Summer

Nous avons essayé de quitter le passé mais rien n’a bougé, tout est exactement là où nous l’avons laissé, il y a vingt quatre ans, aussi net et brillant que des morceaux de verre.

Benjamin est le petit frère de Summer, jeune fille disparue à 19 ans au bord du lac Léman et jamais retrouvée. Il entreprend la narration chez le docteur Traub, son psy, sa dépression chronique ayant atteint un tel paroxysme qu’il n’est plus capable de sortir de chez lui.
Qui était Summer, sa soeur? A-t-elle un lien avec son état?

Ma soeur ressemblait pour de vrai à une reine de beauté de feuilleton américain, ces filles saines, aux jambes élastiques, avec des dents blanches irréelles, et dans les yeux une lueur insaisissable évoquant le chagrin ou le mal. Ces filles qui ont des rêves trop grands pour elles, ou qui font naitre une douleur, quelque chose qui ressemble à du ressentiment, dans le coeur des garçons, et qui finissent dans le coffre d’un 4X4, au fin fond d’une forêt.

L’intrigue du roman réside non pas dans le dénouement, —où est Summer— mais plutôt pourquoi a-t-elle disparu? S’agit-il d’un enlèvement alors qu’aucune preuve ne permet de l’envisager ?
Petit à petit, Benjamin déroule l’enfance et le huis-clos familial. Une mère splendide, parfaite, adorée, un père puissant, riche, des soirées mondaines par paquet, des enfants livrés à eux-mêmes, déviants, et consommant énormément de drogue.
Summer est au départ une adorable petite fille blonde, conciliante, jusqu’au jour où elle se met à sortir, rentrer tard, répondre à ses parents, peu avant sa disparition. Ni les trois amies de Summer, ni l’entourage proche ne parviennent  à comprendre sa disparition, et il ne reste plus à Benjamin qu’à plonger dans les limbes de ses souvenirs les plus enfouis.

Le signe astrologique du roman

POISSONS ! Toute cette eau, partout, ce lac, qui encercle les personnages, cette piscine pleine d’algues, ces poissons aux yeux globuleux, ces autres poissons dans l’aquarium, donnant au roman une tonalité envoûtante et marécageuse, m’a rappelé le dernier roman de Didier Decoin, « Le Bureau des Jardins et des étangs », très aqueux également, et très odorant.

Par ailleurs, l’ambiance du roman ainsi  que le personnage de Benjamin sont totalement neptuniens, planète du signe Poissons. Neptune jette le trouble dans l’esprit pour réorienter l’âme humaine vers une compréhension plus large de ses zones d’ombre. Enfin, Neptune est le Dieu des mers, des océans, des lacs et des rivières, il agit souvent de manière insidieuse pour pousser à la faute et permettre ainsi, au terme d’un lent travail de réfléxion, d’épuration aussi, d’accéder à la pleine conscience.

Mon avis

J’ai beaucoup aimé Summer et j’ai été complètement happée par le récit.
J’ai lu ce roman d’une traite et je ressors de ma lecture étourdie. En prenant cette photo sur les bords de Saône, j’ai été prise d’un léger vertige, comme Benjamin lorsqu’il conçoit toute cette vie sous marine, les profondeurs du lac, les yeux globuleux des poissons, l’effervescence bouillonnante des profondeurs extrêmement bien dépeinte dans le roman.

« Il y a là-dessous tout un monde, comme le nôtre en négatif. Nous oublions que nous nageons dans une gigantesque mare, une flaque d’eau croupie, où tout ce qui est balancé pour être oublié —des machines à laver, des vélos, des cadavres?— y demeurera pour toujours, aucun courant ne les emmènera au loin, pour les polir et les dissoudre.

