Amour Propre

Quand Sylvie Le Bihan m’a proposé de m’envoyer son magnifique roman à la prose grandiose (autant rompre le suspense d’emblée), elle craignait que le sujet me rebute, qu’en tant que mère neuve et enceinte je m’insurge devant Giulia la narratrice, elle qui remet en question la maternité et « regrette avoir eu des enfants ».

Mais qui de mieux qu’une mère pour en comprendre une autre ? 

Giulia, c’est une mère abandonnée qui abandonne. Pas au même âge, pas dans les mêmes circonstances, cependant avec le même fil conducteur : Curzio Malaparte. De lui, on connaît surtout l’architecture de sa maison à Capri, source de mille inspirations et excuses de voyage. De lui toujours, sa mère a laissé et annoté le roman « La peau » avant d’abandonner Giulia lorsqu’elle avait huit mois.

C’est dans ces moments-là, ceux où je me sens happée par le vide, qu’une mère me manque, ne serait-ce que pour lui en vouloir de m’avoir ôté l’enfance qui m’aurait construite autrement. En partant, elle a fait de moi une mendiante, une pouilleuse et ma faim d’amour, trop visible derrière mon masque de femme libre, faisait fuir les hommes, tous les hommes, même ceux que je ne voulais pas vraiment.

Alors à son tour, un jour de septembre, Giulia craque soudainement, ses fils à peine majeurs ont pris une décision qui l’a anéantie, reflet de l’inutilité de toutes ces années passées auprès d’eux à les éduquer et leur offrir la meilleure vie possible. Elle attendait secrètement qu’ils quittent enfin le nid pour se retrouver elle-même. C’est pourtant ce qu’elle va faire, en fuyant Paris pour découvrir Capri. Giulia est professeure d’italien et un ami universitaire lui propose de séjourner dans la fameuse Casa Malaparte pour rédiger un livre sur l’auteur défunt. 

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Elle va enquêter sur Curzio et se rapprocher au plus près des souvenirs de celle qui lui a tant manquée, en nous offrant une réflexion sincère et moderne sur ce que pensent les mères depuis toujours. La dualité permanente entre la mère et la femme est au coeur du récit et traitée avec justesse sans aucun mauvais cliché. Jamais je n’ai lu de mère aussi aimante que cette héroïne. Je n’y vois aucun malaise, c’est juste la peur de mal les aimer qui prédomine à travers ses pensées, et non pas une démonstration d’égoïsme.

Quant au style et à la narration, l’humour inimitable de Sylvie parfois ressurgit, comme ce passage hilarant et tellement réaliste au parc avec trois enfants en bas âge, mais c’est surtout une écriture envoûtante et extrêmement aboutie qui défile à travers les pages. C’est un voyage introspectif et coloré, dont la destination est la quête de l’apaisement. À lire !

Note à l’auteure :

Chère Sylvie, j’ai regardé cette journée défiler devant des légos et le toboggan du square, les mots sur ton livre se bousculaient dans ma tête et j’attendais fébrilement d’être à ce soir, enfants couchés, pour célébrer la sortie de ce très beau roman. Etre mère OUI, mais pas quand les romans sortent un mercredi !

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