Vivre ensemble

Tout est dans l’agenda. Dans l’enchaînement régulier des semaines A et des semaines B.

Car oui, tout s’alterne, la garde, les appartements et les animaux de compagnie. Pendant les semaines A, Déborah et Pierre peuvent vivre sans frémir, sans concilier, libres de s’aimer. Les semaines B, quand Salomon le fils de Pierre (10 ans) est chez eux, les problèmes commencent. Menaces, crises, injures, têtes de mort sur la porte de sa chambre. Mésentente totale avec Léo, le fils de Déborah. Les différences de religion et d’éducation pèsent parfois très lourds. Déborah commence à craindre de plus en plus la présence du jeune garçon, surtout lorsque Pierre s’absente.

L’agenda recense justement les dates des déplacements de Pierre à Calais. Très engagé, il  s’occupe de redonner un minimum de salubrité à la jungle et ses migrants. Vivre ensemble dans la jungle et dans ces conditions, c’est la torture. Mais vivre ensemble quand on l’a décidé, est-ce vraiment plus facile ? Car la violence se loge partout, et la première date de leur vie commune inscrite sur ce fameux agenda, c’est celle de l’attentat du 13 novembre, cette soirée où Déborah et Pierre se sont trouvés si près de la mort que Déborah a ressenti l’urgence vitale de rassembler leurs familles. 

Sur l’agenda, il y aura d’autres dates, des moments clés de leur vie commune, mais aussi celles marquant la mémoire collective, d’autres attentats, signant la continuité de cette violence dans l’humanité, celle qui au fond n’a jamais cessé d’exister.

Mon avis

Ce roman pose la question du Vivre ensemble, possible ou pas? Que ce soit au sein d’une famille, recomposée ou non, d’un peuple, d’un pays, est-ce illusoire de penser que le vivre-ensemble existe ?

J’ai lu ce roman d’une traite, il est extrêmement abouti, contemporain, il est même nécessaire et indispensable, car il marque une époque, celle encore assez récente des familles recomposées d’aujourd’hui dans le contexte terroriste, la petite violence dans la grande. En faire un objet de littérature était un pari compliqué, et la plume d’Emilie Frèche, précise, aiguisée, et son récit prenant et réaliste en font un livre d’une incroyable clarté sur la dimension humaine, et met en exergue l’ambivalence permanente entre générosité et cruauté. 

La fin du roman est, pour moi, parfaite. Un beau coup de coeur !

Le signe astrologique du roman

Verseau

C’est le signe le plus « humaniste » du zodiaque, mais aussi parfois, hélas, le plus clivant. Pour mener à bien ses projets et réaliser ses idéaux (surtout s’ils sont trop élevés), le verseau ligue malgré lui les personnes entres elles sans parvenir à éteindre le conflit. Diviser pour mieux régner pourrait être ainsi sa devise. Les autres s’entretuent et il regarde. Tout ça car le projet initial était utopie. C’est un peu le message que dégage ce roman. Aimez-vous les uns les autres mes frères, et Dieu vous pardonnera pour vos péchés et le sang déversé.

Extrait choisi

« Y en a marre, à la fin ! Vivre-ensemble, vivre-ensemble, on dirait qu’ils n’ont plus que ce mot à la bouche. Moi j’en peux plus, du vivre-ensemble. Je vais même vous dire, ça me fait chier, le vivre-ensemble. Surtout avec un tiret et un article devant. Non mais sérieusement ? Quel est l’abruti qui s’est levé un matin et qui a décidé d’en faire un nom ? C’est comme le bonheur, ça… On pouvait pas laisser la bonne heure ? La bonne heure, c’était parfait, c’était humble, on passait une bonne heure et on était content. Mais non, faut toujours plus, le bonheur, comme si c’était atteignable. Ça n’existe pas, le bonheur. C’est un leurre. Et le vivre-ensemble aussi. »

Einstein, le sexe et moi : Chronique et interview!

Place au jeu !!!

Le livre le plus lumineux, le plus drôle, le plus original de la rentrée littéraire, c’est lui !

Olivier Liron est autiste asperger. Il pose ça là, dans le premier chapitre. Il retient les dates, les plaques d’immatriculation et réagit parfois un peu trop violemment. Quand il ne sait pas quoi faire, il trempe une madeleine dans du coca. Il y a quelques années, il a participé à Question Pour Un Champion. 

Si vous aussi vous avez regardé l’émission assidûment aux côtés de vos grands-parents —et même qu’à force vous y preniez goût— achetez ce livre, il vous fera hurler de rire.

Julien Lepers l’a invité pour la finale des supers champions. Olivier Liron a alors 25 ans, et grâce à sa mémoire d’éléphant, il retient l’éphéméride, les noms latins des plantes, les dates de naissance des inventeurs. Cependant, derrière Einstein, il y a l’homme. L’émotif, l’enfant-martyr, l’amoureux incompris, l’homme en colère.

