Juliette à Saint-Tropez

Si un jour j’ai un petit-fils, j’aimerais qu’il soit Valentin Spitz ! Quel hommage sublime à celle qui fut autant admirée que critiquée ! En la racontant, l’auteur délivre sa famille.

Lisez Juliette à Saint-Tropez, maintenant ou cet été, c’est  un grand coup de coeur.

Juliette s’appelle Nicole. Elle a changé de mari, de ville et de couleur de cheveux. Juliette a créé des entreprises, eu cinq enfants, deux époux, conduisait une Ferrari, se levait avant l’aube pour promener ses chiens puis dirigeait le monde.

Juliette était une femme superbe, Juliette vivait comme un homme car elle n’avait pas le choix.

C’est son petit-fils Lucas, sorte double de l’auteur, qui la raconte dans un récit mêlant les années 50 aux années 2000. D’une plume moderne et sincère, il entreprend de résoudre l’énigme familiale, l’absence d’hommes et de communication dans la famille. 

« Je ne sais pas si cette femme-là a été heureuse. Moi, cette femme-là, je ne l’ai pas connue. Je n’ai connu qu’elle. »

A travers une série de rencontres, il enregistre et questionne sa grand-mère. Mais mamie, mon grand-père Georges, qu’est-il devenu ? Oh, aucun intérêt celui-ci, balaie-t-elle. Le narrateur commence alors une enquête parallèle, retrouver l’homme disparu, la figure masculine, pour peut-être conjurer le sort. Se mêle à cette enquête des récits sur sa propre vie d’écrivain ainsi que des témoignages de sa mère et de ses tantes. Pour comprendre, mais déjà pour savoir.

En fait, c’est toute la relation de Nicole avec les hommes qui était catastrophique, entre son propre père décédé d’une attaque lorsqu’elle était petite, ses deux maris violents ou pervers, les petits amis de sa fille qu’elle prend pour amants… sans parler de son petit dernier, le divin enfant, l’enfant-roi, adoré et couvé.

En refermant le livre, on ne sait plus quoi penser : soit les hommes sont tous les mêmes, soit Nicole les a choisis pour leurs névroses, soit elles les a rendus fous !

Ce récit livre une réflexion très intéressante sur l’écriture : quelles sont les difficultés d’écrire sur soi, sur la famille ? Qu’est-ce qu’être un écrivain aujourd’hui ? Quel avenir pour la littérature française ? Pour en parler, le narrateur dresse le portrait d’une éditrice féroce mais aimante, gourou et maternelle à la fois, une sorte de double caricatural de Nicole dans sa façon de gouverner et ses chiwawas étant à chaque fois plus nombreux, comme les enfants que Nicole a eus, sorte de contre-transfert du psychanalyste-écrivain vers son éditrice… Sans doute une façon de la remercier !!

Cependant le narrateur tient avant tout la place du poète. 

Tout se passe comme si le petit-fils spectateur relatait docilement les faits racontés par sa grand-mère jusqu’à ce que celle-ci disparaisse : alors l’écrivain arrache la plume du petit-fils et part en vrille, libéré, mêlant fiction futuriste à l’autofiction initiale, semant le trouble chez le lecteur. Dans la dernière partie du roman, j’ai retrouvé l’ambiance névrotique de son premier roman « Et toujours ce sera l’été » absente jusqu’à alors.

De fait, l’écrivain ne veut pas lâcher sa grand-mère disparue, il ne peut mettre le point final à son récit : ce serait abandonner sa famille et son enquête. Il ne veut pas renoncer et il a sans doute raison, car Juliette est éternelle.

Sublime portrait d’une époque exaltante mais compliquée pour les femmes. N’était pas Bardot qui voulait, et pour revendiquer son féminisme et obtenir un compte courant à la banque, il fallait non seulement être belle mais rusée.

Le signe astrologique du roman

Bélier ! 

