Ce que l’homme a cru voir

J’ai emménagé en ville par goût de la solitude. On y croise des gens sans jamais les rencontrer. On ne côtoie que leurs ombres, leurs odeurs parfois. À la campagne, on a de l’espace, mais on n’est jamais seul. L’autre est identifié, il est marchand de légumes, cafetier, cocu, l’un reluque les gamines, celle-là a le coeur sur la main, celui-ci est orphelin. Le voisinage a un visage, un prénom. La cordialité est intrusive et elle a des questions. Verfeil veut savoir pourquoi Simon est rentré et ce qu’il s’est véritablement passé cette nuit de juillet.

Cette terre gasconne, c’est le vieux Gregor, le grand-père de Simon, qui s’y est d’abord installé. Il y a construit une immense bâtisse, où plus tard les êtres coexisteront avec les drames. 

Cette campagne, sa terre d’origine, Simon n’y est pas retourné depuis 20 ans. Il habite désormais la capitale, auprès de Laura, une femme douce et aimante qui a appris à vivre avec cet homme mystérieux au passé inconnu. D’ailleurs, effacer le passé, les traces, Simon en a fait son métier. Il efface les données numériques, les vieilles photos compromettantes. Il offre aux êtres d’aujourd’hui une seconde chance.

Lorsqu’il reçoit le coup de téléphone d’une certaine Sarah lui parlant de l’état de santé très critique de son ancien ami Antoine, Simon part aussitôt près de Toulouse, cette région qui l’a vu grandir. Qui était Antoine, pourquoi Simon l’a-t-il fui comme il a fui toute sa famille ? Que cache-t-il ? Au fur et à mesure des jours, des soirées, des rencontres, Simon parviendra à s’ouvrir, rejouer les scènes de son passé, renouer avec ses parents, et enfin trouver la rédemption.

Ce que l’homme a cru voir, ce qu’il a fait, ce qu’il a pensé, c’est l’histoire d’un passé qui lui seul donnera la bonne version de la vérité. 

« Les gens sont obsédés par la vérité, mais ils ne la supportent pas. »

Mon avis 

Servi par une langue majestueuse, « Ce que l’homme a cru voir » revisite le thème du fils prodigue, le retour à la terre natale, à l’enfance, aux racines et aux secrets. J’ai passé un  éblouissant moment de littérature, une écriture soignée et imagée au service d’un sujet intemporel.

La construction haletante de l’intrigue le rend impossible à lâcher, tout nous pousse à savoir le secret de Simon et le suivre jusqu’à la dernière page.

Les descriptions de la campagne m’ont conquise, l’ambiance y est retranscrite avec éclat. Les personnages et leurs dialogues sonnent juste,  l’écriture de Gautier Battistella est tout en subtilité. 

J’ai retrouvé les thèmes chers à l’auteur, la province, mais aussi l’absence du frère, ou plutôt son omniprésence, ainsi que l’amitié perdue ; ce sont des sujets que j’affectionne beaucoup. Bien sûr, je vous le recommande.

Le signe astrologique du roman

Taureau !

Un signe terrien et fixe pour ce roman attaché aux origines, au frère, aux valeurs familiales ancrées. Le père, taiseux et patient, au quotidien immuable, semble n’avoir jamais bougé de sa chaise depuis 20 ans. Très peu de choses peuvent faire changer un taureau.

De polarité négative, le taureau a une tendance mélancolique et introspective. Jugé parfois un peu rustre, parfois austère, Simon est perçu sans coeur pendant toute la première partie du roman. Peu à peu, il se dévoile pour faire apparaitre un côté plus attendrissant que le début du roman le laissait présager.

Enfin, le natif du taureau reste parfois entêté dans une direction, un avis, ou un déni…

D’aussi loin que l’humanité existe, tout le monde a quelque chose à se reprocher.

Extraits choisis

« Les primeurs déballaient fruits et légumes, les lustraient à l’aide d’un chiffon, en prenant soin de ne pas renverser les gobelets de café posés en équilibre entre les tomates. Guirlandes de saucisson et tresses d’ail rose de Lautrec décoraient le camion du boucher aux joues couperosées ; monsieur maniait le hachoir, madame enfouissait des carrés de beurre à l’intérieur des poulets, avant de les empaler sur des brochettes étincelantes. Les voix étaient rondes et enrouées, on s’invectivait par affection. »

Nous abandonnons l’enfance le jour où nous comprenons que nos erreurs nous appartiennent, et que nous sommes les seuls responsables de nos échecs.

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