Sentinelle de la pluie

« Paris ressemble à une Venise obscure et effrayante; une métropole engloutie sombrant peu à peu dans l’oubli, incapable de lutter, cédant à la violence tranquille et meurtrière de son fleuve devenu fou. »

Le roman

Trois cent soixante pages de pluie incessante. Dans ce roman à l’ambiance humide, vous glissez malgré vous dans les chaussures trempées de Linden, le protagoniste principal du roman et partez rencontrer sa famille.

Linden est un photographe trentenaire franco-américain et réputé.
La famille étant aux quatre coins de la planète, sa mère a décidé de les réunir pour les fêtes à Paris. Lorsqu’ils arrivent, la menace plane, ils ne savent pas comment prendre la mise en garde de la presse et de leurs amis : la crue de La Seine risque de dépasser celle de 1910.
Un deuxième élément s’ajoute alors : le père de Linden, un arboriste passionné, a l’air très mal et fatigué, il ne parle quasiment pas, il semble perturbé, peu réjoui de retrouver les siens. Linden s’interroge : de quoi s’agit-il? Il n’a jamais eu de conversation intime avec son père, il serait temps de lui parler de son petit ami, Sacha : il ne l’a pas encore présenté à son père, pourtant leurs projets de vie sont imminents. Sa soeur semble très irritable aussi, et sa mère distraite. Sous la pluie battante de Paris, c’est l’histoire de chaque membre d’une famille que l’on retrace.

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Le zouave du pont de L’alma : lorsque l’eau monte jusqu’aux chevilles, la crue est annoncée

Mon avis

Arboriculture, Photographie, crue de la Seine, Homosexualité, maladie… Les sujets sont nombreux dans le nouveau roman de Tatiana de Rosnay. Nombreux et traités de façon assez consensuelle. A l’inverse de la Seine, le fil narratif ne déborde pas, et c’est rassurant aussi parfois, des personnages plutôt prévisibles, une absence d’excès névrotique, une lecture non dérangeante, bien construite, que l’on peut conseiller à tous. La lecture était fluide, et j’ai lu ce livre avec plaisir.
Paris sous l’eau est très bien traité, le travail de recherche et de description parfaitement dosé et captivant.

« Ce qui frappe Linden, c’est le silence : plus de moteurs de voiture, de grondements de bus, de coups de klaxon; rien que le chuintement de la pluie et de l’eau qui se mêle au murmure des voix. »

Le fil rouge du roman, l’arbre préféré du père de Linden, un tilleul, apporte son lot d’émotions et de messages, il amène progressivement le lecteur au message essentiel du roman, la nature, la préservation de notre éco-système, et de soi-même.

« Quand la nature se mettait en colère, avait-il dit, il n’y avait rien que l’homme puisse y faire. Absolument rien. »

Le signe astrologique du roman

Scorpion.Signe d’eau obligatoire pour ce roman à l’ambiance totalement aquatique, mais une eau stagnante, comme celle du scorpion, qui s’infiltre jusqu’au plus profond de nos habitations pour aller chercher nos secrets. Le scorpion est un signe d’eau mystique, celui qui déterre ce qui est caché.

Extrait choisi

Linden regarde à travers le carreau ruisselant, et il lui semble être devenu une sentinelle qui guette l’inévitable submersion aquatique, qui surveille son père, la pluie, la cité entière.

Le petit + spécial réseaux sociaux

@lindenmalegarde a un compte Instagram !! Retrouvez les photos de Paris et du village de Venozan en noir et blanc, prises avec le fameux Leica du roman!

La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose

Quel livre ! La pudeur et la sincérité sont au service de l’émotion dans ce nouveau  roman de Diane Ducret. Des histoires de femmes, elle en a écrit et relaté beaucoup, mais aujourd’hui, c’est sa propre histoire qui sort en librairie.