Nicole/Juliette incarne merveilleusement bien le premier signe de feu du Zodiaque. Fougueuse, conquérante et « virile » (signe dirigé par Mars), cette femme aime répéter qu’elle n’est jamais fatiguée. J’ai relevé cette façon qu’elle a d’aimer les matins, l’aube, lorsqu’elle dit à son petit-fils « Mais enfin, comment peut-on être déprimé le matin, il y a tout à faire le matin, tout à conquérir! ». Dans le zodiaque, l’aube est ainsi représentée par le bélier puisqu’il est le premier signe.

D’autre part, la curiosité et la facilité de diriger sont les qualités inhérentes au bélier, vouloir aller toujours plus loin, s’épanouir dans des repas d’affaires, Nicole s’est vite rendue compte « être faite pour cela ».

Dans son rapport aux hommes, la femme bélier a de grandes difficultés, puisqu’elle doit trouver quelqu’un de plus « fort » et plus « masculin » qu’elle, au risque que leurs rapports deviennent conflictuels et compétitifs… Elle doit donc inverser la tendance, et trouver des hommes complémentaires, doux, féminins… et possédant alors une tendance à l’alcoolisme et à la luxure… (je serais curieuse de connaitre les signes astros de Georges et de Jacques! ) 

L’auteur

f-52ThKv.jpg

Valentin Spitz est écrivain et psychanalyste. Il est l’auteur de « Et pour toujours ce sera l’été » et deux biographies politiques.

Citations du roman

Elle n’en peut plus. C’est si lourd. Si violent. La liberté.

Les hommes fuient, c’est là leur nature profonde. Et il n’y a rien de pire que ce que l’on ne pourra jamais savoir.

Libérée des hommes, elle a parfois le sentiment étrange d’être devenue sa propre prisonnière.

La première chose à faire quand on est écrivain, c’est de comprendre ce que sont l’amour et la mort.

Les garçons de l’été

Aujourd’hui 5 avril, c’est la sortie de nombreux romans, c’est aussi celle des garçons de l’été… Par chance, mes filles sont encore trop petites pour les rencontrer. Mais lorsqu’elles auront vingt ans, je leur dirai de se méfier de ces deux jeunes hommes, là bas sur la plage, beaux comme des princes et qui surfent comme des Dieux.

Si moi-même j’enfante un jour de deux garçons comme Thadée et Zachée, si grands, si blonds, si charismatiques, peut-être deviendrai-je cette maman supérieure, à l’image de Mylène, de celles qui se sentent sur-puissantes car entourée de mâles parfaits. 

Mon mari sera fier mais malgré lui un peu jaloux. Après leur naissance, il attendra de retrouver un peu de mon admiration à son égard, vainement car mon attention sera tournée totalement vers mes fils. Alors il trouvera une maîtresse plus chaleureuse et sa virilité comblée le déculpabilisera, il se persuadera que l’adultère équilibre sa vie et sauve notre famille. Je ne verrai rien, je passerai mon temps à emmener mes fils partout et leur confectionner des plats savoureux. Moi je ne mangerai rien, car la génitrice de mâles se doit d’avoir un corps impeccable. Il me semblera avoir le contrôle de tout.

Mes fils grandiront et deviendront de sublimes jeunes hommes, nous habiterons Biarritz et ils découvriront le surf à dix ans. Malgré moi je laisserai la compétition s’installer entre eux, car avec son père nous voudrons les pousser vers le haut, nous les penserons complices et inséparables.

Leurs cheveux seront blondis par le sel, et leur peau constamment hâlée. Malgré la peur de l’accident je les autoriserai à prendre leur planche et partir à La Réunion.

Pétrie d’amour, je penserai que l’éducation que je leur donne est la meilleure, je ne devinerai pas à quel point ma vanité maternelle est un poison que j’instille dans les veines de Thadée. Oui, j’aurai un fils préféré, il aura toujours été tellement beau. Zachée n’est pas jaloux, il est plus simple, sa petite amie moins sophistiquée que Jasmine, celle de son frère. 

