Point cardinal

Il s’enferme dans les toilettes, se déshabille fébrilement, arrache l’étiquette avec ses dents, puis, quand il est complètement nu, enfile la soie, remonte lentement la culotte le long de ses jambes, la plaque contre son ventre. La vague de plaisir qui le submerge secoue tout son corps. Une extase qui le transporte, coeur battant, au centre de sa chair, en son point cardinal, là où Mathilda pousse un cri.

Le roman

C’est l’histoire de Laurent, une femme qui n’est pas née dans le bon corps. Le jour il est un bon père de famille, le soir il ajuste sa perruque, se maquille, et devient Mathilda, cette femme qui est en lui et qu’il cache. Un jour, sa femme retrouve un cheveu blond de sa perruque, et le suit en cachette, jusqu’à comprendre que son mari ne la trompe pas, mais qu’il se travestit. C’est le début de la révélation, et donc de la transformation. Laurent entreprend le changement, avale des hormones et laisse pousser ses cheveux. Car les psychologues n’y feront rien, Laurent n’est pas malade, il est né ainsi, et cela ne l’a jamais empêché de se sentir un bon père. Mais aujourd’hui il a assez attendu, il est grand temps de devenir celle qui l’est au fond de lui. Mais comment vont réagir ses enfants, comment l’assumer?

Ce roman analyse les réactions et les transformations de chacun. Sa femme, Solange, qui ne voyait en Laurent qu’un mari aimant, un père attentionné, se demande comment peut-on vivre si longtemps auprès d’une personne que l’on ne connaît pas? Où se situe la véritable trahison, dans l’omission, ou dans autre chose? Comment se faire à l’idée que son mari va devenir une femme, qu’il l’aime toujours mais qu’il va se faire opérer, parce qu’il n’a pas le choix?

Son fils Thomas, est en colère contre son père, et se heurte à sa détermination, il choisit l’exil. Sa fille Claire cherche plutôt à reconsolider la famille, elle choisit la tolérance. Quand à sa femme Solange, privée de sexe d’homme, elle va choisir la substitution. Enfin, concernant ses collègues et ses voisins, le roman offre le panel de toutes les réactions possibles et envisageables.

Petit à petit, aussi subtilement que la transformation de Laurent, l’auteur change le genre des adjectifs et les accords grammaticaux concernant Laurent. Lauren devient Lauren aussi par la grammaire, et cela est très bien fait.

Tout nous pousse à nous déterminer. A le faire haut et fort. Décliner son identité. Je suis indéterminée, mon corps est un compromis. Je ne suis plus celui de ma carte d’identité et Lauren n’existe pas encore officiellement. Si je ne me définis pas, suis-je vraiment ?

Mon avis

A lire ! Ce livre est plus un essai qu’un roman selon moi, il se lit très vite et fait passer un message, celui de la tolérance.

Un sujet très délicat, la transexualité, traité avec finesse. L’inconfort du thème et l’écriture sans fioriture m’a fait penser à Leila Slimani et ses romans aux sujets forts comme Chanson douce Dans le Jardin de l’ogre. Le seul reproche que je pourrais adresser à ce roman est d’être un peu trop court, il est prenant et est impossible à lâcher, mais il manque un peu de matière et s’oublie peut-être plus vite qu’un roman plus dense, à la psychologie des personnages plus détaillée. J’aurais aimé savoir comment le couple Laurent/Solange allait évoluer. Est-il possible de rester en couple avec un transsexuel ?
Cependant, l’auteur parvient avec brio à nous transmettre le message de l’acceptation sans en faire des tonnes, juste une ouverture d’esprit sur ceux qui nous entourent et qui ne répondent pas aux schémas « classiques ».

L’auteur

Léonor De recondo est née en 1978. Après son premier roman « La Grâce au cyprès blanc » publié en octobre 2010, c’est « Rêves oubliés », le deuxième roman qu’elle signe en début d’année 2012.
« Pietra viva », sorti en 2013, connait un énorme succès.
En 2015, « Amours » obtient le Grand Prix RTL-Lire 2015 et prix des libraires 2015.

