Tous les hommes désirent naturellement savoir

« Je répare par les mots mes nuits à chercher ce que je ne trouve pas, l’amour et le souvenir de la beauté —les femmes allongées sur les rochers, les voix de ma mère et de ma soeur m’appelant depuis le sixième étage de la Résidence à Alger. »

Dans la catégorie des romans qui me plaisent et m’émeuvent, il y a ceux sur la recherche identitaire, les romans initiatiques, ceux qui dévoilent la belle âme d’un écrivain. 

J’ai refermé ce roman très émue mais aussi très perplexe devant mon écran, comment  chroniquer un roman comme celui-là ? 

Message à ma chère Hadia, elle aussi marquée récemment par la lecture de ce texte. Réponse immédiate :  « Moi je commencerais par la violence muette, celle qu’on n’exprime pas dans la vie réelle, à l’image de sa mère qui se fait agresser et qui rentre meurtrie sans rien dire… Et puis la violence du déracinement… En fait ce livre est très beau parce que la violence est racontée avec délicatesse ».

(Voilà comment je force des écrivains à devenir des chroniqueurs et à bosser pour moi.)

Vous l’avez deviné, entre mélancolie suggestive et violence muette, quel beau roman que celui-ci, dans lequel Nina Bouraoui renoue avec l’exil et son enfance, pour mieux comprendre son identité sexuelle, les femmes.

« J’ai juste peur des hommes la nuit » écrit-elle. Quel rôle ont joué les femmes de sa vie au cours de la sienne ? Une mère d’origine bretonne, tombée amoureuse d’un algérien ayant contourné l’opprobre familiale pour aller vivre à Alger. Une soeur à ses côtés, qui a parfois joué le rôle d’une mère. Puis toutes les femmes qu’elle rencontrera le soir, « au Kat », lieu d’émancipation et de ses premières rencontres.

À travers un récit fragmenté de courts chapitres où elle sait, se souvient et devient, elle part à la recherche de sensations, de réminiscences fondatrices.

L’écriture, musicale, toujours en fil rouge, pour l’aider, la guider. Mais attention, quand certains écrivent pour se libérer, Nina Bouraoui soutient que non, « L’écriture n’apaise pas, c’est le feu sur le feu. »

Le signe astrologique du roman

Cancer.

Difficile de mettre un autre signe que celui de l’auteure pour ce roman très auto-fictionnel. Si pour Beaux Rivages j’avais trouvé un récit très aquatique et dominé par l’élement eau, l’eau revient ici sous le signe du cancer, un natif très tourné vers son inconscient et ses ressentis intérieurs, protégés par sa fameuse carapace. Pudique et discret, c’est souvent dans l’intimité (ou par l’écriture) qu’il se livre vraiment.

 

Sujet inconnu

« Quel est le sujet de ce roman ?

— Inconnu. »

Et tant pis si la réponse ne vous satisfait pas.

Loulou Robert n’a rien perdu de sa force et de son impétuosité. Au contraire. Elle a gonflé à bloc sa cage thoracique pour nous souffler ce roman percutant. Vous aurez beau chercher, traquer, elle est toujours aussi jeune et toujours aussi neuve, même au bout du troisième roman. Ce texte est bluffant, toutes ses phrases sont des ciseaux qui découpent vos certitudes. Cette auteure charismatique vous embarque, et son talent est tel qu’il semblerait que n’importe quel sujet, connu ou inconnu, ferait l’affaire.

Lorsque le récit débute, la narratrice a 18 ans. Elle n’a pas de prénom, mais une petite peluche prénommée Sam. Sam est mort quelque part pendant son enfance, et renaîtra lorsque sa propriétaire aura trouvé ce qu’elle cherche.

Elle habite dans le Grand Est avec ses parents, une petite commune au nom qui finit par -ange. Elle s’y ennuie mortellement et ses parents ne s’entendent pas. Très vite, elle accomplit le voeu de sa mère, aller étudier à Paris, devenir quelqu’un d’extraordinaire. Elle ère de fac en fac, de filière en filière, elle découvre la solitude, puis rencontre un ami, et enfin l’amour… Mais est-ce vraiment l’amour cet homme-là, ou plutôt un piège auquel se frotter, une muse qui s’ignore ? 

Leur rencontre coïncide avec le diagnostic du cancer de sa mère. Cet homme est la solution. Celui qui va lui permettre de tenir, de combattre, de trouver de l’énergie pour la donner à sa mère ; entre elles deux, la relation est fusionnelle, le lien très étroit. Mais très vite, l’amour devient exclusif, possessif. Et l’écriture obligatoire. 

