🤣, de Frédéric Beigbeder

Je n’avais pas écouté la radio. Une amie dans la journée m’a téléphoné : « Ton idole a foiré sa chronique ce matin, il n’avait rien préparé, apparemment ils vont le virer ». J’avais souri. Pourquoi quitter France Inter comme tout le monde ? Tôt ou tard, il en ferait un livre.

N’est-il pas génial et improbable, ce smiley imprimé sur la couverture jaune côtelée des éditions Grasset ? Ceux qui critiquent avant d’avoir lu doivent bien avouer qu’ils n’ont jamais vu ça. Quiconque parvient à raconter son suicide a le droit d’imposer son audace. Oui, il s’agit bien d’un suicide en direct. Il est venu sans feuille, juste avec une jolie gueule de bois, et il n’a rien dit, ou pas grand chose. Comme il le dit lui-même, il aurait dû ne pas venir. Oui mais voilà, Frédéric Beigbeder est trop bien élevé ou pas assez, et surtout, il n’avait plus envie de faire rire.

C’est un secret pour personne : Octave Parango, son double littéraire, n’est pas vraiment un modèle de vertu. C’est lui qui arpente Paris les mercredis soirs en poussant le chroniqueur à sortir, regarder les filles et ingurgiter un panel de substances illicites —chacun se prépare comme il peut avant de passer à l’antenne. Le job était le suivant : faire l’aller-retour à Paris pour 3 minutes de chronique hebdomadaire, rivaliser d’inventivité pour maintenir l’audience et son statut d’« humoriste le plus écouté de France ». Vraisemblablement, il n’y prenait plus de plaisir, et ce livre explique pourquoi.

Regardez de plus près cet émoticône qui « pleure de rire », vous donne-t-il vraiment envie de sourire ? Non, on dirait le mélange d’un clown et d’un masque de Scream. Il est grotesque et effrayant. « La drôlerie est devenue obligatoire » et toutes les époques et les sujets ne s’y prêtent pas. Octave se remémore avec nostalgie ses années folles, où le ton était libre, sans doute beaucoup plus qu’aujourd’hui. À travers cette déambulation nocturne, Octave revient sur son passé, ses rencontres, ses soirées, fait des détours par le monde de la politique, celui de la radio et de la littérature.

Ce livre est un grand cri de résistance, non seulement contre l’uniformisation de l’humour et de ses codes, mais aussi contre le temps qui passe et la bienséance. Beigbeder n’a jamais autant été Beigbeder, drôle, subversif et en phase avec son Octave intérieur. Il l’avoue avec humilité, même auprès de la plus belle femme du monde, ce n’est pas évident de faire le grand-écart des vies, de célèbre dandy parisien à celle du papa de Tchoupi dans le Sud-Ouest… Le dilemme est répandu, « il y a un Octave qui sommeille en tout homme. C’est lui, qui, le soir de Noël, a envie de finir la prune cul sec. »

Ce texte raconte la peur universelle du bonheur, il explore les forces destructrices et créatrices qui s’agitent en chacun de nous. Sincérité et pudeur se disputent le propos de l’inadaptation au réel. Source inspirante de liberté et d’audace que je n’ai jamais retrouvée chez personne, Frédéric Beigbeder n’ose pas, il sur-ose. Il ne se met pas à nu, il nous offre son squelette aux rayons X. Il ne se drogue pas, il invente un paradis perdu. Il ne se suicide pas, il sublime sa part sombre. Ce n’est pas exagéré, c’est surréaliste.

Rien n’est grave après tout, tant que cela sert la littérature. Demeure l’éternelle question : peut-on tout oser dans la vie si c’est pour l’écrire un jour ?

Extraits

« Aujourd’hui, la drôlerie est obligatoire. Les présentateurs plaisantent, les hommes politiques badinent, les chauffeurs de taxi galèjent, même les pilotes d’avion et les conducteurs de train tentent des annonces comiques au micro. La grande rigolade est universelle. Le monde entier se gondole en même temps qu’il se réchauffe. »


« L’humour est une dictature parce qu’il n’autorise jamais de droit de réponse. »


« Je suis souvent en retard et bourré.

J’aime voir l’aube, quand le ciel prend une couleur de Bellini : un ciel qui mélange le champagne et le jus de pêche, voilà tout ce que je demande à la peinture vénitienne.