Le signe astrologique du roman

Un signe double pour la dualité de Laurent, mi homme mi femme, et plutôt d’élément air, symbolisant le lien entre les gens ce qu’étudie parfaitement le roman, et enfin Cardinal! Que signifie cardinal en astrologie ? Il existe trois types de « qualités » pour un signe (la manière de faire circuler l’énergie) : soit fixe, soit mutable, soit cardinal… comme le titre du roman.
—> Quel signe est donc à la fois double, d’air et cardinal ? La balance !
Une personnalité cardinale initie le changement et met en route les choses, et entraînent les autres dans l’action.

Extrait

Laurent cache ses yeux dans un mouchoir. Et Solange réalise tout à coup qu’il ira jusqu’au bout, jusqu’à l’opération, qu’à côté d’elle dans ce lit, il y aura un jour une femme, seins et sexe inclus. Elle est traversée par cette vérité. Elle pourrait la rejeter toute entière, mais n’y arrive pas, car il y a dans la sincérité de Laurent quelque chose qui l’émeut profondément.

La Tresse

Je dédie mon travail à ces femmes,
Liées par leurs cheveux,
Comme un grand filet d’âmes.
A celles qui aiment, enfantent, espèrent,
Tombent et se relèvent, mille fois,
Qui ploient mais ne succombent pas.
Je connais leurs combats,
Je partage leurs larmes et leurs joies.
Chacune d’elles est un peu moi.

 

Le roman

Ce court roman se lit comme un conte pour enfants; bourré de sentiments très forts qui maintiennent votre attention et vos émotions aux extrêmes : une immense tristesse, un très grand amour, des femmes très gentilles, des pauvres très pauvres, des méchants très méchants…

C’est un livre symbolique, sur l’imbrication des êtres entre eux, sur la puissance du courage des femmes à travers le monde.
Ces trois femmes, indienne, sicilienne, canadienne, forme chacune le brin d’une tresse.
Smita veut tout faire pour sortir sa fille Lalita de la misère et qu’elle aille à l’école, Giulia doit tirer l’entreprise familiale de la faillite, et Sarah l’avocate superwoman doit se battre contre sa maladie et le monde impitoyable des hommes et de l’entreprise.

Le portrait de Smita et Lalita retourne le ventre à tel point que je me sentais mal pendant la lecture. Ne nombreux progrès sont encore à faire dans certains pays où les sanitaires n’existent pas, seulement la pauvreté absolue et la violence. Smita vide les latrines des gens à mains nues, comme sa mère et sa grand mère avant elle.

C’est son Darma, son devoir, sa place dans le monde. Un métier qui se transmet de mère en fille, depuis des générations. Ce panier, c’est son calvaire. Une malédiction. Une punition. Quelque chose qu’elle a dû faire dans une vie antérieure, il faut payer, expier, après tout cette vie n’a pas plus d’importance que les précédentes, ni les suivantes, c’est juste une vie parmi les autres, disait sa mère.

Le portrait de Sarah sonne comme une mise en garde sur la protection de la femme occidentale au travail. Un passage représentatif est celui où Sarah préfère partir du cabinet en disant « qu’elle va boire une verre » alors qu’elle doit récupérer ses enfants, ou aller à sa chimiothérapie. Dans son cabinet d’avocats rempli de loups, il est préférable pour elle d’afficher une indépendance qu’une faiblesse. La discrimination est insidieuse mais pourtant elle est là, c’est cette discrimination qui la pousse chaque jour à rentrer tard, à bosser comme une acharnée, à devoir tout prouver tout le temps.

Quand à l’histoire d’amour entre Giulia et Kamal l’indien, elle est d’une grande pureté, elle amène au roman un apaisement pour le lecteur, et le courage pour Giulia de se battre.

Elle se sent femme aujourd’hui, auprès de l’homme qui l’a révélée. Cette main, elle n’est pas près de la lâcher. Dans les années qui suivront, elle la serrera souvent, dans la rue, au parc, à la maternité, en dormant, en jouissant, en pleurant, en mettant au monde leurs enfants. Cette main, elle la tient pour longtemps.

La Tresse est un ouvrage qui s’inscrit dans notre époque, soulignant que la liberté des femmes est toujours un combat.

Mon avis

A lire et à faire lire autour de soi, pour le message de courage et d’espoir qu’il véhicule. L’écriture est simplement belle, les phrases résonnent de façon juste en chacun d’entre nous. La tresse est un conte cruel et poétique.

