Une Mère Modèle

Dans la catégorie « Meilleure interprétation psychologique féminine de l’année » je nomine Pierre Linhart!
Un coup de cœur pour ce portrait de mère dévorante, un texte riche de thématiques et de dialogues tous plus fins les uns que les autres.
Florence vit à Paris avec son fils, son mari William ayant obtenu un poste prestigieux à New York. Tiraillée entre être une mauvaise mère, mauvaise épouse, mauvaise musicienne, Florence se remet en question et à fumer.
Quand Moussa, un jeune ami de son fils Joachim vient goûter les soirs chez elle après l’école, elle décide d’être avec lui ce qu’elle n’a jamais été avec quiconque. Moussa incarne le frère que Joachim n’a jamais eu, le petit garçon musicien que Joachim n’a jamais voulu être, ou encore la soeur que Florence a perdue. On entre alors dans les dédales de son errance psychique et c’est très percutant. Un excellent premier roman, très contemporain, drôle et sensible, sur la place de la mère et son épanouissement dans la famille.  À lire et à faire lire à vos hommes…

Le signe astrologique du roman

Balance. La balance est la reine des relations humaines, rien ne la fascine autant que trouver le juste équilibre entre deux personnes. Elle dissèque le moindre sentiment. Elle rêve d’harmonie et pourtant, elle est souvent prise entre deux eaux, pouvant mettre des années avant d’imposer ses opinions. C’est exactement ce qui arrive à Florence.

D’autre part, la Balance est le signe musical et lyrique par excellence. Elle ne cherche pas forcément à se mettre en avant, et l’héroïne du roman, musicienne, fait partie de l’orchestre sans jamais participer aux spectacles. Elle est fine, solaire, amoureuse et très drôle, comme toute bonne vénusienne qui se respecte.

Exrait choisi

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Planète Porn

Pour scénariser cette photo j’ai d’abord sorti toute ma collection de sex-toys et puis je me suis dit que j’allais me faire signaler.
Non je blague… Je voulais juste capter votre attention sur un sujet qui me tient très à cœur depuis des années, depuis que j’ai découvert l’existence de Youporn, année 2007 je crois, comme l’auteure de ce remarquable essai.
Des livres sur le monde du porno il n’en manque pas, mais l’angle choisi ici rejoint mon questionnement depuis toujours :

A quoi mène cette banalisation du porno ?

Il est encore honteux et tabou (surtout pour les femmes) d’avouer aller sur les sites X, mais jusqu’à quand? Faut-il vraiment le banaliser ? Militer contre le porno vous fera passer pour une frigide /obsédée refoulée/ mal baisée tellement le sujet est complexe et l’industrie du X intouchable.

J’ai longtemps été incapable de verbaliser concrètement ce qui me gênait, non pas l’existence du porno en lui même, ni même ses catégories, je suis tout à fait ravie qu’il existe, c’est un terrain infini de fantasmes et de projections inconscientes pour les adultes demandeurs et avertis.

Mes deux craintes principales étant liées :

  • Au désir et à la libido : à quel degré le porno tue-t-il l’excitation, jusqu’à devenir addictif ?  Certains ne pourraient plus jouir autrement que devant leur écran, le réflexe libidinal s’étant adapté. On traite toutes les addictions, la drogue, la clope, l’alcool, mais le porno à haute dose, comment se traite-t-il? Seulement vingt personnes par an consultent pour s’en faire soigner, les autres vivent avec et certains en deviennent fous, s’isolent et se désinsèrent socialement, comme toute addiction.  Le porno est-il nocif ? « Trop de porno tue le désir » devrait-on mentionner en gros sur les vidéos, avec l’image d’un mec au sexe mou et à une nana en pleurs, comme sur les paquets de clope. Car comment fait-on pour vivre sans désir ? C’est le désir qui gouverne tout, nos ambitions, nos projets, le désir est le moteur principal de la vie.  Le monde entier ferme les yeux. Pendant ce temps-là nous laissons nos enfants taper « sexe » sur Google et surfer en toute impunité entre les catégories deep throat, dp, doggie style et j’en passe. Arrive donc ma deuxième grande préoccupation :