Tu ne me rendras pas heureuse mon amour, tu vas faire de moi un être extraordinaire.

Une dissection très moderne de la passion, traitée avec une belle intensité dramatique.

Le signe astrologique du roman

Cancer !

Pour le cocon protecteur, fil rouge du roman. Le cancer représente la maternité, le foyer. 

Un cocon de bonheur recherché, celui du lien mère-fille, de la maison familiale comme refuge, le cocon de l’appartement de Lucien, cet ami qui habite dans le passé (les personnes cancer sont souvent des êtres très lunaires et nostalgiques), et surtout le cocon de l’amour exclusif qui ne souffre aucune intrusion, aucune ouverture à un tiers. Le cancer pourrait passer une vie sous sa carapace, cette protection inconsciente de ses émotions, le bouclier de ses névroses.

Le cancer est un être délicat et discret, mais très ambitieux, comme la narratrice.

D’autre part, en astrologie médicale, le cancer se rapporte aux seins. Le cancer du sein de la mère de la narratrice, mais aussi l’adoration que porte son amant à sa poitrine, renforce le signe cancer du roman.

Le lambeau

Le chef d’oeuvre est écrit avant le premier mot. Trois années à penser et ressentir l’ont précédé. Cinq cent pages autour desquelles nous percevons l’écho de la lente et profonde inspiration que Philippe Lançon a prise avant d’entamer le récit. Voilà comment naît un chef d’oeuvre : d’un souffle.

Ce roman est le récit de la reconstruction mentale et physique de ce journaliste blessé le 7 janvier 2015 à Charlie Hebdo. Il vient couper court à tout ce qui a été dit avant, pendant et après. Peu importent les livres et les hommes qui ont pressenti l’évènement, les commémorations et les honneurs, ce récit rassemble tout ce qui n’a pas été dit ou vu. De la haine contre les terroristes, vous n’en lirez pas. Ce livre a stupéfait ses premiers lecteurs par son absence totale de colère. Il n’y a pas de joie non plus, pas de projet de vengeance, rien de tout cela : une victime n’a de la force que pour sa propre réparation. 

Réparation grâce aux proches, à la musique, aux souvenirs et la littérature bien sûr. Kafka, Proust, Shakespeare. Ce récit est le journal sincère d’un homme incapable de juger ou de haïr, là où toute son énergie est dévolue à la cicatrisation partielle de son être et de son âme.

Ce jour-là, son dernier propos avec Charb concerne le dernier livre de Houellebecq, Soumission. Une petite blague, une périphrase s’interrompent brutalement sous le bruit des coups de feu. Des cris, un garde du corps qui dégaine, puis les « jambes noires » des tueurs dans la pièce… Une scène tellement rapide qu’elle donne l’impression d’avoir été vécue au ralenti. Faisant semblant d’être mort, allongé face à la cervelle de Bernard Maris décédé, Philippe Lançon aperçoit dans le reflet de son téléphone le trou qui lui fait désormais office de menton et de mâchoire. Après dix-sept passages au bloc, il se surnommera l’homme-lambeau. 

De la Salpêtrière aux Invalides, constamment sous surveillance rapprochée, neuf mois d’opérations et de rééducation vont jalonner son existence, mettre en péril son couple. Ecrire sur une ardoise, attendre sur des brancards, s’alimenter par sonde gastrique, s’endormir grâce aux somnifères, devenir dépendant des soignants et accroc de sa chirurgienne, écrire avec trois doigts le menton qui fuit et la bouche qui coule, tendre son front pour se faire embrasser. Se repasser le film de ce qui a été, de ce qui aurait pu se produire si. Se focaliser sur des détails, sur son téléphone portable perdu le jour des attentats, son vélo abandonné dans la rue, son billet d’avion à annuler. Se créer des obsessions pour déplacer la sidération. Refaire le film de la veille, de l’avant-veille, de tout ce qui a contribué à ce qu’il se trouve dans cette pièce, à ce moment-là, un livre à défendre, un album de jazz à montrer. Jouer avec le conditionnel du destin.

Gueule-cassée, miraculé, mutilé. Le corps passe avant l’esprit. Survivre de ses blessures est devenu la priorité numéro une de Philippe Lançon. Quelques mois après l’attentat, il n’a rien à penser de l’Islam et du gouvernement : incapable de parler, de boire et de s’alimenter, l’homme a déserté le journaliste, il fuit les médias, la sur-information.