Le signe astrologique du roman

Balance, celle qui représente la justice (comme Sarah l’avocate du roman), l’amour et l’harmonie (comme Giulia dans sa relation avec Kamal) et enfin le partenariat et l’équilibre relationnel (comme entre Smita et Lalita). La balance est le signe du partage, telles ces trois femmes, très douces et positives comme ce signe, qui se partagent le roman.
L’ombre de la balance est le bélier, symbolisant une action forte sous-jacente, impulsive, presque rebelle, et c’est de cela dont il s’agit dans ce roman : sous leur aspect docile, ces trois femmes cachent une tempête en elles, un combat plus fort que tout.

L’auteur

Née en 1976, Laetitia Colombani est scénariste, réalisatrice et comédienne. Elle a écrit et réalisé deux longs-métrages, À la folie… pas du tout et Mes stars et moi. Elle écrit aussi pour le théâtre. « La tresse » est son premier roman.

Extrait choisi

Ils prennent l’habitude de se retrouver là, dans la grotte, près de la mer. Kamal travaillant de nuit à la coopérative, et Giulia de jour à l’atelier, ils se voient à l’heure du déjeuner. Ils font l’amour à midi, et leurs étreintes ont le goût des moments volés. La Sicile entière est au travail, affairée dans les bureaux, les banques ou les marchés, mais pas eux. Ces heures-là leur appartiennent, ils en usent et en abusent, comptant leurs grains de beauté, répertoriant leurs cicatrices, goûtant chaque parcelle de leur peau. On ne fait pas l’amour le jour comme on le fait la nuit, il y a quelque chose d’audacieux, d’étrangement plus brutal à découvrir un corps en pleine lumière.

Le problème avec l’amour

« Quand j’étais petite, tout ce que je voulais faire plus tard quand je serais grande, c’était connaître l’amour. L’amour m’intriguait parce qu’il ne suffisait pas d’être amoureux. Il fallait aussi être aimé. »

Le problème avec l’amour, la première fois, c’est qu’on ne le reconnaît pas forcément. Le problème avec l’amour, les fois d’après, c’est toutes nos croyances, tous nos espoirs. Le problème avec l’amour aujourd’hui, c’est notre mère, notre père, notre meilleure amie, nos rêves, nos drames, tout ce qui nous constitue. Nous vivons dans l’urgence d’un amour réussi. Mais qu’est-ce qu’un amour réussi? Que signifie l’échec en amour aujourd’hui? De nos jours, nous n’avons jamais autant décrié l’amour mais jamais autant idéalisé à la fois.
Marion, comme beaucoup de femmes actives de 40 ans célibataire, parisienne de surcroît, a l’impression d’avoir accumulé beaucoup d’échecs amoureux. Elle rencontre Marco. Marco veut cadenasser leur amour naissant sur le Pont des Arts, comme le font beaucoup d’amoureux. Alors Marion lui écrit une grande lettre. Une analyse de tous ses espoirs et de ses peurs en amour, dans l’espoir fou que cette fois-ci, ça marche. Car quand le sentiment de l’amour existe, le plus difficile, c’est qu’il persiste.
Marion est peut être une amoureuse de l’amour, qui, plutôt que s’installer confortablement dans une relation, en cherche les limites et en visite tous les contours.
Ce roman est une vision ultra réaliste de l’amour du XXI ème siècle, la solitude des êtres, ses exigences, son impossibilité d’éternité.

« Tu ne comprends vraiment rien à l’amour. Bien sûr, toi tu crois que c’est celui qui est quitté qui souffre le plus, hein? Et bien non. Celui qui aime, il a encore son amour au moins. »

Mon avis

Comme la narratrice, comprendre l’amour est pour moi une des missions qui m’a sans doute été donnée. L’amour fou, vrai, passion, ou véritable, selon le petit nom qu’on veut bien lui donner, a toujours été le grand fantasme de beaucoup de générations. La relation fusion, l’amour réciproque est pour beaucoup d’entre nous un réel but à atteindre, mais seulement lorsqu’on veut bien y croire.
Aujourd’hui en France, la femme peut choisir son partenaire, le quitter, s’assumer, et vivre ses sentiments sans contrainte. On a donné la liberté aux femmes il y a moins d’un siècle, sans leur expliquer comment s’en servir. Pas étonnant qu’elles éprouvent quelques difficultés… Puisse ce genre d’ouvrage aider les générations futures !

