Un certain M.Piekielny

J’ai fait quelque chose de pas bien. Beaucoup d’entre vous vont hurler ou esquisser une moue méprisante, voilà : j’ai bâclé La promesse de l’Aube pour lire le roman de François-Henri Désérable. Nommons-le FHD, ça lui donne un côté BHL.
J’ai ainsi sélectionné les chapitres essentiels me permettant d’appréhender « Un certain M. Piekielny » sans passer pour une ignare attardée. Oui, j’ai donné l’avantage à mon contemporain plutôt qu’à son prédécesseur —pourtant très moderne pour son époque— parce que le premier n’est pas encore mort et mérite d’entendre des éloges avant de décéder.
Lire Francois-Henri Désérable. J’avais des a priori, un nom pareil, un ancien livre titré pompeusement « Evariste », un grand père vénitien -la chance- quand même tout cela faisait prétentieux, ou alors j’étais impressionnée, ou jalouse, je craignais une lecture hermétique et un étalage de connaissances, j’avais des a priori donc, mais une certaine curiosité de découvrir la plume de cet auteur qui a le même âge que moi, car oui ça y est, je suis arrivée à cet âge-là, celui où l’on peut connaître des écrivains du même âge que soi et qui ont une page Wikipedia. Ce qui m’a décidé c’est d’avoir fait un selfie boomerang avec FHD. Tous les auteurs ne sont pas forcément adeptes du selfie boomerang et soudain FHD et son roman m’ont paru tout à fait accessibles.
C’est ainsi que dès le début, ce roman m’a paru tellement familier de mon époque, de mon quotidien, que lire la biographie, autobiographie de Gary/Désérable, y trouver tant d’anecdotes, sentiments ou lieux géographiques communs, c’était un peu comme si j’étais le maillon suivant de la chaîne, d’où cette chronique où je parle de moi en parlant de FHD qui parle de lui en parlant de Romain Gary.
FHD commence son roman par une scène que j’ai bien connue, celle où un jeune homme part en voyage dans les pays de l’Est pour un enterrement de vie de garçon. Comme FHD, il y a deux ans, mon cher et tendre non plus n’avait pas eu le choix, « parce que vois-tu mon amour, qu’y pouvons nous si le futur marié est amateur de patins et de crosses, s’il rêve d’assister aux championnats du monde, et s’ils ont lieu cette année en Biélorussie où les filles sont si belles et si blondes et si promptes à se dévêtir ? » bon, tout le monde ne finit pas à Vilnius devant la maison de Gary. C’est pourtant ce qui arrive au narrateur qui se remémore alors une phrase de La promesse de l’aube : « Au n°16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait un certain M.Piekielny ». C’est à ce moment précis qu’il lance à la recherche de cette petite souris triste.
Parce qu’il a pressenti que je n’aurais pas lu La promesse de l’aube à temps, ou pour éviter tout handicap à son lectorat, FHD a pris un soin particulier à retranscrire tout ce que Gary a écrit sur Piekielny. Puis laissant ses pensées dériver et opérer des analogies logiques entre sa vie et celle de Gary, il entreprend de rassembler les rares pièces du puzzle Piekielny. Nous voici donc plongés entre Vilnius et Paris, entre Gary et Désérable.
FHD nous parle des études de Gary, celui-ci avait choisi droit, parce qu’il ne savait pas, pour faire plaisir à sa mère, alors qu’il va devenir un grand écrivain; cela nous renvoie à l’auteur, qui s’est également inscrit en fac, pour faire plaisir à sa mère, alors qu’il va devenir un grand écrivain; alors cela me renvoie à moi-même, qui me suis inscrite en fac, suis devenue dentiste, pour faire plaisir à ma mère, alors que je voudrais devenir une grande écrivaine. Gary n’a pas connu le succès tout de suite, comme FHD a essuyé vingt lettres de refus pour son premier manuscrit, comme j’en ai moi-même essuyé dix pour un premier roman que je viens d’envoyer (oui c’est un aveu, à prendre ou à laisser).
On a tous un Clément dans sa vie -comment ça pas vous?- on a tous été profondément marqué par le CPE, on a tous, à dix sept ans, détourné la phrase de Rimbaud, car oui on est trop sérieux quand on a 17 ans, et puis oui, on a tous trouvé que le titre du dernier FHD faisait penser à un certain monsieur Bikini.
Ce roman donc, en plus de nous faire partager la passion Gary, est un excellent jeu de miroirs entre l’auteur et son lecteur, une mise en abyme réjouissante, tout ça dans un style narratif drôlissime et aéré.
J’ai appris souvent, j’ai ri aux éclats parfois, mais j’ai vraiment lu. C’est bien moi qui ai lu et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon imagination.