Débordant de fierté, j’irai même à en oublier ma petite dernière, Ysé. Non non elle ne s’ennuiera pas, elle sera une enfant lunaire vivant dans son monde, elle dessinera toute la journée et collectionnera les carapaces de scarabées et les peaux de lézards.

Et puis un jour, je recevrai un coup de téléphone de Zach. Làs-bas, à La Réunion, un de mes fils se sera fait attaquer par un requin.

Cet épisode révèlera les fêlures de notre famille, comme le grain de sable manquant à son rouage : mon mari transposera sur sa culpabilité adultérine, mon fils amputé ne supportera plus la vie, il enviera son frère entier, son frère sans prothèse et sans moignon, son frère toujours sur la vague. L’ambiance à la maison sombrera, le drame surviendra et je deviendrai folle.

Mon avis 

Les garçons de l’été est un roman polyphonique envoûtant, chaque membre de la famille apporte un regard aiguisé sur sa place dans la fratrie. Surf, handicap, trahisons, les sujets abondent et s’imbriquent avec brio. 

Ce thriller psychologique moderne revisite les premiers chapitres bibliques, jette le trouble sur Abel et Caïn et emmêle nos certitudes. Si le regard de la petite soeur, Ysé, s’apparente au modérateur de l’histoire, de morale ici il n’en est pas question, rien ne semble pouvoir sauver la famille de ses péchés capitaux, bien plus dangereux que les requins de l’île de la Réunion.

Le signe astrologique du roman

Bélier… pour un natif dont la planète maîtresse (MARS) serait prédominante dans le thème : Mars est la planète rouge, l’impulsion, la force primitive, son action entraîne parfois la cruauté ou une agressivité déchaînée. 

Le bélier est le premier signe de feu du zodiaque, et se caractérise par des accès de colère injustifiés et un égo très fort… Chaque membre de la famille (mis à part Zachée peut être) répond à cet égocentrisme.

De plus, Bélier et mars symbolisent l’homme, la virilité, les garçons de l’été…

Le Booktrailer génial de Folio

Découvrez vite le teaser exceptionnel réalisé par Folio pour la sortie de ce livre !!

 

Extrait choisi

Elle privilégie toujours la trajectoire sur la manoeuvre : elle ne perd jamais le fil de la vague, elle l’épouse, elle se fond dans sa masse mouvante, elle en anticipe les remous, elle en pressent le déferlement. Thad est bon, Jéré encore meilleur, mais il leur arrive de renvoyer quelque chose d’agressif, comme s’ils voulaient déchirer les vagues à coups de rollers, de floaters, et de replaquages nerveux. Cindy dégage tout autre chose, et finalement, ce qu’elle aime, c’est le surf à l’ancienne : marcher sur son longboard, se mettre en hangten, hop, orteils dépassant du nose le temps d’une seconde suspendue, avant d’arriver au shore-break dans un crépitement d’écume.

L’auteur

Son vrai nom n’est pas Rebecca Lighieri, mais Emmanuelle Bayamack-Tam. Elle a auparavant signé « Si tout n’a pas péri avec mon innocence ».

rebecca-lighieri_5845363

L’Archipel du chien

L’archipel du chien est ici, chez nous, chez vous, partout. Ce lieu imaginaire pourrait être une île de Méditerranée, ou bien l’Europe toute entière. En son coeur un volcan, dont les secousses rythment le roman, tel un avertissement. Ses habitants sont des amas de solitudes ou des institutions indétrônables : une vieille, quelques pêcheurs, un docteur, un curé, un instituteur, quelques enfants, un commissaire. Lever du rideau.

Un matin, au début du roman, trois hommes sont retrouvés morts sur le rivage. Plutôt que de mener l’enquête, le maire de l’archipel décide de les cacher, hors de question que son île ait mauvaise réputation, il souhaite y construire un centre thermal. Il défend aux quelques témoins d’en parler, même le curé est dans la confidence. Seul l’instituteur se révolte et entreprend des voyages, pour tenter de comprendre d’où venaient ces trois corps. Quelques jours plus tard, un commissaire alcoolique viendra enquêter et sonner le glas. Chacun des personnages semble avoir une bonne raison d’agir comme il le fait, pourtant chaque comportement est empreint d’une lourde lâcheté.