Ce roman est un thriller humoristique dont le fil narratif est une émission de télé entrecoupée de confessions amoureuses et philosophiques sur la vie de l’auteur. Entre deux questions du Quatre à la suite, il s’interroge sur ses premières expériences sexuelles. La description de l’animateur et des autres joueurs est tellement subtile qu’elle provoque chez le lecteur non seulement le rire mais la réminiscence de souvenirs proustiens et universels.

Ce livre, par son humilité et sa sincérité, redéfinit le pouvoir de l’écriture et apporte à la littérature un message de résilience : une différence n’est pas un handicap, bien au contraire, c’est parfois grâce à elle que l’on dépasse ses limites. Un roman à lire et à offrir, un bijou !

Extraits choisis

Questions pour un champion a changé la vie de millions de personnes. Et pas seulement des retraités. Une dame d’un certain âge m’a avoué un jour « Julien Lepers, je ne suis même pas sûre de l’aimer, et on dit ce qu’on veut, on peut lui reprocher beaucoup de choses, mais tous les soirs il est là pour moi. Dans ma vie, je ne peux dire la même chose de personne d’autre » C’est peut-être la plus belle chose qu’on puisse raconter sur Julien Lepers et c’est aussi une très belle définition de l’amour que Julien nous porte à tous.

 

C’est ça que j’aurais voulu dire à Julien Lepers : « Vous ne savez pas ce que c’est. Je suis enfermé derrière un mur de politesse. Attaché et bâillonné. Dans un monde sombre et silencieux, où seule pousse la colère. »

Interview d’Olivier Liron

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Crédit Photo Lionel Samain

 

La première question que je ne peux retenir plus longtemps est la suivante :  Julien Lepers a-t-il lu votre roman? Si oui, comment l’a-t-il accueilli ?

Oui, Julien Lepers m’a fait l’honneur de lire le roman! Il l’a trouvé plaisant et drôle, selon ses propres termes. C’est pour moi très touchant. J’avais peur que certains traits d’esprit sur le jeu le choquent, mais ce n’est pas du tout le cas. C’est quelqu’un qui a beaucoup d’humour, et pour qui j’ai beaucoup d’admiration.

Après cette délivrance, revenons à des questions plus standard : En quelques mots, qui êtes-vous Olivier Liron ?

J’ai eu un parcours d’universitaire. J’ai étudié à l’Ecole normale supérieure, réussi l’agrégation d’espagnol, puis j’ai enseigné à l’université. Mais le cadre était difficile pour moi, j’ai fait un burn-out et j’ai entamé une reconversion. J’ai décidé de me consacrer pleinement à l’écriture. J’ai la chance de travailler beaucoup pour le théâtre, comme dramaturge et acteur, et aussi pour le cinéma.

Vous faites de l’autisme un portrait sensible et sublimateur : cette différence devient votre moteur et vous réussissez à la dompter et vous en servir. Le chemin a-t-il été difficile, avez-vous toujours cru en vous ?

J’ai reçu un diagnostic d’autisme très tard, à 29 ans. Comme beaucoup de personnes autistes de ma génération, j’ai vécu dans une errance diagnostique, allant de psy en psy, sans savoir ce qui faisait que les relations sociales étaient si compliquées… Mais, c’est ce que je raconte dans le livre, j’ai toujours cru en moi, et cela m’a été donné par la poésie, principalement, et la force de vie qu’elle porte en elle.

Qu’est-ce que l’écriture vous a apporté ?

L’écriture, elle m’a tout apporté, c’est une façon de m’exprimer, de communiquer avec les autres. Quand on n’arrive pas à parler, parfois, on écrit, cela permet de vivre. J’aime beaucoup cette phrase de Proust qui dit: « la vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c’est la littérature ». Je suis intimement convaincu de cela. Il dit aussi que « le style pour l’écrivain est une question non de technique, mais de vision. Il est la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients de la différence qualitative qu’il y a dans la façon dont nous apparaît le monde… » Cela veut dire que l’écriture nous permet d’aller vers les autres. De sortir de nous. De communiquer ce qui sans cela, serait incommunicable. Je suis très touché par cette idée.

Comment gérez vous la part d’incertitude qui réside dans le processus d’écrire, notamment la libération de l’inconscient ?

C’est vrai qu’écrire, c’est libérer à la fois son esprit, mais aussi sa spiritualité, ses affects et ses pulsions. Tout cela doit tenir ensemble, et c’est pour cela qu’écrire est un processus si intense. C’est une façon de s’exposer, de prendre des risques, de se mettre à nu. Pour reprendre les mots de Simone de Beauvoir: « Exister, c’est oser se jeter dans le monde. »

Dans le roman vous parlez d’une certaine colère en vous, apparue avec l’école et une enfance terrible dans la cour de récréation. Pensez-vous que cette colère puisse un jour disparaître?