Sur le papier, Enaid a tout pour être heureuse. La beauté, ok. L’intelligence, ok. Le talent, ok. L’amour : …  Le roman débute en Pologne par un coup de fil de son amant : il la quitte, « c’est pas elle c’est lui ». A trente ans passés, quelques rudiments psychanalytiques l’aident à appréhender le problème : en s’aimant soi-même ça marchera peut-être mieux. Oui mais comment s’aimer lorsque l’on a grandi sans parents, sans une mère qui vous assure chaque soir en vous lisant une histoire que ça va aller et qu’elle vous aime ?

Une enfance volée donc, vers trois ans Enaid est élevée par ses grands-parents paternels, qui en voulant la protéger l’enferment. Elève surdouée, elle saute deux classes, déménage à Biarritz.

Et puis tout s’enchaîne, la malédiction frappe : un terrible accident de cheval la condamne à boiter, elle se fait avorter à quinze ans de son premier amour, elle découvre la drogue et les rave espagnoles, elle devient cette ado à la recherche d’elle-même, ou de cette mère qui lui manque tant. Etudiante à Paris, elle tombe amoureuse de son professeur, part vivre à Rome puis découvre trop tard qu’il est maniaco-dépressif. Les séquelles psychologiques seront nombreuses, longtemps après avoir fui elle aura peur du noir, ou qu’il la retrouve. Elle sombre dans la dépression, la boulimie, accepte un voyage au Caraïbes; car l’on voyage beaucoup dans ce roman, mais ce n’est pas une fuite, Enaid est en perpétuelle recherche d’elle-même, peut-être que quelque part dans le monde elle trouvera enfin ce qui lui manque tant.

Comment font les flamants roses pour tenir sur une patte si frêle ? Ils font avec, répondrait Enaid, qui a frôlé l’amputation et s’est battue des années pour sauver sa jambe malade. Car si ce n’est la jambe c’est peut-être le coeur, nous sommes tous des flamants roses, dit l’auteure, condamnés à devoir composer à marcher sur une patte sans tituber. C’est un roman fort sur l’hérédité, sa nécessité dans notre équilibre mental.

Ils ne savent pas la chance qu’ils ont, ceux qui ont le temps d’avoir des enfants avant de perdre leurs parents. Lorsque l’on est tout seul sur la chaîne de l’hérédité, perdu entre deux générations qui ne veulent pas être, on ne se sent pas véritablement exister, comme si aucune place ne nous avait été destinée et qu’il fallait la faire tout seul, à la force des bras, des mains, des dents.

Mon avis

Je vous recommande ce roman ! L’écriture rythmée, l’absence d’artifices et d’atermoiements en font un texte d’une grande qualité et d’une profonde humilité. J’ai mis longtemps à comprendre le choix d’une couverture aux allures feel-good enveloppant un roman aussi fort et sensible. Et puis en le refermant on comprend. L’intention de la jeune femme n’est pas de se faire plaindre, elle tient à conserver l’humour dans les larmes, elle est avant tout une guerrière, elle incarne la renaissance. Dans sa mise à nu elle nous livre ici un message de résistance et d’optimisme. Un parcours de femme magnifique, une histoire que j’ai dévorée, adorée.

L’auteure :

Née en Belgique  le 17 novembre 1982, Diane Ducret est normalienne, historienne, philosophe, journaliste et écrivain. Son roman « Femmes de dictateurs » a été un best seller.
A propos de ce roman, cliquez ici pour la très belle Interview de Diane Ducret dans femme actuelle réalisée par Amélie Cordonnier

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Crédit photo Flammarion

Le signe astrologique du roman

Je n’ai pas pu m’empêcher d’aller chercher le signe de l’auteure… elle est née le 17 novembre comme ma petite Pénélope!! Je la trouve encore plus géniale depuis cette info.

Comme beaucoup de romans autobiographiques, ce livre est du même signe que celui de son auteure, car c’est le cœur qui parle… ce roman est donc Scorpion ! En témoigne cet extrait …

Je ne peux plus être une jolie poupée blonde. J’ai besoin d’être comme ces jeunes hommes des civilisations éloignées qui doivent prouver leur bravoure en se confrontant à la douleur physique par une épreuve qui marquera leur chair. Parfois le visage est entaillé, parfois le dos est brûlé, la lèvre élargie d’un disque. Ils peuvent alors fièrement retourner parmi les leurs. Tous verront qu’ils sont aptes à affronter la vie, à être chef de clan. Moi j’arborerai cette encre comme la pieuvre crache la sienne pour se protéger. Elle sera la preuve irréfutable et tangible que, face à la douleur, je ne cède pas. Que si j’ai pu me vaincre moi-même, rien ne peut me briser.

