Que sont nos amis devenus ?

Paru et reçu juste avant le confinement, ce livre éveillait ma curiosité. Une quatrième de couverture évoquant ironiquement une intrigue de polar : un revolver, dans le bureau du psy retrouvé mort, portant les empreintes de son dernier patient atteint d’un désamour global… Meurtre ou suicide ? Partie de Cluedo ou texte psycholgique emprunt d’humanisme et de beauté ? Je crois vous avoir laissé assez d’indices pour que vous le compreniez, ce livre ne méritait pas, comme tant d’autres, de rester confiné.

Pierre Mourange, la cinquantaine, directeur d’un EPHAD, a rendez-vous chez son psychanalyste avec sa femme et sa fille. Quelque chose ne va plus dans sa vie, il a perdu le contact avec sa fille Mathilde, et il aimerait savoir pourquoi il n’aime plus sa femme Isabelle.

« Lorsqu’on aimait plus l’autre, c’est qu’on n’aimait plus rien. Raison pour laquelle toute rupture était plus grave qu’elle n’y paraissait ».

À ce rendez-vous de thérapie familiale, sa femme et sa fille ne viendront pas, bloquées par une alerte attentat. Le psy de Pierre le laissera seul dans le bureau pour aller aux toilettes, le temps nécessaire pour lui d’apercevoir un revolver, de le toucher, hypnotisé, et le reposer dans son tiroir.

Devenu suspect numéro 1, Pierre se confie à ses amis. Vont-ils l’aider, le soutenir, lui servir d’alibi, à l’instar de Camille, écrivain oublié, parrain de sa fille et confident préféré, ou bien vont-ils disparaître, le trahir ? Qu’est-ce que la trahison, qu’est-ce que l’amitié ?

Pierre Mourange ne semble pas, au fond, disposé à se battre pour établir la vérité et contredire la justice. C’est ce qui est particulièrement touchant dans ce livre, cet anti-héros « pas sûr d’avoir une vie qui vaille la peine d’être innocent », et tous ses proches, patients, amis, qui eux vont vouloir se battre, en résolvant, en plus de l’enquête, certains traumatismes.

J’ai particulièrement savouré la description subtile des personnages, tous un peu boiteux, imparfaits comme on les aime. Un très bon roman sur l’amitié et la fragilité des êtres.

Extrait

J’ai été médecin dans une autre existence, je sais reconnaître les mauvais signes. Le docteur Petit-Jean tousse gras et souvent. Ça vient de loin et de longtemps. Sa peau est cireuse et ses yeux pleins de petites artérioles rouges qui courent sous le voile des larmes. Il est gros et essoufflé. Il sue beaucoup, de l’effort de son corps pour se maintenir au repos. Dans un film, il est le personnage auquel il ne faut pas s’attacher. On sent, dès les premières scènes, le manque d’avenir. Je le visite pourtant depuis deux ans et je ne peux pas dire que son état ait empiré. Il reste au bord de l’inquiétant. Comme moi.

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