Je ne sais pas si cette colère peut un jour disparaître. J’essaie de la transformer quand j’écris. En faire une force, un moteur. Ce que j’ai vécu m’a rendu invincible.

Votre mémoire et votre capacité de stockage est impressionnante. Avez vous besoin de l’entraîner ?

Il est vrai que j’ai une très bonne mémoire, mais pas non plus comme certaines personnes avec autisme, qui sont capables de retenir des quantités invraisemblables de chiffres ou de dates. C’est d’ailleurs un stéréotype. Toutes les personnes autistes ne sont pas « Rain Man », loin de là! En tout cas, pour en revenir à « Questions pour un champion » et au roman, oui, il y a eu un véritable entraînement. Je passais quatorze heures par jour à m’entraîner, les derniers mois. Je mémorisais et j’apprenais tout ce que je pouvais. Je crois que j’ai essayé d’apprendre Wikipédia par coeur – au moins la moitié !

Allez-vous retenter votre chance dans d’autres émissions, par exemple avez-vous déjà pensé à Qui veut gagner des millions ?

Oui, j’ai participé à d’autres jeux, mais hélas je n’ai pas été sélectionné, car les castings sont très différents de « Questions pour un champion ». Pour les sélections d’un jeu de TF1, que je ne citerai pas, j’ai dû imiter le sanglier tout en me léchant le coude! Mon imitation n’étant pas assez convaincante, j’ai dû renoncer à participer à d’autres jeux. 

Votre roman est extrêmement drôle, maniez-vous aussi bien l’humour dans la vie que dans les livres ?

J’ai parfois du mal avec l’ironie, mais j’arrive quand même à faire des blagues (d’autiste). 

Pouvez-vous parler de vos projets, notamment autour de ce livre ?

Mes projets, c’est bien sûr que ce livre rencontre son public, comme on dit. Je serais vraiment touché que le maximum de gens puissent vivre cette aventure comme je l’ai vécue, et soient sensibilisés à cette question de la différence. C’est ce que j’essaie de dire dans le roman: nos différences sont nos richesses. Une personne normale, ça veut dire quoi? Parce que moi, je n’en ai jamais rencontré! Dans notre monde, je crois que lutter pour le droit à la différence est nécessaire et urgent. 

Le signe astrologique du roman

Verseau ! Un de mes signes favoris, celui des grands penseurs et des grands révolutionnaires, les humanistes, ceux qui ont foi en leurs projets et qui par leur force, leur courage, leur ténacité, y parviendront.

Madame Einstein

« Il y a un étudiant qui m’a souri. Un peu trop longtemps à mon avis, mais tout de même, il avait l’air sincère. Pas moqueur. Il s’appelle Einstein, je crois. »

Chez les Curie, on ne peut citer Pierre sans Marie. Mais chez les Einstein, on ne connaît qu’Albert, et encore, très mal. Qui était-il? Le théoricien génial ou cet homme velléitaire utilisant l’intelligence de sa femme ? Lorsque l’on sait à quel point le cerveau du Nobel a été soumis à toutes sortes d’analyses, coupes et autopsies, la lecture de ce roman interroge sur celui de sa femme. Qui a vraiment écrit la théorie de la relativité ? Mise en lumière de de celle qui resta dans l’ombre…

Mileva Marić a une vingtaine d’années lorsqu’elle intègre Polytechnique à Zurich en 1896. Ses parents lui ont assuré que sa démarche claudicante —un problème congénital de la hanche— rendait impossible tout projet de mariage. Il ne lui restait plus qu’à se réfugier dans les mathématiques, un vrai don qui depuis son plus jeune âge la prédisposait à devenir une intellectuelle. Son père très aimant place tous ses espoirs en elle et la famille concède à quelques sacrifices afin que Mileva reçoive le meilleur enseignement possible.
A Zurich, ville considérée comme moderne à l’époque, Mileva, l’unique jeune femme étudiante, affronte l’opprobre de ses congénères d’amphithéâtre avant de forcer leur admiration et finir par s’intégrer. Le jeune Einstein la remarque d’emblée, se lie d’amitié.

Les mois et les années passent, de compagnons d’amphi, ils deviennent un peu plus que des amis. Pourtant Mileva s’était fixée des objectifs, elle ne peut pas tout gâcher maintenant, avant l’obtention de son diplôme, elle essaiera de lutter, de changer d’établissement, mais le lien qui l’unit à Einstein est plus fort que tout. Albert lui promet la lune et le bonheur, il lui vante cet esprit de bohème qui souffle sur leur tête, bien sûr Mileva que tu peux te marier avec moi et être une femme intellectuelle, de celles qui comptent, à deux nous serons plus forts Mileva, nous collaborerons ensemble sur les plus grandes découvertes et nous marquerons l’histoire.

