Tenir jusqu’à l’aube

Ouverture de bal avec la grande Carole Fives !

Fan de cette auteure, j’ouvre ce roman le coeur battant, je caresse sa couverture glacée et sublime. Puis je lis le résumé « Une jeune mère célibataire s’occupe de son fils de deux ans (…) pour échapper à l’étouffement, la mère s’autorise à fuguer certaines nuits. (…) Comme la chèvre de monsieur Seguin, elle tire sur la corde, mais pour combien de temps encore ?»

Mouvement de recul, d’effroi, ce roman réveille une horreur à peine enfouie, ceux qui me suivent le savent, j’ai été traumatisée par « La petite famille », traitant d’un sujet similaire, la détresse d’une jeune mère, à la fin plus ignoble que vos pires cauchemars. 

Ça commençait donc mal, surtout que le parallèle avec La chèvre de Monsieur Seguin me rappelait une autre déception, le livre de G. Delacourt sur une femme censée danser au bord de l’abîme avec son amant et qui finalement s’ennuie dans un camping.

J’ai alors opté pour le coup de fil à une amie. 

« Allô @Loupbouquin, ici Agathe the Book. Dis-moi, ça finit comment « Tenir jusqu’à l’aube » stp ?

— T’inquiète ma belle, tu peux le lire tranquille. Vraiment, c’est surtout la psychologie de la mère qui est explorée, pas d’horreurs, fais moi confiance. » 

Voilà l’amitié Bookstagram, des gens qui vous connaissent, vous rassurent, pas besoin de reprendre l’antécédent de vos névroses livresques.

J’ai donc lu ce roman, sereinement, les yeux ouverts sur ce thème très sensible. Il pointe la solitude, la détresse sournoise, les difficultés sociales et financières de notre époque où les mères ne se serrent plus les coudes toutes ensemble, leurs petits dans les pattes pendant qu’elles essorent les draps. Non ce n’était pas forcément plus facile avant, mais aujourd’hui, à part crier sa solitude sur les forums, à qui s’adresser quand on est seule, où se rendre à part ce square du bout de la rue qu’on ne peut plus voir en peinture ? Pourquoi est-ce encore aujourd’hui les pères qui se désabonnent de l’engagement parental comme on résilie une ligne téléphonique ? Bien sûr qu’il était primordial de parler de ce sujet, et surtout avec la talentueuse plume de Carole Fives, moderne et aiguisée, jamais plombante. Je vous le recommande.

Mes 7 livres marquants

Challenge prescription médicale, ordonnance faite par Charlotte Milandri que je remercie.
Un livre marquant par jour pendant 7 jours.
Forcément je vous mets les 7 d’un coup car je suis une grande rebelle.

L’été provoque souvent l’envie de faire des bilans et des remises en question, c’était l’occasion de fureter dans ma bibliothèque, de replonger dans des sensations inédites et d’avoir la réponse toute prête à cette question que l’on me pose parfois. Et toi Agathe, quels sont les livres qui t’ont marquée ? Euuu… (panique totale, aucun titre ne me venant à l’esprit)

Un livre marquant c’est quoi ?

Les livres marquants sont ceux qui vous changent et vous transforment. Ils sont ceux que je pourrais emmener sur une île déserte ou éventuellement dans ma pierre tombale —s’il faut vraiment passer par là.
Notons qu’il est beaucoup plus confortable d’en donner sept qu’un seul, car il est très difficile de trouver LE livre qui nous représente complètement, même 7 titres c’est encore trop peu. Il manque Kundera, Foenkinos, Ducrozet, Ernaux, Bourdeaut et tant d’autres à cette liste… Cela rejoint d’ailleurs ma théorie sur les tatouages, (petite digression) je connais très peu de gens qui n’en ont qu’un, et ces derniers projettent souvent d’en faire un autre, car un seul dessin est insuffisant pour définir les êtres complexes que nous sommes; voilà pourquoi on peut se retrouver la peau couverte d’encre ou mourir sous une pile de livres… grâce à notre immense complexité d’âme.

Pour ma part, je ne pense pas avoir des goûts très hétéroclites, je suis plutôt du genre passionnée, j’aime les premiers romans, les textes initiatiques, les jeunes auteurs, amoureux, décomplexés et sincères. Je suis loin d’être une intello de service comme le pensent mes proches qui ne lisent pas et qui ne savent pas à quel point les pages qui m’accaparent regorgent d’humour, de sexe et de psychologie humaine.