 

  • L’éducation sexuelle de mes enfants. Comment expliquer à mes filles que le porno n’est pas la réalité, comment faire comprendre à un garçon, que ce n’est pas forcément ça, un coït réussi, une taille de sexe normale. En fait, dans la vie tout est matière à transposer, je suis bien triste que mes filles découvrent le sexe autrement que comme je l’ai découvert. Sur ce sujet il ne peut y avoir aucune transmission. Leurs premiers émois seront différents des miens. Il y a eu une véritable rupture entre nos deux générations. Je me sens donc incapable de conseiller mes filles et guider leur sexualité. Ma génération est née sans internet et sans porno, elle a dû apprendre à composer, à s’adapter. J’essaie de comprendre comment la nouvelle appréhende le sexe, comment des images parfois d’une violence inouïe peuvent guider leur désir sans l’inhiber.
    Il est trop tard pour légiférer, pour limiter l’accès, si facile, si rapide, car financièrement le porno régente Google et les plus grandes entreprises. Passé cette considération déprimante, l’espoir revient, avec l’idée que le désir triomphe toujours, mais autrement.

Si tout doit passer par la pornographie, espérons qu’elle stimule correctement les consciences. Que les images soient belles et réalistes, que la vision de l’orgasme ne soit plus essentiellement machiste. Prions pour que la pornographie stimule les couples en panne, redonne du peps dans la tendresse, quitte à regarder des films pornos à deux —le tout étant de savoir s’entendre sur les catégories.
Visiblement, et c’est assez rassurant, la tendance est au naturel d’après l’enquête de Marie Maurisse. La catégorie la plus prisée est la catégorie amateur, les gens prisent énormément cette proximité avec des gens « comme tout le monde », croiser dans la rue une fille au physique « normal » qui a soudain très envie de coucher avec vous, les internautes en raffolent.

Marie Meurisse, journaliste pour Le Monde, a enquêté pendant plusieurs années sur l’histoire et la conséquence de l’accès au porno. Elle a voyagé et interviewé des acteurs, des professeurs, des amateurs de porno. Elle a recueilli des données inédites, des statistiques, et nous les livre dans ce remarquable essai. « Youporn c’est le centre du monde » lui scande un acteur porno devenu réalisateur.

En France une fille majeure gagne minimum 150 euros pour une scène amateur d’une demie heure, deux fois plus en Hongrie, et 1000 dollars en Californie pour une scène en studio. La plupart des acteurs prennent du viagra ou se piquent dans l’aine avec des substances dangereuses. En fait, l’envers du décor et les tournages en eux mêmes ne sont ni beaux ni excitants, d’après la journaliste qui a assisté à l’un d’entre eux. Les actrices sont tristes, et les acteurs consternants.

Puis Marie Maurisse s’intéresse à Mindgeek, cet empire intouchable et impénétrable. Elle enquête sur son fondateur Fabian Thylmann et l’arrivée au sommet de ce géant, sa façon de diriger le monde du X, les fortunes qu’il génère, la pauvreté qu’il engendre. Elle dit quelque chose de très juste, Mindgeek est en tout point comparable à Amazon par ex, un géant qui mange tout, arrive chez vous à la vitesse de l’éclair et appauvrit les petits producteurs.
Elle confirme aussi que d’après les médias, tout le monde s’accorde pour dire que l’addiction au porno est devenu le mal du siècle. La porno dépendance est omniprésente. Dans le dernier chapitre, vous découvrirez la position d’Emmanuel Macron sur le sujet…
Je ne vais pas tout vous spolier, le livre de Marie Maurisse regorge de faits, chiffres, et interviews passionnantes sur ce sujet pas assez défriché.
Lisez le vite !

Ta vie ou la mienne : Chronique et Interview

DROIT AU BUT !

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Décidément les livres n’en finissent pas de nous surprendre. Si l’on m’avait dit que je prendrais du plaisir à lire des scènes de football..! Comme quoi, avec beaucoup de passion, tout se transmet, je vais peut-être enfin lire Delerm pour me mettre à aimer la bière…

C’est l’histoire d’Hamed, un jeune homme de banlieue surdoué du ballon. Orphelin mais courageux, il rêve de quitter la violence de Sevran et de s’offrir une vie meilleure. Il se lie d’amitié avec François, dont le père ancien footballeur va tout faire pour l’aider et le faire progresser.

