Désintégration

« Je ne sais plus quand l’été a cessé d’être immense. (…) Je ne sais plus quand les raisons pour lesquelles je fais ce que je fais ont commencé à me paraître obscures, liquides, alternativement fuyantes et effrayantes. Je ne sais plus quand j’ai cessé de mettre toute ma colère ainsi que ma rage et ma frustration dans le labeur difficile, éprouvant et jamais terminé de la construction de moi-même. »

Pour ses 18 ans, elle laisse un inconnu lui faire l’amour dans la paille. Elle s’ennuyait, ses autres camarades ne l’intéressaient pas, elle s’est toujours sentie si différente.

Et puis elle s’envole à Paris commencer ses études. À Paris, elle opte pour la collocation. Entourée de jeunes bourgeois, très vite elle réalise qu’ils ne parlent pas le même langage. Elle est toujours à côté, ne comprend pas leurs paroles derrière leur assurance affichée. Elle n’a pas les mêmes habits, pas les mêmes références, n’est jamais partie en vacances. 

La honte est là, depuis toujours, mais elle fait avec. 

Comment faire autrement. Elle rentre dans sa chambre, écrit. Elle étudie, enchaîne les petits boulots pour subsister, caissière, hôtesse, elle les cumule frénétiquement, et puis dès qu’elle a le temps, elle écrit. Car s’il y a bien une chose qu’elle veut, c’est écrire. Ecrire, écrire, écrire, le seul et unique objectif.

« Écrire était juste une denrée qui m’était essentielle parce que la littérature, la fiction, étaient les seules langues que je captais vraiment. Je voyais la possibilité d’être lue comme la seule que j’aurais de communiquer avec les autres, mon unique chance de me faire comprendre, d’être vue par eux. Il fallait que ça arrive, je n’avais pas le choix. »

Elle fait une pause, elle parle de l’homme-fleur entre les chapitres. Celui qui d’entrée de jeu lui a dit qu’elle était vulgaire. Il lui a donné rendez-vous au restaurant. Il a lu son roman, il est producteur, il est aussi très beau. L’homme-fleur devient le fil rouge d’un certain présent, de la désintégration elle-même, de cet état de pause charnelle à laquelle elle s’est résignée. Elle n’a plus la force pour un homme comme ça.

« L’homme-fleur me fixe.  (…) Il annonce qu’il va me poser des questions, plein, c’est ce qu’il énonce, voilà ce qu’il répète et s’apprête à faire avec moi alors il me prévient. Je déglutis. » 

Elle revient au passé, ce qui l’a amenée à cet état chaotique. La collocation de l’époque  devient un lieu de silence et d’incompréhension, de flottement avant de changer enfin de vie. Et puis Martin, un garçon avec qui elle flirtait, découvre sa misère et sa robe Jenyfer en boite de nuit. Soudainement, depuis son coin VIP, il fait semblant de ne plus la reconnaître. Et puis son manuscrit est refusé. Et puis ses études n’ont servi à rien, sans réseau elle ne trouve pas de job dans le milieu littéraire.

La honte se tape l’incruste. La vie et ses origines s’obstinent à lui mettre des bâtons dans les roues. Pourtant elle s’accroche : nouvel amoureux, nouvel appartement, nouveau smic chez Celio. La vie d’adulte mais une vie de miséreux, comment tenir avec vingt euros pour la semaine ?

Alors elle arrive, insidieusement. D’abord par la porte du désespoir, jusqu’à devenir permanente et insupportable… la haine.

La haine des autres, de tous ceux qui ont toujours eu tout cuit dans la main. La haine des bobos des bourgeois, de tous ceux qui réussissent sans se battre, de tous ceux qui l’ont toujours méprisée, quand elle était derrière sa caisse. La haine, partout, tout le temps. Ce livre est la naissance de la haine par la honte.