Pour moi un livre marquant doit être avant tout accessible un tant soit peu et ne jamais essayer de larguer son lecteur, tout en nous bluffant. Il doit nous procurer un état de grâce, nous faire voler, nous transcender. C’est ce qu’il m’est arrivé avec ces livres-là. Après eux, je n’ai plus été tout à fait la même.

N’ayant fait aucune étude littéraire, mes livres marquants ne sont ni Flaubert, ni Cohen, ni Proust. J’essaie régulièrement de les lire mais la magie n’opère pas. Pour Proust, une fois arrivée à l’épisode de la madeleine, je n’étais plus intéressée; (c’était la page 50/1200). Mea culpa.
Globalement, j’ai besoin de me sentir concernée dans mon époque. J’aime la littérature d’aujourd’hui, j’aime ces auteurs minimalistes au regard neuf qui ne m’emmènent pas dans des époques révolues et des descriptions géographiques à dormir debout. Je ne suis pas une nostalgique, je me dis que les meilleurs livres ne sont pas encore écrits. Conséquemment, je ne prône aucun élitisme, je ne critique jamais ceux qui lisent les auteurs à succès ou livres dits commerciaux.

Mes livres

  • Commençons par Beigbeder qui fait partie de mon top 7. On peut lui jeter la pierre Pierre, mais heureusement qu’il était là pour dépoussiérer la littérature, pour que chacun réalise que oui, lire et écrire, c’est fun, c’est ultra ouvert, on peut faire ce qu’on veut avec les mots aujourd’hui. Ce n’est pas réservé aux vieux sages à lunettes. Tout le monde peut le lire et se retrouver dans ses textes sans avoir fait Kâgnes, il ne sombre jamais dans le pathos, il ironise pour toucher son lecteur, pour autant il assure un certain niveau de syntaxe et de vocabulaire.
    Mon exemplaire de L’amour dure trois ans en Folio est d’époque et j’en ai souligné l’intégralité. Je l’ai lu en post adolescence, j’ai trouvé ce roman audacieux, je voulais que tout le monde le lise. Il est bourré d’aphorismes intemporels. Il est drôle et réaliste. Beigbeder m’a ouvert une grande fenêtre de possibles. Malgré la voie scientifique que j’avais choisie, il m’a donnée la joie d’aimer lire et l’envie d’écrire. Je l’assume sans problème, ma passion est venue grâce à lui, (comme sans doutes plein de midinettes), et je l’admire éternellement.

 

  • À la même période et un peu dans le même style, j’ai lu « Hell » de Lolita Pille, (quelqu’un pourrait me dire ce qu’elle est devenue ?) et ce drame moderne a été une grande claque pour la jeune fille que j’étais. À l’époque il a fait grand bruit, et même si aujourd’hui il est devenu peut-être un peu désuet, notamment le thème de la jeunesse dorée maintes fois exploré depuis, quand vous avez vingt ans et que la première phrase de votre roman chez Grasset est « Je suis une pétasse », le livre a intérêt d’être costaud. Et il l’est. Trash, sombre, mais unique. Et elle me manque cette Lolita !

 

  • Quand je suis follement tombée amoureuse j’ai lu « Le diable au corps » de Raymond Radiguet (peut-on le considérer comme un classique celui-ci et par la même occasion sauver mon honneur ?) Je ne l’ai lu qu’une seule fois et pourtant ses phrases se sont gravées intégralement en moi, notamment la dernière, sur l’ordre qui revient toujours se remettre de lui-même autour des choses. Chef-d’œuvre d’un génie parti trop tôt.

 

  • Heureusement Radiguet a ressuscité sous le nom de Sacha Sperling, (Radiguet croisé avec Rimbaud). À 18 ans, il pondait cette petite merveille « Mes illusions donnent sur la cour », une poésie et un style unique, j’ai su immédiatement que je lirai tous ses livres jusqu’à la mort.

 

  • Et puis j’ai découvert Alice Ferney, une bombe atomique de la littérature, «L’élégance des veuves » est l’indispensable à lire après une maternité. Cet ensemble de tableaux familiaux explore l’amour maternel, sa pureté, son intransigeance aussi, il est à la fois court et superbe, il m’a marqué à vie.