En face, nous avons Léa, issue de la haute bourgeoisie, jeune adolescente étrange souvent prise d’états dépressifs depuis son adolescence. Lorsqu’au lycée son regard croise celui d’Hamed, l’espoir en la vie lui revient. Elle passe son temps de récré à observer ce grand jeune homme musclé au teint mat, jusqu’au jour où elle vient le voir du côté des caïds…

Leur histoire d’amour semble compliquée à Hamed, le choc des cultures et de leur classe sociale n’augurent rien de bon, et à cette liste d’impossibles s’ajoute François, leur meilleur ami commun, amoureux de Léa.

Pourtant leur liaison débute et leur amour flamboie. Repéré par un entraineur, Hamed va intégrer les pros. Un soir, alors que tous deux ont quelque chose à se dire, le drame survient. Case prison, retour à la violence, mais en pire, celle qu’Hamed n’aurait jamais voulu connaitre. Peut-on échapper à son destin ? Qu’est-ce que la liberté ? Rejouera-t-il un jour au foot ?

Une magnifique histoire d’amour entre deux êtres blessés, la princesse et le banlieusard, un drame soumis aux lois du destin et des secrets familiaux.

Mon avis

Une belle surprise que ce premier roman ! Cela faisait longtemps qu’une histoire ne m’avait pas autant absorbée, et quel plaisir de pleurer d’émotion pure !

Lue d’une traite, un grand coup de coeur pour cette histoire ficelée, au ton hyper juste et à l’écriture dénuée de prétention, toute en finesse lorsqu’elle concerne la banlieue. Aucune longueur, le texte est très riche, les thèmes abordés foisonnent, amitié, amour, clivages sociaux, milieu carcéral, judiciaire.. et le foot bien sûr, fil rouge du roman ! Les scènes sur le stade sont décrites avec infiniment d’esthétisme, les descriptions, très succinctes, presque subliminales, détiennent une qualité cinématographique bluffante, on virevolte avec le ballon et dans les pieds d’Hamed !

Les autres détenus s’approchèrent pour assister à cet étrange spectacle. Ce moment de grâce tranchait soudainement avec la laideur qui les entourait, telle une lueur dans un puits d’obscurité. Un être se redressait, bombait le torse, relevait la tête et le regard comme si un horizon se présentait devant lui, et resplendissait à nouveau de toute son humanité. Il dansait, lumineux, la balle entre les pieds. Ses gestes purs et déliés formaient une chorégraphie qui défiait l’entrave. Il s’échappait.

Progressivement, les larmes me sont montées au yeux en découvrant l’inéluctable, le sentiment de gâchis face à cette histoire d’amour intense m’a envahie, ainsi que la force et la noblesse de l’amitié, thème récurrent du roman.

Le milieu carcéral, ici la prison de Fleury-Merogis où a lieu toutes sortes d’exactions est minutieusement décrit, il m’a rappelé le film choc « Felon » où la violence et l’injustice règnent, et je me souviens avoir pensé en le visionnant que ce genre de corruption entre matons et détenus ne peut survenir que dans un autre pays que le nôtre… J’étais bien naïve et certains centres de détention sont pires que la rue. Puisse l’Etat éradiquer un jour cette ultime violence…

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Image tirée du film « Felon »

 

Ta vie ou la mienne est un livre que l’on aurait justement envie de voir adapté au cinéma, pour les différents lieux qu’ils proposent, de la grise banlieue parisienne à la chaleur de Fès où l’amour entre Léa et Hamed exulte, ainsi que pour mettre en scène la multitude de personnages secondaires donnant corps et étoffe au roman.

Le signe astrologique du livre

Sagittaire !

