Le bal des folles de Victoria Mas

Impossible de passer à côté de ce livre-phénomène de la rentrée, le premier roman de Victoria Mas, fille de Jeanne.

Qui étaient-elles, ces femmes internées à la Salpêtrière au XIXème siècle ? Charcot et ses infirmières les surnommaient les folles, les aliénées. Souvent, il s’agissait de femmes traumatisées, violées, que l’on disait hystériques. Emancipées avant l’heure, féministes ou adultères, il fallait éviter de sortir du rang des épouses idéales. Répudiées par leur mari ou leur père, ces derniers les déposaient là, tels des débris encombrants, plus pour s’en débarrasser que les faire soigner. Ils ne revenaient jamais les chercher. 

À la Salpêtrière, leur quotidien rébarbatif ne faisait qu’aggraver les crises, aucune activité n’était permise, tout au plus un peu de tricot, pas de lecture, activité provoquant la mélancolie. En cas de problème, des internes compressaient leurs ovaires à deux doigts ou leur offraient un petit sniff d’éther. Une fois par an, un bal était organisé pour divertir les Bourgeois, la foule se pressait à l’entrée de l’hôpital comme s’il était devenu zoo, quant aux folles elles attendaient cette soirée toute l’année, unique moment de contact avec le monde extérieur. Chaque vendredi, le professeur Charcot les offrait en spectacle, une séance d’hypnose publique où les jeunes femmes, cheveux lâchés et poses lascives, reproduisaient dangereusement leur transe devant un public masculin, sous prétexte de faire avancer la science… Ah! tous ces hommes au taux hormonal immobile, Freud, Charcot et compagnie, cherchant la clé, le contrôle du mystère féminin ! 

Les folles fascinaient, envoûtaient, et nous lecteurs les observons déambuler avec effroi, de leur dortoir à leur bol de soupe du soir. On s’attache inévitablement à l’une d’entre elle, Eugénie, doté d’un don maléfique : le spiritisme. Depuis toute petite, elle voit les défunts, son grand-père notamment. Elle est aussi une jeune femme engagée aux idées un peu trop modernes pour sa famille conservatrice. Ni une ni deux, son père la dépose à La Salpêtrière. Elle rencontre Geneviève, infirmière dévouée du Professeur Charcot. Eugénie va alors faire basculer l’équilibre de l’hôpital. 

En plus d’être passionnant et totalement addictif ce roman suscite la réflexion, sur la condition féminine notamment, également sur notre rapport à la folie, et à la différence. 

Qui sont les vrais folles ? Celles qui osent, celles qui les jugent, ou celles qui les lisent..?

3 commentaires sur « Le bal des folles de Victoria Mas »

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