Retour à Buenos Aires

A cent ans on lui en donnait quatre-vingt. Il avait respiré l’air de trois siècles. Je ne l’avais connu que sur le tard.

Et si vous passiez un mois sur un bateau avec un vieil oncle défunt? Comment ça vous ne trouvez pas cette proposition alléchante ?
Vous avez pourtant du temps à perdre, vous n’êtes qu’un ordinaire bibliothécaire à la vie bien solitaire lorsque la dernière personne de votre famille, votre oncle, un aviateur centenaire, décède.
Dans ses derniers voeux, il souhaite que vous traversiez l’Atlantique, Le Havre – Buenos Aires, afin de disperser ses cendres auprès de son premier amour.
Une urne et vous, 24 jours, entourés de quelques matelots à prime abord aussi peu sociables que vous. Vous vous installez dans votre cabine avec l’aviateur, vous vous disputez un peu la place (où place-t-on une urne dans une cabine de bateau ?) et puis vous partez à la découverte de l’horizon et de vous-même.
Entre quelques séances de médiation forcée et de conversations unilatérales avec votre urne, vous parviendrez peut-être à vous faire des amis et une partie de ping pong endiablée. Vous relirez la correspondance passionnée qu’a entretenue l’aviateur et cette femme qui l’a quitté très brusquement par courrier alors qu’il allait la rejoindre à Buenos Aires. Votre traversée sera donc le moyen de revivre la vie et les tumultes de votre respectable ainé. A l’arrivée bien sûr, une surprise vous attend. Il ne faudra pas oublier d’y laisser l’urne, toute cabossée par le voyage…

Mon avis

Ce roman dès les premières pages m’a agréablement conquise. L’écriture de l’auteur est très belle, lumineuse, d’une fluidité remarquable. Un humour pudique, très fin, se dessine entre les lignes, beaucoup d’humanité aussi. Je m’attendais à un peu plus de rebondissements dans cette « odyssée », de ceux qui permettent d’aller plus en avant dans la lecture, le narrateur est en fait une sorte d’anti-Ulysse. Les scènes répétitives des repas et couchers sont un peu lassantes, mais elles permettent certainement de mieux s’imprégner de l’attente subie au quotidien par le personnage. J’aurais aimé en découvrir un peu plus sur Buenos Aires, nommée capitale du Livre en 2011. Enfin, j’ai adoré la relation épistolaire entre l’aviateur et sa promise, la qualité de ces lettres jouent beaucoup dans celle du roman.

Cher Amour,

La mer est grise et triste et son spectacle m’offre le miroir d’un monde qui sans toi est sinistre. A peine le bateau venait-il de se séparer du continent et de m’arracher à toi, que déjà la traversée s’annonçait interminable. Le sillage de notre navire est le fil d’un cerf-volant qui se déroule et se perd dans le vent, et me rappelle à chaque instant que la distance qui nous sépare s’accroît implacablement.

Le signe astrologique du roman

Cancer, pour ce roman plongé dans l’eau, le cancer y trouve toujours un grand réconfort.
Le narrateur, être solitaire, discret, timide et lunaire, m’a souvent fait penser à ce signe. Le cancer est un signe féminin, symbolisant la maternité qui selon moi sied plus aux femmes qu’aux hommes de ce signe : il apporte une certaine douceur, nonchalance, une capacité d’écouté qui chez un homme ne sont pas toujours des qualités recherchées.
En plus du personnage, le roman a lui aussi cette tranquillité, cette absence de rythme caractéristique. La finalité, rassembler une famille, un amour, est également dans cet esprit : le foyer a une importance vitale pour le cancer. L’image du paquebot elle aussi, la navigation à la voile est le loisir préféré des cancer.

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3 commentaires sur « Retour à Buenos Aires »

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