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Et puis à quelques mois de l’obtention de son diplôme, Mileva tombe enceinte, hors mariage. Soudain tout semble compliqué pour Albert. Sa mère n’apprécie guère la jeune femme, ses origines juives ne lui permettent pas de trouver un travail… Mileva se voit alors contrainte d’abandonner ses études si près du but et retourner chez ses parents. Puis accoucher et attendre désespérément en Serbie qu’Albert fasse le voyage afin de rencontrer sa fille. Mais Einstein a d’autres obligations, des succès imminents, des articles à finir, des femmes à rencontrer… Ce n’est que le début de la longue dégringolade qui attend Mileva. La suite sera une addition d’humiliations et de trahisons, le destin brisé d’une femme brillante. Sa vie entière sera dévouée à un homme intéressé, manipulateur et dénué d’empathie que l’on nommerait aujourd’hui sans abus de langage un pervers narcissique.

J’ai inspiré profondément, je me suis calmée et j’ai essuyé mes larmes. Puis j’ai choisi la vie. Et pour que cette vie avec Albert soit heureuse, cela supposait de choisir la science. C’était la langue dans laquelle nous avions communiqué au début de notre relation, et la seule qu’il maîtrisât parfaitement.

Mon avis

Un roman passionnant, documenté et parfaitement romancé, nous transportant de l’admiration à la révolte. Les personnages d’Einstein et de son épouse, ou encore des parents de celle-ci sont dépeints très finement, ainsi que le milieu de l’époque. Ce roman prouve que l’importance de la science et des découvertes n’empêchaient pas les sujets éternels : la parade amoureuse de l’homme, les dangers de l’amour, les diktats sociaux, la dépendance de la femme, la difficulté de choisir sa carrière, ses tiraillements autour du bonheur de ses enfants passant avant son propre intérêt. Un coup de coeur ! Merci aux Editions Presses de la cité pour cette lecture !

Extrait choisi

Alors que je me réfugiais dans ma chambre, l’une des lois fondamentales de Newton sur le mouvement m’est inopportunément revenue à l’esprit : un objet suit une trajectoire donnée jusqu’à ce qu’une force lui soit appliquée. Des années durant, je n’avais pas dévié mon chemin en restant la femme d’Albert, mais j’étais à présent soumise à trois forces distinctes qu’il m’était difficile d’ignorer —Marcel, Elsa, et la main d’Albert sur mon visage. Ma trajectoire allait forcément s’en trouver altérée.

Le signe astrologique du roman

Verseau !

Impossible pour moi de ne pas relier le signe des génies et des marginaux à ce roman ! Gouverné par Uranus et Saturne, le verseau est cet être illuminé et rationnel à la fois, capable d’abstraction et de raison. Il est le signe des grandes causes, de ceux qui marquent l’histoire et la révolutionnent.

NB : Albert Einstein était Poissons, la lecture de ce roman me pousse à croire qu’il avait tous les plus mauvais aspects du poissons : lâcheté, velléité, martyr éternel! Un Poissons dont le thème est équilibré est quelqu’un de généreux et sensible (comme Albert étudiant) et peut s’il se sent menacé (c’est le cas lorsque les compétences de sa femme dépassent les siennes) devenir complètement tyrannique.

Une vie sans fin

Voici un selfie de moi et du nouveau roman de Frédéric Beigbeder. Pourquoi poser avec les auteurs quand on peut poser avec leurs livres ? Ceux qui l’ont lu comprendront : le « selfisme » est, avec la vie éternelle et la paternité, un des fils rouges du dernier roman de l’auteur, qui dans ce nouvel opus nous offre des lignes noircies d’aphorismes mordants :

  • Le selfie est le langage nouveau d’un époque narcissique. Il remplace le cogito cartésien: « je pense donc je suis »  devient « Je pose donc je suis ».
  • Nous sommes avides de reconnaissance faciale. Notre visage a soif de clics.
  • Autrefois, la domination était réservée à la noblesse de cour, puis aux stars de cinéma. Depuis que chaque humain est un média, tout le monde veut exercer cette domination sur son prochain, partout.
  • Aimons-nous nos enfants uniquement par narcissisme ? Un enfant est-il un selfie vivant ?