J’ai aimé le réalisme avec lequel l’auteure dépeint la société et les paradoxes des relations. J’ai regretté l’absence d’un fil conducteur qui nous tiendrait plus en haleine, et ce roman pourrait glisser des mains de ceux qui n’ont pas le sujet de l’amour en priorité.

Le signe astrologique du roman

balance

Balance, dont la relation sentimentale prime sur la relation professionnelle et dont l’ambition principale est la recherche d’un partenariat fiable, équilibré, harmonieux. La balance est perfectionniste, et souvent indécise, comme la narratrice.

L’auteur

Isabelle Miller est née à Paris en 1958. Elle y vit et travaille toujours. Elle a exercé plusieurs métiers dont professeur de français à l’Éducation nationale. Elle a travaillé dans une maison d’édition, puis dans une grande entreprise comme responsable de la communication interne puis des études marketing. Elle est aujourd’hui consultante indépendante.
Son premier roman Le Syndrome de Stendhal est paru chez Sabine Wespieser en 2003. En 2008, elle publie un recueil de nouvelles sur 11 histoires de grandes oeuvres d’art inachevées, Les Inachevées, le goût de l’imparfait chez Seuil.
Son dernier ouvrage, Le problème avec l’amour, est paru février 2017 aux éditions JC Lattès.

Le blues de La Harpie

balance

Sans raison, j’ai fait ce que je n’aurais pas dû faire. J’ai songé à la fille que j’aimais, j’ai attendu mon heure puis j’ai braqué le magasin de vins et spiritueux où je bossais. Je suis monté dans ma voiture, j’ai démarré en trombe, imaginant le hurlement des sirènes là où il n’y en avait pas. L’autoroute elle-même était sombre comme une tombe et menait au ciel.

Dans sa fuite, Luce Lemay percute le landau d’une femme et tue le bébé sur le coup. Il prend trois ans de prison pour homicide involontaire, à l’issue desquels il décide de rentrer à La Harpie, son village natal, reprendre le cours de son existence. Mais est-ce seulement possible?
Est-ce possible de regarder les autres en face quand on n’arrive plus à se regarder dans la glace? Est ce possible de retrouver l’amour quand on suscite autant la haine?
A la Harpie, petite ville du Midwest, tout se règle par coups de poings et revolver. Luce et son ami Junior Breen, qu’il a rencontré au pénitencier, se dégotent un petit boulot dans une station service et la force de leur amitié les aident à tenir dans l’extrême solitude qu’est devenue leur nouvelle vie.
Le personnage de Junior est sans doute le plus complexe. Reconnu coupable d’avoir tué et découpé en morceaux une jeune fille, il fait des êtres, des objets et de sa vie un véritable puzzle, comme ce camion qu’il désosse entièrement pour venger son ami.

Luce quand à lui, rencontre Charlene, dont il tombe fou amoureux. Leur idylle est pure et s’affranchit du passé de Luce. Mais vivre leur amour au vu et su de tous lui coûtera menaces, coups et balafres au couteau…
…Car lorsque le landau bleu cesse de venir hanter ses nuits, ce sont les gars de la ville, le soir, la nuit, qui viennent lui rappeler son passé avec violence et le terrorisent. Il devrait fuir, aller dans une ville où il serait inconnu, mais il a conscience lui même que fuir La Harpie reviendrait à se fuir lui-même. Affronter la réalité, accepter sa vie, chercher la rédemption, tel est le chemin à parcourir.
Un roman noir et poétique!

J’ai aimé

—> La couverture du livre

Cette espèce de Vierge Marie floutée, un peu hantée, nous interpelle. A prime abord, on croit voir une bouteille de coca. La couverture ne porte rien d’autre que cette image, c’est la particularité des éditions Agullo, que je découvre d’ailleurs avec ce roman. Cette maison d’éditions se targue de mettre en avant les petits bijoux étrangers, et avec ce roman c’est réussi!

—>Les dialogues !