Je me déteste tellement que je suis obligé de prendre un Viagra pour me branler. »


« Le sarcasme des humoristes est généralement présenté comme la réponse indispensable à l’arrogance des puissants, mais ne perdons pas de vue qu’il est aussi la vengeance des impuissants. »


« Nous vivons sous le joug du smiley. Le smiley est une onomatopée dessinée, un borborygme illustré, une réduction du langage a minima. Les ennemis de l’intelligence auront gagné quand les romans auront pour titre ces petits visages à la symétrie stupide. Hihiho. »

J’ai quitté Apple

J’AI QUITTÉ APPLE

Sans préavis, sans lettre, sans engueulade. Comme ça, un jeudi à 15h, je suis allée chez SFR, et j’ai acheté un Androïd.

Un quoi ? se sont étonnés mes proches. Oui, un Androïd. Pire que ça même, un HUAWEI. À prononcer « WAWAÏ », un mix entre Chiwawa et Hawaï. D’ailleurs je vais peut-être le rebaptiser Chiwawaï, plus exotique.

Toi, un Huawei ?? s’est exclamée une amie. Je ne te parle plus ! a crié une autre. Et alors, c’est bien ? a risqué une troisième. Je vous interdis de juger mes amies, seulement mon nouveau téléphone. Moi aussi, avant, j’avais des principes. Je disais que prendre un Androïd plutôt qu’un iPhone c’était comme rouler en Toyota plutôt qu’en Audi. Oui, je disais ce genre de trucs. J’étais insolente et pédante. Jeune et rebelle. Je pensais qu’Apple c’était pour la vie, que l’on vieillirait ensemble. Et la vie nous a séparés.

Mais avant de vous raconter ma rupture et vous énoncer tout ce que vous perdrez en quittant la pomme, laissez-moi revenir sur mes motivations.
Tout a commencé par une sombre histoire d’écran asymétrique. Le côté droit ne fonctionnait plus. J’ai appris plus tard que je n’étais pas la seule touchée par le syndrome de la paralysie tactile, cela arrive à des gens très bien, comme louper son permis les trois premiers coups. Impossible donc de taper des M, des P ou des zéros, ou alors seulement en basculant le téléphone. Or sur Instagram, le mode paysage n’existe pas, et moi, toi, vous, la terre entière ne me parle plus que sur ce réseau social, sans doute car je ne réponds plus ailleurs, et les gens qui m’aiment s’adaptent, merci mamie. J’en étais ainsi réduite à utiliser le mode dictée ou copier-coller des bouts de texte depuis mes notes.

Il faut dire que mon iPhone n’était pas seulement obsolète, il était sénile. Deux ans, vous vous rendez compte ! Si 2 ans d’une vie de chat correspond à 24 ans pour un humain, en conversion Apple mon iPhone 7 avait 90 ans bien tapés. Branché en continu sur secteur ou relié à une « batterie de secours » elle-même en recharge permanente, je rusais comme une droguée pour me déplacer seulement à des restaurants et trains munis de prises électriques, et ainsi pallier l’angoisse provoquée par l’idée de l’écran noir.

L’amoureux, devant mon air dépité, m’a lancé, beau prince, « va t’acheter un nouveau téléphone, c’est ton outil de travail ». En effet, envoyer une centaine de messages par jour avec le mode copier coller n’était pas le meilleur moyen d’optimiser notre vie de famille, de temps de cuisine et d’aide aux devoirs.
Oui parce que ce n’est un secret pour personne, écrire un premier roman ne m’a pas  rendue milliardaire. Je concerte donc la partie masculine pour les dépenses et même si sa générosité est sans limite, quelques minutes plus tard, chez SFR, devant l’Iphone 11 Pro à 1200 euros, j’ai décrété que tout cela était ridicule, que je préférerais m’acheter plein de robes à la place, et que Apple méritait une seule chose, une rupture surprise, non préméditée. Je t’aime mais je te quitte. Non c’est pas toi c’est moi, je veux quelqu’un de simple, nos projets divergent depuis quelques temps ne trouves-tu pas? Oui c’est vrai, j’ai envie de changement, ça fait si longtemps entre nous. Et puis merde je veux aller voir ailleurs bordel, laisse moi tranquille, je te laisse ta batterie pourrie, tes écouteurs cotons-tiges et tes chargeurs par dizaines.

