Olivier Liron, Lauréat 2018 !

Nous sommes très heureux et fiers de vous annoncer notre lauréat de l’année 2018, Olivier Liron, pour son remarquable roman « Einstein le sexe et moi », publié chez Alma Editeur, un petit bijou d’humour, d’audace et de sensibilité.

Environ 380 votants l’ont élu avec 20% des voix. Il est suivi par Gaëlle Josse « une Longue impatience », Ed Noir et blanc, puis par Philippe Lançon « le lambeau », Ed Gallimard.

Maître Mahéas, Huissier de justice chez Altanéo 71, a aujourd’hui lundi 17/12 procédé à la vérification des votes, un procès verbal est à disposition pour toute demande.

Bravo à tous les auteurs en lice et merci aux votants, qui recevront d’ici quelques jours un mail pour s’inscrire à la future soirée de remise de Prix.

Voir l’article de Livres hebdo

Les Polaroïds, Éric Neuhoff

«Maud sort du bar del Porto. Elle a commandé un granité au citron. Son t-shirt est griffé du nº5 de Chanel. Le lendemain elle tombait malade. Un truc au ventre on n’a jamais su au juste. C’est ma dernière photo d’elle. Pour une photo d’adieu elle ne casse rien. Je ne pouvais pas prévoir. De toute façon, il parait qu’au bout d’un certain temps les Polaroïds s’effacent complètement.»

Un homme et une femme. Des plages, des hôtels, des trajets en voiture. Des successions d’instants, des dîners, des verres de vin blanc, des cheveux mouillés. Des femmes: des épouses ou des maîtresses. Maud, Claire, Raphaële.

Ce recueil de nouvelles est un livre d’ambiance, des hors-temps, des vacances, des instants poétiques, des moments éphémères à la saveur particulière, fixant la distance entre l’homme et celle qui l’accompagne. Tous les clichés de ces femmes réunies ici sont des mini portraits jaunis et emprunts de nostalgie. J’ai adoré le talent qu’a l’auteur pour observer, noter et décrire la féminité, tous ces gestes qui dans leur insignifiance disent tout, des mouvements de main à la finesse d’une cheville, aux réflexions acerbes ou étourdies. Ce sont des Polaroïds sur la contemplation des femmes. Je vais rarement au bout des recueils de nouvelles mais celui-ci m’a particulièrement plu. Très beaux textes que je vous recommande.

Et pour mieux vous en imprégner, un autre extrait.

«Emilie nageait le crawl sans faire d’éclaboussures. Elle plongea du cinq mètres. Un crétin applaudit. Ses jambes avaient une jolie teinte ambrée, terre de Sienne, comme il était indiqué sur les tubes de gouache Lefranc & Bourgeois. Elle n’avait pas de serviette. Je lui prêtai la mienne. C’était un début. Elle tordit ses cheveux en les remontant sur le sommet de son crâne, découvrant une nuque sur laquelle était piqué un grain de beauté. Je me promis de l’embrasser un jour exactement à cet endroit.»

Marx et la poupée, Maryam Madjidi

Mais… Pourquoi n’avais-je pas lu ce roman avant ? Sublime texte au souffle immense que je vous recommande absolument. 

Maryam, l’auteure, a vécu plusieurs naissances. L’Iran, la France, l’Iran encore. Dans le ventre de sa mère engagée, le sang de la révolution l’alimentait au cordon. Lors d’une manifestation, sa mère saute du 2ème étage pour échapper aux Bassidji, enceinte de 7 mois. « Elle saute et je tombe. Tu me jettes hors de moi. Mon premier abandon, ma première blessure d’amour. »

Six ans plus tard, après avoir fait circuler des tracts communistes dans ses couches, donné tous ses jouets aux enfants pauvres, dont sa poupée préférée, elle débarque avec sa famille à Paris. 15 m2. L’exil, une langue nouvelle. Son pays lui manque, sa grand-mère aussi, elle cauchemarde, ne mange rien, ne veut pas dire un mot, et sa mère dont les rêves se sont évanouis n’est pas plus bavarde.