On sait combien il est difficile de raconter les débuts d’une histoire d’amour sans tomber dans le niais et les facilités. Ici, je me suis surprise à être toute émoustillée et avide de connaître la suite de la lecture et du devenir des deux personnages, tant les dialogues sonnaient juste et parvenaient à me mettre dans l’ambiance.

« Elle te donne vraiment une allure bizarre cette robe.
_ Ah bon, tu trouves? »
Ses doigts lissèrent le tissu bleu en simili coton de haut en bas, jusqu’aux fanfreluches roses. Sous son jupon, ses jambes remuèrent lorsqu’elle haussa de nouveau les épaules.
« C’est juste moche comme couleur, c’est tout, insistai-je.
_ Je ne crois pas t’avoir demandé ton avis. »
Sa bouche était dure, menue et arrondie.
« Rose? Le rose c’est une couleur moche. Surtout sur des jambes pâles. » Je grimaçai un sourire.
Charlene tira sa robe vers le bas et laissa les mains s’attarder sur ses cuisses.
« T’es vraiment un connard » chuchota-t-elle.
« Laisse tomber » murmurai-je.
Juste comme ça, histoire de, je levai les yeux pour les planter dans les siens. Charlene plia une de ses jambes nues pour la frotter contre le mollet de l’autre, scrutant le comptoir tandis que j’étudiai ses mains, de l’autre côté du linoléum.

—> Le réalisme du roman

L’auteur n’essaie pas de nous embarquer dans une histoire américaine de cow-boys avec pistolets et cascades en voiture. Le rythme est lent, c’est l’histoire d’un type qui refait sa vie après la prison, c’est tout. La poésie est maîtresse du roman et s’allie avec la vérité pour en faire un somptueux petit bijou.

Le passage ci dessous, avec ses détails plus ou moins flatteurs sur les odeurs et les sensations, ne gâche en rien la scène d’amour décrite par le narrateur :

Nous l’avons fait, juste là, dans ce vieux hangar à bateaux, comme si nous le faisions depuis toujours. Nous nous sommes allongés l’un sur l’autre dans cette vieille barque, nos mouvements d’abord lents, puis rapides, puis l’immobilité. Cette fille suait autant que moi, et ça me plaisait. Son visage et son front, ses mains, sa bouche était brûlante contre la mienne, et un peu rance, aussi. J’aperçus une minuscule tache rouge à la naissance de son cuir chevelu, et une toute petite imperfection près de sa lèvre, mais rien de tout ça… ne m’importait.

—> les scènes de bagarre

Car oui, je suis une fille qui adore les mecs virils qui se battent comme des dieux, qui n’ont pas peur d’aller faire la justice eux-mêmes quand elle manque à l’appel. Ce mec là, il a bon fond, et il ne pleurniche pas quand il se fait fracasser en deux, il se relève et va voir sa douce, sa petite gueule démontée…

Ensuite, je tirai le flingue de mon froc et l’enfonçai dans sa gorge d’un geste brutal. Il se pétrifia. Il se pétrifia sur place et je le frappai violemment avec la crosse du .22 juste en dessous de son putain de menton. Il fut projeté en arrière contre l’avant de sa voiture, grogna, puis se hissa sur ses pieds. Je me jetai sur lui et le défonçai de nouveau à coups de crosse, plaquant son poignet contre le capot à l’aide de mon autre main, si fort que son couteau finit par tomber par terre. Il s’affala au sol, serrant les doigts pour endiguer le sang qui ruisselait de son menton, sans se départir de son rictus de dément.

—> La morale du roman

L’angle du roman, la rédemption plus que la réhabilitation, a été subtilement entrepris par l’auteur. La prison ne suffit généralement pas à effacer la culpabilité d’un crime que l’on n’a pas voulu commettre. Ici, Luce Lemay est foncièrement un homme bon, et il comprend vite que la prison n’a rien réglé du tout, que tout est infiniment plus compliqué.

« Doux Jésus, s’écria-t-il. Qu’est-il arrivé à cet homme?
_ Il s’est pris son passé en pleine gueule. »

Le signe astrologique du roman

Balance!
Car la balance représente la justice et le héros sort de prison. Sa planète est vénus, planète de l’amour… et Luce Lemay est plutôt romantique, aimerait mener une vie paisible si celle-ci le lui permettait.
Enfin, l’ombre de la balance représente les défauts du bélier, et quand Luce Lemay sort son ombre, il sort les poings…

Un mot sur l’auteur

Joe Meno, né en 1974, est l’auteur de sept romans, et plusieurs recueils de nouvelles, il vit à Chicago.
« Le blues de La Harpie » a été publié aux Etats-Unis en 2001sous le titre « How the hula girl sings », sous cette couverture, toute aussi étrange!

