Ta vie ou la mienne : Chronique et Interview

DROIT AU BUT !

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Décidément les livres n’en finissent pas de nous surprendre. Si l’on m’avait dit que je prendrais du plaisir à lire des scènes de football..! Comme quoi, avec beaucoup de passion, tout se transmet, je vais peut-être enfin lire Delerm pour me mettre à aimer la bière…

C’est l’histoire d’Hamed, un jeune homme de banlieue surdoué du ballon. Orphelin mais courageux, il rêve de quitter la violence de Sevran et de s’offrir une vie meilleure. Il se lie d’amitié avec François, dont le père ancien footballeur va tout faire pour l’aider et le faire progresser.

En face, nous avons Léa, issue de la haute bourgeoisie, jeune adolescente étrange souvent prise d’états dépressifs depuis son adolescence. Lorsqu’au lycée son regard croise celui d’Hamed, l’espoir en la vie lui revient. Elle passe son temps de récré à observer ce grand jeune homme musclé au teint mat, jusqu’au jour où elle vient le voir du côté des caïds…

Leur histoire d’amour semble compliquée à Hamed, le choc des cultures et de leur classe sociale n’augurent rien de bon, et à cette liste d’impossibles s’ajoute François, leur meilleur ami commun, amoureux de Léa.

Pourtant leur liaison débute et leur amour flamboie. Repéré par un entraineur, Hamed va intégrer les pros. Un soir, alors que tous deux ont quelque chose à se dire, le drame survient. Case prison, retour à la violence, mais en pire, celle qu’Hamed n’aurait jamais voulu connaitre. Peut-on échapper à son destin ? Qu’est-ce que la liberté ? Rejouera-t-il un jour au foot ?

Une magnifique histoire d’amour entre deux êtres blessés, la princesse et le banlieusard, un drame soumis aux lois du destin et des secrets familiaux.

Mon avis

Une belle surprise que ce premier roman ! Cela faisait longtemps qu’une histoire ne m’avait pas autant absorbée, et quel plaisir de pleurer d’émotion pure !

Lue d’une traite, un grand coup de coeur pour cette histoire ficelée, au ton hyper juste et à l’écriture dénuée de prétention, toute en finesse lorsqu’elle concerne la banlieue. Aucune longueur, le texte est très riche, les thèmes abordés foisonnent, amitié, amour, clivages sociaux, milieu carcéral, judiciaire.. et le foot bien sûr, fil rouge du roman ! Les scènes sur le stade sont décrites avec infiniment d’esthétisme, les descriptions, très succinctes, presque subliminales, détiennent une qualité cinématographique bluffante, on virevolte avec le ballon et dans les pieds d’Hamed !

Les autres détenus s’approchèrent pour assister à cet étrange spectacle. Ce moment de grâce tranchait soudainement avec la laideur qui les entourait, telle une lueur dans un puits d’obscurité. Un être se redressait, bombait le torse, relevait la tête et le regard comme si un horizon se présentait devant lui, et resplendissait à nouveau de toute son humanité. Il dansait, lumineux, la balle entre les pieds. Ses gestes purs et déliés formaient une chorégraphie qui défiait l’entrave. Il s’échappait.

Progressivement, les larmes me sont montées au yeux en découvrant l’inéluctable, le sentiment de gâchis face à cette histoire d’amour intense m’a envahie, ainsi que la force et la noblesse de l’amitié, thème récurrent du roman.

Le milieu carcéral, ici la prison de Fleury-Merogis où a lieu toutes sortes d’exactions est minutieusement décrit, il m’a rappelé le film choc « Felon » où la violence et l’injustice règnent, et je me souviens avoir pensé en le visionnant que ce genre de corruption entre matons et détenus ne peut survenir que dans un autre pays que le nôtre… J’étais bien naïve et certains centres de détention sont pires que la rue. Puisse l’Etat éradiquer un jour cette ultime violence…

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Image tirée du film « Felon »

 

Ta vie ou la mienne est un livre que l’on aurait justement envie de voir adapté au cinéma, pour les différents lieux qu’ils proposent, de la grise banlieue parisienne à la chaleur de Fès où l’amour entre Léa et Hamed exulte, ainsi que pour mettre en scène la multitude de personnages secondaires donnant corps et étoffe au roman.