L’auteur

François-Henri Désérable, né le 6 février 1987 à Amiens, est un écrivain et ancien joueur de hockey sur glace français. Pour le reste de sa biographie, vous pouvez lire son roman Un certain M.Piekielny.

« Les cours reprirent; je n’y retournai pas. On me croyait sur les bancs de la fac : j’étais à la bibliothèque où je lisais, j’écrivais. Je ne savais pas alors que toute ma vie allait tenir dans ces deux verbes, au point qu’elle se confondrait avec eux.

Le signe astrologique du roman

« Gary nous dit donc que M.Piekielny ressemblait à un souris triste, méticuleusement propre de sa personne et préoccupée. Il nous dit aussi qu’il avait l’air discret, effacé, pour ne pas dire absent. »

Avec si peu d’informations, M.Piekielny pourrait être capricorne. Saturnien pour cet air triste et préoccupé (les capricornes sont loin d’être exubérants, ils regardent le plus souvent leurs pieds) et capricorne aussi pour le méticuleusement soigné, les hommes capricornes n’en font pas des tonnes mais ont une certaine idée de l’élégance. Capricorne aussi pour sa discrétion, l’absence de traces qu’il a laissé… Jésus aussi était capricorne 🙂

Extraits choisis

A Venise, à propos de Canaletto, le peintre du tableau « La place Saint Marc » :

« Si le peintre, me dis-je, devait revenir aujourd’hui dans la cité des Doges, deux cent cinquante ans et quelques après sa mort, il ne serait pas complètement dépaysé.
Alors bien sûr il aurait sans doute quelques motifs de stupéfaction : il s’étonnerait certainement de voir des barques sans rames qui semblent mues par la seule force de l’esprit; il serait apeuré par ces insectes aux trajectoires si droites et qui laissent des nuages éphémères, le blanc jailli de leurs ailes finissant par se dissoudre dans le bleu du ciel; il s’inquiéterait de savoir où sont passés les Dalmates, les Albanais, les Flamands, les Grecs, les Milanais, les Tartares, les Mongols, et il se demanderait de quelles contrées lointaines proviennent ces hordes barbares portant des bananes autour de la taille, des chaussettes dans leurs sandales, leur inculture en bandoulière et, au bout d’une perche, cette drôle d’amulette qu’ils brandissent si souvent face à eux. »

« Qui n’a jamais entendu le cri d’une mère découvrant le corps sans vie de son enfant n’a jamais entendu de cri. »

« Qu’est-ce qu’un mensonge, sinon une variation subjective de la vérité ? »

Parmi les miens

Le roman

Il explore l’histoire d’une famille dont la mère est dans le coma, suite à un récent accident de voiture. Le médecin annonçant qu’il n’y a que très peu de chance pour qu’elle se réveille un jour, Manon sa fille, laisse échapper un « Autant qu’elle meure ».

Et c’est là que les liens sur lesquels nous tirions depuis l’enfance ont cédé.