Le message du roman est l’adage du scorpion : une éternelle reconstruction. Le scorpion n’a pas peur de l’échec, c’est là sa plus grande force, il y trouve même de la joie  (le scorpion est assez américain en fait…) car les épreuves lui permettent sans cesse de se réinventer.

L’autodestruction dont fait preuve Enaid lors de l’adolescence caractérise aussi parfaitement ce signe : drogue, piercings, tatouages, jusqu’à ce qu’elle décide de reprendre sa vie en main, et hop, c’est reparti ! Le scorpion est doté d’une grande endurance, c’est un signe tenace, sa planète Pluton lui assure un fort pouvoir de régénération.

Enfin l’humour ! Nombre d’humoristes portent ce signe ! Coluche, Gerra, Foresti… Pourquoi les Scorpion sont ils drôles ? Car le scorpion a cette intuition inée de mettre le doigt sur chaque ressenti, la perspicacité de saisir ce qu’il y a de plus secret chez les autres, c’est le marqueur d’une grande sensibilité (signe d’eau) et cela nous fait rire autant que pleurer… c’est l’effet que vous procurera ce roman à coup sûr !

Message pour Enaid : j’ai une autre explication, astrale, à l’échec amoureux relaté dans le premier chapitre (parfois l’astrologie rassure, ce n’est de la faute de personne, juste des planètes). Après une étude très sommaire du thème, il s’avère que  Vénus en scorpion (en plus du signe solaire) amène un grand besoin de contrôle et de maîtrise dans le couple, qui tourne souvent aux rapports de domination. Souvent les natifs ayant Vénus en scorpion créent plus ou moins consciemment des rapports de force dans leurs relations, ils ne s’épanouissent que dans une certaine tension, dans la confrontation, ils peuvent alors être amenés à être détruits ou destructeurs… Une façon de se sentir  vivant, celle de mener une sensualité et une relation très « agitées ».

Débâcle

Débâcle. Nom féminin. Si la couverture de ce roman vous évoque sa troisième définition du Larousse (soûlerie, désordre, perdition, dévergondage, lubricité) la débâcle signifie avant tout le dégel, la décongélation, ou la rupture subite d’une couche de glace.

Mais pour comprendre tout cela, il vous faudra résoudre l’énigme d’Eva; si vous échouez, car tout le monde échoue dans ce roman, vous devrez obéir à ses amis, Laurens et Pim, et enlever tous vos vêtements.

A Bovenmeer, un peut village de Flandres où tout le monde se connaît, ils n’étaient que 3 bébés à naître en 1988. Fusionnels depuis l’enfance, le cruel été 2002 marquera la fin de leur amitié.

Trente ans plus tard, Eva habite Bruxelles, lorsqu’elle reçoit une invitation à une fête au village, organisée par l’un de ses anciens comparses.

C’est l’occasion pour elle de revenir sur les traces d’un passé qu’elle n’a pas digéré. Dans sa voiture, elle emporte un bloc de glace : le temps de la débâcle sera celui de sa propre histoire.

« À la maison, on avait cinq poules. De toute évidence, maman aussi était au courant du fait que les poules ne pondent qu’un œuf par jour, tôt le matin. Pourtant, plusieurs fois dans la journée, elle retournait voir s’il y avait eu de nouvelles pontes et revenait systématiquement avec un œuf de plus, un seul. Les douzaines qu’elle avait achetées en secret devait être camouflées quelque part dans le poulailler, près de la caisse de vin. »

Prenez une famille, deux parents, trois enfants, mettez-là à table. Ils ne disent rien. Et pourtant. Parmi eux, une boit en cachette dans le poulailler, un autre explique comment s’y prendre pour se pendre sans se rater, une autre a perdu sa culotte, l’un fugue sans arrêt pendant que la dernière passe ses journées à taper sur un clavier d’ordinateur débranché.