Dans ce roman où la violence règne (signe de FEU), les personnages veulent s’en sortir, sublimer et transcender l’impossible. Ils visent haut, loin de la médiocrité des événements qui les ont blessés. La personne sagittaire sous son air calme et sage, cache un terrible volcan prêt à rentrer en éruption lorsque cela est nécessaire. De nombreux passages sur Hamed m’ont fait penser à cela: il s’efforce de s’éloigner de la violence, de résoudre les problèmes autrement, mais lorsqu’il n’est plus possible de faire et d’agir autrement, il entre dans une fureur incontrôlable.

Idéaliste, ce signe respecte ses valeurs et ses principes : Hamed ne veut pas imposer à Léa une vie qu’elle ne mérite pas, quitte à se faire remarquer par son absence…

Extrait choisi

Ecoute, on ne va pas se mentir : ça ne sert à rien d’essayer tous les deux. Toi aussi tu me plais, t’es la plus jolie fille de ce putain d’endroit, mais ça ne marchera pas. Tu sais pourquoi ? Parce que les jeunes de banlieue, leur vie pue, et tu t’en rendras compte bien assez tôt. Ça pue la merde dans nos cages d’escalier, nos parents puent la sueur quand ils rentrent du boulot, nos salons puent le désodorisant pour chiottes. Moi-même, je pue la défaite. Tu crois qu’être pauvre, c’est quoi? Etre pauvre, ça pue, et ça a un goût, celui du sang dans ma bouche quand mon père me tabassait. Je veux pas te faire pleurer Léa, mais circule, y a rien à voir. Toi et moi, ça pue le malheur.

Quelques questions à l’auteur, Guillaume Para

Guillaume Para a 35 ans. Journaliste politique passionné de football, « Ta vie ou la mienne » est son premier roman.

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Une première question à propos de la genèse de l’histoire : d’où vient-elle ? de vos rencontres, de votre vie, de votre imagination ?

L’histoire vient tout droit de mon imagination. J’ai toutefois l’impression que chaque auteur se sert de son vécu même de façon inconsciente pour écrire un récit (c’est d’ailleurs assez banal à dire). Donc oui, en analysant ce roman je ne peux que constater y avoir mis des éléments de ma vie. Je suis né dans un milieu bourgeois (bourgeois bohème diraient certains) d’une commune de l’Ouest parisien. Dans cette ville, la mixité sociale n’existait pas à part à l’école/collège/lycée. Là, j’ai donc pu pu côtoyer des gens issus de familles d’une bourgeoisie plus « tradi » voire aristocratique mais aussi des gens issus de milieu plus modestes et même pauvres, pour beaucoup descendants d’immigrés. L’avantage pour moi de n’appartenir à aucune communauté identifiée, marquée, à été de pouvoir naviguer entre ces différents milieux. Ces milieux se côtoyaient sans se mélanger, moi je m’efforçais de vivre avec chacun d’eux. Dans mon roman, je les ai fait se rencontrer. Je voulais travailler sur l’aspect souvent binaire de notre société qui est, selon moi, un fait (riches d’un côté et pauvres de l’autre) pour montrer la complexité de cette dualité qui peut paraître simpliste en apparence. Ainsi j’ai voulu parler des violences inhérentes à chaque milieu: elles sont certes différentes mais leur intensité peut être équivalente.

Comment s’est passée la rédaction de ce roman ? Ce livre est-il le résultat d’un rêve de longue date?

J’ai écrit un 1er manuscrit il y a 4 ans. Pour des raisons personnelles j’ai fait une croix dessus mais c’était trop tard, j’avais attrapé le virus de l’écriture. Un an après l’idée m’est venue d’une histoire totalement fictionnelle (enfin presque totalement si j’en crois ma réponse à votre première question !). En janvier 2017, j’ai écrit jour et nuit. Fin mai, Anne Carrière m’appelait 3 jours après avoir reçu le manuscrit. Tout ça pour dire qu’il y a trois ans encore, je ne pensais pas encore devenir auteur un jour et je ne l’ambitionnais pas.

Il est écrit que vous êtes journaliste, féru de football, thème présent dans le roman. Qu’en-est-il des autres sujets? Avez-vous côtoyé les milieux judiciaires, carcéraux ? Connaissez-vous la banlieue, notamment Sevran comme il est question dans le roman ?