Lire un roman de Beigbeder, c’est avoir pris rendez-vous avec votre meilleur ami. Vous riez sans vous arrêter, et par la même occasion vous palabrez ensemble sur l’avenir. Il a cette qualité indéniable : entraîner le lecteur dans ses élucubrations personnelles et faire de vous son partner in crime number one.
Voici le tableau qui résumerait parfaitement votre idylle amicale : vous êtes installé confortablement avec votre roman et gloussez à un rythme régulier depuis deux heures. Soudain, vous venez de lire un passage époustouflant de par son sens et sa forme. Vous décrétez en votre for intérieur que la terre entière doit prendre connaissance sur le champ de ce passage.
Option 1 : vous cherchez l’appui de la première personne qui passe à côté de vous « Ecoute ça c’est génial; tu vas adorer, bouge pas je te lis un passage… hein tu ne trouves pas que ce qu’il dit c’est vraiment tout à fait ça quoi? Oh et ça! Ecoute écoute !! » …C’est à ce moment-là que votre mari/enfant/femme de ménage/prof de flûte se carapate discretos, ce qui vous amène directement à :
L’option 2: Afin d’évacuer enthousiasme et/ou frustration de ne pas avoir été entendu, vous publiez sur les réseaux un, deux ou trois posts de vos passages préférés pour obtenir l’approbation de vos congénères et donc… des likes. Vous venez, sans même vous en rendre compte, d’effectuer la démonstration mathématique de son 1er chapitre sur les affres du selfisme narcissique et solitaire des réseaux sociaux. Et là vous pensez : il est très fort.

Peut-être vouliez-vous le résumé du roman et l’avis subjectif d’une inconditionnelle de Frédéric Beigbeder ? Les voici.

Le roman

Dans cet opus, le narrateur s’est éloigné de l’image du trentenaire célibataire et égoïste ; il est devenu un riche animateur de télé-réalité, patriarche d’une tribu moderne aux allures de famille nombreuse recomposée et futuriste : sa jeune et jolie femme médecin biologiste, ses deux filles Romy et bébé Lou, demi-sœurs, et enfin le petit dernier : Pepper le robot nippon, personnage farfelu et hilarant ayant tout à fait sa place dans la fratrie.

Un jour, la question de sa fille Romy produit chez lui un électrochoc. Est-ce que les papas meurent ? Ah ça non, il n’avait pas vu les choses sous cet angle.
Hors de question de mourir. Frédéric a loupé la tendance vegane, le sans-gluten et les cours de pilates ? Peu lui chaut, il va devenir immortel.
Il part alors à la conquête de la fontaine de jouvence idéale, entraînant sa tribu à Jérusalem, Genève, Autriche, New York… Il donne la réplique aux grands pontes de la biologie cellulaire, écoute les discours des transhumanistes, se rend dans un institut de détox haute gamme et mâche des légumes. Puis des lasers renouvellent son sang : sans limites, il veut tout savoir et tout tenter. Il nous entraîne alors dans des chapitres pointus et documentés sur le sujet des cellules souches et cellules T, des télomères et des mitochondries. Dans sa quête d’une vie sans fin, Frédéric n’a pas peur de perdre ses proches, il sait qu’il aura l’éternité pour les reconquérir.

Recherche-t-il vraiment l’immortalité ou veut-il juste désobéir à la mort ?

 

Mon avis

Retrouver la démesure de l’auteur, son auto-dérision et ses déclarations enflammées sur les femmes : le plaisir demeure intact! Frédéric Beigbeder n’a pas vraiment changé et on s’en réjouit. Achetez du Beigbeder vous aurez du Beigbeder.
La nouveauté était ailleurs : lire des dialogues dont l’interlocutrice principale est sa fille de dix ans ou des grands scientifiques, ça c’était nouveau et réussi car sujets à écueils. Caler sa prose au rythme des séquences ADN et nous assaillir de données biologiques, c’était très nouveau aussi, un peu moins pour moi, car le sujet passionnant du transhumanisme, ces hommes qui paient pour ne pas mourir, je l’avais découvert il y a quelques mois avec « L’invention des corps » merveilleux roman de Pierre Ducrozet, (qui n’est autre que le dernier Prix de Flore de F.B, tout se recoupe).

Je pense qu’il y aura deux grands types d’avis pour « Une vie sans fin » : Ceux qui aiment le personnage et l’auto-centrisme de l’auteur préfèreront peut-être la première moitié du roman que la deuxième qui risque de les perdre dans les méandres de la génétique. Et puis il y aura ceux qui s’agacent des interventions de l’auteur qu’ils jugent intempestives (que pour ma part je recherche avidemment) et qui se régaleront de s’enrichir intellectuellement car l’auteur a poussé le sujet scientifique très loin.

Personnellement, j’aime ses égarements philosophiques humoristiques et allusions sexuelles décalées qui jalonnent le roman et permettent de le rendre digeste. J’aime à la fois le masque qu’il porte et l’image de vieux dandy qu’il entretient, tout ce qu’il veut bien nous donner de lui en somme.

Ce roman est une ode décalée à la vie saine et à la paternité, qui donne envie de visiter Jérusalem, de s’acheter un robot connecté et de boire du jus de citron au réveil !

Le signe astrologique du roman

Verseau !