Extrêmement seul bien qu’entouré de son frère, ses parents, sa petite amie, ses amis, l’homme-lambeau est comme désolidarisé de l’événement dont il est issu. Lorsque les frères Kouachi sont tués, son frère bondit gaiement dans sa chambre d’hôpital pour lui annoncer, « Ils sont morts ces connards! » Philippe a alors un mouvement de recul : il n’y a plus de place en lui, ni dans sa chambre, pour la violence.

Après le temps de la chirurgie vient le temps de l’indépendance : la réhabilitation sociale est vécue comme une épreuve hautement difficile, parce qu’il n’est plus protégé ni réconforté comme au début, il ne bénéficie plus de l’aura initiale là où il en a le plus besoin, il lui faut réapprendre à vivre et se débrouiller seul, se déplacer sans protection policière, ne pas avoir peur dans le métro et reprendre ses projets.

Pourquoi faut-il lire ce livre ?

La plupart des avis sont unanimes : il faut lire ce livre. Bien sûr, c’est un petit pavé, et l’on ne peut garantir de passer « un bon moment » tant les sujets abordés sont graves. Toutefois, il fait désormais —hélàs !— partie de notre histoire, il est un pan de l’Histoire-même, ce premier attentat islamiste en France a malheureusement marqué un tournant sociologique. Depuis nous vivons dans la crainte, même si nous continuons à vivre. C’est le témoignage d’un homme au coeur du désastre, et sa reconstruction est la nôtre. Son histoire conceptualise la blessure collective, nous devons en prendre connaissance, c’est un livre sublime et nécessaire. C’est une oeuvre unique, au souffle puissant ; l’esthétique remplace l’horreur grâce à l’Art et la littérature placés autour de la guérison.

Merci aux éditions Gallimard pour cette lecture.

Le symbolisme buccal

Ce roman a souvent résonné en moi de façon un peu particulière, de par mon métier de dentiste. Le titre « le lambeau » correspond à un terme très utilisé en chirurgie buccale —lambeau  gingival, lambeau d’accès— rejoignant le domaine de la stomatologie et de la chirurgie maxillo-faciale, service où a été soigné Philippe Lançon.

Le sujet de ma thèse était « l’abord psychologique du patient au cabinet dentaire », la bouche est non seulement le carrefour des sens et des fonctions vitales (manger, parler, respirer) mais aussi un lieu érotique, un endroit intime. Etre mutilé à cet endroit atteint de plein fouet notre intégrité psychique, virilité pour un homme, et par là notre humanité.  Philippe Lançon semble avoir été dépourvu soudainement de ses larmes ou d’une quelconque révolte. Plus de désir, tout s’est envolé le jour où on son visage s’est fait détruire.

Lorsque Philippe Lançon raconte que des poils lui poussent à l’intérieur de la bouche, —on lui a greffé une partie de jambe, le péroné, pour reconstituer le menton et une partie de la lèvre— on ne peut que s’interroger sur la façon de tolérer psychologiquement un tel transfert de ses propres organes ! Combien de temps faut-il au corps et à l’esprit pour accepter et tolérer ce nouveau visage ?

Un autre phénomène buccal incroyable est décrit dans le roman : le lambeau greffé subit quelques échecs à cause d’un « oriostome » : un oriostome est un petit canal étroit, une communication entre l’intérieur et l’extérieur de la bouche. Dans son cas, cet oriostome s’est formé naturellement pour reproduire le parcours de la balle tirée, le corps ayant cru devoir maintenir cet orifice…

Le signe astrologique du roman

Cancer, un signe d’eau (vulnérabilité, sensibilité et douceur), féminin (l’Art, l’inconscient, la rétrospection) et symbole de protection pour ce roman dont la quasi-totalité se déroule dans un hôpital. La personne cancer, par réflexe d’auto-défense, se recroqueville sur lui-même, protégé par sa carapace qu’il s’est lui-même construit : ici, ce sont les mots, les livres et ses proches. Le cancer est souvent désigné pour traduire l’insécurité personnelle : c’est l’état dans lequel a été plongé l’auteur à cause de l’attentat.

La « planète » qui régit le cancer est la lune. La lune régit les instincts, l’émotivité, la rétrospection, l’enfance et les souvenirs. En effet, le passé, les anecdotes, et les souvenirs transparaissent comme fil conducteur du roman.