J’ai été pendant 12 ans journaliste politique. L’assemblée était mon deuxième bureau. Donc je suis avant tout passionné par les sujets sociétaux, l’économie…bref, le débat publique (après la littérature, le cinéma, la peinture, le foot…oui je sais ça fait beaucoup pour une seule personne!)
Avant d’écrire ce livre, je connaissais les problèmes carcéraux ou ceux des banlieues d’une manière globale (d’un point de vue politique, sociologique assez abstrait). Même si mon imaginaire, mes émotions, ma sincérité ont le dessus lorsque j’écris, ma « nature journalistique » m’a poussé à me renseigner le plus possible avant d’écrire sur ces sujets. Je devais inventer une histoire mais il est essentiel pour moi de me baser sur des faits. Je me suis donc énormément documenté et, concernant les banlieues, je suis allé à Sevran, voir comment c’était. J’ai vu.

Et le milieu bourgeois, son hypocrisie, c’était un thème important pour vous ?

D’autres de mes meilleurs amis sont issus de familles très traditionnelles, aristo. Au sein de ces familles, la violence est sourde mais très présente, sous des formes parfois insoutenables. Mauriac (dont je suis fan) ou Yves Navarre (avez-vous lu son chef-d’œuvre « le jardin d’acclimatation »?) ne s’y trompaient pas. Permettez moi d’insister sur ce point: selon moi, chaque communauté, chaque milieu à ses propres violences, ses hypocrisies. C’est d’ailleurs ce que je voulais traduire dans ce livre. Si le journalisme, à travers, l’étude des faits, m’a appris une chose c’est qu’il n’y a pas une seule réalité mais que celle-ci a des nuances de gris. C’est ce que je voudrais faire ressortir dans ma littérature désormais.

Question propre au roman qui intéressera ceux qui l’ont lu ; Pourquoi Léa attend-elle de faire sa révélation à Hamed pour juste après, la même soirée, se charger de se venger elle-même ?

Lorsque Léa avoue son secret à Hamed, elle ne s’attendait pas à ce que cela engendrerait, la déflagration que cela provoquerait. A ce moment, elle se libère d’un poids, accomplit un grand geste de sincérité essentiel envers Hamed pour qu’ils puissent vivre leur amour et accueillir ensemble cet être qu’elle attend. Ayant fait cet aveu, Léa se rend malheureusement compte que la violence de son traumatisme condamne la possibilité d’une vie douce et apaisée avec Hamed. Elle sait lire en lui et comprend que le pire des origines de Boutaleb, tout ce qu’il cherche à fuir (le réflexe de la violence physique mais surtout la loi du talion) le rattrapent. Elle veut alors commettre cet acte elle-même, mais elle agit de manière inconsciente, c’est ce que j’ai voulu faire ressortir dans le roman.

Pensez-vous comme Hamed au cours du récit, que le destin nous rattrape toujours ?

Je pense qu’on peut y échapper bien sur et c’est même l’une des plus belles choses de la vie. Nous ne sommes pas prédestinés et nous pouvons devenir ce que nous voulons être pour certains. Et c’est ce « pour certains » qui a son importance. Hamed est rattrapé par trop d’événements qui le ramènent aux pires de ses racines. Celles-ci le guident malgré lui. Bien d’autres gens s’en échappent, c’est dur mais la vie serait intenable sinon. Mais nos racines pèsent lourd, quelque que soit nos origines sociales, religieuses, matérielles et surtout quelque soit nos héritages de souffrances, de blessures, de non-dits… Je voulais livrer un conte urbain, moderne et même si cela déplaît à pas mal de monde (même à certains qui ont adoré le livre) il n’y a jamais eu dans ma tête la possibilité d’une issue heureuse pour Boutaleb, pas à un seul moment.

Vous êtes en train d’écrire votre deuxième roman : que représente l’écriture dans votre vie ? Est-elle devenue aussi (voire plus) importante que le journalisme ?

L’écriture est désormais au-dessus de tout… sauf de mon histoire d’amour et de ma fille! Je ne sais pas où ça me mènera mais c’est trop tard désormais. Sinon je lis toujours et encore, comme vous. Quelle chance nous avons d’avoir cette passion !

