Une amie de la famille

Les secrets de l’enfance sont les mieux gardés. Si la tendance actuelle va à la verbalisation des tabous familiaux, il était auparavant très malvenu de déballer ses états d’âme à ses proches.

« Qui est cette jeune fille sur la photo? demandait-on. — Oh!.. une amie de la famille » répondait pudiquement le petit frère Dominique, honteux à la fois de son mensonge et de son chagrin. La jeune fille, c’était leur grande sœur Annie.

Cinquante ans, c’est le temps qu’il aura fallu à l’auteur et éditeur Jean-Marie Laclavetine pour écrire et enquêter sur le décès accidentel de sa sœur. Aucune discussion n’avait eu lieu avec ses parents ni aucun membre de la famille. Le sujet et la douleur ont été enterrés avec elle.

Elle avait 20 ans quand une immense vague l’a emportée dans la baie de Bayonne. À l’époque les secours ont mis une heure pour arriver, Annie est morte d’épuisement.

À travers un récit photo très émouvant et grâce à nombreux compromis avec la mémoire –connue pour inventer et revisiter à sa guise le passé et la douleur– le lecteur comme son auteur glane au fur et à mesure des pages quelques indices sur la vie de la jeune femme. Passionnée, excessive, amoureuse, poète, elle portait en elle le désir absolu d’aimer et le désespoir qui l’accompagne. D’une grande maturité, elle a marqué ses proches puis sa descendance, elle a même interféré dans l’inconscient de l’auteur et de quelques-unes de ses œuvres. Car sans le savoir, dans son premier et dernier roman, Jean-Marie a écrit sur sa sœur sans le savoir. La mort d’Annie, le 1er novembre 1968 à 15h45, est pour lui une deuxième date de naissance, l’ayant conditionné à devenir l’homme qu’il est aujourd’hui.

« Je suis né à 15 ans. Certains prétendent être nés bêtement dans une maternité, mais je n’y crois pas trop. Pour venir au monde, il faut tout de même autre chose que la dilatation d’un col et une paire de gants stériles dans un environnement vert d’eau éclairé par un scialytique, autre chose qu’une chambre fleurie peuplée d’adultes empotés, de peluches agréées bio, de gazouillis mièvres et de crèmes apaisantes. Il faut une bonne gifle, un coup de pied dans le ventre, une blessure bien sanglante, un événement irréfutable pour vous faire comprendre, soudain, que jusque-là vous n’avez pas vécu. »

Un magnifique roman sur l’enfance et le souvenir.

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