Comme un ciel en nous, Jakuta Alikavazovic

Qui ne connaît pas encore Jakuta Alikavazovic ?
J’ai lu « L’avancée de la nuit » en 2017 et depuis je ne suis plus vraiment la même.
Il y a quelques mois, « Comme un ciel en nous » a obtenu le Prix Médicis Essai, je retardais ma lecture au maximum, attendant ce creux émotionnel dans l’euphorie des rentrées successives.
Pour la collection Ma nuit au musée de chez Stock, l’auteure choisit de passer une nuit, seule, au musée du Louvre, laissant pour la première fois son bébé de 9 mois.
En réalité, écrire sur le Louvre, c’est écrire sur son père. Arrivé en France à 20 ans, celui-ci ne connaît pas un mot de la langue. Au Louvre, il apprend tout, pas seulement à lire, mais à vivre. Il y donne ses rendez-vous, il s’y brosse les dents.
Son jeu préféré avec la petite Jakuta est le suivant : régulièrement il l’apostrophe « Et toi, comment t’y prendrais-tu, pour voler la Joconde ? »
Et père et fille, main dans la main arpentant le musée, à imaginer mille et un stratèges pour dérober le tableau le plus connu au monde. C’est là que résidait leur complicité, et sans doute qu’elle y demeure encore.
Clin d’œil à l’auteure, cette sculpture d’Aphrodite qui nous a interpelées, ma fille et moi lors de notre dernière visite, et dont elle parle dans son ouvrage. La petite main d’Eros qui ne se détache pas du dos de sa mère. « Cette main sur le dos de sa mère est tout ce qui reste d’un petit Amour depuis longtemps rendu aux éléments, à la poussière ; et pourtant il est là, tout entier contenu dans les cinq doigts et la paume qui s’attarde. Comme ma main a été, je le devine cette nuit, toujours posée sur le dos de mon père, même quand j’étais moi, assise sous le regard aveugle de la statue la plus célèbre du monde, même quand j’étais dans le désert américain, dans un train pour Istanbul ou dans une soirée mondaine, à douter de lui. »

Jakuta Alikavazovic possède la magie des lieux. Déjà dans l’avancée de la nuit, l’ambiance feutrée de l’hôtel m’a paru si réaliste, mes pieds ressentaient la texture de la moquette des chambres. Alors écrire sur un musée, c’était sans doute une évidence…
…« Mais connaît on vraiment jamais son père ? »
Magnifique récit ⭐️

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s