Merci Guillaume Para pour la précision de vos réponses et cet approfondissement de la lecture. Encore bravo et longue vie à votre carrière d’écrivain !

 

L’été en Poche 2018

Nous n’allions pas attendre le prochain Grand Prix pour vivre un nouvel évènement  dans notre communauté littéraire connectée !

Cher amis blogueurs, votez dès maintenant et jusqu’au 3 mai – 20h pour l’été en poche 2018 !          CLIQUEZ ICI pour accéder directement au vote 

Pour la petite histoire -car vous les aimez- mon cher et tendre, ma muse mon tout mon joyau, un soir de février, pour la Ste Agathe qu’il avait oublié, m’a réclamé un nouveau projet. Un petit frère du Grand Prix. Il subissait le baby blues, me voyait visionner les photos de la soirée avec nostalgie, alors il a pris une longue inspiration et m’a dit :

« Agathe, moi qui ne le lis pas , (car oui ma muse mon tout mon joyau ne lit pas), Agathe, ma chérie, (non ça c’est en rêve, IRL il ne m’appelle pas), pour les gens comme moi qui ne lisent pas beaucoup (et dieu comme ils sont nombreux), il faudrait pouvoir leur conseiller un livre pour l’été. Ainsi il y aurait deux évènements, un hiver et un d’été. »

Mais oui mais bien sûr, c’était simple et frais comme bonjour ! En plus, c’était l’occasion rêvée pour mettre en valeur le livre petit format, dont l’idée de base est de faire vivre et voyager des romans qui pour la grande majorité n’ont pas bénéficié d’une assez grande lumière.

J’ai d’abord contacté les maisons d’édition qui font du petit format (Folio, Livre de Poche, Univers Poche, J’ai lu, Points, Totem de Gallmeister, Babel, et Picquier) : ils ont tous favorablement accueilli l’idée. Ils m’ont envoyé leurs listes de parution poche du 1er janvier au 30 avril 2018.

Puis j’en ai parlé à mon équipe du Prix, qui pour l’occasion s’est agrandie, Charlie et ses drôles de livres , Cetaitpourlire, Leatouchbook se sont ajoutés à notre équipe initiale (Livresse littéraire, Loupbouquin, aufildeslivres, meséchappéeslivresques, Bricabook, L’apostrophée et Carobookine) pour effectuer les sélections, car trop compliqué de procéder comme pour le Prix (vote libre).  Deux de chaque maison d’édition, domaine littérature française ou étrangère. Chacun a voté, j’ai recroiser les votes et ô joie il n’y avait pas d’ex aequo. Voici notre belle sélection que je trouve assez hétérogène et un bon reflet de ce qui circule sur les réseaux.

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La création du site internet

Il faut le dire, la méthode de vote utilisée pour le Grand Prix avait été quelque peu rudimentaire, (envoyer deux noms de livre à une adresse mail) et le travail derrière colossal. J’ai donc la joie de vous annoncer que le site grandprixdesblogueurslittéraires.com est en ligne, avec formulaire prêt à l’emploi !

Il regroupe en outre tous nos évènements du moment sur la plage d’accueil, accueille Le grand Prix, l’Eté en Poche, ainsi que les futurs Prix Polar et chaine E-lettrés dont je vous reparlerai ultérieurement. (un formulaire est en ligne pour poser vos questions à notre premier invité : Eric Metzger, n’hésitez pas!)

Pour résumer :

Qu’est-ce que l’été en Poche ?

Ce n’est pas un Prix. C’est le roman petit format :

  • conseillé par l’ensemble de la communauté des blogueurs littéraires
  • pour les lecteurs qui cherchent LE roman à emporter dans leur valise
  • relayé sur le web et présenté par les libraires.

Qui peut voter ?

Toute personne ayant une activité littéraire régulière sur le web et interagissant avec une communauté telle que :

  • Un blog littéraire
  • Une chaîne littéraire youtube
  • Un compte dédié ou partiellement dédié à la littérature sur un réseau social tel que
  • Facebook, Instagram ou Twitter
  • Un groupe ou club de lecture ouvert (babelio, livre addict, lecteurs)

A vos votes !!