Le verseau est le signe symbole de la science, du progrès, des avancées technologiques. La science attire plus que tout l’esprit rationnel et novateur du verseau. Ce signe est un anti-conformiste curieux, imprévisible, avide de découvertes et complètement hyper actif. Le verseau peut être ce « vieux hippy » qui n’avance pas ou l’anarchiste qui n’a pas remarqué la fin de la révolution. Par ailleurs, le verseau se trouve souvent parmi les grands auteurs et les agitateurs sociaux.
Sans le Verseau, il n’y a pas d’évolution.
L’obsession du narrateur, mais aussi Pepper, le robot du roman, m’ont clairement évoqué ce signe.
Sa planète, Uranus, est celle du changement, de l’originalité, de la déviance.

Extraits et citations du roman

Créer une vie est tellement plus facile pour un homme que de repousser la mort.

Le bon sexe, c’est quand deux égoïstes cessent de l’être.

Dans notre époque sans relief, seule la mort donne le vertige.

La peur de l’âge est une angoisse de la mort travestie en hédonisme attardé.

Ma génération est passée en un clin d’oeil de l’inconséquence à la paranoïa. J’ai l’impression que le changement a eu lieu en une nuit. Soudain, tous mes potes destroy des années 80 ne jurent plus que par la nourriture bio, le quinoa, le véganisme et les randonnées à vélo. Une sorte de GGBG (Gigantesque Gueule de Gois Générationnelle) s’est emparée de nous. Plus mes amis étaient foncedés dans les toilettes du baron il y a vingt ans plus ils me donnent des leçons d’hygiène de vie et de santé aujourd’hui. C’est d’autant plus surréaliste que je ne l’ai pas vu venir! J’étais peut-être dans un trou noir avec mes divorces et mes émissions de télé, je croyais qu’il était encore cool de se droguer avec des escort girls, je n’avais pas vu le monde changer autour de moi. Des mecs qui terminaient dans le caniveau à huit heures du mat sont devenus des ayatollahs des légumineuses, et mes anciens dealers, des apôtres de la marche en montagne chaussés de croquenots North Face. Tout d’un coup, si tu allumes une cigarette tu es un assassin suicidaire; si tu commandes une caïpirovska, un déchet puant. T’as pas lu Sylvain Tesson? Pauvre de toi. C’est leur passé qu’ils engueulent. Même Sylvain a failli crever à force de grimper bourré sur les toits. Arrêtez d’en faire un moine écologiste ! Tesson est comme moi : un alcoolique russophile qui a peur de crever.

L’invention des corps

Que faire de son corps lorsqu’il ne nous appartient plus ? L’oublier, l’effacer. Faire converger la biologie au numérique.

Pierre Ducrozet observe le mouvement des corps à travers le personnage d’Àlvaro, rescapé du massacre mexicain, cette nuit noire du 26 septembre 2014 où 43 corps d’étudiants innocents ont été torturés et brûlés par les autorités.
Ce hacker mexicain n’a d’autre choix que de fuir cette corruption et tenter de franchir la frontière clandestinement, rejoindre San Francisco. Alvaro échange alors une violence contre une autre, car de l’autre côté, sous le ciel rose et factice de Californie, son corps devient le cobaye d’un milliardaire. Parker Hayes, un grand investisseur de la Silicon Valley —dont le personnage pourrait bien être le fondateur de Paypal— n’a qu’une phobie, celle de mourir. Transhumaniste, il place tout son argent dans la recherche contre le vieillissement, et ouvre un centre dédié à la recherche et l’expérimentation, dans lequel Àlvaro y entraine son corps et ses cellules. Il y rencontre Adèle, jeune médecin biologiste dont le corps semble aussi fuir quelque chose.

Àlvaro a un talent, il maîtrise internet et le Code, il fait partie du plus grand réseau de hackers mondiaux, les Anonymous. Car c’est bien de la toile dont il est question dans tout le roman. Cette invention majeure du XX ème siècle, qui a révolutionné notre monde et conditionne aujourd’hui notre société. Si ses inventeurs, un brin utopistes, voulaient créer un monde virtuel libre, sans chef, et sans corps, dans lequel chacun pourrait avoir une identité nouvelle, ils n’avaient pas imaginé jusqu’où l’on pourrait aller avec le réseau.
A travers cette grande cavale ininterrompue de 300 pages, Àlvaro et Adèle entreprennent une lutte, une fuite, un retour au commencement, et à deux, leurs corps vont tenter de se réinventer.

Mon avis

Bon. Comment vous le dire simplement sans vous inonder par mon emphase? Ce roman est mon préféré de tous ceux que j’ai lu en cette rentrée littéraire. Il mérite tous les prix. Il m’a dévastée. Je suis entrée dans le monde de l’auteur comme si je découvrais un sixième sens ou la cinquième saveur japonaise.
Dans ce tableau contemporain où l’on tourne une page en un clic, où la narration se mue progressivement en un réseau dense et complexe de personnages, d’époques et de lieux, un tourbillon magistral s’empare de nous et de notre époque, à travers les corps et les réseaux, entre hackers et transhumanistes.