Le signe astrologique du livre

Sagittaire !

Dans ce roman où la violence règne (signe de FEU), les personnages veulent s’en sortir, sublimer et transcender l’impossible. Ils visent haut, loin de la médiocrité des événements qui les ont blessés. La personne sagittaire sous son air calme et sage, cache un terrible volcan prêt à rentrer en éruption lorsque cela est nécessaire. De nombreux passages sur Hamed m’ont fait penser à cela: il s’efforce de s’éloigner de la violence, de résoudre les problèmes autrement, mais lorsqu’il n’est plus possible de faire et d’agir autrement, il entre dans une fureur incontrôlable.

Idéaliste, ce signe respecte ses valeurs et ses principes : Hamed ne veut pas imposer à Léa une vie qu’elle ne mérite pas, quitte à se faire remarquer par son absence…

Extrait choisi

Ecoute, on ne va pas se mentir : ça ne sert à rien d’essayer tous les deux. Toi aussi tu me plais, t’es la plus jolie fille de ce putain d’endroit, mais ça ne marchera pas. Tu sais pourquoi ? Parce que les jeunes de banlieue, leur vie pue, et tu t’en rendras compte bien assez tôt. Ça pue la merde dans nos cages d’escalier, nos parents puent la sueur quand ils rentrent du boulot, nos salons puent le désodorisant pour chiottes. Moi-même, je pue la défaite. Tu crois qu’être pauvre, c’est quoi? Etre pauvre, ça pue, et ça a un goût, celui du sang dans ma bouche quand mon père me tabassait. Je veux pas te faire pleurer Léa, mais circule, y a rien à voir. Toi et moi, ça pue le malheur.

Quelques questions à l’auteur, Guillaume Para

Guillaume Para a 35 ans. Journaliste politique passionné de football, « Ta vie ou la mienne » est son premier roman.

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Une première question à propos de la genèse de l’histoire : d’où vient-elle ? de vos rencontres, de votre vie, de votre imagination ?

L’histoire vient tout droit de mon imagination. J’ai toutefois l’impression que chaque auteur se sert de son vécu même de façon inconsciente pour écrire un récit (c’est d’ailleurs assez banal à dire). Donc oui, en analysant ce roman je ne peux que constater y avoir mis des éléments de ma vie. Je suis né dans un milieu bourgeois (bourgeois bohème diraient certains) d’une commune de l’Ouest parisien. Dans cette ville, la mixité sociale n’existait pas à part à l’école/collège/lycée. Là, j’ai donc pu pu côtoyer des gens issus de familles d’une bourgeoisie plus « tradi » voire aristocratique mais aussi des gens issus de milieu plus modestes et même pauvres, pour beaucoup descendants d’immigrés. L’avantage pour moi de n’appartenir à aucune communauté identifiée, marquée, à été de pouvoir naviguer entre ces différents milieux. Ces milieux se côtoyaient sans se mélanger, moi je m’efforçais de vivre avec chacun d’eux. Dans mon roman, je les ai fait se rencontrer. Je voulais travailler sur l’aspect souvent binaire de notre société qui est, selon moi, un fait (riches d’un côté et pauvres de l’autre) pour montrer la complexité de cette dualité qui peut paraître simpliste en apparence. Ainsi j’ai voulu parler des violences inhérentes à chaque milieu: elles sont certes différentes mais leur intensité peut être équivalente.

Comment s’est passée la rédaction de ce roman ? Ce livre est-il le résultat d’un rêve de longue date?

J’ai écrit un 1er manuscrit il y a 4 ans. Pour des raisons personnelles j’ai fait une croix dessus mais c’était trop tard, j’avais attrapé le virus de l’écriture. Un an après l’idée m’est venue d’une histoire totalement fictionnelle (enfin presque totalement si j’en crois ma réponse à votre première question !). En janvier 2017, j’ai écrit jour et nuit. Fin mai, Anne Carrière m’appelait 3 jours après avoir reçu le manuscrit. Tout ça pour dire qu’il y a trois ans encore, je ne pensais pas encore devenir auteur un jour et je ne l’ambitionnais pas.