Ses frères et soeurs sont horrifiés. A partir de cette phrase, les rapports entre les trois enfants et entre leur père vont s’intensifier, c’est le moment d’une remise en question familiale et existentielle. Dans cette famille où la communication et l’autodérision sont inexistantes, chacun semble devoir régler un problème personnel avant de se confronter aux autres. Il y a d’abord le père, un taiseux triste, Manon, la narratrice, jeune maman, Gabriel son frère, souffrant d’une maladie psychiatrique, et Adèle la jeune soeur enceinte de quelques mois et vivant avec une femme, inséminée par un donneur rencontré sur internet. Les trois enfants ne semblent plus partager aucune complicité. Parmi leur souffrance, chacun cherche sa place. Manon sort récemment d’une maternité difficile, elle ne parvient pas à prendre son rôle de mère, et c’est peut-être en explorant la vie de la sienne qu’elle trouvera enfin l’harmonie et le bonheur. Car qui était cette mère mystérieuse, qui cachait ses origines ?

J’hésite à me confier. A lui dire toute la difficulté à être mère quand la mienne est déjà en train de mourir, lui dire tout ce qu’elle ne m’a pas transmis et que je devrai trouver seule désormais; lui dire aussi toute l’intimité mêlée de défiance que j’éprouve pour mon bébé et qui me fait peur, me noue les tripes; lui dire encore que je n’ai plus le souvenir d’une telle intimité avec ma mère aujourd’hui que je suis adulte, et que ça aussi, ça me rend malade.

Du côté de la mère dans le coma, deux sujets centraux : que fait-on des vivants en état végétatif ? Combien de temps et dans quel état les garde-t-on ainsi à la maison?
D’autre part, où allait leur mère, le soir de l’accident, quand elle roulait dans une direction opposée à la maison ?

Mon avis

J’ai beaucoup aimé ce premier roman dont l’écriture est d’une grande qualité, et la complexité des rapports familiaux intéressante et portant à rélfexion. Le sujet de la mort cérébrale ne m’attirait pas à prime abord, il est cependant très bien amené, sans lourdeur, sans horreur.
La tristesse et la mélancolie abondent dans ce roman qui nous fait réfléchir aux liens que nous pensons inébranlables.

Ce qu’il reste d’une famille une fois les enfants devenus adultes ne tient pas à grand chose et notre fratrie particulièrement n’attend qu’un prétexte pour exploser.

Le signe astrologique du roman

Capricorne pour ce roman très saturnien. Le capricorne, signe d’hiver, représente la vieillesse, la maturité, mais aussi la mort. Saturne est la planète du temps, de l’ombre, du repli, mais aussi des épreuves et des responsabilités. Enfin, dans ce roman, le père taciturne mais sensible à la fois est un parfait représentant du signe.

L’auteur

Charlotte Pons est née en 1980. Elle a passé huit ans au sein d’une rédaction parisienne comme journaliste culture et chef d’édition. Elle a créé en 2016 les ateliers d’écriture Engrenages & Fictions.

 

Extraits

 

Alors on en vient aux mains. Bien entendu. Qu’espérions-nous? Qu’espérions nous à force de tourner en rond, rongés par l’attente, la vie entre parenthèses, chaque jour plus incertains de l’issue?

Qui suis-je si je n’aime plus maman?

Quarante ans à se réveiller à deux, comment s’endormir seul? C’est ce à quoi je songe en regardant papa : comment va-t-il survivre ?

L’enfant qui mesurait le monde

Des petits bateaux en papier, Yannis en confectionne tous les soirs pour rétablir l’ordre du monde. Toute la journée il compte les poissons fraîchement arrivés au port, et les compare aux chiffres parfaits. Plus le désordre a été important, plus ses pliages seront nombreux, et l’apaiseront. Yannis a douze ans, et est autiste.
Sur l’île grecque en crise dans laquelle il vit avec sa mère, un troisième personnage entre en scène : un architecte américain qui vient de perdre sa fille tragiquement, celle ci habitant l’île pour une étude et un projet d’école qui demeurent inachevés. En sa mémoire, l’homme décide de rester sur l’île pour terminer son travail. La mère de Yannis le loge, à condition qu’il s’occupe de Yannis la journée pendant qu’elle part à bout de bras pêcher la palangre pour nourrir son fils. L’homme va très vite réaliser à quel point sa fille avait su être clairvoyante et douée, son projet abouti et réfléchi, et comment elle avait réussi à capter la beauté de l’île à travers des écrits qu’elle lui a laissés.