Ce livre est un excellent roman d’ambiance, dont l’esthétisme répétitif nous hypnotise.
Ce que j’ai préféré dans le roman, c’est que Summer symbolise l’absence et amène à la réflexion suivante : comment vit-on lorsqu’un proche n’est plus là, que ce soit à cause d’un décès, ou d’une rupture, ou pire, comme c’est le cas ici, sans raison vraisemblable ? Il est toujours intéressant de constater à quel point les absents et les histoires inachevées jouent un rôle prépondérant dans notre façon d’agir au quotidien.
Concernant le rôle qu’a joué la forme « thriller » de ce roman, c’est-à-dire, donner au lecteur des clés de compréhension au compte goutte pour le tenir en haleine comme un bébé à qui l’on donne la becquée, ce n’est pas ce que je préfère, et je ne sais pas si cela est utile quand la qualité littéraire est là, mais cela n’engage que moi. Je n’aime pas être forcée de lire vite et ainsi gâcher la qualité d’une plume pour me sortir de l’angoisse de la curiosité. J’ai préféré déguster la première partie, riche et belle, l’esthétisme des personnages. J’ai préféré caresser leurs mystères que lire la deuxième partie dans l’expectative insoutenable du dénouement.
Mon avis reste entièrement positif sur ce roman, je comprends qu’il soit attendu au tournant mais pour ma part je le trouve réussi et je le recommande volontiers, si vous avez envie de plonger dans les eaux troubles du lac, partez vite à la recherche de Summer.

Extrait choisi

Son départ semblait confirmer le message de l’univers : les gens disparaissent de nos vies, c’est ainsi que cela se passe. Certains sont là pour toujours, d’autres, généralement ceux que vous aimez le plus, se volatilisent les uns après les autres, sans explication, ils sont là ensuite ils ne le sont plus, et le monde poursuit sa route, indifférent, à la façon d’un organisme primaire constitué d’eau et de vide se propulsant dans un espace également constitué d’eau et de vide, ou d’un coeur aveugle, translucide, entièrement dédié à sa pulsation.

L’auteur

Monica Sabolo est née à Milan en 1971. Elle est journaliste et écrivain française. Elle a obtenu le prix de flore en 2013 pour « Tout cela n’a rien à voir avec moi » publié chez Lattès.

Les méduses ont-elles sommeil?

Tous ceux qui m’entourent ne sont que les enfants de Marie. Les membres de son corps. Il n’y a plus qu’elle et moi. Cette personne que j’étais avant n’existe plus. Et d’ailleurs je ne suis plus personne. Je me fiche d’être quelqu’un : tout ce que je veux, c’est danser.

Blanche et Marie, cocaïne et MDMA, sont devenues les meilleures amies d’Hélène. A Paris où elle vient de débarquer à 18 ans en projetant une vie extraordinaire, elle saute à pieds joints dans le désastre. Plutôt que de courir les castings et de s’inscrire à des cours, elle passe ses nuits à danser sous substance, et ses jours à redescendre. La cocaïne et la MDMA sont des drogues qui dans le milieu de la nuit se commercialisent très facilement, et plus aucune soirée n’est envisagée sans quelque chose.

Malgré le risque de tomber sur un roman d’une young adult mal dans sa peau, il faut avouer que ce court roman était très tentant…
…Et c’est tout simplement un petit bijou d’écriture, d’une poésie incroyable, on devine le glauque sans que le roman devienne dérangeant.

F. Beigbeder (qui étrangement a été choisi pour rédiger l’article du figaro) le situe entre Trainspotting et Bonjour tristesse. Je ne voyais pas le rapport avant de l’ouvrir, et non seulement je suis d’accord mais je rajoute volontiers une atmosphère de Rimbaud rimant à l’opium. L’auteur ajoute cette touche d’illumination afin de nous faire planer confortablement durant la lecture. L’apologie de la drogue ne semble cependant pas être la mission de ce petit roman. Plutôt la description fort captivante d’effets merveilleux et éphémères qui rendent marginaux tous ceux qui en prennent et en abusent. Qui en oublient de manger et de dormir. Les corps sous MDMA sont des méduses dont les tentacules dansent lascivement dans des caves en se prenant pour des papillons de nuit.

« Les méduses sont les consommateurs de MDMA : légers, souples et lumineux »

Il y a un véritable message qui s’adresse aux futurs parents concernés par ce genre de « post-adolescence ». Persuadés que la crise d’adolescence est passée, ils peuvent louper l’étape la plus difficile, celle de l’entrée dans la vie adulte.

J’ai dix-huit ans pour toujours. Le futur ne me réserve pas d’avenir. Je connais déjà tout et les adultes ne peuvent rien y comprendre. Les adultes n’ont jamais eu dix-huit ans. Plus ils m’indiqueront une direction et plus j’emprunterai son contraire. Les adultes ne savent pas ce qui est bon pour nous. Ils souhaitent que nous soyons « normaux » et, pour ainsi dire, sans personnalité. Ils veulent faire de nous ce que eux n’ont pas réussi à devenir.