« Tu veux faire quoi avec ton téléphone au juste ? » m’a demandé Maxime, qui en plus d’être un excellent vendeur est aussi un très bon ami.
Je voulais faire des belles photos. Encore aujourd’hui, je ne trouve pas d’autre exigence, car au niveau des fonctionnalités, je sais qu’ils se valent tous.
« Si tu veux, il y a le Huawei, je l’ai et il est très bien. »
Evidemment, j’allais perdre toutes mes données, mais de toute façon mon iphone 7 à 128 Go était saturé et je ne pouvais même plus le synchroniser avec mon mac qui n’a que la moitié de mémoire.
Alors j’ai posé la question fatidique.
« Dis moi Maxime, franchement, qu’a-t-il de moins bien, le Huawei? Si je le prends, qu’est-ce que ça va changer à ma vie ? »
À ce moment précis, Maxime a soupiré calmement.
« Rien. Mais tu vas quitter Apple. »

En sortant du magasin, j’ai d’abord ressenti un sentiment de marginalité. Dans la rue, je toisais les gens d’un air hautain et mystérieux, un peu comme si on m’avait nommé à la tête d’un nouveau gang de mafia chalonnaise.
De la culpabilité, j’ai vogué les jours suivants vers une certaine honte, démontrée par ma propension à effacer systématiquement la petite ligne « Envoyé depuis mon téléphone Huawei » lorsque j’envoyais un mail. Oui, je n’assumais pas encore.

Assumer un jour cependant, il le fallait bien, car ma vie venait de basculer en vert. C’était la fin du rêve bleu et la mort de mon émoji à frange. Je tentais de prendre de la hauteur face à mes anciennes convictions. Les propriétaires des messages verts m’avaient toujours parus moins connectés, plus distants, comme s’ils étaient dans une grotte, prisonniers de leur réseau Edge. J’étais à l’époque persuadée que leur délai de réponse était corrélé à leur couleur. Bleu : immédiat, vert : une heure voire une journée. Désormais, je faisais partie de mes congénères verts, je me déculpabilisais en me persuadant d’une démarche écolo. À ce propos, ne vous faites pas d’illusion, quoi que vous achetiez, Apple, Samsung ou Xiomi, vous augmentez considérablement votre empreinte carbone et faites travailler les mêmes enfants chinois et congolais.

Je suis ainsi sortie de plusieurs groupes de conversations et les vidéos arrivaient pixellisées : j’ai téléchargé WhatsApp. Je me suis désabonnée d’Apple Music pour Deezer et j’ai découvert le monde merveilleux du Flow. Face aux émoticônes rectangles et points d’interrogation reçus en masse, je me gaussais de leur inutilité, les hiéroglyphes ont été inventés avant les lettres, arrêter les smileys c’était aussi lutter contre la régression de la langue.

Je vais être sincère avec vous, j’aime beaucoup mon nouveau téléphone. Il m’offre une liste considérable de fonctionnalités supplémentaires, il a au moins deux jours d’autonomie à usage intensif, le toucher est équivalent et les photos sont très belles. Je ne regrette rien.

Parfois, sous prétexte d’aller récupérer un numéro, je reprends mon ancien Iphone. Je le branche au Wifi et je parcours mes vieilles applications. Cela ne dure jamais très longtemps car sa batterie me fait le coup de l’infarctus à chaque fois. Indulgente et nostalgique, je le remets dans sa boite, bien au chaud. Je sais que je ne l’oublierai jamais, il faisait partie de moi, de ma main, je le connaissais par coeur. Surtout, ne le dites pas à mon Huawei, je lui laisse le temps de m’apprivoiser. La passion n’a jamais été le secret de la durée et  je sais qu’un jour le choix de la raison deviendra celui du coeur.

 

(Billet d’humeur du 13/12/2019/ Photo prise avec mon téléphone Huawei)

Grand Prix des Blogueurs 2019

Les Blogueurs littéraires et bookstagrameurs ont choisi ! Quelle belle sélection, merci et bravo à tous.

En trois semaines, 3OO blogueurs volontaires ont nommé leurs deux coups de coeur de l’année 2019, la nomination étant libre et totalement transparente.

