Tu t’appelais Maria Schneider

Hier, je ne savais pas qui était Maria Schneider. Ce soir, j’ai envie de raconter sa vie à tout le monde (à vous conséquemment). Ne serait-ce pas le signe d’une exofiction réussie?

Qui de mieux que sa cousine, Vanessa Schneider, reporter au journal Le monde, pour la raconter, romancer l’existence de celle qui fascina tant les journaux de l’époque ?

Maria était actrice. Elle a vendu son âme à 20 ans dans le film qui l’a autant propulsée que détruite. Un dernier tango à Paris, de Bertolucci, aux côtés de Marlon Brando, 50 ans à l’époque. C’est à ce moment-là qu’elle est morte, mais c’est en 2011 qu’elle rendra son dernier souffle et que sa cousine commencera le récit.

Au nom de l’Art et surtout pour que le film fasse du bruit, pour que Maria simule parfaitement l’humiliation, Brando et le réalisateur ont manigancé une scène improvisée sans lui en parler. Le monde entier l’a ainsi découverte face contre terre, le postérieur enduit de beurre. Toute sa vie, les journalistes n’oublieront jamais de lui reparler du Tango et lui offrir des jeux de mots scabreux.  

Cette scène violente non écrite dans le script serait aujourd’hui punissable par la loi, mais la jeune Maria de l’époque n’avait pas conscience des retombées psychologiques que ce film aurait alors sur elle. 

Maria n’avait pas les armes pour supporter tant de pression, tant de médiatisation. Chassée par sa mère à 15 ans, un père (Daniel Gélin) qui ne l’a jamais reconnue, elle n’a pu que sombrer dans le désastre et la drogue dure. Après le Tango, elle ne tournera plus que complètement défoncée, offrant mille et un scandales à la presse avide de scoops. 

Pour mieux comprendre qui elle était, Vanessa Schneider retrace son parcours familial, leurs origines communes, une famille folle, engagée, des vrais et des faux enfants, des pères éparpillés. Le père de Vanessa était son oncle, et c’est chez eux que Maria s’est réfugiée à 15 ans. Quelques années plus tard, à la naissance de Vanessa justement, c’est Brigitte Bardot qui l’a accueillie en personne. Elle la soutiendra toute sa vie, Maria, sa petite protégée. D’autres personnalités jalonneront son existence et donc ce livre passionnant, on y croise Patti Smith, Alain Delon, Frederic Mitterand, Jean Seberg. Des soutiens indéfectibles, ceux qui l’aimaient et qui ont su lui dire.

L’écriture est parfaite, c’est celle que j’aime, un style fluide au service d’une narration concise, directe. Je vous le recommande !

Extrait choisi

Personne n’a écrit que tu étais partie en buvant du champagne, ta boisson favorite, la mienne aussi, celle qui fait oublier les meurtrissures de l’enfance et qui nimbe de joie les fêlures intimes des âmes trop sensibles. Tu t’en es allée au milieu des bulles et des éclats de rire, de visages aimants et de sourires pétillants. Debout, la tête haute, légèrement enivrée. Avec panache.

Le signe astrologique du roman

Lion! 

Pour le personnage flamboyant et la crinière de Maria, cette femme impétueuse et excessive. Le lion est un signe de feu, et ce roman dégage cet élément à chaque coin de page.

 

 

Pour qu’un ciel flamboie

« Et quand vient le soir, pour qu’un ciel flamboie, le rouge et le noir, ne s’épousent-ils pas ? »

Quarante ans que l’auteur de ces mots,  Jacques Brel, nous a quittés, vingt ans que Véronique de Fombelle a perdu son mari. Ce récit très émouvant à l’écriture magnifique retrace une très belle histoire d’amour qui aura duré vingt-sept ans, avant que la maladie ne la stoppe brutalement. Véronique revient sur la mort de Laurent, son partenaire, son ciel, sa vie, et offre une perspective de ce qu’est la vie après le bonheur : une multitude de petits bonheurs.

Profondément optimiste mais réaliste, lors du deuil, Véronique a naturellement repoussé la vie avant de la reprendre à nouveau et de s’y accrocher. Elle continue d’aimer son mari après la mort, le « rechoisit chaque matin », car c’est avec lui qu’elle veut continuer le chemin.

Elle avait encore quatre enfants à la maison lorsque Laurent est parti : pour elle, pour eux et pour les autres, elle est devenue thérapeute, spécialisée dans l’accompagnement affectif. Dotée d’une nature positive, elle nous apprend à se griser d’un rien, s’émerveiller d’un matin, et c’est ainsi que dans les pires épreuves la vie et son souffle surpuissant reprennent naturellement leurs droits.