La beauté du diable

balance

Extraits choisis :

J’ai un secret. J’appartiens à un club. Il s’agit d’un très grand club, sans doute le plus important de Tokyo, de tout le japon, peut-être même du monde entier. Vous pourriez appeler mon club le club des passionnées de beauté. Et même si nos maisons sont vieilles et délabrées, si les murs empestent l’usure et la décrépitude, quand nous sortons après notre toilette matinale, nous sommes jeunes, fraiches et superbes. Et nos vêtements et notre maquillage sont impeccables.

Dans notre culture, une femme enceinte est une femme laide. Si vous ne pouvez pas cacher ce qu’un homme vous a fait, alors vous devez vous cacher.

Pour être une superwoman, vous devez créer en vous même un jardin secret, dans lequel vous jetez toute votre fange, votre lassitude, votre colère, votre haine pour votre famille et vos responsabilités, la routine immuable de votre vie. Dans le silence infini de la nuit, vous regardez pousser votre jardin du mal. Le jour, vous le piétinez et vous êtes une superwoman.

« – Ne sois pas ridicule, a dit Tomoko.Les vêtements représentent le seul vrai pouvoir que nous femmes détenons en ce monde. » Je comprenais exactement ce qu’elle voulait dire. dans ce vêtement, la Makkura ne pouvait pas m’atteindre.

Les enfants sont pour une femme des parcelles de son coeur placées dans des corps différents et rendues à la liberté. Ce n’est que lorsque ses enfants et elle sont réunis qu’une mère connaît la paix.

Pour moi, et toutes les femmes seront d’accord avec cette vérité, les vêtements appartiennent à celles qui les désirent, et c’est pour cela que les femmes doivent sans cesse retourner dans les magasins, car elles savent que les vêtements ne sont réellement beaux qu’avant d’être achetés.

Résumé du roman

Kayo, la narratrice, nous emmène dans l’intimité d’un Japon honteux, qui n’a plus réussi à respecter ses principes bouddhistes à partir du moment où les américains ont apporté « le bonheurisme ». Elle a connu une époque où la croissance économique au Japon était forte et où les grands magasins affluaient. Elle a connu la liberté et a obtenu une carte de crédit sans qu’on lui explique comment s’en servir. La jeune femme au foyer noyée dans sa solitude s’est alors trouvée une occupation secrète: acheter des vêtements de luxe. Au point que cela devienne sa raison de vivre, sa drogue, au point d’en oublier son découvert grandissant, d’oublier les dettes, sa famille, son honneur. Son mari va découvrir son compte bancaire et découvrir son secret. Il tentera de l’aider, de comprendre, il la fait voyager dans les jardins japonais pour tenter de trouver des réponses au mal qui la ronge. Leur amour et leur attachement respectif sont très intéressants. Ce livre nous interroge non seulement sur la société et le poids des apparences, mais aussi sur la naissance d’une addiction et l’éternel vide de l’existence.

Mon avis

J’ai adoré ce roman, j’ai ressenti le même voyage intérieur qu’avec l’excellent « Geisha ». Vous l’aurez compris, le roman n’a rien à voir avec « une accroc au shopping » mais déborde de profondeur. Je le recommande vivement!

Le signe astrologique de ce roman

Balance!

Ce signe apprécie l’esthétisme  et a le goût du luxe et des jolies choses. La balance prend très soin de son apparence, ceci est lié à sa planète, Vénus. En se mariant très tôt avec un mari dont elle n’était pas follement amoureuse, ce signe m’a fortement fait penser à la narratrice : en effet la balance peut passer toute sa vie aux côtés d’une personne sans que celle ci soit réellement la bonne mais a trop besoin de son harmonie pour s’aventurer à le quitter et risquer le clash. La balance est aussi le signe le plus enclin à l’endettement, et parvient toujours à les régler d’ailleurs, tout comme Kayo. Enfin, la balance n’est pas un signe « meneur » contrairement au bélier par exemple. Il est donc tout naturel que Kayo se place en « suiveuse » avec son amie Tomoko dès le lycée, puis qu’elle reste toujours en retrait dans les groupes d’amies qu’elle se constitue par le biais de la scolarité de ses enfants. Elle est influençable, comme beaucoup qui ont ce signe, et attend beaucoup du jugement de ses amies à son égard.