Partout, des criques vierges, sans doute identiques à ce qu’elles étaient il y a deux mille cinq cents ans, du temps de Platon. Tu t’installes et tu laisses le vent te caresser. Et la mer, papa, la mer… Même lorsqu’elle est calme, elle te parle, impossible d’en détacher les yeux.

D’autres enjeux ont alors lieu au sein de l’île, pourquoi construire une école alors qu’on l’on pourrait construire un énorme centre hôtelier et touristiques, avec un casino et plusieurs piscines? Les relations entre le maire, le président grecque et la commission européenne à Bruxelles donnent au roman une dimension actuelle très intéressant sur le point de vue grec, voire turc.

Nous avons la détestation de l’Etat dans le sang, mon Alekos. Mais de cela, le monde entier se fiche et moi aussi. Nous avons reçu du Bon Dieu le plus beau pays du monde et nous lui avons pissé dessus.

C’est dans une ambiance marine remplie d’histoires mythologiques que ce très beau roman  explore les relations entre ces trois personnes et les gens de l’île, et nous enseigne à accepter le sort, en faisant confiance à notre libre arbitre.
Un roman bourré de messages et de tolérance, un voyage dans la beauté grecque, et une belle manière d’aborder l’autisme, car sait-on seulement ce que Yannis est capable de faire, et de réunir ?

 

Mon avis

J’ai été bouleversée par l’histoire de Yannis et de sa mère, moins par l’enjeu politique du roman, même si l’auteur a le soucis de respecter scrupuleusement les avis divergents et de les retranscrire sans subjectivité interférante. Cependant il était intéressant de réunir les deux thèmes, puisqu’il est bien question d’  « union » dans ce roman, grâce à ce jeune garçon que tout le monde respecte, et qui de sa seule présence remet de l’ordre dans le monde.

Cet enfant porte en lui toute la douleur des hommes, se dit Kosmas. L’immense solitude et l’impossibilité désespérante de s’ouvrir à l’autre.

Le signe astrologique du roman

Capricorne, pour symbole de l’autisme, qui pour moi n’est pas un handicap, mais presque du génie. Une sorte de diamant mal taillé, brut, qui nous apparaît par sa facette la moins brillante, alors qu’il cache souvent énormément de pureté. Le capricorne ne dissimule pas, et surtout, il est le signe du zodiaque qui déteste le plus au monde le désordre !!! C’est un signe pragmatique, dur et froid, très peu tactile, qui cache au fond de lui énormément de sensibilité. Les enfants capricorne mûrissent plus vite que les autres, ils ont l’impression très tôt de porter un fardeau, d’avoir un devoir à accomplir dans la vie.

L’auteur

Metin Arditi, né le 2 février 1945 à Ankara, est un écrivain suisse francophone d’origine turque séfarade. Il a écrit une quinzaine de romans, dont le remarqué « Le turquetto ».

Les corps inutiles

 

Le roman

« Ils ne me prendront rien, je me donnerai d’abord . »

C’est désormais le credo de Clémence, victime à 15 ans d’une tentative de viol, menacée à l’arme blanche.

Chaque 29 du mois, Clémence, 30 ans, s’habille, sort, et offre son corps à un homme, n’importe lequel, nourrissant l’espoir fou qu’il la réveille de son coma sensoriel. Car depuis l’agression, le corps de Clémence ne réagit plus à rien, n’a jamais froid ni chaud, n’a jamais mal.