 

  • En 2017, j’ai clôturé l’année sur « L’avancée de la nuit » de Jakuta Alikavasovic, une histoire d’amour mêlé au lien mère-fille, il n’en fallait pas tant pour me subjuguer. Une lecture un peu exigeante mais quel souffle, quelle grâce !

 

  • La grâce, je l’ai aussi ressentie très récemment avec « Fils du Feu » de Guy Boley, c’est comme si d’un coup je croyais en Dieu. (Le dieu de la lecture peut-être ?). L’auteur écrivait son premier roman à 64 ans en 2016, et c’est comme s’il prenait son souffle à la première ligne et qu’il finissait d’expirer à la dernière.
    J’ai senti que mon coeur s’arrêtait et que je venais de lire un roman inoubliable.

Et vous, quels sont vos romans marquants ? J’invite tous les motivés !

A très vite pour la rentrée littéraire !

 

 

Bilan 1er semestre 2018 / Recommandations pour l’été

Je vous le concède, j’ai eu un mal fou à choisir. Les livres sur cette photo sont ceux dont je ne pouvais vraiment pas me passer. Parce qu’ils ont marqué cette première moitié de l’année, parce qu’ils m’ont bouleversée, parce qu’ils ont ouvert des possibilités que je connaissais pas. Ils sont tous habités par la sincérité et la qualité. J’en ai aimé beaucoup d’autres, mais voilà, choisir c’est renoncer.

J’ai fait deux piles, -je n’ai pas de pile préférée- car beaucoup d’entre vous  ne veulent pas forcément connaître les livres qui m’ont fait moi agathe the book le plus vibrer mais quels sont ceux que vous devez acheter pour cet été. Et je vous comprends !

Il y a donc la pile de droite de livres compatibles avec les vacances et l’idée de s’aérer l’esprit sans pour autant être taxés de légers, et la pile de gauche, la pile de ceux qui ne sauraient être appréciés à leur juste valeur entre un mojito et un match de raquettes, ne pouvant souffrir d’une ambiance estivale décompressive. Ils ne sont pas « plus sérieux, moins drôles, moins bien », au contraire, je ne veux simplement pas être de mauvais conseil à cause d’une inadéquation d’ambiance. Ça dépend aussi de votre été, me direz-vous, certains ne partent pas sous une ambiance darladidadada et en profitent justement pour lire des choses plus spécifiques. C’est pour cette raison que je les détaille tous ci-dessous, à vous de vous faire votre idée.

Pour résumer, ceux de la pile de droite pourraient aller à gauche, dans le bilan semestriel des coups de coeur, mais pas l’inverse. (je vous ai perdus).

Voici donc le détail des deux piles, succinctement. ⇒ Ce qu’ils représentent pour moi, pour qui ils s’adressent, et le lien vers la chronique complète.

La pile de gauche : Des magnifiques romans, spécifiques ou chefs d’oeuvres, mais pas forcément « estivaux » 

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En détail :

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Je n’aime pas classer les livres mais si je devais n’en retenir qu’un : ce serait Fugitive parce que reine. C’est pour moi le livre le plus bouleversant de cette moitié 2018, sans doute parce qu’il est auto/biographique.

Pour qui : ceux qui aiment les histoires de famille, les liens mère-fille, les récits testaments.  En savoir + ici.

 

 

fullsizerenderL’autre qu’on adorait, de Catherine Cusset, ayant remporté notre distinction estivale « L’été en Poche des Blogueurs littéraires 2018 », et célébré par Folio le 21 juin, jour de l’été !

Pour qui : ceux qui aiment les portraits d’hommes attachants et dramatiques, de la même manière que Fugitive parce que reine, en version masculine, un livre introspectif, un récit inoubliable. En savoir + ici.

 

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Roman coup de poing, une claque, sorte de conte contemporain entre cette jeune fille qui n’en finit pas de manger et grossir.

Pour qui : ceux qui aiment les romans allégoriques de notre société, servis par une plume magistrale.

En savoir + ici.

 

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L’histoire de cet homme soumis psychologiquement à sa femme raconté par la terrible Claire Castillon est terrifiant, rarement lu un livre qui vous fait autant réfléchir.