Il était l’homme de ma vie. Parce qu’il donnait sens à cette vie qu’il rendait inattendue, drôle, touchante, créative, heureuse. Passionnée et passionnante.

Elle ne dit pas qu’il n’y a pas eu d’épreuves, sa vie de couple a été comme les autres, semée d’embûches ; elle avait simplement trouvé celui avec qui la vie n’était jamais fade,  dont elle admirait les idéaux, dont la fantaisie et la fibre artistique lui correspondaient.

Je sais aujourd’hui qu’il est dangereux de pactiser avec tout ce qui nous enténèbre : la peur, les soucis, le retour sur le passé, la culpabilité, la rancune. Le piège se referme vite. Mais j’ai constaté pourtant qu’il pouvait exister paradoxalement une sorte de soulagement, presque de douceur, à se laisser aller parfois à plonger -ponctuellement, tout le secret est là- dans la peine, l’inquiétude, la nostalgie. A jouer avec le feu en quelque sorte, et à constater que la lumière résiste.

Le signe astrologique du roman

Lion !

Un signe solaire pour ce livre et cette femme d’une élégance et dignité absolue, pour la façon dont elle rayonne autour d’elle son amour et goût de la vie. Son mari était son ciel, son tout, et il continue de l’être, même après la mort, le roman met en scène l’élévation de l’âme à tout niveau. D’une bienveillance chaleureuse, la résilience est transcendantale, le natif du Lion ne s’abaisse jamais, il combat, c’est un signe loyal et fidèle à ses principes. Son visage affiche confiance et joie de vivre.

L’auteure :

(source : L’iconoclaste)

Véronique de Fombelle se partage entre son métier, psychologue et thérapeute de couple, sa grande famille et ses amis. Passionnée de voyages et de découvertes, elle déborde d’une énergie et d’une curiosité communicatives. Pour qu’un ciel flamboie est son premier livre. Timothée de Fombelle, un  de ses fils, a publié Neverland en 2017 chez L’iconoclaste également.

 

Je ne suis pas une héroïne

« Un livre qui parle d’amour et d’identité française » résume Nicolas Fargues, évoquant son dernier roman.
« Un livre au pari risqué ! » me suis-je répétée durant la lecture.
Se mettre dans la peau d’une femme en évitant les poncifs était un défi audacieux et admirablement réussi. Au demeurant, un pari peut en cacher un autre, car l’auteur a décidé que sa narratrice serait noire.
Loin de vouloir faire de son roman un essai anti-raciste, Nicolas Fargues s’intéresse ici au multiculturalisme : omniprésent aujourd’hui, comment l’abordons-nous ? Sommes-nous si à l’aise derrière nos grands discours ? Comment cohabitons-nous ?

Géralde n’a pas grand chose à perdre en quittant Paris pour la Nouvelle Zélande afin de rejoindre Pierce qu’elle connait à peine. Elle est parisienne, trentenaire et collectionneuse d’échecs sentimentaux. En première partie de roman elle visite son passé sentimental, ses amies, sa mère. Idéologique, il y a beaucoup de nous dans Géralde. Tenant constamment ses amants en joue sur les sujets sensibles, (origines, politique, féminisme, cheveux) elle quitte l’autre à la moindre déception. Et ce n’est pas pour Pierce qu’elle fera exception dans la deuxième partie. Même à l’autre bout du monde, Géralde s’en va car rien ne répond à ses attentes. Sur la route du retour, elle croise Hadrien, prof de conférence. Plus âgé, plus subtil, elle ose en tomber amoureuse et ouvrir ainsi « la porte » qu’évoque Marguerite Duras dans « L’amant », la porte fermée, celle de notre coeur immense que si peu d’hommes méritent.

Ultra ancré dans notre époque, cette anti-héroïne avance et expérimente la vie entre deux Snaps et posts Instagram. Rire et réfléchir simultanément par ce roman était une expérience agréable et aboutie : c’est subtilement que ce livre emmène le lecteur à dépasser ses positions. J’admire l’acuité sociologique et féminine de l’auteur. Une très belle surprise !

