Les heures solaires, Caroline Caugant

Mon premier Arpège…

…est une très très belle surprise !

Romanesque à souhait, comme le veut cette nouvelle collection de Stock, « Les Heures Solaires » est une fresque familiale : trois générations de femmes sont reliées par les secrets d’une rivière.

C’est justement dans une rivière que Louise, la mère de Billie, se noie au début du récit. Toutes deux n’avaient plus vraiment de contact, Louise était restée au village où a grandi Billie, qui devenue artiste, habite désormais Paris. Pas d’autre choix que de retourner à V. pour les funérailles et vendre la maison de celle qu’elle devait nommer « Louise », et non « maman ». Il faut dire que Louise a eu Billie très jeune, et de père il n’y en avait pas vraiment. Puis il y a eu la tragédie de Lila, la meilleure amie de Billie. Les drames étouffant les villages et leurs habitants, Billie a fui.

Sauf que depuis l’enterrement de Louise, depuis qu’elle est retournée dans la maison de son enfance, Billie n’arrive plus à travailler. L’exposition sur laquelle elle travaille n’avance plus, sa créativité est entièrement bloquée. Le passé a ressurgi, trop brusquement, elle n’a plus d’autre choix que de l’affronter.

Qui était sa mère ? Qui était l’oncle Henri, cet homme à la chevelure rousse venant lui rendre visite lorsqu’elle était enfant et qu’elle se baignait dans la rivière? Pourquoi lui fait-il toutes ces confidences après les funérailles ? Louise avait perdu la tête et était placée, n’avait plus aucune visite, sa mémoire et tous les souvenirs s’était envolés sans qu’elle puisse les raconter. De sa grand-mère Adèle, décédée très tôt, Billie n’a aucun souvenir, ni photo, ni trace.

Jusqu’au moment où Billie découvre les lettres. Nous en sommes à la moitié du roman, et un souffle immense s’en empare alors.

Saut dans le passé, nous découvrons par la forme épistolaire la jeunesse d’Adèle, sa rencontre avec un jeune soldat, puis la guerre. La grande, celle qui a enfanté des monstres. Des femmes amaigries, des enfants tristes et des hommes sans visage. Et l’après-guerre, ses fantômes, ses cauchemars, ses traumatismes. La violence instillée dans les veines de ceux qui ont connu l’horreur s’est transmise malgré eux tel un fléau, comme s’ils étaient infectés des atrocités vécues.

Tout part de là, comprend Billie, les hommes communément absents du quotidien féminin, à l’image de Paul, son amant, marié et père de famille. Les hommes aux double-vies. Comme si Billie n’avait le droit qu’à des bribes, et non une vie complète.

Il n’y a pas de hasard, nous héritons des inconscients familiaux et de leurs énigmes irrésolues, de leurs douleurs, leurs attentes, leurs hontes. Nous récupérons les problématiques antérieures, nous les résolvons parfois; nous en soulevons d’autres, puis nous les léguons à nos enfants.

Le roman devient alors impossible à lâcher, les ficelles se tirent une à une pour dénouer  les non-dits du récit, Billie se libère de sa culpabilité, pour devenir celle qu’elle mérite enfin d’être. Et la rivière, dans son lit d’eau froide, enveloppant le corps de toutes ces femmes, de leurs cheveux flottant à la surface, nous évoque la tragédie d’Ophélia de Shakespeare.

Un très grand roman multi-dimensionnel, l’écriture est douce, précise, fluide. Quel talent de nous emporter ainsi ! Et merveilleuse danse à trois temps pour le bouquet final…

4 commentaires sur « Les heures solaires, Caroline Caugant »

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