Barrage contre l’Atlantique, de Frédéric Beigbeder

« Je me prends pour un poète, alors que je ne suis qu’un phraseur. »

Ce roman est entièrement constitué de phrases, cette chronique aussi.

Je copie Frédéric Beigbeder qui a copié Foenkinos qui a copié Chevillard.

Je pouffe en imaginant la tronche de Chevillard comparé à Foenkinos comparé à Beigbeder comparé à moi.

La littérature est une mise en abyme perpétuelle.

Chaque phrase du roman est copiable-collable dans la rubrique citations de Babelio, car chaque phrase est sublime.

L’écrivain qui m’a donné l’envie d’écrire assume ici pleinement ce qu’il aime être, le roi de l’apophtegme.

Le titre du livre est inspiré de celui de Marguerite Duras.

L’écriture de Marguerite Duras est reconnaissable à son rythme, la rendant musicale.

Un barrage contre l’Atlantique reprend ce procédé.

Les phrases sont des vagues, celles du Cap Ferret.

Vous lisez en contemplant le flux régulier de l’océan.

Frédéric Beigbeder impose sa prose.

Ce roman est né de notes prises dans des carnets et agencées dans un ordre cohérent.

Un Roman français dans le fond, un égoïste romantique dans la forme.

L’enfance de l’auteur n’est pas la même aujourd’hui qu’il y a 20 ans.

Les souvenirs fluctuent en fonction de l’âge.

Ce livre raconte l’époque sans téléphone.

Ce livre raconte ses premiers amours, Laura Smet et la découverte de la Côte Basque.

Ce livre raconte notre nostalgie commune.

Ce livre raconte comment Frédéric s’est dénudé devant Ludivine Sagnier, a fouetté Carla Bruni et croisé Lolita Pille au Lutetia.

Ce livre parle à l’adolescent tapi en nous.

Ce livre est un roudoudou à sucer, un fauteuil Louis XV dans lequel écrire.

Benoît Bartherotte est le héros de ce livre.

Benoît existe vraiment, je l’ai trouvé sur Google, contrairement à Martin Hill, le dernier protagoniste de D. Foenkinos.

Benoît Bartherotte a confectionné la robe de Brigitte Bardot, puis il s’est réfugié au Cap Ferret.

Benoît tente d’endiguer le Cap Ferret comme Frédéric sa jeunesse.

Benoît et Frédéric sont aujourd’hui amis et heureux.

L’amour, sans doute.

#unbarragecontrelatlantique #fredericbeigbeder @editionsgrasset

Numéro deux

J’ai dévoré ce livre et je suis allée vérifier sur Google. Non, Martin Hill n’existait pas. Malgré l’avertissement de l’auteur en début d’ouvrage, j’étais persuadée de l’existence de ce numéro 2, ce jeune garçon qui a failli jouer Harry Potter et dont l’échec a plus tard provoqué chez lui traumatismes, phobies en tous genres et harcèlements. Elle semblait si réelle, cette histoire, sa mère Jeanne aurait pu devenir ma copine, j’aurais pleuré pour son ex-mari et j’aurais intenté un procès contre Marc, le beau-père. Je voulais voir leur tête, la forme de leurs yeux et la couleur de leurs dents, ou l’inverse, alors j’ai cherché impulsivement sur Google et je suis tombée sur la réalité, Martin Hill n’existait que dans les commentaires Babelio du roman que je venais de finir.


J’ai encore oublié que c’était un livre, j’ai eu honte de ma crédulité alors je la partage avec vous, voilà, je me suis fait piéger par mon auteur chouchou, la littérature aura ma peau, d’autant plus que j’attaque ce soir le livre de Beigbeder, avant celui de Houellebecq… Compliquée cette rentrée, pour moi qui gère plutôt mal la distorsion réalité/fiction, et tous ces auteurs qui la confondent à merveille.
Après cette première pulsion googlesque, j’ai réfléchi un instant et j’ai compris (attention scoop) que Martin Hill existait quand même. Il y a forcément eu un numéro 2, un acteur concurrent de Daniel Radcliffe, c’est Martin (la famille Martin, prénom universel).


Ce livre raconte l’histoire de tous les numéros 2 du monde qui l’ont été à un moment donné, en sport, lors d’un entretien, en amour. On a tous un échec à digérer.
Et comment faire, quand toute notre vie Numéro 1 se rappelle à nous, que l’univers conspire à vous mettre un t-shirt Harry Potter sous le nez, 7 tomes, rien que ça, comment peut faire Martin pour devenir n°1 aux yeux du monde, du moins à ses propres yeux ? Changer de planète, vivre en Alaska ?
Bien plus qu’un roman sur la résilience, numéro 2 est notre biographie à tous, car comme Harry, Martin aussi représente « cette part de rébellion, notre désir de posséder des pouvoirs pour éradiquer les cons, notre rêve d’une vie meilleure. »
Un roman biblique, à lire absolument.

La nuit après nous

Quand Mona tombe amoureuse de Vincent, elle devine déjà que cette passion n’est qu’un prétexte aux réminiscences de l’enfance et à raconter enfin son histoire.