Comment sublimer le désastre? Pari réussi avec ce petit roman d’une force et d’un souffle incroyable. Les méduses ont-elles sommeil? est le roman initiatique d’une jeune poétesse prometteuse.

Nous sommes une dizaine à nous balancer sur The XX, transportés, bercés par des notes de musique que nous ne connaissons pas encore . Cotonneux et luisants, majestueux, nonchalants, d’inoffensives méduses . Nous sommes la légèreté . Nous sommes de tendres particules de douceur. Nous sommes la jeunesse d »aujourd’hui et demain .

Le signe astrologique du roman

poisson

Poissons ! Le Poissons possède deux planètes, jupiter et Neptune. Il y a deux types de personnes poissons : les jupitériens, ambitieux et extravagants, et les neptuniens, plus mélancoliques, sensibles.
Ce roman est neptunien à l’extrême ! En l’absence de frontières solides, ces individus sont ouverts aux influences extérieures. Neptune est la planète de la démesure, de l’illusion, de l’extase, de la dépendance.
Elle est aussi la planète de l’amour inconditionnel, de l’envoûtement, cet effet que procure la MDMA.

Laurine est si belle, si douce, elle est survolée par une auréole de parfum sucré que je mangerais si je le pouvais. Elle est aussi perchée que moi. Je le sens. Son approche est tactile et agréable. J’ai envie de la toucher, de l’embrasser. Je ne cesse de lui dire qu’elle est belle et la remercie d’exister. Je l’aime. Jamais je n’ai aimé de la sorte.

Extraits choisis

Les bad trip font partie de nous. Sur le moment ils sont affreux, mais il faut dire ce qui est : ils nous excitent.

Blanche neige fait oublier la faim et tant mieux. Il n’y a rien de plus tendance que le décharnement.

Un jour , je mourrai debout . Je ne me couche que dans ma tête .

Personne ne me voit puisque je ne vois personne . Ma vie est une chimère.

Auteur

Lousiane Clémence Dor est née en 1992 dans le limousin. A 18 ans elle part à Paris pour essayer de percer dans la photographie. Ce récit est d’inspiration autobiographique.

Danser au bord de l’abîme

poisson

Extraits choisis…

Mon mari ne m’avait ni enfermée ni attachée, et pourtant, j’allais m’échapper.

Mes premières émotions d’adolescente refont surface, suffocantes, décuplées par mon appétit de femme, ma connaissance des vertiges.

Je crois que l’on tombe amoureux à cause d’une part de vide en soi. Un espace imperceptible, une faim jamais comblée.

Lire c’est aussi écrire; quand le livre est refermé on le continue.

Vos abîmes m’attirent, me sont nécessaires.

Nos souffrances ne sont jamais assez profondément enfouies, nos corps jamais assez vastes pour y enterrer toutes nos douleurs.

Il me regarde et je suis nue au milieu du monde.

Pourquoi ceux qui vous aiment peuvent vous laisser vous noyer ?

Je dansais au bord de l’abîme, ce n’était pas la peur de tomber qui faisait pousser des ailes, c’était la chute.

Les mères n’ont pas le droit d’être heureuses, ou plus tard, ou après les autres.

Un homme m’avait reliée à moi-même.

Aimer est épuisant, et avec Olivier je n’étais pas épuisée.

Le deuil est un amour qui n’a plus d’endroit où se loger.

Laisse les choses s’envoler, il y a une joie parfois à ne pas les retenir.

Là où il y a du pain, il y a une famille.

Les larmes sont un langage qui ne peut être compris que par celui qui a déjà pleuré.

l’idée de ne pas se battre elle même est un combat.

On ne fait jamais ce qu’on devrait au moment où on devrait le faire. On fait toujours passer ceux qu’on aime en dernier.

Tu adores Caroline parce qu’il y a en toi des obscurités qu’elle accepte.

Je le regarde. je ne pleure pas. les larmes n’ont jamais rien fait pousser.
Les mots qu’on ne dit pas sont ceux qui font le plus de mal.

Le présent est la seule certitude, la seule île possible dans le vide.