« Je vois et je cligne des yeux, je n’ai pas de sensation mais j’ai des émotions, je ne sens rien mais je ressens tout, je baise donc je suis, je suis un être humain. »

Son corps est devenu aussi inutile que les poupées gonflables qu’elle maquille pour son métier. Toute la journée, elle donne vie à Nadine, Marie, Joy. 32 kg, 1m60, 85C. Pour M.Francis S. Qui sont ces hommes qui achètent ces poupées sur internet? Au nom de quoi les juge-t-on? Leur sourire est quotidien, elles peuvent tout supporter, ne diront jamais rien.
Clémence elle, n’a jamais rien avoué.
Pourquoi une victime ne va pas forcément porter plainte? Pour mille et une raisons, à cause du déni, de la honte, de la peur des conséquences. Pour ne pas être stigmatisée, pour encore être comme tout le monde, et surtout, surtout, pour qu’on ne lui dise pas «Ce n’était même pas un viol.»
Détestant son corps et incapable de s’éprendre d’un homme, envahie des démons de son passé, Clémence va être confrontée à les affronter. Un très beau récit.

Mon avis

Après mon  coup-de-coeur-naufrage, j’avais hâte de retrouver la plume de Delphine Bertholon. J’ai tenu bon quelques mois, à peine, le temps de légitimer mon envie en intercalant quelques lectures hétéroclites.
Et bien c’est un Re-coup de foudre total pour sa prose. Ses écrits sont tout ce que j’attends d’une auteure française contemporaine : portraits psychologiques actuels, sujets forts et sensibles traités avec une ironie mordante, un fil conducteur intriguant, aucune longueur… Je vous le recommande mille fois.

Mention spéciale pour la deuxième partie, de seulement 2-3 pages (il fallait oser, très bonne idée pour « casser » le rythme, ainsi que pour la play list musicale après les remerciements.

Le signe astrologique du roman

Capricorne ; le signe le plus « dur » du zodiaque. Gouverné par Saturne, la planète du contrôle, de l’ombre, du déni, de la peur, de la responsabilité, ce signe correspond parfaitement à Clémence, assumant pour elle seule son agression et se murant dans une profonde solitude. Le capricorne s’arrange toujours pour être seul mais s’en plaint, c’est son grand paradoxe, c’est aussi le cas de la narratrice. Ce signe, chez la native, est capable d’ébats sexuels complètement dissociés des sentiments, car tout reste toujours sous contrôle, et sous des airs parfois libres, ce signe est extrêmement froid, tenace et ne livre ses sentiments que rarement, et à très peu de monde.

Extrait

Je m’arrêtai dans une station service pour me changer, mettre la robe lamée que je gardais dans le coffre, mon blouson en jean brut et mes talons trop hauts (ceux-là, ceux qui déséquilibrent mais vous donnent l’allure d’une étoile lointaine vers laquelle tendre la main, espérer la saisir, la convoiter au moins). A l’époque, c’était mon look de quand j’avais soif.

L’amie prodigieuse

J’ai lu ce roman après tout le monde, mais je l’ai lu en partie à Naples, et c’est comme si j’avais rencontré Elena et Lila pour de vrai. Quelle ville étrange, sale et impressionnante. Pour ceux qui n’y sont jamais allés, lire l’amie prodigieuse suffit presque. Même si Naples n’est plus tout à fait celle de 1958, les murs de certains quartiers nous chuchotent toute la violence et les secrets qui s’y sont déroulés.

Résumé du roman

Elena et Lila sont deux petites filles qui au début du roman sont âgées de 6 ans. A travers leur enfance puis leur adolescence, on entre dans une éducation et un style de vie bien différent du nôtre dans une Naples en reconstruction et encline à la corruption.

« Etait il donc possible que seul notre quartier soit saturé de tensions et de violences, alors que le reste de la ville était radieux et bienveillant? »

Une époque difficile où les parents de leur quartier, pauvres pour la plupart, ne poussaient pas leurs enfants à aller à l’école, mais plutôt à les aider à la maison ou au travail. Rares étaient ceux qui allaient jusqu’au collège, et ne voyageaient pas plus loin que le bout de leur rue, les claques volaient à longueur de journée et chacun se faisait la justice soi même, les voisins s’entendaient hurler mutuellement et les femmes se jalousaient.