« Internet ne modifie pas la communication, il modifie l’homme. »

Une écriture dure et sensible à la fois, un style volontairement violent et haché superbement maîtrisé. Un roman documenté qui marque le monde, qui s’inscrit en nous, que l’on voudrait adapté au cinéma.

Rappel historique

Le 26 septembre 2014, 43 étudiants normaliens disparurent au Mexique, à Guerrero. Ils voulaient simplement organiser une manifestation, pour obtenir plus de moyens. Ils montent dans des bus mais se retrouvent vite dans une embuscade. Les autorités les livrent aux « Guerreros unidos » un groupe mafieux, qui les violente et les tue. Le maire démissionne vite et des corps ne sont pas retrouvés.

Un très bon article du monde ci dessous relate les faits et les mystères encore présents autour de cette affaire aujourd’hui :

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2016/09/27/deux-ans-apres-la-disparition-de-43-etudiants-au-mexique-reste-un-mystere_5004122_3222.html

 

Les réflexions qu’apportent le roman

  • Autour d’internet

Internet est le sujet principal de ce roman contemporain car comme nous le demande l’auteur sans nous ménager :
« Que feriez vous aujourd’hui pauvres de vous sans Google sans Mac sans internet sans iPhone bande de tocards? »

Dans ce roman on croise les grands chefs et fondateurs des réseaux, comme Mark Zuckerberg, mais aussi :

– Peter Thiel (Parker Hayes dans le roman) a fondé avec Elon Musk (autre milliardaire de la Silicon Valley) Paypal, qu’il a revendu à eBay 1,5 milliard de dollars. Il a investi par la suite dans des projets qui n’ont fait que l’enrichir. Grand utopiste, il aspire à l’ultralibéralisme, à créer son propre pays, une île où il vivrait en parfaite autarcie.

« Les milliards qu’il ramasse ne l’intéresse pas vraiment, il a un dessein bien plus grand : modifier le cours de l’espèce. Il croit en un homme augmenté, amélioré, qui parviendrait à s’élever au-dessus de sa condition actuelle, bien piteuse au regard de ses possibilités. »

Le personnage de Werner Ferhenbach, considéré comme le concepteur d’Internet, celui qui tout pressenti, qui a compris avant tout le monde, l’arrivée du phénomène. Ayant passé sa petite enfance dans un camp de concentration, issu de générations mortes à la guerre, il représente l’entre-deux, le sage, celui qui conçoit, et celui qui contrôle, qui crée en parallèle le réseau des anonymous.

Ces deux personnages, Parker et Werner,  sont profondément persuadés que l’invention d’internet va permettre de créer un monde meilleur. Ils n’avaient pas imaginé qu’Internet allait aussi en contrepartie devenir une poubelle géante.

  • Autour des corps

Pierre Ducrozet décrit son livre comme celui du corps. Le corps qu’on pirate, qu’on reprogramme. Le corps dont on veut s’échapper. Le corps que la morale veut contrôler.

Le roman pose cette question principale : quel est notre rapport au corps aujourd’hui ? Chaque personnage a un rapport différent à son corps. Alvaro le rejette, Adèle l’oublie, Lin, transgenre, le recrée. Celui de Werner traverse le siècle. Comment le temps sculpte-il le corps?

Qu’est-ce qu’un corps? Que nous reste-il de notre corps aujourd’hui? Cet amas de chair, jamais de la bonne dimension, retouché aux photos? Toujours trop vieux, toujours malade ? L’auteur ne s’intéresse pas vraiment a la psychologie de ses personnages, les dialogues sont volontairement pauvres, il s’interesse aux corps et à leur silhouette, à leur mouvance dans l’espace, s’il était un objet il serait une caméra embarquée dans les bottes de ses personnages. Il dénonce la violence, la barbarie. Ces hommes toujours en guerre, toutes ces tortures aux quatre coins du monde, les guerres, les bombes, comment survit on après un massacre si violent qu’il le fut à Guerrero ?

Et le corps des femmes? L’auteur ose une réflexion très juste à travers le personnage d’Adèle, la représentation féminine du corps dans le roman. Que fait on du corps de la femme ? « On la fourre ou on la couvre ? On la fourre, on la fourre ! non! on la couvre ! » Quel choix peut faire la femme, entre le viol et le voile?

  • Autour du monde

On part du Mexique tout d’abord. Terre aride où « il n’y a rien ou presque mais il faut pourtant en dire quelque chose ». Les enfants naissent avec le poids de la corruption, de la pauvreté, de la drogue.

