discours ? Comment cohabitons-nous ?

Géralde n’a pas grand chose à perdre en quittant Paris pour la Nouvelle Zélande afin de rejoindre Pierce qu’elle connait à peine. Elle est parisienne, trentenaire et collectionneuse d’échecs sentimentaux. En première partie de roman elle visite son passé sentimental, ses amies, sa mère. Idéologique, il y a beaucoup de nous dans Géralde. Tenant constamment ses amants en joue sur les sujets sensibles, (origines, politique, féminisme, cheveux) elle quitte l’autre à la moindre déception. Et ce n’est pas pour Pierce qu’elle fera exception dans la deuxième partie. Même à l’autre bout du monde, Géralde s’en va car rien ne répond à ses attentes. Sur la route du retour, elle croise Hadrien, prof de conférence. Plus âgé, plus subtil, elle ose en tomber amoureuse et ouvrir ainsi « la porte » qu’évoque Marguerite Duras dans « L’amant », la porte fermée, celle de notre coeur immense que si peu d’hommes méritent.

Ultra ancré dans notre époque, cette anti-héroïne avance et expérimente la vie entre deux Snaps et posts Instagram. Rire et réfléchir simultanément par ce roman était une expérience agréable et aboutie : c’est subtilement que ce livre emmène le lecteur à dépasser ses positions. J’admire l’acuité sociologique et féminine de l’auteur. Une très belle surprise !

Extrait choisi

Ces filles-là ne savent pas leur privilège, j’ai pensé. D’avoir la bonne couleur de peau, les bons cheveux, d’avoir passé le permis de conduire à vingt ans, appris à nager et à skier dans leur petite enfance aussi naturellement qu’on apprend à marcher. D’avoir eu leur premier rapport sexuel en toute tranquillité, sans s’être senties obligées de le dissimuler à la terre entière. D’avoir invité leur petit copain à dormir dans l’appartement familial en présence des parents et d’avoir eu par la suite des partenaires de lit aussi naturellement qu’on va faire ses courses ou qu’on prend le métro, sans que cela pose de problème à personne. De prendre la pilule chaque jour comme on avale un bonbon, de ne pas faire un drame d’un avortement si elles tombaient enceintes à un mauvais moment, avec les mots de consolation de maman en prime pour les désagréments subis. De bronzer seins à l’air sur les plages publiques en été. De n’avoir jamais ressenti la moindre honte pour rien. De n’avoir pas été emmenées, elles, de force à l’église chaque dimanche jusqu’à leurs dix-sept ans. D’avoir eu un papa présent et soucieux de leur bien-être. Des parents cool, modernes, tolérants, financièrement solvables et propriétaires de leur logement. D’être promises à devenir des héritières, propriétaires un jour à leur tour. De pouvoir divorcer er refaire leur vie sans que cela choque personne au sein de leur famille.

Le signe astrologique du roman

Lion. La chevelure de Géralde, ses « vanilles » qu’elle soigne et qu’elle oint d’huile, m’évoque les rayons du soleil symbole du signe.
Le Lion s’exhibe et brille. Ambitieux, solitaire et fier, il expose ses principes et son idéalisme, telle Géralde, que j’ai trouvée si entière, digne, soignée, droite. Signe de feu positif, le décor néo-zélandais grandiose et lumineux s’y accorde parfaitement.