L’auteur

Radhika Jha, née à New Delhi en 1970, est une romancière indienne. Elle perd sa mère à trois ans, grandit à Bombay, et atterrit dans un pensionnat himalayen avant d’obtenir une bourse pour aller poursuivre ses études aux Etats-Unis. Puis, elle découvre la France, la Suisse – comme stagiaire à l’Onu – et rentre à Bombay. Où elle travaille pour la Fondation Rajiv-Gandhi. Aujourd’hui, elle vit à Dehli où elle travaille comme attachée culturelle de l’ambassade de France en Inde.
Elle est l’un des jeunes espoirs de la littérature indienne d’aujourd’hui. Elle se situe exactement au confluent de la littérature indienne traditionnelle et de la culture occidentale, à une époque où l’Inde est en train d’intégrer, à sa façon et à son rythme, une certaine modernité.

Sens dessus dessous

balance

Extraits choisis

Avant de connaitre la dame du dessous et le vieux monsieur du dessus, la vieillesse ne m’intéressait pas. Vieux, mes parents n’ont pas eu le temps de le devenir.

Je lui demande pourquoi Cagliari lui plait tant. « Parce qu’il y a la mer dedans, répond il sans hésiter. c’est la plus belle ville de toutes. »

La nuit m’effraie toujours autant. Je préfère dormir le jour, quand tout le monde est éveillé et vigilant. Car la nuit, tous s’en vont au pays des rêves et c’est à mon tour de veiller. J’aime le soir. Quand les lumières des cuisines s’allument et que personne ne songe encore à s’endormir.

je crois que si l’on veut qu’une personne nous reste antipathique, il nous faut absolument refuser de la connaître.

C’est certain, les hommes ont inventé les romans comme ils ont inventé Dieu, mais quelles inventions magnifiques n’est ce pas?

Je peux rester ici? Tous les rebords de fenêtre se valent, pour tambouriner une mélodie avec les doigts.

Auteur

Milena Agus est née en 1959 à Gênes d’une famille sarde est un auteur italien contemporain. Elle enseigne l’italien et l’histoire a Cagliari en Sardaigne. Son roman « Mal de pierres » l’a révélée et a été adapté au cinéma.

Résumé du roman

Alice est une étudiante orpheline qui observe et nous narre les histoires de ses voisins du dessus et du dessous dans un immeuble à Cagliari. Elle étudie les lettres et écrit des poèmes et des récits en prose. Les Johnson vivent au dessus et gagnent beaucoup d’argent; pourtant ils ne sont pas plus heureux que les voisines du dessous, Anna qui a raté sa vie et sa fille Natascha pleine de névroses. Cependant il règne une complicité et une sorte de fraternité qui unit tous les étages. Puis Anna va avoir une liaison avec Mr Johnson, et Alice l’observatrice regarde tout ça sans jamais juger.

Mon avis

Les liens qui se nouent et se dénouent dans ce petit roman ont tout du banal, mais l’auteur a le don de nous transporter le coeur sur des histoires réalistes. Sa prose est simple et efficace. On y aborde des sujets graves sur un ton détaché, comme le suicide ou le rejet de l’homosexualité. Je ne conseillerais pas ce roman aux personnes avides de récits complexes et de scénarios transcendants, mais à toutes les personnes qui aiment se laisser transporter par les jolis mots et les tranches de vie.

Le signe astrologique de ce roman

Balance… Pourquoi? Tout d’abord car la narratrice se situe entre les deux niveaux, celui du dessus et celui du dessous. De plus, parce qu’elle a un caractère doux, elle tempère sans cesse les humeurs de ses voisins, elle veut les réconcilier, elle contourne les problèmes de jalousie, d’héritage, elle se plie à toutes les exigences pour éviter les conflits. Et puis car elle est romantique! Elle rêve d’un grand amour même si l’exemple de ses parents n’est pas une réussite, il sommeille en elle une petite fille qui rêve toujours de son prince charmant! La balance, signe gouverné par Vénus, est un signe très romantique et sensuel, même si elle le cache parfois derrière un certain cynisme ou pessimisme.

