Marx et la poupée, Maryam Madjidi

Mais… Pourquoi n’avais-je pas lu ce roman avant ? Sublime texte au souffle immense que je vous recommande absolument. 

Maryam, l’auteure, a vécu plusieurs naissances. L’Iran, la France, l’Iran encore. Dans le ventre de sa mère engagée, le sang de la révolution l’alimentait au cordon. Lors d’une manifestation, sa mère saute du 2ème étage pour échapper aux Bassidji, enceinte de 7 mois. « Elle saute et je tombe. Tu me jettes hors de moi. Mon premier abandon, ma première blessure d’amour. »

Six ans plus tard, après avoir fait circuler des tracts communistes dans ses couches, donné tous ses jouets aux enfants pauvres, dont sa poupée préférée, elle débarque avec sa famille à Paris. 15 m2. L’exil, une langue nouvelle. Son pays lui manque, sa grand-mère aussi, elle cauchemarde, ne mange rien, ne veut pas dire un mot, et sa mère dont les rêves se sont évanouis n’est pas plus bavarde.

« Une nuit, elle en est sûre, elle a vu sa mère dans le jardin, enterrer tous ses rêves, un par un, à côté de ses jouets à elle. »

Quand enfin elle s’intègre à ses camarades, son père lui reproche de ne plus vouloir parler persan à la maison. L’exil est sans fin, l’exil est toute sa vie. En France, elle se sent iranienne. Quand elle retourne en Iran, elle se sent française. Apprend-on à vivre un jour avec le déracinement ?
De par ses souvenirs et ses voyages, ce livre est surtout un voyage enivrant en Iran et une déclaration d’amour à Téhéran. Ses couleurs, sa cuisine, ses épices. L’Iran, ce pays du paradoxe, où le désir est maintenu aussi haut que sa répression. Les femmes sont extrêmement soignées, lascives, cachées, l’effervescence grouille sous les voiles et entre les frôlements de mains. Le soir, les maisons fermées recèlent des fêtes à faire pâlir l’Occident. Mais vous promener en ville avec un ami la journée vous mènera directement en prison.

« C’était le premier voyage, le premier retour à la terre-mère, la première descente vers l’origine. Une descente ou une chute, je ne sais pas. J’ai failli perdre la tête. J’ai glissé sur mon identité. Je suis tombée. »

Maryam est devenue cette femme aux deux cultures, française, donc libre et cultivée, et iranienne, séductrice, romanesque, envoûtante. Extrêmement meurtrie d’un double déracinement, soumise aux dérives de sa nostalgie, ce roman est écrit avec une émotion intense qui vous embarque sans concession.

J’ai beaucoup aimé la construction du récit, qui change habilement de forme (poésie, conte, souvenirs, journal) et de pronom narratif, amenant une fine poésie, tout cela très justement dosé pour ne pas nous lasser et nous tenir en haleine jusqu’à la fin, avec des fils qu’on tire et que l’on dénoue petit à petit entre les parties.

Grand coup de coeur, à lire et à offrir !

Où vivre, de Carole Zalberg

Quelle joie de retrouver Carole Zalberg et sa plume parfaite dans ce roman choral autour de l’après-guerre en Israël.

C’est l’histoire d’une famille juive éclatée. À l’origine, deux soeurs, Anna et Lena, la première reste en France quand la seconde décide de retourner sur la terre de ses origines et reconstruire le Kibboutz (communauté agricole de sionistes partageant les lieux et les récoltes). Lena s’unit à Joachim et tous deux travaillent très dur. 

« Je n’aime pas me souvenir de mes mains fines et soignées sur le piano de Grand-mère. Je n’aime pas ne pas m’autoriser à dire que les romans, la peinture, un certain raffinement me manquent. Et aussi la légèreté. Je ne suis pas sûre d’aimer non plus être cette fille robuste et dévouée à sa cause. »

Et pourtant, malgré les sacrifices, Lena, engagée et militante, restera en Palestine, et donnera trois garçons à Joachim.

Chacun prendra la parole dans le récit. Comme Noam, échappé aux Etats-unis et revenu dans son pays avec sa jeune épouse pour hélas subir un accident de voiture terrible. C’est à lui que s’adresse Marie, la narratrice du roman, sa cousine française, qui essaie aujourd’hui de comprendre comment une même famille, mais aussi une même communauté, juive, peut vivre ainsi dispersée, chacun à l’autre bout du monde. L’assassinat de Yitzhak Rabin en 1995 à Tel-Aviv, ce premier ministre israélien assassiné par un juif, confirmera la difficulté d’union et donc de paix, malgré l’espoir permanent de ses personnages et de l’auteur.

Un roman court et dense, foisonnant, un sujet dur mais nécessaire pour comprendre. Personnellement j’ai beaucoup appris. Une très belle lecture.

Résultats du 1er tour des Grand Prix des Blogueurs Littéraires 2018

C’est le jour des résultats du premier tour !!!

Voici les 10 romans de littérature française de 2018 les plus nommés par les lecteurs connectés (blogueurs, bookstagrameurs, et autres réseaux sociaux littéraires).

Vous avez été 385 à nommer vos coups de coeur et nous vous en remercions infiniment ! Merci également à la précieuse @livresselitteraire qui a dépouillé les derniers bulletins virtuels jusqu’à minuit, le classement était très serré.