Il est écrit que vous êtes journaliste, féru de football, thème présent dans le roman. Qu’en-est-il des autres sujets? Avez-vous côtoyé les milieux judiciaires, carcéraux ? Connaissez-vous la banlieue, notamment Sevran comme il est question dans le roman ?

J’ai été pendant 12 ans journaliste politique. L’assemblée était mon deuxième bureau. Donc je suis avant tout passionné par les sujets sociétaux, l’économie…bref, le débat publique (après la littérature, le cinéma, la peinture, le foot…oui je sais ça fait beaucoup pour une seule personne!)
Avant d’écrire ce livre, je connaissais les problèmes carcéraux ou ceux des banlieues d’une manière globale (d’un point de vue politique, sociologique assez abstrait). Même si mon imaginaire, mes émotions, ma sincérité ont le dessus lorsque j’écris, ma « nature journalistique » m’a poussé à me renseigner le plus possible avant d’écrire sur ces sujets. Je devais inventer une histoire mais il est essentiel pour moi de me baser sur des faits. Je me suis donc énormément documenté et, concernant les banlieues, je suis allé à Sevran, voir comment c’était. J’ai vu.

Et le milieu bourgeois, son hypocrisie, c’était un thème important pour vous ?

D’autres de mes meilleurs amis sont issus de familles très traditionnelles, aristo. Au sein de ces familles, la violence est sourde mais très présente, sous des formes parfois insoutenables. Mauriac (dont je suis fan) ou Yves Navarre (avez-vous lu son chef-d’œuvre « le jardin d’acclimatation »?) ne s’y trompaient pas. Permettez moi d’insister sur ce point: selon moi, chaque communauté, chaque milieu à ses propres violences, ses hypocrisies. C’est d’ailleurs ce que je voulais traduire dans ce livre. Si le journalisme, à travers, l’étude des faits, m’a appris une chose c’est qu’il n’y a pas une seule réalité mais que celle-ci a des nuances de gris. C’est ce que je voudrais faire ressortir dans ma littérature désormais.

Question propre au roman qui intéressera ceux qui l’ont lu ; Pourquoi Léa attend-elle de faire sa révélation à Hamed pour juste après, la même soirée, se charger de se venger elle-même ?

Lorsque Léa avoue son secret à Hamed, elle ne s’attendait pas à ce que cela engendrerait, la déflagration que cela provoquerait. A ce moment, elle se libère d’un poids, accomplit un grand geste de sincérité essentiel envers Hamed pour qu’ils puissent vivre leur amour et accueillir ensemble cet être qu’elle attend. Ayant fait cet aveu, Léa se rend malheureusement compte que la violence de son traumatisme condamne la possibilité d’une vie douce et apaisée avec Hamed. Elle sait lire en lui et comprend que le pire des origines de Boutaleb, tout ce qu’il cherche à fuir (le réflexe de la violence physique mais surtout la loi du talion) le rattrapent. Elle veut alors commettre cet acte elle-même, mais elle agit de manière inconsciente, c’est ce que j’ai voulu faire ressortir dans le roman.

Pensez-vous comme Hamed au cours du récit, que le destin nous rattrape toujours ?

Je pense qu’on peut y échapper bien sur et c’est même l’une des plus belles choses de la vie. Nous ne sommes pas prédestinés et nous pouvons devenir ce que nous voulons être pour certains. Et c’est ce « pour certains » qui a son importance. Hamed est rattrapé par trop d’événements qui le ramènent aux pires de ses racines. Celles-ci le guident malgré lui. Bien d’autres gens s’en échappent, c’est dur mais la vie serait intenable sinon. Mais nos racines pèsent lourd, quelque que soit nos origines sociales, religieuses, matérielles et surtout quelque soit nos héritages de souffrances, de blessures, de non-dits… Je voulais livrer un conte urbain, moderne et même si cela déplaît à pas mal de monde (même à certains qui ont adoré le livre) il n’y a jamais eu dans ma tête la possibilité d’une issue heureuse pour Boutaleb, pas à un seul moment.

Vous êtes en train d’écrire votre deuxième roman : que représente l’écriture dans votre vie ? Est-elle devenue aussi (voire plus) importante que le journalisme ?