Désintégration, déf : disparition, destruction complète. Ce qui découle de cette haine c’est la disparition de son enveloppe charnelle, de son désir, de l’Eros. Au corps se substitue alors une âme pure qui jamais ne se résignera, qui jamais ne visera moins haut que ce qu’elle s’était fixé. Pareil pour l’amour. Elle attendra, elle ne prendra que l’homme qui la mérite, et elle saura le reconnaître. En témoigne cet appel à l’homme de ses rêves dont j’ai adoré l’extrait ci-dessous, c’est une superbe déclaration d’amour à celui qu’elle n’a pas encore rencontré, on dirait une chanson de rap. « Un garçon-continent avec de la mémoire » … sublime.

 

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Mon avis

Un troisième roman extrêmement abouti et à l’écriture superbe. J’ai aimé cet enchaînement et la façon dont la honte sociale a été traitée, j’aime quand la littérature mélange aussi bien la fiction qu’Emmanuelle Richard, virtuose du style et du genre. J’ai dégusté ce livre comme un bonbon, il vient se placer dans mes grands coups de coeur de cette rentrée. 

Le signe astrologique du roman

Capricorne. D’une tenacité et d’une ambition démesurée, le capricorne peut très bien  être froid en apparence, et très chaleureux dans l’intimité. Il ne vous cédera rien, restera entier, intègre à ses idées et fidèle à ses objectifs, dût-il en mourir de froid et de faim. Le natif est un guerrier !

Une immense sensation de calme

Êtes-vous « nature writing »?

Je vais être très franche. J’étais bourrée de résistances, de verrous. C’était presque un rejet. Quoi ? Un conte dans une forêt gelée ? Des scènes de pêche, un grizzli, des yourtes… mmmm génial, où est la corde que je me pende tout de suite ?
Entrer dans ce roman c’était pour moi faire l’expérience de l’inconnu. Pour ceux qui me connaissent, le taureau en moi n’aime pas trop ça, et encore moins le froid et les forêts désertes. Alors même si pendant les cinquante premières pages j’ai cherché une taverne hospitalière qui me servît un bon bourgogne et une planche de charcuterie, la suite de ce roman sublime a été une parfaite initiation à ce genre. Un vocabulaire riche et rare est au service d’une plume précieuse.

Bien sûr j’ai dû lire lentement les premiers chapitres. Apprivoiser les personnages très hormonaux, instinctifs. Lorsque j’ai découvert Igor, j’étais quelque peu décontenancée, comme la narratrice, sûrement un peu amoureuse aussi. J’ai dû reposer le livre quand je ne comprenais plus son attitude, lorsque je me sentais trop éloignée de l’ambiance et des champs lexicaux. Quand je l’ai rouvert le lendemain, c’était comme sortir après l’orage, j’ai retrouvé mes marques car j’avais pris confiance et trouvé du confort dans le récit. J’ai alors appris sans peine le nom des plantes et des outils, j’ai marché des jours entiers et supporté le froid, j’ai écouté les contes et les légendes de la vieille Grisha.
Jusqu’à ce que je me retrouve complètement envoûtée, l’auteure avait réussi à me plonger dans l’ambiance et le calme, mon cœur comme le wifi était déconnecté, j’avais dévoré goulûment le livre sans m’en apercevoir. Je vous l’avoue, Igor me manque un peu.

Ce roman rend hommage à la nature aride et froide contre laquelle l’homme ne peut rien, celle qui nous engloutit en une bouchée, en un rhume, en un coup de fusil. Malgré nos désirs, nos pulsions, notre travail, nous restons éternellement sous son joug.

A lire si vous voulez prendre l’air sans sortir de chez vous et faire l’expérience de l’absolu. Une belle lecture, soignée, littéraire et atypique.

Les jours se répétaient, les gestes aussi. Mais le soleil levait chaque matin son rideau sur une nature différente. La lumière ruisselait dans les branches cristallisées par la glace. Les myriades de teintes allaient du rose au bleu pâle, projetant des flasques colorées sur la surface du lac en banquise. L’hiver révélait des grâces de jeune fille. Le ramage des branches, prisonnières de leur robe de cristal, devenait dentelle, piquetée par endroits de boutons vernis là où les corneilles arrêtaient leur vol. On crissait à chaque pas et c’était délicat, un froissement de tissus précieux.