Le roman

Je savais bien, chaque soir, lorsque ma grand mère prenait le livre que je lui réclamais, que Blanquette allait mourir dans la gueule du loup. En relisant la chèvre de M. Seguin hier, j’ai compris que j’aimais la lire non pas pour la scène de combat atroce, mais pour le passage d’extase vécue par la chèvre dans la montagne, envahie de fleurs et transcendée de liberté. Il en est de même pour le nouveau roman de Gregoire Delacourt: J’ai été très enthousiasmée par la première partie, qui répondait au titre et au résumé du livre. Les deux parties suivantes m’ont quelques peu déroutée. En effet, l’histoire débute dans une chic brasserie de Lilles en compagnie d’un bel amant subtil, et puis d’un coup l’on se retrouve au camping Pomme de pin avec Mimi et l’arménien du coin. La copine Sophie se trouve un vieux chanteur, et puis on rencontre Jacques qui fabrique des mugs et on va le mettre en couple avec Mimi. Bon, bon d’accord… mais j’aurais aimé rester dans la première partie, avec Emma et Alexandre, qui s’aiment sans se toucher, côte à côte dans une brasserie.

Les pensées de l’auteur sont excellentes, c’est pour cela que j’ai beaucoup corné le livre, mais à de nombreuses reprises j’ai trouvé l’histoire « facile ». On nous a ajouté le deuil, une maladie, des enfants, une maitresse, une mère à faire psychanalyser … A mettre trop d’ingrédients dans une bonne recette pour plaire, le plat s’en trouve un peu gâché. Je pense qu’il n’y avait pas besoin de tout ça.

Dans la troisième partie j’avais l’impression d’être dans un roman d’Anna Gavalda, tout le monde se retrouve et tout le monde s’aime, on était à deux doigts de griller des chamalows au coin du feu en Provence. (Heureusement les personnages ont préféré le vin, le livre regorge d’ailleurs d’excellentes références viticoles.)

Voilà, un avis en demi-teinte pour moi, je n’ai pas ressenti toute la passion de l’auteur et je me suis perdue dans ce qu’il voulait nous faire comprendre. j’ai souvent été malgré moi désolée de constater que cela « sonnait faux ».

CEPENDANT, j’ai beaucoup aimé la thématique majeure du livre: l’abord du vide de l’existence, l’existence étant la courte distance entre deux vides. Comment nous nous efforçons de le combler, grâce au désir de l’autre qui est avant tout le désir de soi, celui de se trouver soi même avant de se faire engloutir par un autre vide. Vouloir ressentir d’un peu plus près le vertige, se rapprocher de l’abîme. Se faire dévorer par le loup, mais à l’aube…
Ce livre se veut être l’apologie du Présent, et mérite tout de même qu’on s’y attarde un peu, chacun fera son tri;)

Le signe astrologique du roman

Poissons… Le rythme du roman m’a fait penser à des vagues, régulières, qui viennent s’échouer sur la mer… Une certaine mélancolie émane du roman, des courtes phrases, des dialogues pastel…
Emma la narratrice, est perdue, comme ce signe le laisse souvent apparaître bien qu’il ne se noie jamais; On sent la présence de Neptune, planète maîtresse du Poissons, avec ses illusions, sa désorientation, sa modestie aussi. Emma veut connaitre l’union transcendante, elle a une soif d’absolu, et c’est cet absolu qui m’a fait penser au Poissons, le dernier signe du zodiaque, celui qui s’est inspiré de tous les autres pour être.

Auteur

Gregoire Delacourt, né le 26 juillet 1960, qui s’est notamment fait connaître du grand public par « la liste de mes envies ».
Il fut d’abord publicitaire puis est devenu écrivain avec son premier roman « L’écrivain de la famille ».

Chanson douce

poisson

Auteur
Leila Slimani, née le 3 octobre 1981 à Rabat au Maroc, d’une mère franco-algérienne et d’un père marocain, est une journaliste et écrivain franco-marocaine.
Chanson douce est son deuxième roman, après « Le Jardin de l’Ogre », roman traitant de l’addiction sexuelle et qui a été largement et positivement remarqué.

Ce roman vient d’obtenir le Prix Goncourt 2016, Bravo!!