L’écriture est désormais au-dessus de tout… sauf de mon histoire d’amour et de ma fille! Je ne sais pas où ça me mènera mais c’est trop tard désormais. Sinon je lis toujours et encore, comme vous. Quelle chance nous avons d’avoir cette passion !

Merci Guillaume Para pour la précision de vos réponses et cet approfondissement de la lecture. Encore bravo et longue vie à votre carrière d’écrivain !

 

Le lambeau

Le chef d’oeuvre est écrit avant le premier mot. Trois années à penser et ressentir l’ont précédé. Cinq cent pages autour desquelles nous percevons l’écho de la lente et profonde inspiration que Philippe Lançon a prise avant d’entamer le récit. Voilà comment naît un chef d’oeuvre : d’un souffle.

Ce roman est le récit de la reconstruction mentale et physique de ce journaliste blessé le 7 janvier 2015 à Charlie Hebdo. Il vient couper court à tout ce qui a été dit avant, pendant et après. Peu importent les livres et les hommes qui ont pressenti l’évènement, les commémorations et les honneurs, ce récit rassemble tout ce qui n’a pas été dit ou vu. De la haine contre les terroristes, vous n’en lirez pas. Ce livre a stupéfait ses premiers lecteurs par son absence totale de colère. Il n’y a pas de joie non plus, pas de projet de vengeance, rien de tout cela : une victime n’a de la force que pour sa propre réparation. 

Réparation grâce aux proches, à la musique, aux souvenirs et la littérature bien sûr. Kafka, Proust, Shakespeare. Ce récit est le journal sincère d’un homme incapable de juger ou de haïr, là où toute son énergie est dévolue à la cicatrisation partielle de son être et de son âme.

Ce jour-là, son dernier propos avec Charb concerne le dernier livre de Houellebecq, Soumission. Une petite blague, une périphrase s’interrompent brutalement sous le bruit des coups de feu. Des cris, un garde du corps qui dégaine, puis les « jambes noires » des tueurs dans la pièce… Une scène tellement rapide qu’elle donne l’impression d’avoir été vécue au ralenti. Faisant semblant d’être mort, allongé face à la cervelle de Bernard Maris décédé, Philippe Lançon aperçoit dans le reflet de son téléphone le trou qui lui fait désormais office de menton et de mâchoire. Après dix-sept passages au bloc, il se surnommera l’homme-lambeau. 

De la Salpêtrière aux Invalides, constamment sous surveillance rapprochée, neuf mois d’opérations et de rééducation vont jalonner son existence, mettre en péril son couple. Ecrire sur une ardoise, attendre sur des brancards, s’alimenter par sonde gastrique, s’endormir grâce aux somnifères, devenir dépendant des soignants et accroc de sa chirurgienne, écrire avec trois doigts le menton qui fuit et la bouche qui coule, tendre son front pour se faire embrasser. Se repasser le film de ce qui a été, de ce qui aurait pu se produire si. Se focaliser sur des détails, sur son téléphone portable perdu le jour des attentats, son vélo abandonné dans la rue, son billet d’avion à annuler. Se créer des obsessions pour déplacer la sidération. Refaire le film de la veille, de l’avant-veille, de tout ce qui a contribué à ce qu’il se trouve dans cette pièce, à ce moment-là, un livre à défendre, un album de jazz à montrer. Jouer avec le conditionnel du destin.

Gueule-cassée, miraculé, mutilé. Le corps passe avant l’esprit. Survivre de ses blessures est devenu la priorité numéro une de Philippe Lançon. Quelques mois après l’attentat, il n’a rien à penser de l’Islam et du gouvernement : incapable de parler, de boire et de s’alimenter, l’homme a déserté le journaliste, il fuit les médias, la sur-information.

Extrêmement seul bien qu’entouré de son frère, ses parents, sa petite amie, ses amis, l’homme-lambeau est comme désolidarisé de l’événement dont il est issu. Lorsque les frères Kouachi sont tués, son frère bondit gaiement dans sa chambre d’hôpital pour lui annoncer, « Ils sont morts ces connards! » Philippe a alors un mouvement de recul : il n’y a plus de place en lui, ni dans sa chambre, pour la violence.