Extrait choisi

Ces filles-là ne savent pas leur privilège, j’ai pensé. D’avoir la bonne couleur de peau, les bons cheveux, d’avoir passé le permis de conduire à vingt ans, appris à nager et à skier dans leur petite enfance aussi naturellement qu’on apprend à marcher. D’avoir eu leur premier rapport sexuel en toute tranquillité, sans s’être senties obligées de le dissimuler à la terre entière. D’avoir invité leur petit copain à dormir dans l’appartement familial en présence des parents et d’avoir eu par la suite des partenaires de lit aussi naturellement qu’on va faire ses courses ou qu’on prend le métro, sans que cela pose de problème à personne. De prendre la pilule chaque jour comme on avale un bonbon, de ne pas faire un drame d’un avortement si elles tombaient enceintes à un mauvais moment, avec les mots de consolation de maman en prime pour les désagréments subis. De bronzer seins à l’air sur les plages publiques en été. De n’avoir jamais ressenti la moindre honte pour rien. De n’avoir pas été emmenées, elles, de force à l’église chaque dimanche jusqu’à leurs dix-sept ans. D’avoir eu un papa présent et soucieux de leur bien-être. Des parents cool, modernes, tolérants, financièrement solvables et propriétaires de leur logement. D’être promises à devenir des héritières, propriétaires un jour à leur tour. De pouvoir divorcer er refaire leur vie sans que cela choque personne au sein de leur famille.

Le signe astrologique du roman

Lion. La chevelure de Géralde, ses « vanilles » qu’elle soigne et qu’elle oint d’huile, m’évoque les rayons du soleil symbole du signe.
Le Lion s’exhibe et brille. Ambitieux, solitaire et fier, il expose ses principes et son idéalisme, telle Géralde, que j’ai trouvée si entière, digne, soignée, droite. Signe de feu positif, le décor néo-zélandais grandiose et lumineux s’y accorde parfaitement.

Fugitive parce que reine

Premier grand coup de cœur 2018 avec Fugitive parce que reine de Violaine Huisman.

Il est question d’une mère et ses deux filles, de leur immense amour.
Ce roman a le génie de sa construction. Pour raconter sa mère, l’auteur ne commence ni par le début ni par la fin, mais par le milieu, c’est-à-dire sa mère comme elle l’a connue, jugée, aimée et détestée avant de la comprendre.

L’auteur nous livre cela dans une première partie, son enfance brutale, chaotique, le récit autobiographique de sa propre enfance, autour d’une mère que l’on dit d’emblée «malade» ou « maniaco-dépressive », un père qui leur rend visite le soir, irréprochable, intouchable, LE père, celui qui a l’argent, celui qui reste calme, celui qui mène sa vie. Une mère qui fait des crises, internée, une mère dont on vide les cendriers, une mère qui raconte des choses que l’on ne voudrait pas entendre, une mère fantasque dont on a honte et fière en même temps auprès des copines. Une mère que l’on aime, infiniment.
Et puis il y a une sœur aînée, qui nous tient les doigts pour s’endormir. Une sœur avec qui l’on partage cette mère un peu spéciale. Cette soeur qui ne quitte pas le roman, cet autre témoin de cette enfance si peu ordinaire.

Deuxième partie, on passe de l’autobiographie de Violaine à la biographie de Catherine, la mère. Et là tout s’éclaire. Catherine a eu mille vies avant d’avoir ses filles. Catherine danseuse, Catherine pauvre, Catherine différente aussi. Qui ne finit pas «maniacodépressif » avec un passé aussi surchargé ? Qui ne revendique pas sa liberté de femme, d’épouse, de mère après une enfance à l’hôpital, une mère distante, un père pervers, un mari excessif ? Six noms différents ?

Dans la troisième partie, Violaine devenue adulte reprend la narration, elle a le recul sur l’histoire et nous aussi, on fait désormais partie de l’histoire. Le roman se referme sur notre âme bouleversée.

C’est l’histoire sublime d’une femme extra-ordinaire dont la beauté n’avait d’égale que l’immense amour qu’elle portait en elle.
L’écriture est splendide, fluide, percutante, bouleversante. 
Magnifique premier roman !!

Le signe astrologique du roman

Lion ! Un signe de feu pour cette histoire de femme hors du commun ! Lion pour son endurance, pour son énergie, sa dignité aussi, son goût du spectacle et de la danse, son tempérament libre, colérique, hautain et condescendant parfois.
Une femme qui n’en ressemble à aucune autre, qui se distingue de la masse ne pouvait être classée dans aucune catégorie ! Il est impossible d’ignorer le Lion, c’est une personnalité spectaculaire qui fait forte impression, mais aussi chaleureuse et positive qui fait entrer le soleil dans la vie de ses proches. Le lion est quelqu’un qui nous agace mais dont on a du mal à se séparer !
Le lion aime l’argent, ce qui brille : Catherine ne pouvait se contenter d’une vie de provinciale, elle en voulait plus, elle n’a pas pu résister à tomber dans les bras d’un homme riche…
Le lion régit également la maison V, celle de la créativité, de l’art et du spectacle.