Pour qui : ceux qui aiment les relations homme-femme, les livres chocs, qui bouleversent les codes. En savoir + ici.

 

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Eparse ressemble à un recueil de pensées à picorer, grossière erreur, c’est un roman très soigné et construit à lire avec beaucoup d’attention.

Pour qui : ceux qui veulent s’ancrer dans notre époque, jouer avec les mots et les maux de la vie sentimentale.

En savoir +

 

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Une réflexion philosophique sur la place du visage dans notre société, que sommes-nous sans la beauté? Où placer notre âme ?

Pour qui : ceux qui aiment les univers oniriques et complètement déjantés, en quête d’absolu.

En savoir + ici.

 

FullSizeRender-4Avec ce roman, ça passe ou ça casse. Certains crient au scandale quand moi je transfère et transpose complètement sur ce récit d’adolescente. Le Goncourt l’a placé dans sa sélection pour l’été. Merci les 68 premières fois pour la découverte !

Pour qui : celles qui veulent se reconnaître dans les relations d’amitié fusionnelle et destructrice. En savoir + ici.

 

imageLu récemment et heureusement, un récit sublime, envoûtant, très fort et indispensable. L’histoire d’un viol d’une petite fille, l’histoire d’une résilience par l’écriture.

Pour qui : pour tous, pour comprendre, pour ressentir, avertir. A lire concentré et au calme.

En savoir + ici.

 

IMG_9992Un court roman sur Orphée parti à la recherche de son Eurydice.

Pour qui : ceux désireux dé découvrir un mix entre mythologie et nuit parisienne. En savoir + ici.

 

 

La pile de droite : Des livres impossibles à lâcher que je vous recommande pour cet été, à emmener en vacances en toute sécurité 

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En détail :

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Vous aviez été très emballés par ma chronique, (gros pic dans mes stats) sûrement aviez-vous ressenti mon engouement terrible pour ce roman. Il possède tous les ingrédients pour que vous le lisiez en deux heures sans vous arrêter.

Pour qui : ceux qui aiment les histoires romanesques et les histoires d’amour impossibles. En savoir + ici.

 

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Comme le précédent, ceux qui l’ont lu l’ont approuvé. Non ce n’est pas un feel-good mais si le feel-good fait lire alors tant mieux. Comme le précédent, je l’ai dévoré et fini en larmes. Un roman sincère et un message positif.

Pour qui : Ceux qui aiment les parcours de femmes incroyables. En savoir + ici.

 

FullSizeRenderQuand je l’ai lu en hiver je me souviens avoir pensé qu’il était sorti trop tôt et que je le conseillerais volontiers pour cet été. Un roman haletant, sorte de thriller psychologique entre une jeune fille et les membres d’une jeunesse dorée.

Pour qui : ceux qui aiment les récits prenants et qui projettent de partir au bassin d’Arcachon 😉

En savoir + ici 

 

img_2429.jpgUn roman italien d’un souffle volcanique, impétueux. Commencé en larmes, fini en larmes. Le croisement de deux maternités, une accouchant sous X et l’autre n’arrivant pas à tomber enceinte. Superbe !

Pour qui : ceux qui aiment les ambiances réalistes de jeunesses italiennes, les combats de femme.

En savoir + ici.

 

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Tout ce que j’attends de la littérature française : un récit psycho-romanesque, les histoires de familles, des réflexions actuelles, de l’humour, de la sincérité… et surtout de la fraîcheur ! Roman estival mais pas que.

Pour qui : ceux qui aiment les histoires trans-générationnelles, les secrets de famille, le goût de l’écriture… et Saint tropez !

En savoir + ici.

 

FullSizeRender-4.jpgSi vous ne connaissez pas encore le talent et l’humour d’Anne Akrich, c’est le moment de succomber! Hilarant, le mot est léger. Son avant-dernier (Il faut se méfier des hommes nus) est sorti en Poche et se déroule à Tahiti…

Pour qui : ceux qui n’ont pas peur de dépasser les tabous et la bienséance autour de la maternité intouchable… Résolument moderne, servi par une plume parfaite. En savoir + ici.

 

Les deux commis d’office

Je pars du principe que je vous en ai déjà beaucoup beaucoup parlé à travers des chroniques dithyrambiques, mais sachez que mes deux grands écrivains chouchou ont sorti un roman dans ce premier semestre et je les ai adorés. Parce que je n’arrive pas à être objective ou peut-être aussi parce qu’ils n’ont pas besoin de moi je ne les ai pas mis sur la photo car ils ne peuvent pas bouger de mon coeur… (oui c’est mon coté fleur bleue).