Le signe astrologique du roman

Capricorne ! Un signe froid dur et endurant pour ce lieu aride et terrestre. Les hommes sont des taiseux, des grands gaillards qui travaillent et ne se plaignent pas. C’est la caractéristique du capricorne, il est dans l’effort constant, la responsabilité et le devoir.

Mais le capricorne n’est pas que froid et sinistre, il cache en lui une espèce de bouc sensuel et instinctif, facette de lui -même qu’il ne montre qu’à très peu de monde et surtout la nuit… L’extrait ci-dessous l’illustre parfaitement.

Là, il plaque sa bouche contre la mienne et boit mon essoufflement. Il explore mon corps aussi sûrement qu’il a parcouru la paroi et découvre des chemins que j’ignore. Sous ses mains je deviens argile, mica, rivière et palpitation. Il s’accroche à mes cheveux comme on s’agrippe à un buisson, respire mon cou comme on giboie. Notre souffle a des sons de houle. Je suis jeune mais pour la première fois je me sens entière et ma chair comprend qu’elle est chair de femme. Enfin mon corps s’apaise.

L’auteur

Laurine Roux

Née en 1978, Laurine Roux est une professeur de lettres modernes et auteur française.
Elle écrit des nouvelles et a reçu en 2012, le Prix International George Sand. Elle publie dans des revues, notamment «L’Encrier renversé» et la «Revue Métèque» et tient un blog du nom de « Pattes de mouche et autres saletés ».
Lectrice de Giono, de Cendrars (dont elle fit l’objet de ses études universitaires) ou de Sylvie Germain, elle s’inspire de ses voyages dans le Grand Est glacial pour écrire ses premiers romans marqués, sauvages, organiques, non exempt de lyrisme ni de poésie.
Source : http://www.marcvillemain.com/

La vie parfaite

Il y a trois jours, au début de ce récit :
« Mais maman tu pleures déjà ? Tu n’en es qu’à la page 44 !
— Oui c’est un peu triste..» ai-je reniflé en étalant mon mascara sous l’oeil.
Aujourd’hui, 15h, page 390 :
« Mais maman, tu ne vas plus avoir de larmes ! Tiens, bois un verre d’eau… Dis ça parle de quoi ton livre ?»

De quoi ça parle ? D’un tourbillon de vie, d’existences décousues et de combats. ça sent chaud l’Italie, ça raconte des jolies brunes trop maquillées, des caïds lâches et violents, des pâtes trop cuites dans des immeubles sans hommes.
Oui ici c’est l’Italie mais pas n’importe laquelle. L’Italie pauvre, un quartier excentré, des femmes seules, qui hurlent toute la journée sur leur marmaille et les voisins, à travers des cloisons en papier.

Adele en est issue, elle a dix-sept ans, et elle va accoucher sous X.
Elle va abandonner sa petite fille à la naissance, parce que Manuel, le père, est en prison, parce qu’elle ne veut pas reproduire le schéma de sa mère, parce qu’elle veut une vie heureuse pour sa petite fille.

Pas très loin, au centre de Bologne, Dora et Fabio essaient désespérément d’avoir un enfant. Cinq ans qu’ils tentent tout, ils se sont décidés à préparer les papiers pour l’adoption. Ils subissent les visites des assistantes sociales et leurs questions humiliantes, Fabio lutte contre un irrésistible désir de fuite et Dora contre son démon intérieur, sa haine des parturientes, ces femmes qui tombent enceinte en éternuant, oui elle les déteste.

Zeno est le poète du roman, il a dix huit ans, est fou amoureux d’Adele, dont il est voisin et est aussi l’ancien ami de Manu. Il est le meilleur élève de Dora. Il vit seul avec sa mère, et trouve en la littérature ce qui lui manque et l’obsède.