Après le temps de la chirurgie vient le temps de l’indépendance : la réhabilitation sociale est vécue comme une épreuve hautement difficile, parce qu’il n’est plus protégé ni réconforté comme au début, il ne bénéficie plus de l’aura initiale là où il en a le plus besoin, il lui faut réapprendre à vivre et se débrouiller seul, se déplacer sans protection policière, ne pas avoir peur dans le métro et reprendre ses projets.

Pourquoi faut-il lire ce livre ?

La plupart des avis sont unanimes : il faut lire ce livre. Bien sûr, c’est un petit pavé, et l’on ne peut garantir de passer « un bon moment » tant les sujets abordés sont graves. Toutefois, il fait désormais —hélàs !— partie de notre histoire, il est un pan de l’Histoire-même, ce premier attentat islamiste en France a malheureusement marqué un tournant sociologique. Depuis nous vivons dans la crainte, même si nous continuons à vivre. C’est le témoignage d’un homme au coeur du désastre, et sa reconstruction est la nôtre. Son histoire conceptualise la blessure collective, nous devons en prendre connaissance, c’est un livre sublime et nécessaire. C’est une oeuvre unique, au souffle puissant ; l’esthétique remplace l’horreur grâce à l’Art et la littérature placés autour de la guérison.

Merci aux éditions Gallimard pour cette lecture.

Le symbolisme buccal

Ce roman a souvent résonné en moi de façon un peu particulière, de par mon métier de dentiste. Le titre « le lambeau » correspond à un terme très utilisé en chirurgie buccale —lambeau  gingival, lambeau d’accès— rejoignant le domaine de la stomatologie et de la chirurgie maxillo-faciale, service où a été soigné Philippe Lançon.

Le sujet de ma thèse était « l’abord psychologique du patient au cabinet dentaire », la bouche est non seulement le carrefour des sens et des fonctions vitales (manger, parler, respirer) mais aussi un lieu érotique, un endroit intime. Etre mutilé à cet endroit atteint de plein fouet notre intégrité psychique, virilité pour un homme, et par là notre humanité.  Philippe Lançon semble avoir été dépourvu soudainement de ses larmes ou d’une quelconque révolte. Plus de désir, tout s’est envolé le jour où on son visage s’est fait détruire.

Lorsque Philippe Lançon raconte que des poils lui poussent à l’intérieur de la bouche, —on lui a greffé une partie de jambe, le péroné, pour reconstituer le menton et une partie de la lèvre— on ne peut que s’interroger sur la façon de tolérer psychologiquement un tel transfert de ses propres organes ! Combien de temps faut-il au corps et à l’esprit pour accepter et tolérer ce nouveau visage ?

Un autre phénomène buccal incroyable est décrit dans le roman : le lambeau greffé subit quelques échecs à cause d’un « oriostome » : un oriostome est un petit canal étroit, une communication entre l’intérieur et l’extérieur de la bouche. Dans son cas, cet oriostome s’est formé naturellement pour reproduire le parcours de la balle tirée, le corps ayant cru devoir maintenir cet orifice…

Le signe astrologique du roman

Cancer, un signe d’eau (vulnérabilité, sensibilité et douceur), féminin (l’Art, l’inconscient, la rétrospection) et symbole de protection pour ce roman dont la quasi-totalité se déroule dans un hôpital. La personne cancer, par réflexe d’auto-défense, se recroqueville sur lui-même, protégé par sa carapace qu’il s’est lui-même construit : ici, ce sont les mots, les livres et ses proches. Le cancer est souvent désigné pour traduire l’insécurité personnelle : c’est l’état dans lequel a été plongé l’auteur à cause de l’attentat.

La « planète » qui régit le cancer est la lune. La lune régit les instincts, l’émotivité, la rétrospection, l’enfance et les souvenirs. En effet, le passé, les anecdotes, et les souvenirs transparaissent comme fil conducteur du roman.