La rencontre des rencontres

Discrète, on ne sait rien d’elle, mais aujourd’hui c’est son tour…. Je vous présente Bénédicte du blog Aufildeslivres !

Vous pouvez la retrouver :

  • sur instagram @auxfildeslivres
  • sur facebook @aufildeslivres
  • sur son blog https://aufildeslivresblogetchroniques.wordpress.com

Chère Bénédicte, pour ceux et celles qui ne le savent pas encore tu es une blogueuse passionnée, ton rythme de lecture est impressionnant, tu es aussi celle qui se cache derrière la page Facebook du Grand Prix des Blogueurs littéraires dans laquelle tu t’es investie avec ferveur.
Enfin, tu es celle qui sur son blog a fait couler l’encre de nombre d’auteurs et blogueurs, à travers tes fameuses « rencontres ». Le moment d’en savoir un peu plus sur toi a sonné !!!

Commençons par ta question préférée… Qui es-tu Bénédicte ? 🙂

Waouhhh, je réalise à quel point il est difficile de répondre à cette question ! 😉
Comment me définir ? Je suis une maman de 4 filles, une infirmière et une cavalière (j’ai une voiture sale avec de la paille, du foin et de la terre dans tous les recoins !).
Je suis une personne très entière, j’ai du mal à tempérer mes coups de cœur et mes déceptions. Je peux aussi parfois donner l’impression d’être froide et hautaine alors qu’en fait je suis cérébrale : j’analyse, je décortique, je suis dans mon monde et … je doute. Je doute tout le temps (sauf dans mon boulot ! Heureusement !) ! Je suis sans arrêt en train de me remettre en question, j’ai toujours peur de décevoir.
Je n’aime pas beaucoup parler de moi, les autres m’intéressent.
J’aime le chocolat, les vins blancs de la Loire, les sms de mes filles, les balades avec mon cheval.
Je n’aime pas la méchanceté, les jugements, le café, les araignées.

Depuis quand tiens-tu ton blog et pourquoi ?

J’ai commencé ce blog en février 2017, sur les conseils de Candice, ma fille qui tient le blog mybooksntea. Elle m’a un peu bousculée pour que je ne laisse pas mon cerveau se ramollir ! Elle m’a expliqué les rudiments de wordpress (bon j’avoue … un peu plus que les rudiments … c’est elle que j’appelle « au secours » quand il faut créer une nouvelle rubrique ! On fait du FaceTime le dimanche matin !;) ) et les bases d’Instagram ( je ne maitrise pas encore les stories !…comment on insère les petits trucs qui bougent ?!!!! ). Donc, ce blog me permettait de tenir à jour mes fiches de lecture et je me suis prise au jeu ! Et puis j’ai eu envie de connaitre les auteurs des livres que je lisais ; j’ai osé quelques mails, quelques coups de téléphone ; c’était une approche complémentaire à laquelle je tenais. Mathieu Menegaux a essuyé les plâtres avec beaucoup d’humour, j’ai su alors que je pouvais oser pour de vrai. Un an plus tard, je suis ravie du fonctionnement de mon blog et je suis toujours émerveillée lorsqu’un auteur accepte de répondre à mes questions. Voilà, l’aventure était lancée ! Je suis une geek ! … Ok, une MEGA geek ! 😉

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans la « blogosphère »?

Je pensais la lecture solitaire. On lit, on voyage, on réfléchit ; on en parle parfois et puis on range dans une étagère, le cœur encore un peu palpitant, le sourire aux lèvres ou quelques traces de rimmel sur les joues.
La blogosphère m’a démontré le contraire : LIRE N’EST PAS SOLITAIRE ! Il y a plein de passionnés avec lesquels échanger, partager, communiquer ! Je suis scotchée de faire toutes ces merveilleuses rencontres. Il n’y a pas de concurrence, pas de jugement, juste le même amour passionné de la langue, des mots, un plaisir profond et véritable. C’est une richesse absolue !
La blogosphère, c’est aussi vivre de belles aventures comme le Grand Prix des Blogueurs Littéraire ou le salon « Sous les pavés, les livres » de la librairie Saint-Pierre de Senlis.  ☺

Quels sont les trois romans que tu as le plus aimés dans ta vie, et pourquoi ?