« J’écris parce que j’ai cessé de croire que je pouvais laisser cette histoire hors de moi, grandir n’a pas suffi. Chaque matin persévère mais le passé partout bondit. J’avançais dans la vie avec les yeux de ma mère, un œil qui regarde et l’autre qui oublie. Je croyais qu’il était inutile de s’attarder, je n’avais rien compris. Je me demande si j’ai habité cette vie ou si j’ai juste attendu quelqu’un devant un robinet d’eau froide. »

Dès sa naissance, son père lui apprenait à voler au supermarché. Quand d’autres enfants vaquaient à leurs cours de piano ou de tennis, Mona volait comme elle respirait. Bien habillés, polis, la caissière n’aurait pu se douter que chaque semaine, père et fille pillaient les rayons. Elle veut qu’il soit fier, son père, et surtout qu’il rentre heureux le soir à la maison. Qu’il ne lève pas la main sur elle, ni sur sa mère. Alors elle s’applique à la tâche.
Pour comprendre d’où vient la colère du père, Mona remonte dans les années 60. Les parents de sa mère fuient la Tunisie, débarquent en France dans la plus grande misère. Déscolarisée, perdue, sa mère se marie au premier venu. Myope, elle ne travaillera jamais et subira son existence, son mari aigri, voleur et malheureux. Et Mona lâchera la main de la petite fille détruite.

C’est un texte qui doit sa beauté à sa maturité, à la force des mots si longtemps retenus. Il est servi par une écriture imagée, des scènes sensibles et une narration très fluide, pour que vous en ressortiez totalement bouleversé. J’ai lu la moitié en larmes, avec en tête une seule question : que peut-on faire contre la colère originelle des hommes ?

Je vous le recommande, ce livre est magnifique.

« Quelque chose se refermait sur nous, le beau qu’on a rêvé, le bleu qu’on n’a pas peint, minuit jamais atteint. »

Que rien ne tremble

« Je me demande où s’est situé le point de bascule. Celui qui m’a fait passer de doctorante indépendante, promise à une carrière honorable, à la petite épouse d’ingénieur, mère au foyer engluée dans les soucis domestiques. »

À 26 ans et en pleine rédaction de sa thèse d’université, Sylvia tombe amoureuse d’Antoine, déjà père. Lors de vacances entre amis, elle ressent un tel bonheur avec lui que le désir d’enfant naît, c’est un « caprice irrévocable ». Comme si un enfant cristalliserait cette période idyllique pour toujours.

Colombe naît. C’est une enfant que l’on dit « difficile ». Pour Sylvia, l’amour maternel n’est pas automatique. Elle culpabilise et s’éreinte, puis tombe dans le piège universel de la maternité : elle arrête sa thèse. Antoine est muté, elle se retrouve isolée avec sa fille dans un village où elle ne connaît personne.« Tais-toi !!! Tais-toi !! » hurle-t-elle parfois à son bébé.

« Tout va bien », « Je tiens le coup » martèle-t-elle à sa mère, à elle-même, puis à Antoine. Lui part au travail le coeur léger, pensant laisser chez lui une mère épanouie, heureuse de gazouiller avec sa petite fille toute la journée.
Mais les rapports entre Colombe et Sylvia sont complexes. L’une semble tester l’autre en permanence. Faut-il puiser dans les liens avec sa propre mère, son père qui les a abandonnées quand elle avait six ans ? « Est-ce bien cette vie-là que tu souhaitais ? » souffle la petite voix de Virginia Woolf au fond d’elle.
Que s’est-il passé ce fameux soir, lorsque Sylvia a retrouvée Colombe, 4 ans, inanimée dans sa chambre ?

Seize ans plus tard, Sylvia organise un déjeuner pour les vingt ans de Colombe. Elle a réuni toute la famille, elle espère que ça lui fera plaisir. Mais dès l’aube, une fissure semble apparaître sur la crédence de la cuisine, une fissure qui s’étend en elle, une fissure jamais refermée.

Peut-on réparer une mère brisée ? Rejet maternel, burn-out parental, syndrome du post-partum ? Anne-Sophie Brasme dissèque les tourments de la maternité et les pulsions contraires. J’ai fini la lecture en apnée, à la limite de l’asphyxie.

Comme pour La Jongleuse de @jessica_knossow je recommande #queriennetremble à tous les pères.

La Belle est la Bête

À prime abord, avec un titre pareil, un sultan et son wizir, ses 5 princesses et ses cavaliers d’or, ce livre ressemble à un joli conte. Pourtant, dès les premières lignes, la Princesse Leïla est défigurée à l’acide. Attentat politique ou à la beauté ?
Leïla n’a qu’un but : reconquérir sa féminité derrière des masques qu’elle confectionne, puis courir tous les bals du royaume et ramener un nouvel amant à chaque fois.
Pour les hommes, elle est une illusion, un mirage, ses masques lui confèrent une aura fantasmatique. Quant à elle, séduire sans visage lui permet une dissociation du corps, sans compter son statut de princesse lui garantissant autorité et protection, Leïla ne s’est jamais sentie aussi libre. Petit à petit, elle se répare. Au cours d’une de ses déambulations nocturnes au musée du palais, elle rencontre Asmar. Cet homme pourrait bien l’aimer sans son masque, mais est-elle seulement prête à se débarrasser de son inhumanité ?

Un roman-conte moderne et féministe, sur le pouvoir de la beauté, l’Art, les traumatismes du terrorisme, et la monstruosité.
⚠️ Floriane Joseph, 24 ans: Auteure à suivre !!!

« Je peux me targuer d’être reine avec ces masques, d’attirer le regard comme un fruit défendu : une pomme trempée dans l’or. Mais tous savent que le vert a rongé le fruit sous la couche dorée. Je ne les tiens que par cela. Entre attraction et répulsion. Riront-ils le jour où je tomberai le masque ? Rit-on pour ramener vers l’humain ce qui en dépasse les frontières ? »