Comme si la vie n’allait pas où l’on voulait, elle impose ses règles à ceux qui n’en veulent pas.
Ce roman poignant relie les êtres et leurs manques avec une plume féroce, juste et ultra-contemporaine. Le rêve et l’espoir sont partout, dans cette jeunesse violentée. A lire…

Le signe astrologique du roman

Capricorne. Pour ces personnages durs et entiers, à l’image de Rosaria, la mère d’Adele, son endurance, son acharnement à se lever, travailler, malgré la fatigue, malgré l’accouchement de sa fille. Y croire, avancer, persévérer, ce sont les qualités de ce signe d’hiver tenace et franc. Le capricorne n’est pas là pour rigoler. Rien d’édulcoré dans les rapports amicaux et familiaux, quelque chose de brut et d’ambitieux tapisse le décor du roman.

Extrait choisi

Adele avait appris que les soucis des hommes sont mille fois plus sérieux que ceux des femmes. Que les femmes devaient garder leurs problèmes pour elles, alors que les hommes pouvaient les engueuler à la cantonade, les jeter à la figure des autres. Elle le laisserait se défouler. Supporterait les insultes, les silences. Il ne fallait pas qu’il la quitte. Il fallait qu’il lui demande de s’asseoir là, près de lui, qu’ils la prenne dans ses bras. Ses grands bras, aux veines saillantes. Ses cheveux noirs, follement bouclés, qui dégringolaient sur son dos nu et bronzé.

L’auteure

Silvia Avallone est née en 1984. Elle est une écrivaine et poétesse italienne contemporaine. « D’acier », son premier roman, paraît en 2010 et remporte le prix Campiello Opera Prima.

Bakhita

« Ma mère a beaucoup d’enfants. Ma mère est très belle. Ma mère regarde le matin, toujours, je veux dire, le matin elle regarde le soleil quand il vient. Et je me souviens de ça. »

Enlevée à 7 ans pour devenir esclave, Bakhita a connu tellement de traumatismes qu’elle en a oublié son propre nom. Pourtant elle se souvient de sa mère, cette femme très belle de qui elle a été arrachée dans son village du Soudan. Elle se souvient de sa jumelle aussi, et puis de sa grande soeur, enlevée aussi alors qu’elle venait d’avoir un bébé.

Bakhita est en fait cette femme arrachée de toutes les personnes qu’elle aimait. Depuis sa mère à la soeur du couvent de Venise, en passant par Binah sa soeur esclave, ou Alice, la petite fille de sa dernière maîtresse qu’elle a élevée, Bakhita n’a pu garder ni revoir aucune personne chère à son coeur. Pas étonnant qu’elle ait alors élu la seule personne qu’on ne lui prendrait pas : Dieu.

« Tu n’as rien pour moi Augusto ? A moi tu ne rapportes rien ? Aucun nègre ? »
« Regardez ce que je vous ai ramené du marché !
—Choukrane Baba! Elles sont noires, tellement noires !! »
Ces dialogues surréalistes ont à peine plus d’un siècle. Bakhita a été achetée pour un riche marchand musulman, puis pour un autre, puis encore un autre. Battue à mort, cognée, violée, scarifiée, humiliée, elle a survécu à la misère, à la soif, à la faim intense, à l’inhumanité. Jusqu’à ce qu’un consul italien l’achète pour la sauver, l’aider à retrouver son village et sa mère. Mais à quatorze ans, Bakhita ne se souvient plus de rien. Elle débarque alors en Italie avec le consul qui l’offre à un couple d’amis dont la maitresse n’est pas à l’aise avec la maternité, mais qui a senti que Bakhita pouvait l’aider à s’occuper d’un enfant. Elle devient ainsi la nourrice, presque la mamma de la petite Alice dont elle finira par devoir se détacher aussi. En Italie, elle devient presque libre si ce n’est que tous la fuient pour sa couleur de peau. Après l’esclavage, elle fait l’expérience du racisme. Qui est cette femme noire pleine de cicatrices si ce n’est la réincarnation de Satan ?