Extraits et citations du roman

  • Lorsqu’on ne s’y attend pas, combien de temps faut-il pour sentir que la mort arrive ?
  • « La tentation du chirurgien est d’aller le plus loin possible, de s’approcher de retouche en retouche du visage idéal. Evidemment, on n’y arrive jamais et il faut savoir s’arrêter. » C’est pareil avec un livre, lui avais-je répondu. On essaie de rapprocher celui qu’on écrit de celui qu’on imaginait, mais jamais ils ne se rejoignent, et il arrive un moment où, comme vous dites, il faut savoir s’arrêter. Le patient reste avec sa gueule tordue, ses cicatrices, son handicap plus ou moins réduit. Le livre reste seul avec ses imperfections, ses bavardages, ses défauts. Nous en avions banalement conclu que l’horizon n’est pas fait pour être atteint.
  • « Et ce sont les violents qui l’emportent. »  Matthieu.

L’auteur

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Philippe Lançon est un journaliste et écrivain français né en 1963 à Vanves. Diplômé du CFJ (promotion 1986) est journaliste au quotidien Libération, chroniqueur et critique littéraire, avec une passion particulière pour la littérature latino-américaine. Il a longtemps tenu la chronique Après coup consacrée à la télévision, et a participé au lancement des pages Portrait.

Il est également chroniqueur pour l’hebdomadaire Charlie Hebdo et à partir de fin 2014 devient un membre de la tribune « théâtre » du Masque et la Plume sur France Inter.

Le 7 janvier 2015, il est gravement blessé au cours d’un attentat contre Charlie Hebdo, ce qui l’amène à subir une intervention chirurgicale lourde de quatre heures au niveau du visage. Il subira jusqu’à 17 opérations de la mâchoire.

L’été en Poche 2018

Nous n’allions pas attendre le prochain Grand Prix pour vivre un nouvel évènement  dans notre communauté littéraire connectée !

Cher amis blogueurs, votez dès maintenant et jusqu’au 3 mai – 20h pour l’été en poche 2018 !          CLIQUEZ ICI pour accéder directement au vote 

Pour la petite histoire -car vous les aimez- mon cher et tendre, ma muse mon tout mon joyau, un soir de février, pour la Ste Agathe qu’il avait oublié, m’a réclamé un nouveau projet. Un petit frère du Grand Prix. Il subissait le baby blues, me voyait visionner les photos de la soirée avec nostalgie, alors il a pris une longue inspiration et m’a dit :

« Agathe, moi qui ne le lis pas , (car oui ma muse mon tout mon joyau ne lit pas), Agathe, ma chérie, (non ça c’est en rêve, IRL il ne m’appelle pas), pour les gens comme moi qui ne lisent pas beaucoup (et dieu comme ils sont nombreux), il faudrait pouvoir leur conseiller un livre pour l’été. Ainsi il y aurait deux évènements, un hiver et un d’été. »

Mais oui mais bien sûr, c’était simple et frais comme bonjour ! En plus, c’était l’occasion rêvée pour mettre en valeur le livre petit format, dont l’idée de base est de faire vivre et voyager des romans qui pour la grande majorité n’ont pas bénéficié d’une assez grande lumière.

J’ai d’abord contacté les maisons d’édition qui font du petit format (Folio, Livre de Poche, Univers Poche, J’ai lu, Points, Totem de Gallmeister, Babel, et Picquier) : ils ont tous favorablement accueilli l’idée. Ils m’ont envoyé leurs listes de parution poche du 1er janvier au 30 avril 2018.

Puis j’en ai parlé à mon équipe du Prix, qui pour l’occasion s’est agrandie, Charlie et ses drôles de livres , Cetaitpourlire, Leatouchbook se sont ajoutés à notre équipe initiale (Livresse littéraire, Loupbouquin, aufildeslivres, meséchappéeslivresques, Bricabook, L’apostrophée et Carobookine) pour effectuer les sélections, car trop compliqué de procéder comme pour le Prix (vote libre).  Deux de chaque maison d’édition, domaine littérature française ou étrangère. Chacun a voté, j’ai recroiser les votes et ô joie il n’y avait pas d’ex aequo. Voici notre belle sélection que je trouve assez hétérogène et un bon reflet de ce qui circule sur les réseaux.

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La création du site internet

Il faut le dire, la méthode de vote utilisée pour le Grand Prix avait été quelque peu rudimentaire, (envoyer deux noms de livre à une adresse mail) et le travail derrière colossal. J’ai donc la joie de vous annoncer que le site grandprixdesblogueurslittéraires.com est en ligne, avec formulaire prêt à l’emploi !