« On sait ça tout de suite, on naît le souffle court, le visage vers le sol. On a le regard fermé des grands. On n’a jamais été un enfant. On sort, on commence à marcher, et c’est plié déjà. »

Du mexique on atterrit en Californie, le berceau d’internet. D’une part l’Amérique, représentée par Parker, d’autre part l’Europe, avec Adèle. Leur conversation exprime au mieux la façon dont les Etats unis conçoivent l’Europe, comme un pays mort. Voici ce qu’Adèle rétorque à Parker :

«Vous êtes un pays jeune, vous découvrez tout juste la mort. Nous, les Européens, on meurt depuis plus longtemps, on s’est un peu habitués. On a longtemps été au-dessus de ça, maintenant un peu moins, mais on est très vieux de naissance (…)»

  • Autour de la mort

« Nous repousserons la dernière frontière de l’Ouest : nous vaincrons la mort. »
D’où vient la peur de la mort? Parker Hayes en a la phobie, son obsession principale est de la repousser. L’auteur laisse suggérer que la peur de la mort serait lié à son absence de désir:

 « S’il avait fait, plus tôt, l’apprentissage du désir, il aurait appris que la perte lui est consubstantielle, et que rien n’existe qui ne puisse disparaître.S’il s’était livré à ses sens, il aurait vu le noir infini logé dans toute couleur ».

L’auteur

Pierre Ducrozet est écrivain, né le 5 juillet 1982.
Il a publié des chroniques littéraires dans Le Magazine des Livres et un livre pour enfant avant de publier en 2010 son premier roman, « Requiem pour Lola rouge » (Grasset). Puis est sorti « La vie qu’on voulait » en 2013 et Eroica en 2015. Il vit entre Berlin, Paris, et Barcelone.

Le signe astrologique du roman

Verseau. Ce signe est régi par Uranus. Que répresente Uranus ? Uranus est une planète anti-conformiste dont l’orbite est complètement désaxée, elle ne tourne pas autour de son centre, et c’est le propos principal du roman :

« Le monde n’a pas de centre. Le monde est un réseau infini de données. Nous n’arrivons pas en temps normal à le comprendre, à le voir, à le sentir. Werner sent le soleil décliner dans sa chair. Il ouvre les mains. Il est dans un point précis de l’univers infini. Il comprend tout. Deux larmes coulent sur son visage. »

Uranus symbolise l’esprit, le mental supérieur, le génie, la technologie. Uranus cherche à transcender les limites, à dépasser les frontières de la pensée établie et à briser la résistance, ouvrant ainsi la voie. La science d’uranus n’est pas toujours bénéfique pour l’humanité, elle représente les essais chimiques, les expériences nucléaires.

Ce roman est également verseau par son rythme : il ne s’arrête jamais, tout comme Alvaro dans le roman, toujours en cavale, toujours en rechercher de quelque chose. Imprévisible, rebelle dans l’âme, vif, c’est un signe attiré par les métier de sciences, chercheur, ou biologiste comme Adèle, qui explore dans les cellules tout un monde relié par des synapses.

« Ce qu’Adèle voit sous la peau, ce sont des atolls, des insectes de mer, des rougets, des toiles de Pollock, ce qu’elle voit quand elle glisse dans les vaisseaux, les crevasses et les rivières, ce sont des astéroïdes rouge-bleu, des robes au vent, des mitochondries comme les silhouettes raides de l’art brut, des soucoupes volantes jaune flamme, des gravures noires et grises (lysosomes, proteïnes), des éclats de peinture (chromosomes), des constellations secrètes, feux soudains, verts et rouges, dans le noir du dedans (protéïnes du cytosquelette), soleils cramés (noyaux de la cellule, ses quatre nucléoles, les innombrables microtubules), des amibes bleu dansant dans les abysses des mers (réseau du cytosquelette formé de deux protéines fibrillaires, l’actine et la tubulaire). »

Verseau aussi car ce roman est ultra contemporain, et que nous sommes entrés dans l’ère du verseau. L’Ère du Verseau est caractérisée par l’importance du progrès, de la pensée scientifique, de la liberté, de la raison critique.

 

Extraits et citations

Adèle déplace son stéthoscope, elle entend la ruade sous la peau, au centre et vers les côtes, elle sent une légère arythmie, tension trop haute ou dérèglement ancien. Elle passe sur les côtes, l’estomac, le foie, elle descend vers les hanches, remonte, arrive aux aisselles. Une odeur de savon très fine s’élève, mêlée de terre et de plastique neuf. La peau, au passage de l’instrument, se dérobe et se creuse, elle est comme cabossée, striée d’invisibles brisures, les lignes se rompent brusquement avant de se reformer plus loin. Elle descend sur les jambes maintenant, gonflées —elle n’écoute plus le coeur, elle veut simplement sentir la texture— le muscle tibial antérieur en surcharge, peu de poils, des écorchures, une peau ferme de garçon de la ville. (…) Alvaro renfile ton tee-shirt. Adèle souffle et se tourne face au mur.

Internet et le code, c’est du corps, et le corps est un réseau, dans lequel tous les éléments sont reliés.
Adèle est là aussi, qui fume. Cet énième exil lui plaît finalement. En réalité, le voyage ne s’arrête jamais, même chez elle ça continue — quand on est parti trop longtemps, on ne revient pas.

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