Résumé

Voici la phrase d’accroche du livre : « Le bébé est mort. »
A ce stade, soit votre intuition vous dit d’arrêter net, soit vous ne le pouvez pas, vous êtes littéralement happé par le roman, malgré vous, même s’il est dérangeant et que l’ambiance est pesante.
L’auteur raconte ici l’histoire d’une nounou, Louise, dans une famille de jeunes parisiens, très occupés par leur travail et leurs deux enfants et qui n’ont plus de place en crèche, comme des milliers de parents. On entre dans l’intimité de cette personne qui s’occupe de vos enfants tous les jours et qui les connaît mieux que vous. Qui gère le foyer, l’école, les trajets, les activités, les anniversaires, et qui vous fait le ménage pendant leur sieste. C’est plus qu’un métier, c’est un dévouement total dans une famille qui n’est pas la vôtre. Louise semble tout contrôler à la perfection, jusqu’à en perdre le sens de sa vie.
Ce livre résonne presque comme une mise en garde tant il est cruel et parfois réaliste. J’avais déjà été frappée par le caractère de la plume de Leila Slimani dans « le jardin de l’ogre ». Force m’est de constater qu’elle choisit des sujets forts et compliqués et qu’elle les traite sans essayer de plaire, et en frappant juste.

Le signe astrologique de ce roman

Poissons…
En effet la nounou correspond bien à ce signe qui s’oublie souvent lui même à force de vivre pour et à travers les autres.
Leur personnalité est floue et dispersée, ils ne savent pas vraiment où finit le Moi et où commence l’Autre. Ils posent souvent en victime et sont excellents au comportement agressif passif. Un côté de ce signe est la gentillesse personnifiée, l’autre le manipulateur passif. Comme il oscille entre les deux il a du mal à gérer la réalité quotidienne.
On ne connaît pas grand chose de Louise, l’auteur ne nous donne que peu d’éléments. En revanche on la voit s’approprier les enfants, le linge, l’appartement, les vacances… Elle se fond dans le décor tel un caméléon, et finit par dormir dans leur lit, à utiliser leurs produits de bain.
C’est ce qu’on appelle vivre par procuration…
Le trait d’asservissement du Poissons est ici poussé à l’extrême, et tous les Poissons ne finissent pas par péter un plomb et tuer tout le monde.
Cependant, ils donnent tout ce qu’ils ont et ragent souvent de ne pas obtenir la reconnaissance tant attendue et a priori méritée.

Extraits choisis

« Elle a mis sa robe bleue, celle qui lui arrive juste au-dessus des chevilles et qui se ferme, sur le devant, par une rangée de petites perles bleues. Elle voulait être prête, au cas où ils auraient besoin d’elle. Au cas où il faudrait les rejoindre quelque part, à toute vitesse. Assise dans sa cuisine, elle pianote du bout des ongles sur la table en fornica. »

« Dans le salon, Louise a disposé un bouquet de dahlias. Le dîner est prêt, les draps sentent la lessive. Après une semaine dans des lits glacés, à manger sur la table de la cuisine des repas désordonnés, ils retrouvent avec bonheur leur confort familial. Impossible, pensent-ils, de se passer d’elle. Il réagissent comme des enfants gâtés, des chats domestiques. »

« Bien sûr, il suffirait d’y mettre fin, de tout arrêter là. Mais Louise a les clés de chez eux, elle sait tout, elle s’est incrustée dans leur vie si profondément qu’elle semble maintenant impossible à déloger. Ils la repoussent et elle reviendra. Ils feront leurs adieux et elle cognera contre la porte, elle rentrera quand même, elle sera menaçante, comme un amant blessé. »