Evidemment qu’ils sont à lire !!!!!!

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Entre cellules souches et critique acerbe de notre époque, un roman grinçant et documenté, riche et construit que j’ai dévoré.

Pour qui : ceux qui ne veulent pas mourir.

En savoir + ici.

 

FullSizeRender-5Quand l’art nous sauve, David Foenkinos n’est jamais bien loin.

Pour qui : ceux qui aiment les histoires de vie, subtiles et sublimes.

Si vous aviez loupé la chronique de la groupie elle est ici…

Une Mère Modèle

Dans la catégorie « Meilleure interprétation psychologique féminine de l’année » je nomine Pierre Linhart!
Un coup de cœur pour ce portrait de mère dévorante, un texte riche de thématiques et de dialogues tous plus fins les uns que les autres.
Florence vit à Paris avec son fils, son mari William ayant obtenu un poste prestigieux à New York. Tiraillée entre être une mauvaise mère, mauvaise épouse, mauvaise musicienne, Florence se remet en question et à fumer.
Quand Moussa, un jeune ami de son fils Joachim vient goûter les soirs chez elle après l’école, elle décide d’être avec lui ce qu’elle n’a jamais été avec quiconque. Moussa incarne le frère que Joachim n’a jamais eu, le petit garçon musicien que Joachim n’a jamais voulu être, ou encore la soeur que Florence a perdue. On entre alors dans les dédales de son errance psychique et c’est très percutant. Un excellent premier roman, très contemporain, drôle et sensible, sur la place de la mère et son épanouissement dans la famille.  À lire et à faire lire à vos hommes…

Le signe astrologique du roman

Balance. La balance est la reine des relations humaines, rien ne la fascine autant que trouver le juste équilibre entre deux personnes. Elle dissèque le moindre sentiment. Elle rêve d’harmonie et pourtant, elle est souvent prise entre deux eaux, pouvant mettre des années avant d’imposer ses opinions. C’est exactement ce qui arrive à Florence.

D’autre part, la Balance est le signe musical et lyrique par excellence. Elle ne cherche pas forcément à se mettre en avant, et l’héroïne du roman, musicienne, fait partie de l’orchestre sans jamais participer aux spectacles. Elle est fine, solaire, amoureuse et très drôle, comme toute bonne vénusienne qui se respecte.

Exrait choisi

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Planète Porn

Pour scénariser cette photo j’ai d’abord sorti toute ma collection de sex-toys et puis je me suis dit que j’allais me faire signaler.
Non je blague… Je voulais juste capter votre attention sur un sujet qui me tient très à cœur depuis des années, depuis que j’ai découvert l’existence de Youporn, année 2007 je crois, comme l’auteure de ce remarquable essai.
Des livres sur le monde du porno il n’en manque pas, mais l’angle choisi ici rejoint mon questionnement depuis toujours :

A quoi mène cette banalisation du porno ?

Il est encore honteux et tabou (surtout pour les femmes) d’avouer aller sur les sites X, mais jusqu’à quand? Faut-il vraiment le banaliser ? Militer contre le porno vous fera passer pour une frigide /obsédée refoulée/ mal baisée tellement le sujet est complexe et l’industrie du X intouchable.

J’ai longtemps été incapable de verbaliser concrètement ce qui me gênait, non pas l’existence du porno en lui même, ni même ses catégories, je suis tout à fait ravie qu’il existe, c’est un terrain infini de fantasmes et de projections inconscientes pour les adultes demandeurs et avertis.