« Une nuit, elle en est sûre, elle a vu sa mère dans le jardin, enterrer tous ses rêves, un par un, à côté de ses jouets à elle. »

Quand enfin elle s’intègre à ses camarades, son père lui reproche de ne plus vouloir parler persan à la maison. L’exil est sans fin, l’exil est toute sa vie. En France, elle se sent iranienne. Quand elle retourne en Iran, elle se sent française. Apprend-on à vivre un jour avec le déracinement ?
De par ses souvenirs et ses voyages, ce livre est surtout un voyage enivrant en Iran et une déclaration d’amour à Téhéran. Ses couleurs, sa cuisine, ses épices. L’Iran, ce pays du paradoxe, où le désir est maintenu aussi haut que sa répression. Les femmes sont extrêmement soignées, lascives, cachées, l’effervescence grouille sous les voiles et entre les frôlements de mains. Le soir, les maisons fermées recèlent des fêtes à faire pâlir l’Occident. Mais vous promener en ville avec un ami la journée vous mènera directement en prison.

« C’était le premier voyage, le premier retour à la terre-mère, la première descente vers l’origine. Une descente ou une chute, je ne sais pas. J’ai failli perdre la tête. J’ai glissé sur mon identité. Je suis tombée. »

Maryam est devenue cette femme aux deux cultures, française, donc libre et cultivée, et iranienne, séductrice, romanesque, envoûtante. Extrêmement meurtrie d’un double déracinement, soumise aux dérives de sa nostalgie, ce roman est écrit avec une émotion intense qui vous embarque sans concession.

J’ai beaucoup aimé la construction du récit, qui change habilement de forme (poésie, conte, souvenirs, journal) et de pronom narratif, amenant une fine poésie, tout cela très justement dosé pour ne pas nous lasser et nous tenir en haleine jusqu’à la fin, avec des fils qu’on tire et que l’on dénoue petit à petit entre les parties.

Grand coup de coeur, à lire et à offrir !

Où vivre, de Carole Zalberg

Quelle joie de retrouver Carole Zalberg et sa plume parfaite dans ce roman choral autour de l’après-guerre en Israël.

C’est l’histoire d’une famille juive éclatée. À l’origine, deux soeurs, Anna et Lena, la première reste en France quand la seconde décide de retourner sur la terre de ses origines et reconstruire le Kibboutz (communauté agricole de sionistes partageant les lieux et les récoltes). Lena s’unit à Joachim et tous deux travaillent très dur. 

« Je n’aime pas me souvenir de mes mains fines et soignées sur le piano de Grand-mère. Je n’aime pas ne pas m’autoriser à dire que les romans, la peinture, un certain raffinement me manquent. Et aussi la légèreté. Je ne suis pas sûre d’aimer non plus être cette fille robuste et dévouée à sa cause. »

Et pourtant, malgré les sacrifices, Lena, engagée et militante, restera en Palestine, et donnera trois garçons à Joachim.

Chacun prendra la parole dans le récit. Comme Noam, échappé aux Etats-unis et revenu dans son pays avec sa jeune épouse pour hélas subir un accident de voiture terrible. C’est à lui que s’adresse Marie, la narratrice du roman, sa cousine française, qui essaie aujourd’hui de comprendre comment une même famille, mais aussi une même communauté, juive, peut vivre ainsi dispersée, chacun à l’autre bout du monde. L’assassinat de Yitzhak Rabin en 1995 à Tel-Aviv, ce premier ministre israélien assassiné par un juif, confirmera la difficulté d’union et donc de paix, malgré l’espoir permanent de ses personnages et de l’auteur.

Un roman court et dense, foisonnant, un sujet dur mais nécessaire pour comprendre. Personnellement j’ai beaucoup appris. Une très belle lecture.