Les mijaurées

balance

Auteur

Elsa Flageul : née en 1980, cette romancière passionnée de littérature a d’abord étudié le cinéma. « Les mijaurées » est son quatrième roman.
Résumé
Récit d’une amitié qui nait à l’école et qui ne cesse de se renouveler. Clara et Lucile se rencontrent dans le « collège élitiste » de leur quartier sans vraiment en faire partie. Elles y noueront une amitié voire une fraternité solide. Plus tard elles découvriront les étés en Suède, les garçons… Sans fréquenter le même lycée elles ne se perdront jamais de vue, vivront ensemble leur entrée dans la vie adulte. ET puis l’amour… en tombant amoureuses du même homme elles se feront du mal. Mais arriveront à surmonter. Plus tard, forte de leur succès professionnel respectif, elles retrouveront leur liesse, avant de rencontrer d’autres épreuves : la maladie, la maternité, les deuils… L’histoire d’une vie, ou plutôt de deux vies que l’on suit en parallèle.
On dit qu’un ami est une personne qui vous connaît bien et qui vous aime quand même. Si  l’amitié se reconnaît à la façon dont chacune se réjouit pour l’autre de leur bonheur et de leurs réussites, alors celle ci en est une vraie.
Mon avis
On ne peut que transposer et repenser à nos années collège, lycée, et à l’entrée si difficile dans la vie adulte. Il n’y a aucun cliché, il y a une vraie histoire d’amitié, de l’amour presque, une chance inouïe que partagent la brune et la blonde. Il semblerait au fil des pages que si l’amitié paraît plus difficile à conquérir, elle parvient plus aux concessions que l’amour, que les sentiments sont plus purs et plus sincères. Les deux amies surmontent les épreuves que la vie leur proposent, et on les envie…
Le signe astrologique de ce roman
Balance ! Tout se passe comme si les deux amies se tiennent chacune d’un côté d’une balance, l’équilibre de leur amitié étant totalement dépendant l’une de l’autre.
La balance, signe féminin, est dirigée par Vénus, planète de l’art, de la création, de la beauté…
La balance est aussi le signe du partage et de l’harmonie par excellence, elle est le signe qui permet de passer du « je » au « nous ».

Extraits choisis 

Je ne suis pas née dans les ors et les fastes d’une grande famille, n’ai pas été élevée par des parents mariés et ensemble, ni par des nurses anglaises et des bonnes en habit, pas été au catéchisme, même pas été baptisée, jamais pris l’avion, jamais été aux Bahamas, Seychelles, Etats Unis, jamais eu de baby-sitter, de jeunes filles au pair étrangères m’attendant à la sortie de l’école avec un goûter, de professeurs particuliers, de maisons de campagne avec piscine et armoiries au dessus de la cheminée, pas pris de leçon de tennis, équitation,water polo, danse classique, pas eu de grand mère qu’on appelle bonne-maman, de colliers de perles, de jupes plissées écossaises, d’argent de poche toutes les semaines, de week-ends à la mer en été, à la montagne en hiver. Rien de tout cela. Lucille non plus.

Nous sommes redevenues celles que nous avons toujours été. En apparence il n’y avait aucune différence, de l’intérieur pourtant quelque chose s’était déplacé. Nous avions vu si loin l’une en l’autre, si loin et si profond que j’ai pensé que plus rien désormais ne pourrait nous séparer : nous savions de quoi nous étions faites, de quoi nous étions capables, nous nous connaissions sous notre pire jour, celui que seuls les amants qui se déchirent connaissent. Rien n’était effacé, nous gardions en nous une blessure, une balafre même mais qui ne faisait plus mal. Malgré tout cela, nous nous aimions toujours, avec la tranquillité un peu usée de ceux, qui, un jour, ne se sont plus aimés. Je ne savais pas si c’était un miracle, une folie ou une aberration mais c’était pourtant un fait: nous nous aimions toujours, avec plus de force peut-être qu’auparavant.