Mes deux craintes principales étant liées :

  • Au désir et à la libido : à quel degré le porno tue-t-il l’excitation, jusqu’à devenir addictif ?  Certains ne pourraient plus jouir autrement que devant leur écran, le réflexe libidinal s’étant adapté. On traite toutes les addictions, la drogue, la clope, l’alcool, mais le porno à haute dose, comment se traite-t-il? Seulement vingt personnes par an consultent pour s’en faire soigner, les autres vivent avec et certains en deviennent fous, s’isolent et se désinsèrent socialement, comme toute addiction.  Le porno est-il nocif ? « Trop de porno tue le désir » devrait-on mentionner en gros sur les vidéos, avec l’image d’un mec au sexe mou et à une nana en pleurs, comme sur les paquets de clope. Car comment fait-on pour vivre sans désir ? C’est le désir qui gouverne tout, nos ambitions, nos projets, le désir est le moteur principal de la vie.  Le monde entier ferme les yeux. Pendant ce temps-là nous laissons nos enfants taper « sexe » sur Google et surfer en toute impunité entre les catégories deep throat, dp, doggie style et j’en passe. Arrive donc ma deuxième grande préoccupation :

 

  • L’éducation sexuelle de mes enfants. Comment expliquer à mes filles que le porno n’est pas la réalité, comment faire comprendre à un garçon, que ce n’est pas forcément ça, un coït réussi, une taille de sexe normale. En fait, dans la vie tout est matière à transposer, je suis bien triste que mes filles découvrent le sexe autrement que comme je l’ai découvert. Sur ce sujet il ne peut y avoir aucune transmission. Leurs premiers émois seront différents des miens. Il y a eu une véritable rupture entre nos deux générations. Je me sens donc incapable de conseiller mes filles et guider leur sexualité. Ma génération est née sans internet et sans porno, elle a dû apprendre à composer, à s’adapter. J’essaie de comprendre comment la nouvelle appréhende le sexe, comment des images parfois d’une violence inouïe peuvent guider leur désir sans l’inhiber.
    Il est trop tard pour légiférer, pour limiter l’accès, si facile, si rapide, car financièrement le porno régente Google et les plus grandes entreprises. Passé cette considération déprimante, l’espoir revient, avec l’idée que le désir triomphe toujours, mais autrement.

Si tout doit passer par la pornographie, espérons qu’elle stimule correctement les consciences. Que les images soient belles et réalistes, que la vision de l’orgasme ne soit plus essentiellement machiste. Prions pour que la pornographie stimule les couples en panne, redonne du peps dans la tendresse, quitte à regarder des films pornos à deux —le tout étant de savoir s’entendre sur les catégories.
Visiblement, et c’est assez rassurant, la tendance est au naturel d’après l’enquête de Marie Maurisse. La catégorie la plus prisée est la catégorie amateur, les gens prisent énormément cette proximité avec des gens « comme tout le monde », croiser dans la rue une fille au physique « normal » qui a soudain très envie de coucher avec vous, les internautes en raffolent.

Marie Meurisse, journaliste pour Le Monde, a enquêté pendant plusieurs années sur l’histoire et la conséquence de l’accès au porno. Elle a voyagé et interviewé des acteurs, des professeurs, des amateurs de porno. Elle a recueilli des données inédites, des statistiques, et nous les livre dans ce remarquable essai. « Youporn c’est le centre du monde » lui scande un acteur porno devenu réalisateur.

En France une fille majeure gagne minimum 150 euros pour une scène amateur d’une demie heure, deux fois plus en Hongrie, et 1000 dollars en Californie pour une scène en studio. La plupart des acteurs prennent du viagra ou se piquent dans l’aine avec des substances dangereuses. En fait, l’envers du décor et les tournages en eux mêmes ne sont ni beaux ni excitants, d’après la journaliste qui a assisté à l’un d’entre eux. Les actrices sont tristes, et les acteurs consternants.

Puis Marie Maurisse s’intéresse à Mindgeek, cet empire intouchable et impénétrable. Elle enquête sur son fondateur Fabian Thylmann et l’arrivée au sommet de ce géant, sa façon de diriger le monde du X, les fortunes qu’il génère, la pauvreté qu’il engendre. Elle dit quelque chose de très juste, Mindgeek est en tout point comparable à Amazon par ex, un géant qui mange tout, arrive chez vous à la vitesse de l’éclair et appauvrit les petits producteurs.
Elle confirme aussi que d’après les médias, tout le monde s’accorde pour dire que l’addiction au porno est devenu le mal du siècle. La porno dépendance est omniprésente. Dans le dernier chapitre, vous découvrirez la position d’Emmanuel Macron sur le sujet…
Je ne vais pas tout vous spolier, le livre de Marie Maurisse regorge de faits, chiffres, et interviews passionnantes sur ce sujet pas assez défriché.
Lisez le vite !