Il regroupe en outre tous nos évènements du moment sur la plage d’accueil, accueille Le grand Prix, l’Eté en Poche, ainsi que les futurs Prix Polar et chaine E-lettrés dont je vous reparlerai ultérieurement. (un formulaire est en ligne pour poser vos questions à notre premier invité : Eric Metzger, n’hésitez pas!)

Pour résumer :

Qu’est-ce que l’été en Poche ?

Ce n’est pas un Prix. C’est le roman petit format :

  • conseillé par l’ensemble de la communauté des blogueurs littéraires
  • pour les lecteurs qui cherchent LE roman à emporter dans leur valise
  • relayé sur le web et présenté par les libraires.

Qui peut voter ?

Toute personne ayant une activité littéraire régulière sur le web et interagissant avec une communauté telle que :

  • Un blog littéraire
  • Une chaîne littéraire youtube
  • Un compte dédié ou partiellement dédié à la littérature sur un réseau social tel que
  • Facebook, Instagram ou Twitter
  • Un groupe ou club de lecture ouvert (babelio, livre addict, lecteurs)

A vos votes !!

Pour qu’un ciel flamboie

« Et quand vient le soir, pour qu’un ciel flamboie, le rouge et le noir, ne s’épousent-ils pas ? »

Quarante ans que l’auteur de ces mots,  Jacques Brel, nous a quittés, vingt ans que Véronique de Fombelle a perdu son mari. Ce récit très émouvant à l’écriture magnifique retrace une très belle histoire d’amour qui aura duré vingt-sept ans, avant que la maladie ne la stoppe brutalement. Véronique revient sur la mort de Laurent, son partenaire, son ciel, sa vie, et offre une perspective de ce qu’est la vie après le bonheur : une multitude de petits bonheurs.

Profondément optimiste mais réaliste, lors du deuil, Véronique a naturellement repoussé la vie avant de la reprendre à nouveau et de s’y accrocher. Elle continue d’aimer son mari après la mort, le « rechoisit chaque matin », car c’est avec lui qu’elle veut continuer le chemin.

Elle avait encore quatre enfants à la maison lorsque Laurent est parti : pour elle, pour eux et pour les autres, elle est devenue thérapeute, spécialisée dans l’accompagnement affectif. Dotée d’une nature positive, elle nous apprend à se griser d’un rien, s’émerveiller d’un matin, et c’est ainsi que dans les pires épreuves la vie et son souffle surpuissant reprennent naturellement leurs droits.

Il était l’homme de ma vie. Parce qu’il donnait sens à cette vie qu’il rendait inattendue, drôle, touchante, créative, heureuse. Passionnée et passionnante.

Elle ne dit pas qu’il n’y a pas eu d’épreuves, sa vie de couple a été comme les autres, semée d’embûches ; elle avait simplement trouvé celui avec qui la vie n’était jamais fade,  dont elle admirait les idéaux, dont la fantaisie et la fibre artistique lui correspondaient.

Je sais aujourd’hui qu’il est dangereux de pactiser avec tout ce qui nous enténèbre : la peur, les soucis, le retour sur le passé, la culpabilité, la rancune. Le piège se referme vite. Mais j’ai constaté pourtant qu’il pouvait exister paradoxalement une sorte de soulagement, presque de douceur, à se laisser aller parfois à plonger -ponctuellement, tout le secret est là- dans la peine, l’inquiétude, la nostalgie. A jouer avec le feu en quelque sorte, et à constater que la lumière résiste.

Le signe astrologique du roman

Lion !

Un signe solaire pour ce livre et cette femme d’une élégance et dignité absolue, pour la façon dont elle rayonne autour d’elle son amour et goût de la vie. Son mari était son ciel, son tout, et il continue de l’être, même après la mort, le roman met en scène l’élévation de l’âme à tout niveau. D’une bienveillance chaleureuse, la résilience est transcendantale, le natif du Lion ne s’abaisse jamais, il combat, c’est un signe loyal et fidèle à ses principes. Son visage affiche confiance et joie de vivre.