Blonde à forte poitrine

poisson

Auteur:  Camille de Perretti

Résumé
Texas. Vickie, une jeune fille de 17 ans travaille dans un fast food comme serveuse et tombe rapidement enceinte du fils du patron. Sa mère la rejette, puis plus tard son compagnon aussi, elle se retrouve à la rue avec son bébé. Consciente du pouvoir qu’elle exerce sur les hommes, elle devient strip teaseuse. Quelques temps plus tard, forte de son succès et de ses formes généreuses, un milliardaire nonagénaire tombe fou amoureux d’elle et décide de la recueillir et de la protéger elle et son fils. Elle se croit sauvée, c’est la chance de sa vie. Il en fait cependant une playmate et lui offre des seins surdimensionnés. Elle enchaîne alors les photos, les interviews, les voyages, avale des pilules pour tenir et des pilules pour dormir. Fragile, elle se laisse parfois aller dans des bras d’inconnus. Tous la veulent, tous la désirent. On l’insulte, on la bafoue, elle en perd son libre arbitre, sa façon de penser. Elle crée des scandales, se fait découvrir en plein délit de toxicomanie. Elle arrête alors sa carrière, se marie avec son « papa », son vieux milliardaire qui ne demande qu’à se lover dans ses seins. Elle mène quelques mois heureux et paisibles, puis son vieux protecteur décède… C’est de nouveau la descente aux enfers. Son beau fils la dégage de la maison et la revoilà a la case départ, prise dans des procès, sans argent, dans des motels poisseux avec son fils de dix ans, alors elle refait ce qu’elle a toujours fait : vendre son corps pour nourrir son fils.
Un fils qui lui a donné la rage de vaincre, de lutter contre tous, de s’en sortir, mais qu’elle n’a pas épargné, qu’elle a emmené partout, qui dormait dans les loges du bar de nuit, dans la voiture, puis plus tard qu’elle laissait seul à la maison, à qui elle demandait ses pilules. Ce fils qui l’adore et qui la hait à la fois, qui lui en veut d’être pour tous « un fils de pute », qui déteste son nouveau beau-père, un avocat célèbre qui ne parviendra cependant pas à faire gagner le procès. Vickie acceptera de tourner le Vickie show, émission de télé réalité racontant sa vie et sa jeunesse.  Sa vie aura toujours été médiatisée, scandaleuse et tragique.

Ce que j’en ai pensé
Ce roman largement inspiré de la vie d’Anna Nicole Smith même si on y retrouve quelques données discordantes, nous tient en haleine sur un rythme entêtant. La blonde. Le fils. La fille. Le vieux. L’histoire est loin d’être légère. Les évènements traumatisants. On veut savoir la suite, on veut connaître l’histoire jusqu’au bout même si on sait comment elle se termine. On se demande comment ils en sont arrivés là.
Dans cette démesure américaine on se sent parfois mal à l’aise, et on ressort ému de cette vie si peu commune.

Destin d’une femme fragile, prisonnière de son corps et du désir qu’elle suscite. L’auteure nous offre une vision plus compatissante de cette femme que les journaux ont toujours voulu donner d’elle. Belle réflexion à la fin tragique sur toutes ces poupées qui font fantasmer le monde.

Le signe astrologique de ce roman

Poissons!

« Les poissons sont caractérisés physiquement par leurs beaux yeux, des mares hypnotiques où l’on se noie. Le teint typique est pâle, le visage expressif et séduisant. le corps est pulpeux, mais exsude l’attirance sexuelle. » d’après la Bible de l’astrologie, de Judy Hall.

En lisant cette description , j’ai trouvé qu’elle correspondait bien à Vickie. Les poissons ont en effet une personnalité floue et perméable: ils ne sont pas sûrs d’où finit le moi et où commence l’autre. Ce sont de véritables éponges émotionnelles, et ont du mal à dire non, comme l’héroïne de notre roman. Ils peuvent promettre et ne pas faire. C’est un signe qui a du mal à gérer la réalité quotidienne; la façon qu’a Vickie de gérer l’argent en est révélateur: avec les poissons l’argent va et vient… tout comme ce signe est très généreux et n’hésite pas à gâter sans compter.’

Bien entendu, j’ai regardé sur internet le signe astrologique d’Anna Nicole Smith, qui est sagittaire: le sagittaire en veut toujours plus, n’a pas d’attaches et à tendance à l’excès. Cependant, la Vickie décrite par l’auteure n’est pas sagittaire. Le sagittaire est « l’éternel étudiant » qui pose toutes les grandes questions et cherche sans cesse le sens de la vie, et qui peut se montrer acerbe et manipulateur. Vickie du roman ne semble pas réfléchir, elle semble accuser mélancoliquement les coups et les joies que lui infligent la vie… Un côté plus neptunien donc, que le sagittaire avec qui le poissons partage tout de même jupiter, planète de l’ambition et de la démesure.

