Les Magnolias, interview et chronique

Quelques questions à Florent Oiseau.

Bravo pour ce texte décalé et profondément sensible ! Commençons par le titre.
Pourquoi avoir choisi « Les Magnolias » comme nom de maison de retraite, est-ce un hommage à Claude François ?

Je crois que mon roman s’est toujours appelé ainsi, je ne sais pas trop expliquer pourquoi. Avec le recul, j’aurais peut-être dû opter pour un titre qui ne fasse pas écho à un tube. Les Glycines par exemple, désolé pour les fans de Serge Lama.

À propos de la genèse de ce roman, le sujet de la vieillesse vous touchait-il particulièrement ?

Plus ou moins. J’aime assez les vieux. Les vieilles, surtout. J’ai passé quelques après-midi dans une maison de retraite pendant trois, quatre ans. Il m’a semblé que ça pouvait constituer un endroit intéressant pour y installer un roman. En revanche, dire que c’est un sujet qui me touche « particulièrement » serait un peu malhonnête et relèverait de la posture. Aucun sujet ne me touche particulièrement, en réalité. Je cherche seulement à planter un décor susceptible d’abriter mon histoire. C’est tout. Je n’ai jamais un quelconque postulat ou autre sujet intime avec lequel j’entretiens un lien particulier quand je commence à taper sur mon clavier.

Alain est décrit comme un loser mais si on lit à travers les lignes il démontre beaucoup de sagesse. Est-ce que le loser ne serait pas le nouveau philosophe du siècle ?

Peut-être bien. Mais je ne pense pas que ce soit sa vocation. Je n’accroche pas trop avec les personnages de losers magnifiques qui finissent par inverser la tendance et devenir riches/beaux/puissants/regardés/écoutés. J’aime, ( dans les fictions, du moins ) qu’un/une héros/héroïne qui n’était pas destiné/e à se retrouver dans la lumière profite de ce hasard pour rester la même personne, sans jamais avoir envie de s’en sortir. D’évoluer. Je trouve ça rassurant et plus romantique que de se prendre en mains. Peut-être qu’on peut laisser la sagesse aux philosophes ?

Dresser la liste des prénoms de poney est-il un meilleur moyen que l’écriture pour combler le vide de l’existence ?

Assurément. L’écriture ne comble rien d’autre que l’ego de celui qui écrit. Alors qu’établir une liste de noms de poney offre des perspectives assez insoupçonnables et fait d’avantage travailler l’imagination, les souvenirs. Sans que cette quête ne soit biaisée par une recherche d’effets, de style, de complications absurdes et inutiles – comme c’est le cas avec l’écriture.

– Caramel
- Pompon
- Cachou

. Je vous laisse continuer.

Faire rire le lecteur, est-ce inné ou cela dépend clairement des jours ?

Voyez, par exemple, je bloque sur cette question 5 depuis quinze minutes sans parvenir à être drôle. C’est qu’il doit y avoir des jours sans.

Est-ce qu’à partir de trois romans l’écrivain que vous êtes pressent qu’il ne pourra plus jamais se passer de l’écriture ?

Il y a mille choses dont je suis incapable de me passer, mais l’écriture n’en fait pas partie. Et ce ne sera jamais le cas. Je lui préfère les émissions de faits divers, l’odeur de merguez sur le parking d’un stade de banlieue, les comptoirs de bars, les promenades. Le gaspacho. Le football. Les autres.

La nuit. Les trains.

Le fromage.

La radio.

La bière.


La sieste.




Par ailleurs, plus le temps passe, plus je trouve qu’elle (l’écriture) comporte bien plus de frustrations que de moments de joie. Je n’exclus pas d’arrêter du jour au lendemain, d’autant qu’il faut savoir faire de la place aux autres.

oiseaurue.jpg Crédit Olivier Marty.jpg
Florent Oiseau, Copyright Olivier Marty

Le roman

Son premier roman « Je vais m’y mettre », avait été désigné comme livre le plus drôle de l’année, puis « Paris-Venise », le deuxième, a été très remarqué et sélectionné pour le prix Orange. Dans ce troisième opus, Florent conserve l’humour —burlesque, cynique et parfois noir— mélangé à un bon soupçon d’émotion pour nous servir en cocotte un livre humain et attachant, à son image.