L’auteure :

(source : L’iconoclaste)

Véronique de Fombelle se partage entre son métier, psychologue et thérapeute de couple, sa grande famille et ses amis. Passionnée de voyages et de découvertes, elle déborde d’une énergie et d’une curiosité communicatives. Pour qu’un ciel flamboie est son premier livre. Timothée de Fombelle, un  de ses fils, a publié Neverland en 2017 chez L’iconoclaste également.

 

Ma grande

« Il te fallait un tatoué ma grande qui t’aurait claqué la gueule rien que pour un regard en biais. Il t’aurait matée comme jamais. Sans ceinture. Avec la pupille. »

C’est l’histoire d’une violence conjugale… vécue par un homme. Une violence psychologique, impossible à dénoncer. Pas non plus une violence perverse, plutôt l’histoire d’une femme très chiante, insupportable, sotte, médiocre, que l’on a tous envie de claquer… ou de tuer.

Un mariage qui aura duré quinze ans, une maison avec piscine, une petite fille née très vite. Et un quotidien atroce. Une épouse-mégère folle de jalousie, qui pique des crises démesurées, capable de tout, supprimant petit à petit carte bleue, amis, famille du narrateur.  Lui, doux, diplomate, trop sans doute, il s’écrasera, malgré lui, il fera toujours en sorte de tempérer, pour leur fille, pour éviter les cris, les larmes, il restera pour cette petite qu’il ne peut pas abandonner à sa folle de mère, peut-être aussi parce qu’il a cru longtemps au schéma de ses rêves, parce qu’il ne voulait plus se rendre seul aux dîners de couple…

De la moindre petite fantaisie à sa plus grande passion, elle lui interdira tout, commandera le moindre de ses faits et gestes, même dans quel sens comment tondre le gazon. Elle lui interdira de pleurer son père défunt, de voir ses amis, aller à la piscine, écrire des poèmes. Car oui il écrivait avant, avant elle, avant qu’elle lui ôte la poésie de la vie. Et même après elle —car il y aura un après— parviendra-t-il à revivre à nouveau, lorsque l’on a été ainsi traqué, chaque seconde, jour et nuit, les poches fouillées, privé d’avis, de parole, de projets personnels ?

Mon avis

En écrivant ces lignes, j’ai l’impression que l’histoire paraît absurde, qu’elle manque de crédibilité. Comment un homme peut-il supporter cela, si longtemps ? Est-ce seulement envisageable de tenir une minute, mais quinze ans?  Quel genre d’homme était-il ? Comment l’auteure a-t-elle réussi ce challenge incroyable ?

Tout se tient dans le roman, la possession se fait de manière insidieuse, le piège se referme progressivement, les traits de caractère sont bien dosés, l’espoir guette toujours, les années défilent et la situation s’enlise. On lit ce livre en apnée et c’est magique. Parfois, il dérange aussi, car il révèle des traits féminins qui nous appartiennent à toutes, bien que l’on refuse de se reconnaître dans le personnage de l’épouse. Qui d’entre nous n’a pas été sournoise, mesquine, jalouse à en crever ?

La fin du roman explore une piste très intéressante, le spectre de cette épouse toujours présente malgré sa disparition continue à envahir le narrateur, à l’empêcher d’avancer et de se reconstruire… Est-ce un manque ? Malgré tout y aurait-il eu un peu d’amour dans cette histoire..?

Un gros coup de coeur pour le sujet et la façon dont il a été traité, un roman que je recommande. Merci aux Editions Gallimard pour cette lecture !

Signe astrologique du roman

Taureau ! Comme les plus grands dictateurs de ce monde… (Hitler, Hussein…) Intransigeants, obsessionnels, obtus, têtus

Lorsque la colère du taureau est grande, ou que l’intelligence fait défaut au natif du signe, impossible de le calmer ou d’obtenir de lui un peu d’empathie ou de raison. Il est évident que la femme du roman est en souffrance quelque part, pour vouloir de son mari toute son estime et son temps personnel, ne pas supporter qu’il fasse autre chose sans elle, et sa colère se confond alors en jalousie, méchanceté, elle en devient rageuse et acariâtre.

Les tarés on croit qu’ils sont intelligents. Mais les tarés cons, ils sont pires.