Jusqu’où un homme peut-il fermer les yeux ? 

Ce nouveau roman de Philippe Claudel reprend le fil rouge de son oeuvre : La migration d’individus, leur reconstruction et leur perte, et puis le déracinement.

Si le dernier recueil de l’an passé, Inhumaines, faisait grincer des dents par son humour archi caustique, L’archipel du chien dénonce mais ne fait plus rire. On est passé au cran supérieur. Non, on ne peut plus rire des hommes que l’on retrouve échoués sur une plage. Non, on ne peut plus rire de la police et de la politique corrompues, on ne peut plus rire des hommes indifférents qui se nourrissent des faits divers ni de ceux qui seront punis pour avoir dénoncé les coupables.

Le message du roman

« La vie n’est qu’une addition terrestre de moments heureux et amers qui, au final, quoiqu’on fasse, compose un bilan nul. »

Très noir et très pessimiste, le message final du roman. Tout le monde ment, aux autres et à soi-même, les hommes disparaissent, les hommes s’ennuient, les hommes sont comme une meute assoiffée de haine et de ressentiment.

« Ovide a écrit que le temps détruit le choses, mais il s’est trompé. Seuls les hommes détruisent les choses, et détruisent les hommes, et détruisent le monde des hommes.Le temps les regarde faire et défaire. Il coule indifférent, comme la lave a coulé du cratère du Brau un soir de mars, pour napper de noir l’île et en chasser les derniers vivants. »

Le signe astrologique du roman

Bélier ! Un signe de feu pour cette ambiance volcanique, où la terre gronde et les hommes tuent ! Bélier, signe dirigé par Mars, planète des hommes et de la guerre ! Mars est symbole de chaos, d’énergie et d’impulsivité, comme en témoigne l’extrait ci-dessous, dicté par le commissaire de police alcoolique :

« Donnez du feu, du fer et un marteau à un homme, il va en deux temps trois mouvements forger une chaine pour attacher un autre homme qui lui ressemble comme un frère et le tenir en laisse, ou une pointe de lance pour le tuer, plutôt que fabriquer une roue ou un instrument de musique. La roue et la trompette, ça arrive bien plus tard, beaucoup plus tard après la chaîne et la pointe de lance, entre-temps on s’est déjà beaucoup massacré. »

Extraits du romans

« Mais qui s’intéresse à la vérité, monsieur l’Instituteur? Tout le monde s’en fiche, de la vérité ! (…) Vous avez déjà essayé de reprendre un os à un chien qui est occupé à le ronger avec délice ? »

« Qu’est-ce que la honte, et combien la ressentirent? Est-ce la honte qui rattache les hommes à l’humanité ?Ou ne fait-elle que souligner qu’ils s’en sont irréversiblement éloignés ? »

Chambre simple

« Son mal couvait-il déjà pendant nos vacances, nos nuits et nos batailles ? Je n’ai pas voulu y penser et le voilà allongé dans une chambre simple. »

La crise d’épilepsie de Julien aurait pu lui être fatale. Il se réveille dans cette chambre d’hôpital le cerveau endolori, les souvenirs embués. Heureusement il y a Roman, son amour, tout près de lui chaque jour, le temps de la guérison. Pour éviter toute nouvelle crise, Julien doit rester allongé, horizontal et immobile, observer impuissant les jours et sa vie défiler, Roman à ses côtés.
Il semblerait que ce nouveau décor ne soit pas celui de leur première idylle. Petit à petit, Julien reconstitue le puzzle de leur relation avant la crise. Quelle terrible décision avait-il prise ?
Dans ce roman aux multiples narrations, où l’histoire d’amour d’un couple tend à se rejouer, aides-soignants et malades, les témoins fixes de ces murs blancs et de ces néons blafards, assistent impuissants aux combats de ses habitants provisoires.