« Les hommes finissaient toujours par se calmer, tandis que les femmes, en apparence silencieuses et accomodantes, lorsqu’elles s’énervaient, allaient jusqu’au bout de leur furie et ne connaissaient plus de limites. »

Lila est extrêmement brillante, surdouée dirions nous aujourd’hui; à 5 ans elle sait déjà lire et écrire. Elena la narratrice, dite Lenu, est également une élève appliquée, avec des facilités normales. Les deux amies vont se pousser vers le haut, une compétition ambivalente naîtra : à celle qui aura le plus appris, à celle qui aura le plus lu, puis plus tard à celle qui aura des seins et ses règles la première, à celle qui aura le premier fiancé, celle qui aura le plus d’argent. Lila se verra contrainte d’arrêter l’école faute de financement parental et elles devront se séparer. Leur amitié évoluera mais restera, tout comme leurs beautés complémentaires. Dans leur vie, tout est compliqué, les parents, les frères et les petits amis orchestrent leur existence, et il leur faudra beaucoup d’imagination et de volonté pour s’accrocher à leurs ambitions.

Mon avis

Non seulement l’ambiance m’a conquise, mais j’ai été complètement absorbée par les portraits psychologiques des personnages, et l’excellente approche réaliste de l’amitié qu’en fait Elena Ferrante. Un excellent roman sur l’amitié…

Le signe astrologique du roman

capricorne

C’est le signe de notre amie prodigieuse, Lila, tellement capricorne que je lui ai associé des visages de connaissances de mon entourage.

Elle incarne le signe du capricorne par son aspect physique : jeune fille très mince, brune, aux muscles fuselés et bien dessinés. Elle est agile et gracieuse, ses yeux noirs deviennent deux fentes quand elle réfléchit.
Elle laisse transparaitre un incroyable magnétisme, et dégage malgré elle une sensualité envoûtante. Cette puissante attractivité est réservée aux natives de ce signe, contrairement à l’homme capricorne qui cache prudemment sa sensualité.
De plus, elle est extrêmement sèche. Elle rit et pleure très peu. On dit du capricorne que c’est le signe le plus antipathique du zodiaque. Lila est en effet vue la première fois par la narratrice comme une petite fille extrêmement méchante. Si le capricorne peut parfois être, à tort, vu comme quelqu’un de méchant, c’est qu’il est d’abord extrêmement froid. Froid et sec. Un capricorne donne l’impression d’avoir besoin de rien ni de personne. Derrière cette façade impitoyable se cache souvent un diamant brut et mal taillé, mais sur lequel on peut s’appuyer avec le plus grand confort si toutefois on a su attraper la confiance de la bête.

Lila est très très ambitieuse, voit loin, ne réagit pas de façon impulsive mais toujours avec recul. Les anneaux de Saturne poussent le natif à être responsable des siens, comme elle l’est de son frère et de ses propres tâches domestiques, c’est une de leurs grandes qualités. C’est un signe extrêmement entier, très idéaliste dans ses relations, et Lila n’a qu’une parole, ne se laisse influencer par personne, elle reste intègre à ses idées et ses envies.
Si la personne capricorne présente des défauts, elle est tout sauf fourbe et velléitaire.

En revanche, elle possède aussi pleinement l’ombre du signe. On dit de certaines natives qu’elles portent le diable en elles. Elles savent tellement décontenancer le sexe masculin qu’elles rendent les hommes fous. Ils sont prêts à tout pour elle.  Lila est à l’origine de nombreuses querelles et guerres de quartier. Son frère Rino et ses prétendants n’hésitent pas à en venir au poing et aux armes dès qu’elle exprime le moindre désir. Elle attire irrémédiablement les ennuis et s’en rend tristement compte sans pouvoir rien y changer.