Mais n’allez pas croire que l’herbe est plus verte dans la famille d’à côté. A la boucherie et à la laiterie, chez les parents de Laurens et Pim, ce n’est guère mieux.

Est ce la faute du village, ces habitants de la terre et leurs enfants qui ne partent pas de l’été ? Ou est-ce la faute des traumatismes que l’on enfouit derrière des prénoms ou dans la fosse à purin, et qui finissent par vous rendre dingues ?

Débâcle est un roman belge coup de poing, sur l’emprise des siens, sur l’enfermement du milieu rural et leur malheur consanguin.

« Je sors de la grange au pas de charge. Le verrou de tout à l’heure, en travers de ma gorge, se bloque. J’aurai beau m’éloigner tant que je veux de ces garçons, tout le monde croira que ce sont eux qui m’ont laissé tomber. »

Mon avis

Un roman saisissant! Cruauté et violence de vie sont servies par une écriture légère, en inadéquation totale avec la teneur des propos, donnant à l’ensemble un caractère encore plus acide que prévu. La construction est parfaite, le rythme impeccable, les ingrédients du suspense et de la description fraîchement dosés. J’approuve ce succès belge et je vous le recommande !

Le signe astrologique du roman

Scorpion ! Car dans ce roman il est question de secrets, de jalousie, de vengeance. Lorsqu’un scorpion est malheureux il peut faire preuve de cruauté, cynisme, autodestruction, comme Pim après la mort de son frère. De plus la sexualité est omniprésente dans ce roman, Laurens et Pim n’ont rien d’autre en tête que cela, le signe du scorpion étant justement lié aux fesses, aux parties sexuelles et à l’anus. La couleur du scorpion est rouge foncé et noir, cela correspond parfaitement à l’ambiance du livre…

Sous tes baisers

Impossible pour moi de ne pas vous parler ici de ce roman d’amour publié en cette dernière rentrée littéraire de septembre 2017, sorte d’Anna Karénine contemporaine comme je les affectionne. Une écriture sublime, un roman court que l’on a envie de relire à l’instant même où l’a refermé. Il fait 155 pages, et j’en ai corné 155.

Anne Goscinny s’attaque avec brio à un thème connu, celui de l’amour impossible, cette femme mariée, Mahtilde, qui tombe éperdument amoureuse d’un autre. Le monde soudain prend alors tout son sens, et lorsqu’il ne l’aime plus, alors qu’elle a tout quitté pour lui, l’envie de quitter ce monde la saisit.

Combien de fois les femmes devront-elles rejouer le scénario et arrêter d’en souffrir ?

Des mois durant j’ai été le centre de la vie de cet homme, centre unique, point minuscule et essentiel duquel appareillent l’énergie et le désir pour se jeter dans la vie comme on prend la mer, le vent dans les voiles. Mais un jour Gabriel a cessé de m’aimer et n’a pas eu le courage de me le dire. Il répétait à l’envi une phrase aux allures de formule magique est à l’allitération toute racinienne, il disait « la passion ça passe ».

Gabriel est cet homme mûr, jeune veuf donc « neuf ». Gabriel est en fait cet homme qui ne sait pas aimer, ou très mal, ou pas assez longtemps. Il ressemble à cet homme manipulateur, ou à cet autre là, don-juanesque, qui s’enflamme aussi vite qu’il s’éteint, et puis à celui-ci, ce Narcisse ne sachant s’aimer que dans le reflet et la jeunesse que lui renvoie son adorée du moment. 
Et pourtant, Mathilde va y trouver sa raison d’être, de vivre, de respirer, « à rester grisée, sans volonté, sous ses baisers » … Et s’y perdre comme souvent lorsque l’on désire se trouver, ou retrouver l’être disparu. Elle quittera tout pour lui, et lorsque Gabriel aura ce qu’il veut d’elle, il ne la voudra plus, il voudra retourner à son éternelle solitude.