Portée par un intense besoin de donner et de faire le bien autour d’elle, Bakhita suit sa mission de vie, parvient à se libérer de sa vie d’esclave et atterrit à Venise, dans un institut de soeurs. Elle découvre alors cet homme sur la croix, et sa mère, la Vierge Marie.
Par sa résilience et son pardon envers ses anciens bourreaux, elle sera nommée sainte puis canonisée par le Pape. Elle n’aura de cesse que d’aimer et s’occuper des enfants, ces êtres neufs découvrant la vie et qui n’en ont pas encore été déçus.
Pourtant, sa tristesse, le manque de sa mère et le regard de ses bourreaux la hanteront et la poursuivront toute sa vie dans ses pires cauchemars.

Ce roman offre et répond ainsi à deux questions fondamentales :

-Comment autant d’hommes sur terre peuvent-ils être à ce point monstrueux ?
-Comment peut-on survivre mentalement à pareils traumatismes, abandons, solitudes ?

Il semblerait qu’à part croire en l’existence de Satan et de Dieu, on ne puisse invoquer d’autres raisons. Bakhita n’avait pas le choix, seul des forces divines ont pu l’aider à survivre.

Mon avis sur ce roman

Tellement fière qu’il ait obtenu le Prix de Blogueurs ! C’est un roman impossible à lâcher, extrêmement violent dans son premier tiers, émouvant aux larmes dans les deux tiers restants, je l’ai fini en larmes, pas le choix. Cette puissance d’âme, cette leçon d’humilité se sont inscrits durablement en moi, j’ai compris l’obsession de l’auteur à retrouver la trace de Bakhita, à faire des recherches, retourner en Italie, interroger les soeurs, partir à la trace de la sainte.
Le style est sobre et simple, percutant, phrases courtes, présent. C’est un roman qui révolte et qui apaise à la fois, c’est un roman que l’on devrait faire lire à tous, qui résonne encore hélas aujourd’hui, par le racisme encore existant. C’est aussi une superbe ode à la beauté africaine, à sa souffrance, sa culture, ses mystères.
La perte et le souvenir permanent de sa mère est le sujet du livre qui m’a le plus ébranlée, la maternité y est superbement décrite.

« Sa mère avait tant d’enfants. C’est comme ça que toujours elle s’est souvenue d’elle, avec des enfants tenant ses mains, ses jambes, gonflant son ventre, suçant ses seins, endormis dans son dos. Mère de tous les petits, mère aimante et universelle, miroir de toutes les femmes qui ont donné la vie, elle est jeune et fertile toujours, elle reste aimante et puissante, elle est l’amour sans condition, l’amour absolu et martyr. La mater dolorosa. »

Le signe astrologique du roman

Capricorne… Ce signe au nom de tropique,  pur et endurant n’est autre que celui de Jésus.

Le diamant brut, qui passe après les autres, qui aime les enfants et songe à l’ordre du monde. Obstinée, Bakhita l’est, le jour où elle décide de sa liberté et de se consacrer à Dieu, rien ne peut la faire reculer. Le Capricorne est un signe de terre, et c’est la terre qui résonne dans tout ce roman, la terre aride, dure, sèche. Le déracinement de la terre. Le capricorne est un signe qui résiste à tout, un signe extrêmement seul aussi, un signe d’une grande sagesse.

L’auteur

Véronique Olmi, née à Nice en 1962 est comédienne, écrivain et dramaturge.

Elle est la petite-fille de Philippe Olmi, ministre de l’Agriculture, député des Alpes-Maritimes et maire de Villefranche-sur-Mer durant vingt ans.

Après avoir suivi des études d’art dramatique chez Jean-Laurent Cochet, Véronique Olmi a été assistante à la mise en scène pour Gabriel Garran et Jean-Louis Bourdon de 1990 à 1993.

Pour aller plus loin

  • En bonus, photos de la diapositive originelle de la couverture du roman, résidant aux archives du musée Nicéphore Niepce de Chalon sur Saône (autrement dit chez moi… hasard merveilleux pour ce roman lauréat du Prix que je créé!) L’auteur de la photo s’appelle J.AUDEMA .

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  • Le roman de Joséphine Bakhita:

Comme Véronique Olmi le raconte parfaitement dans son roman, Bakhita a été interrogée par les soeurs pour raconter son histoire et la diffuser. L’Italie était fière d’avoir émancipé cette ancienne esclave et tenait à ce que l’histoire soit connue.