Pour résumer mes propos, je ne pense donc pas qu’Anna Nicole Smith était aussi ingénue que la Vickie de ce roman…

Extrait choisi

« Dès qu’ils la voient, les hommes sentent qu’il serait facile de profiter d’elle, de couper à la racine la belle plante grasse et fragile. Sa peau douce et laiteuse, ses cheveux blond cendré, tout est en elle inspire un désir de domination. La fille réveille le tyran qui sommeille, donne l’impression à chaque qu’il pourrait la prendre. Elle est un trophée magnifique, un rêve un grand chiffon de poupée qui ne sait pas dire non. »

« L’enfant gardera un souvenir traumatique de cette journée d’orage et de la nuit qui a suivi, de cette chambre de motel, de la douleur muette de sa mère, sa mère qui avale les médicaments par quatre et se laisse tomber sur le matelas comme une souche morte, sa mère qui ne sait pas se battre ». Il lui en veut. Il l’aime. Il n’a qu’elle au monde. Sa mémoire mêlera la terreur de cette nuit aux ricanement des cartoons. Sa mère n’a pas su le rassurer, elle s’est accrochée à son bras de petit garçon, elle a inversé les rôles, a demandé à un enfant de dix ans de la protéger. »

 

Charles Draper

poisson

L’auteur

Xavier De Moulins, né le 5 juillet 1971, est un journaliste de presse écrite et de télévision, animateur de télévision français, également écrivain.

L’histoire

D’une écriture fluide et imagée, Xavier de Moulins raconte l’année passée de Charles Draper, pris aux problématiques de la quarantaine.
Avec sa femme Mathilde, ils ont fait le choix de la province pour une meilleure qualité de vie avec leurs filles, vivre dans la nature et monter à cheval.
Cependant depuis quelques mois, Mathilde lui paraît lointaine, ailleurs. Charles Draper commence à se persuader que son petit ventre la dégoûte et entreprend alors de changer de corps pour plaire à Mathilde. Il prend un coach sportif et arrête de manger. Cependant, plus il soulève de la fonte, plus il court, plus Mathilde s’éloigne. Charles est alors persuadé que sa femme a un amant. Que Mathilde le trompe avec leur ami fleuriste à peine veuf, ou son professeur de théâtre. Pourtant Mathilde paraît préoccupée et semble en vouloir à Charles, et à le protéger en même temps.
C’est sur ce quiproquo et ce suspense insoutenable qu’on lit ce roman à toute vitesse. Que s’est-il passé entre Charles Draper et sa femme pour expliquer ce malaise?
Ce livre et surtout sa dernière partie nous interroge sur la façon de vivre la quarantaine. Il parle des démons enfouis, du déni, des illusions, de la peur de perdre notre image de jeunesse.
Il nous fait perdre la notion de bien et de mal; Balzac disait que dans un couple il y en a toujours un qui souffre, et l’autre qui s’ennuie. Au départ on se met à plaindre Charles Draper, il a l’air si amoureux. Quelques pages plus tard on commence à s’interroger. Qui est donc le gentil de l’histoire, celui qui souffre? ou celui qui s’ennuie?

Ce que j’en pense

Personnellement, j’ai aimé ce livre, et en le reposant, je me suis souvenue d’un conseil de ma mère qui me disait :
Méfie toi des hommes trop gentils, et qui t’offrent trop de fleurs. Ce sont les pires…

Le signe astrologique du roman

Poissons! Pour la raison énoncée ci-dessus: les hommes qui paraissent trop gentils, généreux, à l’écoute de leur femme, et qui plus tard se dévoilent différents, sont souvent poissons…

D’autre part, la façon dont Charles se trompe allègrement sur les pensées secrètes de sa femme beaucoup plus terre à terre que lui, cette façon de voir les choses toujours un peu à côté de la plaque m’ont fait penser (moi taureau) au signe du poisson.

Extraits choisis

« Arrête un peu de lui courir après. ça lui passera. Le mystère féminin. Cesse de la regarder façon septième merveille du monde, même si c’est la septième merveille du monde et qu’elle est formidable. »

« Mathilde vengeait des millions de femmes. Dans sa nuit, Charles comprenait qu’elle n’étaient pas les seules à vivre dans l’obsession d’un corps sans faute. Elles avaient aussi des yeux pour apprécier la beauté du monde. »

« Appareil photo, caméra, mange disque, boîte aux lettres instantanée, pigeon voyageur électronique, nos téléphones sont les couteaux suisses de la trahison, des accélérateurs de paranoïa. Dans leur batterie se niche un nouveau virus, pour lequel on ne connaît ni médicament ni vaccin, le poison du doute. »

« 11h30, il a envie d’un footing et d’une cigarette. C’est inconcevable, se dit-il, ces désirs contradictoires. Seul sur son canapé, Charles Draper appuie sur le frein et l’accélérateur en même temps. Le mur d’en face lui tend les bras. »