Extraits et citations du roman

  • Lorsqu’on ne s’y attend pas, combien de temps faut-il pour sentir que la mort arrive ?
  • « La tentation du chirurgien est d’aller le plus loin possible, de s’approcher de retouche en retouche du visage idéal. Evidemment, on n’y arrive jamais et il faut savoir s’arrêter. » C’est pareil avec un livre, lui avais-je répondu. On essaie de rapprocher celui qu’on écrit de celui qu’on imaginait, mais jamais ils ne se rejoignent, et il arrive un moment où, comme vous dites, il faut savoir s’arrêter. Le patient reste avec sa gueule tordue, ses cicatrices, son handicap plus ou moins réduit. Le livre reste seul avec ses imperfections, ses bavardages, ses défauts. Nous en avions banalement conclu que l’horizon n’est pas fait pour être atteint.
  • « Et ce sont les violents qui l’emportent. »  Matthieu.

L’auteur

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Philippe Lançon est un journaliste et écrivain français né en 1963 à Vanves. Diplômé du CFJ (promotion 1986) est journaliste au quotidien Libération, chroniqueur et critique littéraire, avec une passion particulière pour la littérature latino-américaine. Il a longtemps tenu la chronique Après coup consacrée à la télévision, et a participé au lancement des pages Portrait.

Il est également chroniqueur pour l’hebdomadaire Charlie Hebdo et à partir de fin 2014 devient un membre de la tribune « théâtre » du Masque et la Plume sur France Inter.

Le 7 janvier 2015, il est gravement blessé au cours d’un attentat contre Charlie Hebdo, ce qui l’amène à subir une intervention chirurgicale lourde de quatre heures au niveau du visage. Il subira jusqu’à 17 opérations de la mâchoire.

Vers La Beauté : chronique et interview

La Chronique de la GROUPIE !

La groupie a lu le livre un mois avant sa sortie et l’a relu deux fois et demi les semaines qui ont suivi. La groupie a corné toutes les pages en haut et en bas. La groupie s’est ensuite rendue au musée d’Orsay exprès pour prendre le livre en photo car la moitié du roman s’y déroule. La groupie a préparé toutes ses questions sur un petit carnet et est remontée à Paris pour interviewer l’auteur le jour J de la sortie dudit livre c’est-à-dire aujourd’hui et ce malgré les menaces de grève. La groupie a pu étayer sa chronique dans le train du retour et l’a mise en ligne dans un état d’excitation maximale, pleine de cette hyper stimulation intellectuelle d’échanges passionnants. Oui la groupie est fière, la groupie c’est moi.

Mise en garde : Lecteurs, si vous espériez lire une quelconque ligne objective de ma part sur ce roman, attendez la prochaine chronique. Constatez par vous-mêmes ! UN: Le livre est un roman de DAVID dont DEUX : le titre contient le mot « beauté » , TROIS : publié chez Gallimard dans la collection blanche, et enfin QUATRE : reliant la littérature à l’Art! A quel moment pouviez-vous compter sur un avis impartial ?!

Le roman

Antoine Duris vient de postuler à Orsay, il désire être gardien de salle, veilleur de beauté. Cet éminent professeur aux Beaux-Arts de Lyon a décidé de changer de vie. Il a déménagé à Paris, résilié son abonnement EDF, éteint son portable. Aucun membre de sa famille ni connaissance ne pourra ni le joindre ni le trouver. Mathilde Mattel, la DRH en charge de l’entretien, trouve Antoine surqualifié mais intriguant, elle décide de l’embaucher.
Chaque jour, Antoine reste des heures à contempler le portrait de Jeanne Hébuterne, affichée durant l’expo temporaire sur Modigliani. La beauté se dégageant de la toile semble apaiser Antoine, mais de quoi ? Petit à petit Mathilde le fait parler : lui qui voulait se soustraire au monde dévoile dans la deuxième partie la triste histoire qui l’empêche d’avancer. Antoine a soudain besoin de Mathilde, il lui demande de prendre la route avec lui sur les traces de son passé.

« Ils s’échappèrent comme deux voleurs de beauté. »

Bien avant Orsay, Louise a quitté Antoine au bout de sept ans de relation. Sans excuse valable, sans autre homme dans son paysage. Juste parce qu’elle n’envisageait plus l’avenir à ses côtés. Y-a-t-il pire raison ? Sans colère possible, Antoine a du faire face à l’acceptation. C’était sans compter sur un événement traumatisant d’une autre envergure…
L’histoire d’Antoine glisse soudain vers celle de Camille, jeune fille brillante et mélancolique qui fut son élève, rencontrée peu après sa rupture. Pour elle aussi Art et Peinture ont joué un rôle essentiel dans son existence. Mais jusqu’à quel point ?