Je me suis empressée de me procurer le petit roman de Joséphine Bakhita pour continuer à vivre un peu avec la Sainte. Soyons francs, par son humilité, ce petit recueil de souvenirs ne suscite pas le dixième d’émotions du livre de Véronique Olmi! Autrement dit il était nécessaire pour vraiment comprendre et ressentir le destin merveilleux de cette femme de passer par un grand roman, et j’ai pris conscience de l’immense travail d’imaginaire et de documentation de Véronique Olmi sur l’esclavage, le Soudan, l’institut des soeurs de Venise pour retranscrire à merveille la vraie vie de celle qui connut le pire et l’illumination. Bravo pour ce chef d’oeuvre !

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Un certain M.Piekielny

J’ai fait quelque chose de pas bien. Beaucoup d’entre vous vont hurler ou esquisser une moue méprisante, voilà : j’ai bâclé La promesse de l’Aube pour lire le roman de François-Henri Désérable. Nommons-le FHD, ça lui donne un côté BHL.
J’ai ainsi sélectionné les chapitres essentiels me permettant d’appréhender « Un certain M. Piekielny » sans passer pour une ignare attardée. Oui, j’ai donné l’avantage à mon contemporain plutôt qu’à son prédécesseur —pourtant très moderne pour son époque— parce que le premier n’est pas encore mort et mérite d’entendre des éloges avant de décéder.
Lire Francois-Henri Désérable. J’avais des a priori, un nom pareil, un ancien livre titré pompeusement « Evariste », un grand père vénitien -la chance- quand même tout cela faisait prétentieux, ou alors j’étais impressionnée, ou jalouse, je craignais une lecture hermétique et un étalage de connaissances, j’avais des a priori donc, mais une certaine curiosité de découvrir la plume de cet auteur qui a le même âge que moi, car oui ça y est, je suis arrivée à cet âge-là, celui où l’on peut connaître des écrivains du même âge que soi et qui ont une page Wikipedia. Ce qui m’a décidé c’est d’avoir fait un selfie boomerang avec FHD. Tous les auteurs ne sont pas forcément adeptes du selfie boomerang et soudain FHD et son roman m’ont paru tout à fait accessibles.
C’est ainsi que dès le début, ce roman m’a paru tellement familier de mon époque, de mon quotidien, que lire la biographie, autobiographie de Gary/Désérable, y trouver tant d’anecdotes, sentiments ou lieux géographiques communs, c’était un peu comme si j’étais le maillon suivant de la chaîne, d’où cette chronique où je parle de moi en parlant de FHD qui parle de lui en parlant de Romain Gary.
FHD commence son roman par une scène que j’ai bien connue, celle où un jeune homme part en voyage dans les pays de l’Est pour un enterrement de vie de garçon. Comme FHD, il y a deux ans, mon cher et tendre non plus n’avait pas eu le choix, « parce que vois-tu mon amour, qu’y pouvons nous si le futur marié est amateur de patins et de crosses, s’il rêve d’assister aux championnats du monde, et s’ils ont lieu cette année en Biélorussie où les filles sont si belles et si blondes et si promptes à se dévêtir ? » bon, tout le monde ne finit pas à Vilnius devant la maison de Gary. C’est pourtant ce qui arrive au narrateur qui se remémore alors une phrase de La promesse de l’aube : « Au n°16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait un certain M.Piekielny ». C’est à ce moment précis qu’il lance à la recherche de cette petite souris triste.
Parce qu’il a pressenti que je n’aurais pas lu La promesse de l’aube à temps, ou pour éviter tout handicap à son lectorat, FHD a pris un soin particulier à retranscrire tout ce que Gary a écrit sur Piekielny. Puis laissant ses pensées dériver et opérer des analogies logiques entre sa vie et celle de Gary, il entreprend de rassembler les rares pièces du puzzle Piekielny. Nous voici donc plongés entre Vilnius et Paris, entre Gary et Désérable.
FHD nous parle des études de Gary, celui-ci avait choisi droit, parce qu’il ne savait pas, pour faire plaisir à sa mère, alors qu’il va devenir un grand écrivain; cela nous renvoie à l’auteur, qui s’est également inscrit en fac, pour faire plaisir à sa mère, alors qu’il va devenir un grand écrivain; alors cela me renvoie à moi-même, qui me suis inscrite en fac, suis devenue dentiste, pour faire plaisir à ma mère, alors que je voudrais devenir une grande écrivaine. Gary n’a pas connu le succès tout de suite, comme FHD a essuyé vingt lettres de refus pour son premier manuscrit, comme j’en ai moi-même essuyé dix pour un premier roman que je viens d’envoyer (oui c’est un aveu, à prendre ou à laisser).
On a tous un Clément dans sa vie -comment ça pas vous?- on a tous été profondément marqué par le CPE, on a tous, à dix sept ans, détourné la phrase de Rimbaud, car oui on est trop sérieux quand on a 17 ans, et puis oui, on a tous trouvé que le titre du dernier FHD faisait penser à un certain monsieur Bikini.
Ce roman donc, en plus de nous faire partager la passion Gary, est un excellent jeu de miroirs entre l’auteur et son lecteur, une mise en abyme réjouissante, tout ça dans un style narratif drôlissime et aéré.
J’ai appris souvent, j’ai ri aux éclats parfois, mais j’ai vraiment lu. C’est bien moi qui ai lu et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon imagination.