La Plaisanterie de Milan Kundera. Pendant une période je ne lisais plus, les enfants, mon travail d’infirmière dans un service de néonatologie, la route … faisaient que je n’avais plus le goût – le temps – à la lecture. Et puis, un jour j’ai entendu parler de L’insoutenable légèreté de l’être de M. Kundera. J’ai eu envie de le lire … je n’ai pas été spécialement emballée, mais j’ai aimé l’auteur – j’ai aimé sa maîtrise de la langue, la beauté de ses mots, la gravité de ses écrits. J’ai donc acheté d’autres romans de lui. La plaisanterie a été le livre qui m’a transportée, qui m’a fait cogiter pendant des semaines et qui m’a remis le pied à l’étrier de la lecture ! Un très gros coup de cœur ! Du coup, j’ai poursuivi ma découverte de Kundera : Risibles amours, La Valse aux Adieux, La Lenteur, l’Identité, La vie est ailleurs …. J’ai adoré. La Plaisanterie reste néanmoins mon livre de cœur, celui qui rappelle que la vie peut dramatiquement basculer.

Boule de Suif de G. de Maupassant parce qu’il est court et intense. C’est un classique que je relis avec plaisir régulièrement. J’aime l’atmosphère décrite dans la diligence, la justesse des sentiments, les paroles de chacun, la mise en scène des jugements, l’égoïsme. Je trouve que cette nouvelle voyage aisément dans les époques et reste, malheureusement, encore très réaliste aujourd’hui !

Je te donnerais bien encore des titres de classiques pour les livres de ma vie : La Peau de Chagrin d’H. de Balzac, Le portrait de D.Grey d’O.Wilde, Orgueil et Préjugés de J. Austen, Les Hauts de Hurlevent d’E. Brönté, Un soupçon légitime de S. Zweig …. Mais bon, je vais essayer de trouver un roman plus récent ! Je dirais :

Rien de s’oppose à la Nuit de D. de Vigan parce que cet écrit m’a bouleversée ; parce qu’après sa lecture j’ai appris à regarder ma mère non plus uniquement comme une maman, mais aussi comme une femme, avec ses qualités et ses défauts.

Quels sont les prochains prévus sur la liste ?

Les Indifférents de Julien Dufresne-Lamy conseillé par toi ! Encore une de tes chroniques qui m’a fait envie !
– Des femmes qui dansent sous les bombes de Céline Lapertot, une auteure dont l’écriture m’a subjuguée avec son dernier roman Ne préfère pas le sang à l’eau.

Depuis peu tu as lancé une nouvelle rubrique sur ton blog, intitulée « Parfois j’écris». Peux-tu nous en dire plus ?

J’ai hésité à créer cette rubrique, ça me paraissait un peu présomptueux, illégitime … et puis, je me suis dit « pourquoi pas » ! J’y publie les textes écrits au fil du temps, des nouvelles ; plus tard, je glisserai peut-être quelques poèmes. Ces sont les messages encourageants, reçus le plus souvent en privé, sur ma boîte mail, qui m’ont donné envie de poursuivre !

As-tu des autres projets ?

J’essaie d’écrire un roman. Je patine, mais je m’accroche.
Je tiens à finir cette histoire ! 😉

Quelque chose à ajouter ?

Je suis très touchée Agathe que tu me poses ces questions ! Je te remercie beaucoup !
Quant au mot de la fin, je citerais le message trouvé dans une papillote de noël que j’ai affiché sur mon frigo (t’as vu, j’ai des références ! 😉 ) : « Tu ne peux empêcher les oiseaux de la tristesse de voler au-dessus de ta tête, mais tu peux les empêcher de faire leur nid dans tes cheveux. » Proverbe chinois.
A lire et relire quand tout part en cacahuète ! 😉

Merci Bénédicte pour cette interview et longue vie à ton blog et à tes écrits !