Vers la beauté livre une réflexion sur l’Art, l’Art-refuge, l’Art-médicament, l’Art-lieu de rencontre. l’Art est notre inutile nécessaire, une protection inconsciente, ce roman nous initie à l’essence salvatrice de la sublimation.

Mon avis

Un roman de David Foenkinos c’est avant tout un univers, un concept confortable et subtil, d’une humilité envoûtante. Ses fidèles retrouveront des détails appartenant à d’anciens romans (la ville de Crozon citée, le jus d’abricot) et les prendront comme une récompense à leur assiduité. Son écriture pudique et lumineuse, sans besoin d’artifices et de procédés de forçage, vous catapulte à la dernière page pour soudain vous faire éprouver la douleur aiguë de l’achèvement.
Cet opus est dans la lignée de la délicatesse, ou de nos séparations, des tranches de vie qui ressemblent aux nôtres et nous éclairent. Par son thème, il rejoint aussi le chef d’oeuvre Charlotte. Camille est un peu la renaissance de Charlotte, un drame dans la beauté.

Elle comprenait la puissance cicatrisante de la beauté. Face à un tableau, nous ne sommes pas jugés, l’échange est pur, l’oeuvre semble comprendre notre douleur et nous console par le silence, elle demeure dans une éternité fixe et rassurante, son seul but est de vous combler par les ondes du beau.

Le signe astrologique du roman

Cancer. Pour les personnages discrets, à la personnalité effacée, timide, recroquevillés sous une carapace et leurs secrets. Antoine et Camille, rendus vulnérables par la vie m’ont tour à tour évoqué ce signe lunaire et sensible. Signe d’eau le cancer est émotif, sentimental, nostalgique. Signe ambitieux cependant qui avance de côté à la manière du crabe, jamais frontalement, sait-on jamais ce que la vie est capable de réserver.
C’est un signe négatif dit « féminin », et le sujet de l’Art retrouvé à de nombreuses reprises fonctionne bien avec l’esprit de création et l’inconscient régis par la Lune, la planète maîtresse du signe.

Citations du roman

Son visage ressemblait à un roman dont on n’a pas envie de tourner les pages.

Les ruptures existent longtemps avant le matin où l’on se dit « c’est fini ».

Il semble tout à fait possible d’interpréter la personnalité de quelqu’un en observant simplement la relation qu’entretient cette personne avec ses cheveux.

Quelques questions à l’auteur

Bonjour David, bravo et merci pour ce nouvel opus. Comment s’est passée la rédaction du roman ?

Pas aussi facile que je l’aurais voulu, la première partie a été longue, j’ai pris plus de plaisir à la rédaction de la deuxième, la vie d’Antoine, sa rupture avec Louise. C’est ça qui m’intéresse je crois, ajouter des histoires dans le roman. Comme l’extrait sur l’étudiante, lorsqu’elle croise son ancien professeur : elle le couvre d’éloges et Antoine naïvement prend son admiration pour du désir, il ose alors une proposition déplacée et offusque son ancienne élève. J’aime écrire sur les situations ambiguës.

Les personnages découvrent le pouvoir cicatrisant de l’Art. L’Art permet-il de tout guérir ?

Je me suis construit sur cette idée oui, les livres à 16 ans m’ont permis de guérir d’un gros problème de santé. Aujourd’hui je dirais que l’Art est une possibilité.

Deux personnages différents au rôle peu reluisant portent le prénom de Sabine. Une vengeance personnelle ?

Non, même pas! J’avais juste l’envie de mettre des liens entre les parties du livre. Cela passait aussi par un prénom.

Louise quitte Antoine sans raison, au bout de sept ans, sans autre homme en vue. Ça existe vraiment des femmes comme elle ..?

Oui je pense… Pourquoi ce n’est pas crédible (Sourire) ? D’ailleurs elle ne le quitte pas sans raison, elle en a une excellente : elle ne se voit pas faire d’enfants avec lui. Oui je sais c’est terrible.

Faut-il lire ce roman pour l’histoire d’Antoine et Camille ou pour Jeanne Hébuterne?

J’ai volontairement coupé une bonne dizaine de pages sur la vie et l’oeuvre de l’épouse de Modigliani, je me devais d’aérer la narration. Je peux fournir la version longue si besoin.