L’auteur

François-Henri Désérable, né le 6 février 1987 à Amiens, est un écrivain et ancien joueur de hockey sur glace français. Pour le reste de sa biographie, vous pouvez lire son roman Un certain M.Piekielny.

« Les cours reprirent; je n’y retournai pas. On me croyait sur les bancs de la fac : j’étais à la bibliothèque où je lisais, j’écrivais. Je ne savais pas alors que toute ma vie allait tenir dans ces deux verbes, au point qu’elle se confondrait avec eux.

Le signe astrologique du roman

« Gary nous dit donc que M.Piekielny ressemblait à un souris triste, méticuleusement propre de sa personne et préoccupée. Il nous dit aussi qu’il avait l’air discret, effacé, pour ne pas dire absent. »

Avec si peu d’informations, M.Piekielny pourrait être capricorne. Saturnien pour cet air triste et préoccupé (les capricornes sont loin d’être exubérants, ils regardent le plus souvent leurs pieds) et capricorne aussi pour le méticuleusement soigné, les hommes capricornes n’en font pas des tonnes mais ont une certaine idée de l’élégance. Capricorne aussi pour sa discrétion, l’absence de traces qu’il a laissé… Jésus aussi était capricorne 🙂

Extraits choisis

A Venise, à propos de Canaletto, le peintre du tableau « La place Saint Marc » :

« Si le peintre, me dis-je, devait revenir aujourd’hui dans la cité des Doges, deux cent cinquante ans et quelques après sa mort, il ne serait pas complètement dépaysé.
Alors bien sûr il aurait sans doute quelques motifs de stupéfaction : il s’étonnerait certainement de voir des barques sans rames qui semblent mues par la seule force de l’esprit; il serait apeuré par ces insectes aux trajectoires si droites et qui laissent des nuages éphémères, le blanc jailli de leurs ailes finissant par se dissoudre dans le bleu du ciel; il s’inquiéterait de savoir où sont passés les Dalmates, les Albanais, les Flamands, les Grecs, les Milanais, les Tartares, les Mongols, et il se demanderait de quelles contrées lointaines proviennent ces hordes barbares portant des bananes autour de la taille, des chaussettes dans leurs sandales, leur inculture en bandoulière et, au bout d’une perche, cette drôle d’amulette qu’ils brandissent si souvent face à eux. »

« Qui n’a jamais entendu le cri d’une mère découvrant le corps sans vie de son enfant n’a jamais entendu de cri. »

« Qu’est-ce qu’un mensonge, sinon une variation subjective de la vérité ? »