« J’ai quelque chose qui ne va pas? Je fais toujours faire des bêtises aux gens. »

Lila est une vraie capricorne, une indocile résignée…

« Tu perds encore ton temps avec ces machins Lenu? Tu ne vois pas que nous volons au dessus d’une boule de feu? La partie qui s’est refroidie flotte sur la lave : c’est sur cette partie qu’on construit des immeubles, des ponts et des routes. De temps en temps, la lave sort du Vésuve ou bien provoque un tremblement de terre qui détruit tout. Il y a tout un tas de microbes qui rendent malades et qui tuent. Il y a les guerres. C’est partout la misère qui nous rend tous méchants. Chaque seconde, il peut se produire quelque chose qui te fera tellement souffrir que tu n’auras pas assez de larmes pour pleurer. »

Pour une balade littéraire dans Naples, je vous envoie sur l’excellente chronique de Booksmoodsandmore :

https://booksmoodsandmore.com/category/en-balade/

 

Histoire de petite fille

capricorne

Auteur

Sacha Sperling , de son vrai nom Yacha Kurys est un écrivain français né en 1990. Son premier roman, Mes illusions donnent sur la cour, a été très remarqué à sa parution en 2009 (il avait19 ans). Depuis, il fait partie de mes auteurs chouchous…

Résumé

Histoire de petite fille retrace le parcours de Mona, une jeune californienne de 15 ans désireuse de bousculer son triste sort et de ne pas finir comme sa mère, ou peut être pour la venger de sa triste vie. Pour cela elle est prête à tout, à mettre sa famille, ses amis et son orgueil de côté et aller décrocher un job dans l’industrie du porno, ce qui va lui permettre de gagner beaucoup d’argent rapidement.
Mona n’a rien à perdre, elle a juste compris le pouvoir qu’elle exerçait sur les hommes. Elle part pour Los Angeles, se sert des hommes, change de nom, vole des papiers d’identité et se crée une nouvelle vie. Elle semble n’avoir aucun coeur, pourtant c’est bien le manque de famille et de perspective qui semble l’animer derrière son plan machiavélique.
Sacha Sperling dresse un portrait déroutant du monde du porno, et nous rappelle que ce sujet tabou est pourtant la première source de business dans notre société actuelle…

Le signe astrologique de ce roman

Capricorne. Non pas en rapport avec le porno, mais par cette attitude implacable et ce sang froid inébranlable dont Mona fait preuve pour se couper de ses sentiments et agir pour son intérêt. Les capricornes sont des êtres froids en apparence tout en dégageant une forte sensualité, et qui parviennent très bien à maîtriser leurs émotions et garder le contrôle sur tout. Ils peuvent être calculateurs quand cela sert leur ambition. Ils peuvent faire l’amour sans amour s’il le faut. Certaines femmes capricornes sont dites vénales. Ils réfléchissent avant d’agir et planifient longtemps à l’avance leurs projets. Mona se met en pilote automatique durant les scènes de sexe et ne se laisse séduire par personne. Elle sait ce qu’elle a à faire, elle a un plan et le mènera jusqu’au bout, quelqu’en soient les conséquences.

Extraits choisis

On est fier du ciel en Californie. On est bon pour ça. Pourtant, c’est le même rose tous les soirs. Il y a des moments où je pense que tout ça est une énorme blague. Un canular sur le point de se terminer. Un type va surgir au bout de la rue et il va me dire qu’il y a eu une erreur. Il va corriger le tir, me rendre la vie qui m’était destinée.
Je voudrais un destin. N’importe lequel.

Les hommes. Joe. Chris. Les autres. Leurs souffles qui changent. Leurs souffle qui possèdent un langage propre. Est-ce qu’ils sont différents? Les mêmes mains aux mêmes endroits. Leurs corps est un seul corps. Le mien n’est jamais là.

