Deux coeurs légers, de Sophie Simon

Ce livre, quelle magnifique surprise ! 

Je l’ai abordé sans me douter qu’il me procurerait autant de plaisir. Je le recommande à tous, vous y trouverez tout ce que vous cherchez, une histoire de vie, une âme, du corps et de la profondeur. 

Le succès ne tient pas à grand chose, peut-être hélas simplement à une couleur de peau et un père raciste. On est à Imperial, dans le Nebraska, une petite ville d’Amérique profonde. Ray est un jeune guitariste talentueux, animé par la passion. Repéré par une maison de disque réputée, il s’envole pour Los Angeles et signe un premier album. Tout le destine à une belle carrière, à l’instar des grands artistes tels que Neil Young ou Ella Fitzgerald, jusqu’à ce qu’il rencontre Minie, une jeune groupie amoureuse mais… mineure.

Allez en prison, ne passez pas par la case départ, ne touchez pas 200 millions de dollars.

Voilà un destin qui bascule et une femme qui vous épouse pour payer sa dette. Une maison et cinq enfants plus tard, vous vous demandez si cette vie que vous menez était vraiment celle qui vous était promise.

« On ne se remet jamais de ses espoirs, ils somnolent et se réveillent, s’endorment et rejaillissent, ils ne meurent jamais, vous taquinent, vous tourmentent, et c’est bien ça qui rend cinglé. »

Au rayon des rêves inassouvis, Ray n’est pas seul. Il a Marty, le petit frère de Minie, jeune homme obèse possédant un talent fou pour l’harmonica et la composition. Se forme alors un duo « improbable », qui au fil des années, espère monter un jour sur une vraie scène, plutôt que celle du bar d’Imperial. Leur plus gros problème, c’est le regard des autres. Si Ray prend les remarques racistes avec hauteur, Marty est plus fragile et les supporte de moins en moins. Il rêve d’un monde où le physique et la couleur de peau n’auraient « rien d’extraordinaire, et où ils pourraient flâner le coeur léger ».

Ce roman est une réflexion sur l’identité évidemment, mais aussi sur l’Art et les choix de vie. On se retrouve tous un jour coincé dans l’épineux dilemme des responsabilités et de la liberté rêvée. Des dialogues riches, des personnages follement attachants et une plume aguerrie : coup de coeur! 

Extraits

Ma révolte s’est éteinte cette nuit-là. Elle est allée rejoindre la sienne et tous les cris qu’on a préféré taire. La conscience de ses souffrances, de ses démons et de ses renoncements m’avaient vidé de toute velléité insurrectionnelle. Ne pas ajouter de violence à la violence. La museler, la minorer ou bien la retourner contre soi ; tout, plutôt que d’en ajouter à celles qui infectaient déjà l’humanité. C’était sûrement ça, le vrai courage.

 

J’ai eu le temps d’observer les filles justement, de m’en faire une opinion, et j’ai pu constater qu’elles ont pour la plupart un comportement totalement inexplicable et incohérent, Ray. Je t’assure. Tu ne peux pas tenter de les rationnaliser. Elle sont pleines de surprises. Il faudrait connaître leur histoire familiale, leur enfance, leur ADN, leurs antécédents médicaux, leur constitution, les avoir épiées dans le tumulte de la cour de récréation et dans l’intimité de leur chambre d’adolescente pour expliquer leur fonctionnement, et peut-être commencer à les comprendre. Oui, Tracy est jeune et son amour aussi versatile qu’une goutte de mercure ; elle m’a déjà dressé une liste de ses ex, c’est effrayant d’être si jeune et de se vanter d’autant d’expériences sexuelles. Je ne suis pas certain d’être à la hauteur mais je veux quand même essayer car je ne sais pas tout d’elle, tu vois, et il se peut que quelque chose en elle, une particule, un gène, une rencontre, une caractère, un simple geste, une odeur, un parfum ou une couleur d’yeux qui l’aurait marqué dans sa prime jeunesse, le sourire de la sage-femme, je ne sais pas, un incident, un traumatisme enfoui, la pousse vers un homme comme moi. L’amour est aléatoire, Ray, c’est tout ce que je vois. Alors je vais quand même essayer. Est-ce que tout le monde n’essaie pas avant d’échouer ?

4 commentaires sur « Deux coeurs légers, de Sophie Simon »

  1. Sophie Simon c’est l’écrivain de l’identité à l’envers. Elle n’a jamais foutu les pieds au Nébraska mais elle en connaìt le moindre grain de poussière par coeur. Il suffit qu’elle aime n’importe quel coin paumé sur la terre, pour qu’elle se croit de là-bas. Et si elle n’a jamais parlé avec un guitariste noir non plus, elle en a plein dans sa tête, et des vrais. C’est juste que quand elle écrit un roman, elle devient un écrivain américain, hybride de Dos Passos et Faulkner mais qui vit à Paris. Et remarquez comme elle tombe néanmoins juste à l’heure de Metoo, avec cette histoire de vie brisée pour l’emballement d’un soir.

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