Le dimanche, Alain se rend aux Magnolias, visiter sa grand-mère qui perd la mémoire et le sens de l’existence. Elle ne se souvient que de lui et il en retire une grande fierté. Il lui rend visite tous les dimanches par habitude, par devoir, et sans doute aussi par amour. Ceci dit, il pourrait tout aussi bien aller la voir le lundi ou le mercredi, cela ne changerait pas grand-chose. Sa carrière d’acteur ne décolle pas. Elle recule même, il a joué le rôle d’un cadavre dans une série d’été il y a quelques temps et depuis, plus rien. Ce n’est pas son agent, Rico, sans domicile fixe, qui, installé sur le canapé d’Alain, semble influer le cours des choses.

« — Mon proprio me fout dehors. Il faut que tu m’héberges.

— Dans mon studio ?

— Je sais, c’est pas l’idéal, mais le fait de vivre ensemble, ça va nous souder. On pourra bosser. On va te trouver un grand rôle, fais-moi confiance Alain. L’idéal serait que je puisse arriver lundi prochain. J’ai juste une valise, mais j’aimerais bien, si tu le permets, venir avec mon joli portemanteau en bois flotté. Celui que j’ai apporté de Marrakech, là, celui-ci, sur ta droite.

J’ai jeté un regard plus que sceptique sur l’objet. Son portemanteau ressemblait à un épouvantail, il prenait une place conséquente, je n’ai pas réussi à feindre l’emballement.`

— Il apportera une valeur ajoutée dans ton entrée, c’est un bel objet. »

Pour tromper son ennui, Alain passe voir Rosie, une voluptueuse prostituée dont le camion est situé près de chez lui. À Rosie, il raconte ses peines, ses joies, ses rêves avortés. Depuis peu, il s’est attelé à la rédaction d’une liste de noms de poneys. Il prend ça très au sérieux. D’ailleurs, si jamais vous aviez un poney dans votre enfance, n’hésitez pas à suggérer son prénom.
Voilà à quoi ressemblait le quotidien d’Alain avant que sa grand-mère lui demande de l’aider à mourir et que parallèlement à cette requête angoissante il tombe sur le journal intime de son oncle Michel. À ce moment précis du récit, la vie d’Alain devient quasiment celle d’un agent secret. D’autant qu’un visiteur mystérieux vient également aux Magnolias tous les jours…

Qui était réellement la grand-mère d’Alain avant de perdre la mémoire ? Une femme au foyer dévouée, ou plutôt une terrible femme fatale ? Et cet oncle Michel, alcoolique et dépressif, a-t-il vraiment eu la vie qu’il méritait ? Un jour, Alain lui donne rendez-vous dans la maison de Dordogne, prêt à en découdre avec les secrets familiaux à grand renfort de prune. Parallèlement, Rico annonce à Alain qu’il lui a trouvé un rôle génial, un benêt pédophile, Alain va enfin pouvoir faire la fierté de sa grand-mère.
Vous l’aurez compris, vous n’êtes pas ici dans un roman de cape et d’épée, ce tendre roman raconte d’un ton décalé, un peu à la 0SS117, le quotidien simple et minimaliste d’un homme seul et sans avenir. Mais il parle aussi des liens familiaux, de l’amour qui tient à un fil et du pouvoir des rêves que l’on garde en tête toute une vie.

 » Parfois, la vie ne vous donne rien pendant des années, des décennies. Pas un trèfle à quatre feuilles, pas un Noël sous la neige, pas un billet de banque retrouvé dans une vieille veste. Aucune satisfaction, pas la moindre victoire, rien à manger pour l’égo. Elle ne vous donne tellement rien que vous pensez qu’elle vous a oublié. Vous êtes sous le porche d’une gare de province, un soir, et il pleut des cordes. Vous êtes trempé, il fait froid, vous êtes seul, le dernier bus vient de passer. Même un clébard ne viendrait pas vous tenir compagnie. Et alors que vous ne l’attendiez plus, elle vient vous éclairer dans la nuit de ses phares emplis d’espoir. Elle fait ça pour tout le monde. Certains sont devant les pleins phares chaque journée, d’autres -la majorité- doivent se contenter de brefs faisceaux, d’éphémères éclaircies. Mais la vie finit toujours par revenir chercher les oubliés sous les porches des gares de province. « 

 

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Extraits et citations

Le problème avec la solitude, c’est qu’elle ternit tout. Elle amplifie la peur, fait ressurgir l’idée de la mort qui, sinon, passe inaperçue.

 

Elle avait vingt ans, l’oeil presque réactif, et pourtant sa vie était terminée. Je connaissais déjà l’intérieur de sa future maison, le nom qu’elle donnerait à ses enfants, la race du chien qui les amuserait.

 

Un commentaire sur « Les Magnolias, interview et chronique »

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