L’amour peut-il subsister face à la maladie et à l’urgence de vivre ?

« Pour ressusciter notre amour il faudrait lui faire respirer un air plus frais, marcher dans les rues, prendre un avion, retourner à Athènes seuls au monde dans la maison tout en étages de Dora, boire du vin blanc glacé sur la terrasse, couper des arbres en Auvergne jusqu’à l’épuisement ou trouver une crique et baiser face à la mer en plein soleil, se lire des livres à voix haute enfoncés dans les herbes plus grandes que nous, dormir sous le pollen, filmer ce qui est beau tout autour de nos visages, juste ça. Il nous faudrait un vent sarde, une euphorie des retrouvailles et des plis chauds dans nos cous. »

Mon avis

Ce roman sensible est extrêmement poignant par ses deux thématiques : une maladie chronique et la fin d’un amour entre deux hommes.

Il interroge le lecteur sur le rapport temps/maladie « Que peut-on avoir de si urgent à faire quand on est en bonne santé ? » ainsi que sur le rapport amour/temps/maladie : ne pas avoir le temps d’aimer sereinement : la maladie apporte l’urgence d’aimer, de ressentir, de désirer. Dans ce rapport au temps les personnages annexes sont comme des marqueurs fixes permettant de situer chronologiquement deux personnages désorientés.

Friande d’histoires d’amours impossibles, j’ai été servie avec ce beau roman à la plume mélodieuse. En revanche, lire à propos de l’épilepsie était pour moi tout à fait inédit. J’ignorais totalement que ses victimes étaient hospitalisées si longtemps, le rapport à la mort est omniprésent et m’a beaucoup troublée, très peu d’optimisme dans ce roman sur l’issue de cette maladie, dont le pronostic semble plus létal que ce que j’en connaissais. L’auteur parvient pourtant avec poésie à décrire la maladie et ses symptômes, en témoigne l’extrait ci-dessous :

« Le premier signe est un vacillement léger et euphorisant. Comme un shot d’alcool blanc avalé à jeûn ou une grosse taffe d’herbe au réveil. Tout monte a la tête en ondes chaudes qui tendent les unes vers les autres et se superposent. L’étourdissement est presque agréable, la nano-seconde de la perte de soi. Des poussées électriques dans le cerveau, des implosion acides, des feux d’artifice qui chatouillent l’intérieur de la boîte crânienne. C’est étonnant. Un peu effrayant. La première fois que ça arrive, la première fois que tu sens le volume de ton propre cerveau, c’est déstabilisant, excitant, redoutable. Tu découvres que tu es capable de faire exploser cette myriade d’orties, cette centrale brûlante, ce petit mot lieu-dit, ces montées en vagues de mimosas et de nitrites. »

Le signe astrologique du roman

Si ce roman était un signe du zodiaque, il serait bélier !
Julien et Roman, les deux protagonistes du roman, par leur énergie et leur impulsivité évoquent le premier signe de feu du zodiaque, le bélier, le feu jaillissant, Feu-Follet. Le bélier aime par dessus tout le bruit, l’excitation, le danger, le sexe. Ce roman est extrêmement électrique, on ressent de l’énergie magnétique partout entre les lignes, une certaine impatience aussi, le bélier ne tient pas en place, il étouffe, il veut tout voir, tout savoir, tout connaître, il veut brûler la vie, rien ne le déprime plus que de rester enfermé, malade, dans un hôpital, alors que le monde entier l’attend dehors. Le bélier n’est pas réputé non plus pour être le signe le plus fidèle du zodiaque, une curiosité candide dépasse souvent principes et idéaux.
Le bélier est représenté par Mars : planète brûlante associée à l’énergie, la virilité, l’impatience ou encore la sexualité masculine (les hommes viennent de mars et les femmes de Vénus dit-on…)
Les natifs ayant un Mars dominant ou un excès de feu dans leur thème ne sont parfois plus maîtres d’eux-mêmes, leurs nerfs lâchent et ils perdent totalement le contrôle, exactement comme peut l’illustrer une crise d’épilepsie, d’où le rapport établi très vite avec ce signe.
Mais au fond, le bélier est un romantique, est c’est bien le parfum d’amour et d’eau fraîche qui se dégage de ce petit bijou de roman, sincère et sensible.

