Une immense sensation de calme

Êtes-vous « nature writing »?

Je vais être très franche. J’étais bourrée de résistances, de verrous. C’était presque un rejet. Quoi ? Un conte dans une forêt gelée ? Des scènes de pêche, un grizzli, des yourtes… mmmm génial, où est la corde que je me pende tout de suite ?
Entrer dans ce roman c’était pour moi faire l’expérience de l’inconnu. Pour ceux qui me connaissent, le taureau en moi n’aime pas trop ça, et encore moins le froid et les forêts désertes. Alors même si pendant les cinquante premières pages j’ai cherché une taverne hospitalière qui me servît un bon bourgogne et une planche de charcuterie, la suite de ce roman sublime a été une parfaite initiation à ce genre. Un vocabulaire riche et rare est au service d’une plume précieuse.

Bien sûr j’ai dû lire lentement les premiers chapitres. Apprivoiser les personnages très hormonaux, instinctifs. Lorsque j’ai découvert Igor, j’étais quelque peu décontenancée, comme la narratrice, sûrement un peu amoureuse aussi. J’ai dû reposer le livre quand je ne comprenais plus son attitude, lorsque je me sentais trop éloignée de l’ambiance et des champs lexicaux. Quand je l’ai rouvert le lendemain, c’était comme sortir après l’orage, j’ai retrouvé mes marques car j’avais pris confiance et trouvé du confort dans le récit. J’ai alors appris sans peine le nom des plantes et des outils, j’ai marché des jours entiers et supporté le froid, j’ai écouté les contes et les légendes de la vieille Grisha.
Jusqu’à ce que je me retrouve complètement envoûtée, l’auteure avait réussi à me plonger dans l’ambiance et le calme, mon cœur comme le wifi était déconnecté, j’avais dévoré goulûment le livre sans m’en apercevoir. Je vous l’avoue, Igor me manque un peu.

Ce roman rend hommage à la nature aride et froide contre laquelle l’homme ne peut rien, celle qui nous engloutit en une bouchée, en un rhume, en un coup de fusil. Malgré nos désirs, nos pulsions, notre travail, nous restons éternellement sous son joug.

A lire si vous voulez prendre l’air sans sortir de chez vous et faire l’expérience de l’absolu. Une belle lecture, soignée, littéraire et atypique.

Les jours se répétaient, les gestes aussi. Mais le soleil levait chaque matin son rideau sur une nature différente. La lumière ruisselait dans les branches cristallisées par la glace. Les myriades de teintes allaient du rose au bleu pâle, projetant des flasques colorées sur la surface du lac en banquise. L’hiver révélait des grâces de jeune fille. Le ramage des branches, prisonnières de leur robe de cristal, devenait dentelle, piquetée par endroits de boutons vernis là où les corneilles arrêtaient leur vol. On crissait à chaque pas et c’était délicat, un froissement de tissus précieux.

Le signe astrologique du roman

Capricorne ! Un signe froid dur et endurant pour ce lieu aride et terrestre. Les hommes sont des taiseux, des grands gaillards qui travaillent et ne se plaignent pas. C’est la caractéristique du capricorne, il est dans l’effort constant, la responsabilité et le devoir.

Mais le capricorne n’est pas que froid et sinistre, il cache en lui une espèce de bouc sensuel et instinctif, facette de lui -même qu’il ne montre qu’à très peu de monde et surtout la nuit… L’extrait ci-dessous l’illustre parfaitement.

Là, il plaque sa bouche contre la mienne et boit mon essoufflement. Il explore mon corps aussi sûrement qu’il a parcouru la paroi et découvre des chemins que j’ignore. Sous ses mains je deviens argile, mica, rivière et palpitation. Il s’accroche à mes cheveux comme on s’agrippe à un buisson, respire mon cou comme on giboie. Notre souffle a des sons de houle. Je suis jeune mais pour la première fois je me sens entière et ma chair comprend qu’elle est chair de femme. Enfin mon corps s’apaise.

L’auteur

Laurine Roux

Née en 1978, Laurine Roux est une professeur de lettres modernes et auteur française.
Elle écrit des nouvelles et a reçu en 2012, le Prix International George Sand. Elle publie dans des revues, notamment «L’Encrier renversé» et la «Revue Métèque» et tient un blog du nom de « Pattes de mouche et autres saletés ».
Lectrice de Giono, de Cendrars (dont elle fit l’objet de ses études universitaires) ou de Sylvie Germain, elle s’inspire de ses voyages dans le Grand Est glacial pour écrire ses premiers romans marqués, sauvages, organiques, non exempt de lyrisme ni de poésie.
Source : http://www.marcvillemain.com/

5 commentaires sur « Une immense sensation de calme »

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