J’imagine l’endroit qui accueillera ma vie nouvelle ma vie d’homme libre. Je veux du parquet, les murs blancs et qui le resteront. Je veux un salon en rotonde pour avoir sur l’extérieur une vue ample, généreuse, sans limite. Je veux me sentir capitaine d’un paquebot qui n’aurait qu’un passager à transporter, moi.

Entre Paris et Rome, d’une écriture forte et fiévreuse, alternant la narration entre ses personnages, l’auteur revisite sans clichés les dédales de la passion sous le regard tragique de la Madone de « La Pietà » de Michel Ange…

Au pied de la Pietà je pleure son amour.
Au pied de la Pietà je pleure sa peau, ses mains.
Au pied de la Pietà je pleure sa voix qui caresse.

Le signe astrologique du roman

Scorpion. C’est le signe qui selon moi correspond le plus à Gabriel. C’est le signe le plus magnétique et le plus sexuel du zodiaque, qui peut pousser son désir de pouvoir à la manipulation et à la cruauté. C’est un signe charismatique qui paraît sûr de lui mais derrière il n’en est rien, ce signe d’eau s’il est heurté se confond en solitude et destruction des autres ou de soi-même. Les puissantes émotions du scorpion tournent autour de l’amour et de la jalousie. Souffrant parfois d’une impression d’insuffisance, il peut la masquer sous des manières arrogantes.
Régi par mars, la planète de l’action qu’il partage avec le Bélier, l’homme scorpion agit avec impétuosité en forçant l’admiration de la femme. Son autre planète, pluton, le poussera a analyser en profondeur le passé et les sentiments de sa compagne, pour mieux les retourner contre elle.


« Imposteur malgré lui, il veut croire à l’amour qu’il est encore capable d’éprouver. Il pense que ne plus désirer, c’est mourir. Et peu lui importe l’état dans lequel il laisse celle qui aura éclairé son reflet de vieil homme dans le miroir de l’ascenseur. »

Gabriële

Il est des hommes qui tombent à genoux devant la jeunesse, d’autres devant la beauté, certains devant la gentillesse et la bonté, Francis Picabia, en ce mois de septembre 1908, succombe devant un esprit.

Gabriële Buffet. L’arrière-grand-mère d’Anne et Claire Berest a eu quatre enfants et mille vies. Et encore ce roman n’en narre qu’une partie, celle située entre sa rencontre et sa séparation d’avec le peintre Francis Picabia.
Gabriële a 27ans lorsqu’elle rencontre Picabia et ne veut surtout pas se marier. Elle veut rester libre, poursuivre ses études de musique et devenir compositrice. Côtoyer De Bussy, Vincent D’indy, Edgar Varese. Mais Picabia la veut, et Picabia l’obtient. D’elle il obtient même tout. Elle abandonne la musique, lui donne son esprit, son amour et quatre enfants. On la surnomme Gaby, la femme «au cerveau érotique ». Celle capable de dire à Picabia que « tout ce fatras d’impressionnisme lui donne mal au coeur », que ses tableaux n’inspirent plus rien, elle insuffle à Picabia l’idée déjà présente en musique, créer un nouveau genre de peinture, qui sera le cubisme. Picabia lui confie alors :

« Je veux peindre des formes et des couleurs délivrées de leurs attributions sensorielles. Une peinture située dans l’invention pure qui recrée le monde des formes suivant son propre désir et sa propre imagination. »

Francis_Picabia,_1913,_Udnie_(Young_American_Girl,_The_Dance),_oil_on_canvas,_290_x_300_cm,_Musée_National_d_Art_Moderne,_Centre_Georges_Pompidou,_Paris.Francis Picabia, 1913, Udnie (Young American Girl, The Dance), oil on canvas, 290 x 300 cm, Musée National d’Art Moderne, Centre Georges Pompidou, Paris.

Gabriële réalise alors sa mission sur terre, faire « accoucher » son mari, Francis Picabia, de son oeuvre. On est alors impressionné et admiratif devant le courage de cette femme, sa tenacité, affrontant une vie difficile, un mari lunatique, opiomane, volage, colérique, absent. Quatre grossesses, des voyages incessants… mais une vie extra-ordinaire, avec Duchamp et Apollinaire comme meilleurs amis.