L’auteur : Jérôme Lambert

Né à Nantes en 1975 Jérôme Lambert vit aujourd’hui à Paris où il travaille dans l’édition. Il a publié deux romans adulte La Mémoire neuve (2003) et Finn Prescott (2007) aux éditions de l’Olivier et a écrit une dizaine de romans et albums pour la jeunesse, principalement à L’École des loisirs.

Le jour d’avant

« Je voulais respirer un ciel sans charbon, un horizon sans terril. Je voulais que cessent les bruits du jour d’avant. »

Le jour d’avant, c’est la veille de la catastrophe minière de Liévin où 42 hommes sont morts.
Le jour d’après, et tous ceux qui ont suivi, Michel a cessé de vivre, ou alors il n’a vécu que dans les souvenirs de son frère et de son père défunts.

Quarante ans plus tard, un troisième deuil le frappe, celui de sa femme, celle pour qui la vie avait eu un semblant d’attrait, pour qui il voulait bien mettre ses démons de côté.

N’ayant plus rien à perdre, il reprend l’enquête là où il l’avait laissée, en 1974. Devenu parisien, il renoue avec sa région et le vocable d’antan. «Les gueules noires », « le grisou», « les galibots », « descendre au fond », ces mots sont ceux de générations entières nées et mortes autour des bassins miniers. Les accidents et la silicose qu’entraînaient le travail à la mine en faisaient tout autant la fierté de ses travailleurs.
La catastrophe n’a jamais été jugée, et si quelques hommes politiques en ont fait des discours, Michel prétend connaître le coupable, l’assassin de son frère.

Un procès va alors commencer, mais lequel au juste ? Celui des victimes ? Celui des responsables de la sécurité d’alors ? Celui de Michel qui semble réparer quelque chose ?

Avec une totale maîtrise des corons et de la Cour d’assise, Sorj Chalandon offre un roman riche, émouvant, documenté, haletant. Difficile de ne pas s’incliner devant ce livre talentueux, intéressant, psychologique et parfaitement rythmé. Je le remercie volontiers car des corons je ne connaissais que la chanson de Pierre Bachelet, et sans un roman aussi bien écrit j’aurais sans doute passé ma vie à ignorer l’histoire des bassins miniers du Pas-de-Calais. Un livre que je recommande à tous, et qui plaira aux hommes.

Le signe astrologique du roman

Bélier ! Un signe de feu assurément pour ce roman où le grisou frappe sans prévenir.

Le bélier symbolise l’action, par Mars, le dynamisme, la force, le courage ! Joseph, le frère du narrateur, viril, sûr de soi, drôle et bon vivant m’a immédiatement fait penser à ce signe. Car fier de sa région, de son métier, malgré la difficulté de la tâche, prompt à se lever à 4h30 du main et défier la nature.

Un autre personnage du roman, l’avocat général, dont le discours m’a totalement subjuguée, (certainement un de mes passages préférés du roman),  m’a également fait penser à ce signe, impulsif, flamboyant, charismatique, le feu qui rayonne, qui envoie, qui assassine aussi, sans pitié…

Extraits

« Lorsqu’il remonte au jour, le mineur n’est qu’un survivant. Même s’il est décrassé, il rapporte le charbon en surface. Il lui en reste dans les cheveux, dans le nez, au coin des yeux, entre les dents. La mine a pris la place de l’air dans ses poumons. Le mineur n’est pas mort, non. Mais il sait que la mort l’attend. »

« Si on fait trop de sécurité, on ne fait pas de rendement. »

 

minier

Ce livre est un superbe hommage aux gueules noires…