Arabe

Vous sentez ? Oui ça sent le cumin, la cannelle, le paprika… Ça colle sur les doigts, ça mijote dans les plats… Fermez les yeux et humez l’air… Vous n’avez pas l’impression de vous promener dans une rue du Liban ? En fermant ce livre, vous serez encore tout imprégné de ce voyage… Et tout ça sans bouger de Paris.

C’est ce qu’expérimente Maya pendant le temps d’une journée. Cette jeune femme blonde aux yeux bleus, parisienne pure souche, se lève un matin en sachant parler arabe. Max qui partage sa vie n’y comprend rien non plus, il l’interroge au petit déjeuner, Maya lui traduit l’arabe avec aisance et dans un accent impeccable. D’où lui vient ce pouvoir soudain ? Son premier réflexe est d’appeler un médecin, un neurologue, elle doit avoir un problème, il faut passer une IRM, son esprit cartésien cherche une explication rationnelle.

Au fur et à mesure de sa journée et en attendant le rendez-vous, Maya déambule dans Paris, s’attarde à Pigalle, rentre dans un sex-shop, s’interroge sur le voile, l’excision, les lacunes identitaires. Parfois, une petite voix lui parle en arabe, la rassure, lui explique ce qu’elle ressent, mais à qui appartient-elle ?

Imaginez-vous, arabe dans le corps d’un français, et offrez-vous une réflexion inédite sur l’image que vous renvoyez aux autres, sur les certitudes qui s’effondrent. Êtes-vous toujours certain d’habiter votre corps, votre pays ?

« Qui sera-t-elle désormais aux yeux des autres, une victime de ses origines ? Être arabe dans un pays qui ne l’est pas doit-il s’accompagner de cette honte qui pousse à occulter ce que l’on est ? Oublier sa langue et ses coutumes pour ne pas gêner les Français ? Ne pourra-t-elle pas simplement arborer ravissement et fierté ? Qui sont-ils, ces arabes qui n’ont pas honte de l’être ? Des esprits dominants qui ne veulent plus être dominés, des croyants fervents aux ambitions démesurées ? Des pur-sang chassant le mécréant, des fanatiques, Des extrémistes ? Des fous de dieu terrorisant l’Occident ? Maya peut-elle espérer, au sein de la société qu’elle a connue jusqu’alors, la société française et ses vieux démons, être aux yeux de l’autre, à l’état brut et sans aucune épithète humiliante, tout simplement, arabe ? »

Un roman sensoriel, un voyage en Orient, ce deuxième livre d’Hadia Decharrière interroge l’invisible et notre inconscient familial de sa plume infiniment poétique. À lire.

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