Elle n’aura de cesse que de s’élever, ne surtout pas s’abaisser à sa condition de femme, et tant pis pour les enfants que le couple fera garder par d’innombrables nounous, s’ils indisposent Picabia, alors ils indisposent Gabriële, qui est prête à tout par amour pour son mari. Un parcours de femme absolument incroyable pour l’époque !

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Francis Picabia et Gabriële Buffet-Picabia

Mon avis

Le meilleur moyen de s’approprier des connaissances durables en Histoire de l’Art c’est de découvrir par le biais d’un roman la vie intime d’un artiste. Des mouvements et des époques, je citais globalement les oeuvres principales des artistes les plus connus, et aujourd’hui je ressors de ma lecture enchantée d’avoir approfondi mes connaissances en y ayant pris du plaisir. De découvrir la naissance du cubisme, les fréquentations des peintres entre eux, avec les poètes, d’entrevoir le milieu de Montmartre de l’époque, les réunions à Puteaux, de voyager entre Paris, Berlin, New York, Cassis, Etival… Ce roman est un très grand travail de recherche au sens romanesque puissant.
L’histoire de Gabriële Buffet et de Francis Picabia dans leur époque m’a passionnée, l’écriture est fine et pudique, la motivation des soeurs Berest très émouvante, j’ai fini ce roman les larmes aux yeux. Je vous le recommande !

Le signe astrologique du roman

Scorpion.
C’est tout simplement le signe de Gabriële, dont les traits de caractère ont été incroyablement bien perçus par ses arrières petites filles.
Le scorpion symbolise la dépossession. Gabriële y est totalement, dans la plus totale dépossession. Elle ne garde aucun bien matériel, et en vieillissant, laissera même des inconnus s’emparer de ses toiles, bibelots, meubles. Elle se laisse aussi déposséder des êtres, de ses enfants, de son mari qu’elle aime pourtant plus que tout, pour elle la fidélité se trouve ailleurs que dans la possession d’un corps. Elle le dit très bien « Mon mari ne m’appartient pas ». De plus, Gabriële n’est jamais là où on l’attend, elle est dans le renouvellement permanent de ses ressources, une mauvaise nouvelle et elle rebondit encore plus haut. Elle ne cesse de surprendre par son incroyable capacité de mutation, d’audace, Gabriële ressuscite toujours, Picabia l’admire pour cela.
De plus elle est magnétique, envoûtante, profonde. Le scorpion est un signe d’eau, l’élément des artistes par excellence… c’est aussi le signe de Picasso, l’autre Pica, l’adversaire numéro 1 de Picabia…
Picabia par ailleurs représente à merveille le verseau, les traits principaux du signe ont été remarquablement bien décrits dans ses plus grandes frontières: excentrique, hyperactif, borderline, assoiffé de liberté, opiomane, cocaïnomane, grisée par la vitesse de ses nombreux bolides mais aussi par la beauté des femmes…
Le couple verseau/scorpion fonctionne d’ailleurs en général très bien, deux signes dits «fixes », à l’intellect profond, rebelles dans l’âme…

Anne et Claire Berest

Toutes deux écrivains, de Claire j’avais lu Bellevue et d’Anne Berest Recherche femme parfaite, les deux m’avaient enthousiasmée, c’est pourquoi je n’ai pas hésité une seconde à lire ce roman.

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Une question posée à Claire Berest

Bonjour Claire, à aucun moment dans ce récit à quatre mains on ne peut deviner quelle partie a été écrite par l’une ou par l’autre, le roman est d’une grande fluidité et vos deux voix résonnent en un seul écho. Comment vous êtes vous réparties le travail d’écriture ?

Bonjour Agathe, merci pour votre lecture ! Avec Anne nous voulions créer une langue unique qui soit un mélange de nous deux. Pour travailler, nous écrivions chacune des passages, que nous nous échangions et réécrivions , et comme ça en ping pong, jusqu’à ne plus savoir qui a écrit quoi. Une expérience littéraire.