Extrait choisi

« Pour maman, être une mère suffisamment bonne n’avait rien d’une évidence. Aux demandes incessantes du nourrisson, à l’aliénation de la maternité, et aux bouleversements affectifs, à la crise identitaire que représentait le fait de devenir mère, vu son parcours, sa maladie, son passé, elle ne pouvait que répondre de manière violente, imprévisible, destructrice, mais aussi avec tout l’amour qu’elle n’avait pas reçu et rêvait de donner en retour. Cet amour fou, cette passion intenable que représentaient deux moutardes avec leurs emmerdements à tous âges, cet amour qui n’en finissait pas, qui ne pouvait finir, qui survivait à tous, flambait plus haut que tout, pardonnait tout, cet amour qui la faisait nous appeler, quand nous n’étions pas des petites connes ou des salopes ou des pétasses, mes chéries adorées que j’aime à la folie, cet amour la fit vivre autant qu’elle le put.

Nos richesses

De l’Algérie je ne connaissais que ce mon grand père avait bien voulu m’en dire, c’est-à dire-rien, car rien de la guerre n’est racontable à ses petits enfants.
Immersion à Alger des années 1830-1960 et d’aujourd’hui par ce roman. On suit le journal de bord d’Edmond Charlot, jeune éditeur passionné qui dans un minuscule local nommé « les vraies richesses » comme le roman éponyme de Giono, va imprimer romans et revues et éditer Albert Camus pour la première fois.

Parallèlement au contexte historique de la seconde guerre et de la guerre d’Algérie, Ryad, 20 ans en 2017, est chargé de vider la fameuse librairie. Abdallah, le maître des lieux, va lui narrer l’histoire de ce lieu connu des habitants.

Mon avis

J’ai été très touchée par l’obsession forcenée de Charlot à ne jamais baisser les bras devant le contexte extrêmement difficile des deux guerres qu’il a traversé, la censure, les attentats, le manque de moyens, de papier. Très intéressée aussi d’observer les grands auteurs du siècle, Camus, Gide, discuter entre eux entre Alger et Paris.

C’est un roman d’une grande maturité, documenté et enrichissant, aéré aussi, très bien écrit. Mais difficile d’en faire un coup de coeur, trop froid, trop lisse (à mon goût).

A mes yeux son défaut est sa principale caractéristique : ce roman manque de coeur, d’envolée personnelle, l’auteure est totalement absente du récit, on la devine à peine dans le « nous » de la narration.  A se tenir à distance de son propre roman, elle prend le risque d’y laisser son lecteur un peu à côté aussi. C’est son choix.

Si ce n’est donc à l’auteur et à ses mots que l’on ne s’attache, on ne peut que s’éprendre et revisiter les romans dont E. Charlot parle avec ferveur : je me suis ruée sur Giono pour le découvrir, feuilleter « Les vraies richesses », lui-même écrit après les réactions suscitées par « Que ma joie demeure ». Et c’est cela que démontre ce roman, que chaque livre est lié à un autre, et encore un autre. La littérature est une chaine sans fin.

Extrait choisi

« Nous devenons des fanatiques, des ingrats, des enfants manipulés. Nos attentats sont lâches, nos crimes odieux et nous sommes indignes de la France. De jeunes hommes, à moitié nus, sont tirés de leur lit et embarqués dans des cars de police. On ne traine plus. Le couvre feu est là. Nous sommes tous menacés et surveillés. Des bagarres éclatent, à coups de poing ou de tête. Dans les cafés, nous ne jouons plus aux cartes le soir. Les marchands de beignets baissent la tête lorsque les militaires passent devant eux. Les ultras d’Algérie tractent à tout va. Partout des menaces et des grèves. C’est le temps des regards de haine et de peur, de frustration et de colère. Un mélange épais qui nous enveloppe, nous submerge. Plus jamais, nous ne dormirons en paix. »

Le signe astrologique du roman

Lion ! Un signe solaire, élément feu pour ce roman optimiste et baigné de la chaleur d’Alger.
Ce signe est régi par le soleil : le soleil est la force de vie,  le moi indestructible, à l’instar de la librairie d’Edmond Charlot, qui malgré l’occupation et les faillites est toujours ressortie de ses cendres. Le lion est connu pour son endurance, sa fierté, son enthousiasme.
Le lion appartient à la maison V, la maison de la créativité, de l’expression personnelle… Quelle maison représente mieux le monde de l’édition que celle-ci?