La fille qui brûle

Vous voyez cette fille-là, à l’air apeuré et envoûtant à la fois, sur la couverture de ce roman intitulé La fille qui brûle ? Elle s’appelle Cassandra Burns, ça ne s’invente pas. C’est l’amie de Julia depuis la maternelle. Un jour, à l’adolescence, leur amitié cesse brusquement d’exister, sans qu’il ne se soit rien passé de particulier. Il paraît que ça devait arriver.

Filles uniques, depuis toutes petites et telles deux soeurs, elles s’appartiennent. À Royston où elles habitent, elles vont à l’école ensemble, leurs mères les emmènent l’une chez l’autre, elles passent leur été ensemble, à faire des gâteaux, à se raconter leurs secrets. 

Un été, en 6ème, elles font un stage à la SPA, Cassie se fait mordre par un chien. Blessée, elles doivent cesser le stage, l’ennui commence, et avec lui le danger. D’errance en envie d’exploration, elles s’enfoncent un jour dans la forêt, jusqu’à découvrir l’emplacement de Bonnybrook, un ancien asile. Elles entreront dedans par effraction, et ce lieu bizarre deviendra le siège et le symbole de leur amitié.

« Me trouver dans cette ruine avec Cassie faisait naître un sentiment très particulier, que je n’ai éprouvé nulle part ailleurs. Si jamais je l’éprouve à nouveau, je le reconnaîtrai aussitôt, comme un parfum longtemps oublié, et cet après-midi-là et les suivants me reviendront avec une intensité viscérale. Bonnybrook représentait à la fois l’expérience la plus invraisemblable et la plus marquante de notre vie jusqu’alors, et un rêve —un rêve que Cassie et moi faisions miraculeusement en tandem, partageant les sensations, les sons, les émotions. L’asile, assombri par la trace de ses différents passés, nous titillait, nous effrayait même à cause de ses silences, mais ce partage nous rassurait. Être à Bonnybrook, C’était comme être en même temps dans la tête de Cassie et dans la mienne, comme si nous avions un seul esprit et pouvions en explorer les limites ensemble, inventant des histoires et nous transformant à notre guise. »

Si le sentiment qui les lie semble indestructible, leur vie et histoire personnelle sont plus éloignées. Julia a un foyer stable, rassurant, des parents cultivés et aisés. L’été suivant, elle peut partir en camp de vacances et découvrir le monde. Pour Cassie, c’est moins évident. Son père est mort quand elle était bébé, et sa mère, infirmière en soins palliatifs, vient enfin de se trouver un nouvel homme, laid et autoritaire envers elle, pour faire basculer définitivement basculer vers la réalité et donc l’âge adulte. Sa fierté, son chagrin, l’éloigneront de Julia sans que cette dernière ne réussisse à l’aider ni se rapprocher. Pourtant, toute sa vie elle ressentira ce lien ombilical entre elles, jusqu’au drame. Que seraient les sentiments humains sans ce manteau de déterminisme qui les brûlent ?

« Tu ne vois donc pas que je suis contaminée ? Tu ne vois donc pas toute cette crasse adulte qui m’entoure ? »

Mon avis

Tissé à la perfection, La fille qui brûle est un récit sur l’innocence fusionnelle de l’amitié et son impossibilité. Par son thème et sa fluidité, il m’a rappelé « L’amie prodigieuse », un texte que l’on lit pour la finesse psychologique des personnages plutôt que pour les rebondissements du roman, impossible à lâcher, une lecture à la fois confortable et puissante. 

« Cassie pouvait se montrer à la fois tendre et méprisante, et j’avais toujours l’impression que si je n’y prenais garde, le mépris risquait de l’emporter. »

Même si l’on devine facilement la fin, ce roman livre avant tout un message fort, que je vous laisserai découvrir par vous-même. Par ailleurs, l’auteur apporte à l’histoire quelques digressions contemporaines, comme la place du beau-père dans un duo mère-fille bouleversant ainsi les fondements familiaux, mais aussi être une fille aujourd’hui, dans la rue, ou sur les réseaux sociaux. Les deux amies sont persécutées par ce sentiment de peur qui les étreint depuis le début du roman. Peur d’être voyante, peur de marcher seule, peur de ne pas avoir d’amie, peur de ne pas être désirable, peur d’être intello, peur de ne pas être cool, peur qu’on dise du mal de nous sur les réseaux, peur de l’image qu’on dégage…

« Parfois, je me disais que grandir en étant une fille, c’était apprendre à avoir peur. Pas exactement à être parano, mais à toujours rester sur ses gardes et lucide, comme quand on vérifie l’emplacement de la sortie de secours au cinéma ou à l’hôtel. Vous découvriez, avec une acuité inconnue dans l’enfance, la vulnérabilité du corps que vous habitiez, ses fortifications imparfaites. »

Le signe astrologique du roman

Vierge, pour le personnage de Cassie, double, mutable, pour cette dualité ambivalente de la petite fille sage aux cheveux blonds presque blancs, fragile et discrète / versus la jeune fille délurée, téméraire, dangereuse, méprisante parfois. La Vierge est toujours d’une personnalité extrêmement compliquée, qui ne s’arrête jamais de réfléchir, et sous des aspect légers et enjôleurs à prime abord, elle vous fera mener une vie épuisante.

6 commentaires sur « La fille qui brûle »

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