Après de multiples vérifications, voici la liste des auteurs du Top 10, attention cette liste est classée par ordre alphabétique afin de ne pas vous influencer pour le deuxième tour.

Vous pourrez voter et choisir un roman parmi les 10 à partir du 25 novembre via un nouveau formulaire sur le site grandprixdesblogueurslitteraires.com. (Bien sûr, vous pouvez voter pour le deuxième tour même si vous n’avez pas voté au premier.)

Voici donc les dix titres que vous avez le plus plébiscités :

  • Eparse de Lisa Balavoine
  • Avec toutes mes sympathies d’Olivia De Lamberterie
  • Les loyautés de Delphine De Vigan
  • La vraie vie de Adeline Dieudonné
  • Fugitive parce que Reine de Violaine Huisman
  • Une longue impatience de Gaëlle Josse
  • Le lambeau de Philippe Lançon
  • Einstein, le sexe et moi d’Olivier Liron
  • Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu
  • Ta vie ou la mienne de Guillaume Para

Inutile de vous préciser que Sujet Inconnu, Trancher, Douce, Ça raconte Sarah, Les couleurs de l’incendie, Les Indifférents, Douce, Simple, Chien-loup et Vers la beauté n’étaient pas très loin dans le palmarès, hélas il n’en fallait que dix, deux semestres confondus.

Merci encore à vous tous d’avoir voté et rdv dans quatre jours pour le deuxième tour. D’ici là réfléchissez-bien, quel roman parmi ces dix voyez-vous comme lauréat de du Grand Prix des Blogueurs ? Qui pour représenter la communauté ?

 

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La frivolité est une affaire sérieuse, de Frédéric Beigbeder.

Insouciance, hauteur, ironie, dérision, légèreté… Subsiste-t-il aujourd’hui encore de la place pour un peu de frivolité ?

Quand je regarde les photos de mes parents à mon âge, nus sur des bateaux, sans permis et sans crème solaire, je me dis souvent que notre génération se prend un peu trop au sérieux. Mais au vu des évènements récents, a-t-elle vraiment le choix ? 

Frédéric Beigbeder, le roi-dandy du sarcasme contemporain, tente dans ce recueil de 99 textes balayant plusieurs décennies d’y apporter quelques pistes de réflexion.

Il cite en prologue une rescapée du Bataclan « Merde, je me suis dit que je n’allais tout de même pas être assassinée par un mec en jogging. » Mesurez l’intelligence suprême de cette réplique, ce trait d’ironie qui n’enlève rien à l’intensité dramatique de l’évènement —la mort— , mesurez le pouvoir des mots qui, en une seule phrase et sans colère, rend les terroristes totalement ridicules.

C’est un peu ce que Frédéric Beigbeder a essayé de faire toute sa vie, autant rire de n’importe quoi au milieu des décombres s’il n’y a plus que ça à faire. 

Pourquoi tout sacraliser? La littérature, la politique, la vie, le sexe, l’amour ?

« Pourquoi les romanciers sont-ils éternellement condamnés à la Foire de Brive et interdits de Festival de Cannes? C’est tellement injuste que les écrivains soient toujours traités comme des gens intelligents. »

Il revient sur des faits de société, des débats interdits, Paris, l’édition, la fashion week, et ce livre apporte ainsi une rétrospective sur sa carrière, sur ce qu’il a essayé d’apporter, un courant littéraire nouveau, débridé, comme deux minutes de pure littérature à 20h sur Canal Plus. 

J’aime cet écrivain depuis toujours, car à travers cette attitude de dandy jugée parfois condescendante, dans son écriture il n’y a qu’une volonté, celle de ne jamais perdre son lecteur, grâce à l’humour justement, et à l’originalité, à cette façon tellement subtile de parler littérature sans jamais en avoir l’air, de la rendre accessible à tous. De mêler tous les sujets sans jamais être plombant ni soporifique. C’est pour moi une preuve de générosité absolue, donner envie de lire un texte c’est sauver la littérature. L’humilité, c’est de faire croire qu’il ne fait que s’amuser alors que cela représente un travail colossal, et, à mon avis, travailler comme un dingue en s’amusant, c’est la manière la plus salvatrice d’exister. Merci Frédéric Beigbeder de faire partie de notre époque !

2ème édition du Grand Prix des Blogueurs !

Avis à tous les lecteurs connectés et passionnés, Blogueurs, lecteurs babelio, bookstagrameurs, booktubeurs… le grand prix est revenu!

Comme l’an passé, pas de jury, tous les votants sont jurés. Il vous suffit de nommer vos deux coups de cœur de littérature française de 2018 Via ce formulaire.

Cliquez ici pour accéder directement au formulaire de vote.

Les votes sont ouverts depuis quelques jours et ce jusqu’au 20 novembre. À l’issue de ce premier tour, les 10 romans qui auront été le plus nommés seront en lice pour le deuxième tour dans la foulée. Vous serez à nouveau invités à nommer votre roman préféré parmi le top ten.

Le lauréat sera connu vers le 15 décembre.

Par la suite, les votants seront contactés par mail , invités à s’inscrire à une soirée de remise de prix, cocktail au sein d’une librairie comme l’an passé, avec les auteurs les plus plébiscités de l’année 2018.

N’hésitez pas à faire connaître vos coups de cœur ou à nous contacter pour tout renseignement : Grandprixdesblogueurs@gmail.com

Bon vote et rendez vous au deuxième tour 😉