Holly est devenue une star. Pas surtout, pas tout le temps. Une star clandestine, celle des hommes et de leurs jardins secrets. La solitude, ça rapporte. Dix à quatorze milliards de dollars par an pour être précis. C’est plus que les ligues de football, de baseball et de basket réunies. A toute heure du jour ou de la nuit, chaque seconde, il y a au moins trente millions de visiteurs sur les sites pornographiques. La première recherche sur Google est « sexe ». C’est comme ça.

De nos frères blessés

capricorne

Auteur :

Joseph Andras est un écrivain né en 1984. Ce roman est son premier, et lui permet d’obtenir le Goncourt 2016 du Premier Roman… qu’il refuse! En effet, pour lui, la compétition est en effet incompatible avec l’écriture et la création.

Résumé

Le roman retrace la vie du militant communiste Fernand Iveton, qui fut le seul Européen exécuté durant la guerre d’Algérie en raison de son engagement et de ses actions auprès du FLN.
Malgré de grosses lacunes en Histoire je n’ai eu aucun mal à entrer dans ce premier roman de Joseph Andras. Fernand Iveton était communiste et a été condamné à mort pour une bombe placée dans une usine qui n’a jamais explosé et qui ne visait aucun humain. Il n’a pas été grâcié par René Coty et a été traité comme un terroriste dans un climat de guerre. Il a servi d’exemple et est mort pour la cause qu’il défendait, l’indépendance de l’Algérie.
Outre le roman historique, il y a l’histoire d’amour entre Fernand et Hélène, son épouse, que l’auteur retrace parallèlement à l’histoire du procès. Il y a tant de beauté dans ces lignes, tant de dignité, que l’on comprend l’intérêt que cette affaire a suscité, tant l’homme était bon et intègre malgré la peine infligée. La plume de l’auteur qui signe ici son premier roman m’a énormément plue, une certaine poésie comme j’aime.

Le signe astrologique de ce roman

Capricorne… Quel autre signe est capable de mourir pour des idées? Jésus en est le premier exemple. En plus de son destin politique tragique, Fernand Iveton a tout du capricorne : froid et discret à prime abord, il cache au fond de lui un diamant pur, ainsi qu’une fidélité et un respect envers son épouse qui n’appartient qu’à ce signe très entier.
Extraits choisis

« Mais elle est là, en face, visiblement plus apaisée qu’il ne l’est, il pourrait la toucher s’il tendait le bras mais cette seule idée relève déjà du sacrilège, pense-t-il d’ailleurs à la toucher? Les corps sont absents lorsque naît au profond du ventre cette chose qui ne possède pas de mots, qui n’a jamais su en trouver pour se dire et se cerner, ce truc, c’est sans doute le plus à même de se signifier ces premiers temps hors du temps, ce truc un peu dingue, vapeurs, fumerolles, éther, qui condamne à la déroute toute ébauche de rationalité, ce truc que l’on sait trempé d’illusions, parure, dorures et sables d’un instant, mais auquel on s’agrippe, donnant tout, tête la première, oui, ce truc. »

« Fernand devant pour ainsi dire jamais au cinéma mais Hélène se le permet, parfois, dans l’année, lorsqu’il lui reste un peu de sous. La guerre, nous disions? Leurs ombres se touchent sur le bitume. »

« Brisure chaude est trempé. Lézarde sublime dans le mur d’une femme qui s’offre. Elle ferme les yeux et souffle fort. Halète, gémit. Ses épaules nues, sept petits seins secoués. Une tâche sur l’une des clavicules. Il plonge sa tête dans son cou, avalé à grands traits son parfum, folie, folie que ce cou-là, ses hanches tapent de plus en plus fort au fond de tant de beauté. »

« La vie d’un homme, la mienne, compte peu. Ce qui compte, c’est l’Algérie, son avenir. Et l’Algérie sera libre demain. Je suis persuadé que l’amitié entre Français et algériens se ressoudera. »