J’imagine que la promo du roman est intense, quelles sont les dates prévues ?

J’ai déjà fait pas mal d’interviews et ça va continuer, mais pas de promo et déplacements dans toute la France cette fois-ci, j’ai beaucoup de travail et de projets, entre cinéma et écriture. Je dédicace cependant dans trois endroits à Paris prochainement :

– Dimanche 25 mars à 11H30, à la librairie Le divan.

– Vendredi 30 mars à 18h, chez Gibert Joseph.

– Mercredi 4 avril à 18h, à la Fnac Montparnasse.

Merci David Foenkinos d’avoir répondu à mes questions, et pour le jus d’abricot.

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La photo de la groupie

 

NB : pour ceux qui se demandaient, non Antoine Duris n’a pas de lien de parenté avec l’acteur.

Retour à Buenos Aires

A cent ans on lui en donnait quatre-vingt. Il avait respiré l’air de trois siècles. Je ne l’avais connu que sur le tard.

Et si vous passiez un mois sur un bateau avec un vieil oncle défunt? Comment ça vous ne trouvez pas cette proposition alléchante ?
Vous avez pourtant du temps à perdre, vous n’êtes qu’un ordinaire bibliothécaire à la vie bien solitaire lorsque la dernière personne de votre famille, votre oncle, un aviateur centenaire, décède.
Dans ses derniers voeux, il souhaite que vous traversiez l’Atlantique, Le Havre – Buenos Aires, afin de disperser ses cendres auprès de son premier amour.
Une urne et vous, 24 jours, entourés de quelques matelots à prime abord aussi peu sociables que vous. Vous vous installez dans votre cabine avec l’aviateur, vous vous disputez un peu la place (où place-t-on une urne dans une cabine de bateau ?) et puis vous partez à la découverte de l’horizon et de vous-même.
Entre quelques séances de médiation forcée et de conversations unilatérales avec votre urne, vous parviendrez peut-être à vous faire des amis et une partie de ping pong endiablée. Vous relirez la correspondance passionnée qu’a entretenue l’aviateur et cette femme qui l’a quitté très brusquement par courrier alors qu’il allait la rejoindre à Buenos Aires. Votre traversée sera donc le moyen de revivre la vie et les tumultes de votre respectable ainé. A l’arrivée bien sûr, une surprise vous attend. Il ne faudra pas oublier d’y laisser l’urne, toute cabossée par le voyage…

Mon avis

Ce roman dès les premières pages m’a agréablement conquise. L’écriture de l’auteur est très belle, lumineuse, d’une fluidité remarquable. Un humour pudique, très fin, se dessine entre les lignes, beaucoup d’humanité aussi. Je m’attendais à un peu plus de rebondissements dans cette « odyssée », de ceux qui permettent d’aller plus en avant dans la lecture, le narrateur est en fait une sorte d’anti-Ulysse. Les scènes répétitives des repas et couchers sont un peu lassantes, mais elles permettent certainement de mieux s’imprégner de l’attente subie au quotidien par le personnage. J’aurais aimé en découvrir un peu plus sur Buenos Aires, nommée capitale du Livre en 2011. Enfin, j’ai adoré la relation épistolaire entre l’aviateur et sa promise, la qualité de ces lettres jouent beaucoup dans celle du roman.

Cher Amour,

La mer est grise et triste et son spectacle m’offre le miroir d’un monde qui sans toi est sinistre. A peine le bateau venait-il de se séparer du continent et de m’arracher à toi, que déjà la traversée s’annonçait interminable. Le sillage de notre navire est le fil d’un cerf-volant qui se déroule et se perd dans le vent, et me rappelle à chaque instant que la distance qui nous sépare s’accroît implacablement.

Le signe astrologique du roman

Cancer, pour ce roman plongé dans l’eau, le cancer y trouve toujours un grand réconfort.
Le narrateur, être solitaire, discret, timide et lunaire, m’a souvent fait penser à ce signe. Le cancer est un signe féminin, symbolisant la maternité qui selon moi sied plus aux femmes qu’aux hommes de ce signe : il apporte une certaine douceur, nonchalance, une capacité d’écouté qui chez un homme ne sont pas toujours des qualités recherchées.
En plus du personnage, le roman a lui aussi cette tranquillité, cette absence de rythme caractéristique. La finalité, rassembler une famille, un amour, est également dans cet esprit : le foyer a une importance vitale pour le cancer. L’image du paquebot elle aussi, la navigation à la voile est le loisir préféré des cancer.

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