Nous avons recensé tous les titres et voici les 10 romans français les plus nommés en lice pour le deuxième tour.

  • Cent millions d’années et un jour, de Jean-Baptiste Andrea, Editions de l’Iconoclaste
  • Suiza, de Bénédicte Belpois, Editions Gallimard
  • Rien n’est noir, de Claire Berest, Editions Stock
  • Jolis jolis Monstres, de Julien Dufresne-Lamy, Editions Belfond
  • Murène, de Valentine Goby, Editions Actes Sud
  • Les Fillettes, de Clarisse Gorokhoff, Editions des Equateurs
  • Des hommes couleur de ciel, Anaïs Llobet, Editions de l’Observatoire
  • Le bal des Folles, de Victoria Mas, Editions Albin Michel
  • À la ligne, de Joseph Pontus, Editions de La Table Ronde
  • Vigile, de Hyam Zaytoun, Editions Le Tripode

Cette sélection est superbe, et personnellement je vous recommande ces dix titres les yeux fermés pour vous ou pour vos achats de Noël.

Votez dès à présent pour le deuxième tour (si vous êtes lecteur connecté et actif évidemment!)

Comme vous avez presque trois semaines, prenez le temps de lire certains romans s’ils vous intéressent, notamment en format numérique grâce à notre partenariat avec Netgalley. 

Vous avez jusqu’au 15 décembre minuit !

 

Le plus fou des deux

Manipuler une célèbre marionnettiste… Mais vous n’y pensez pas ?

En même temps, comme vous aviez prévu de vous suicider, vous êtes peut-être sur la bonne voie.

J’avais atteint le sommet de ma carrière, là où tout est facile mais où tout est fragile. Ce moment particulier on nous aime autant qu’on nous déteste et où notre légitimité commence à faire de l’ombre à la génération suivante, qui nous admire autant qu’elle nous rêve morts.

Lucie est une artiste très renommée dans son milieu, elle court les festivals avec sa marionnette Théodora. Un jour, Alexandre s’installe à côté d’elle dans une salle de cinéma vide. « Donnez-moi une bonne raison de ne pas me suicider ce soir ». Cette phrase, elle la connaît, c’est celle qu’avait prononcé son propre père avant de s’ôter la vie quand elle était ado.

Alors, parce qu’elle n’a pas le choix, peut être pour ressusciter son père, elle propose à Alexandre d’être le récitant, la voix de son spectacle. Son timbre est grave et envoûtant. Elle ne le paie pas, ne lui fait signer aucun contrat. Alexandre accepte. Qui est le plus fou des deux ?

Qu’y-a-t-il de sérieux là-dedans ? Vous vous prosternez autour de cette poupée qui est tout ce que vous aimeriez être. Une femme fatal qui attire tous les regards. Vous jouer de son charme parce que vous n’en avez aucun. Vous êtes aussi rigide qu’elle est gracieuse. 

Si certaines rencontres sont déstabilisantes, elles sont pourtant nécessaires… Je n’en dis pas plus, mais je vous recommande ce roman. L’intrigue vous happe, les personnages originaux vous envoûtent, et le style, n’en parlons pas, un pur bonheur, fluide et percutant. Vous allez vous attacher à Lucie, inévitablement, à ce moment de vie où elle teste sa vulnérabilité.

« L’artiste a-t-il pour vocation de changer le destin des morts? »

À lire !

Lundi Mon Amour, Article et Interview de Guillaume Siaudeau

Quelques questions à Guillaume…

Guillaume Siaudeau Crédit Coline Sentenac (1).jpg

Bravo  pour ce texte sensible, lumineux, et au titre splendide. Comment est né ce nouveau roman ?

Merci beaucoup ! Ce roman est né comme mes précédents, d’une idée saugrenue dont je ne me souviens plus quand ni comment elle m’est passée par la tête… Et sur laquelle j’ai décidé de me pencher un peu plus que sur les autres. Mais vraiment, j’ai beau y réfléchir, je ne me souviens plus si elle m’est venue en jetant un rouleau de papier toilette à la poubelle ou en observant la lune un soir.

Comment présenteriez-vous Harry, votre narrateur, aux lecteurs qui ne le connaissent pas encore ?

Hum… Je dirais que c’est un mec bien, attachant, tendre et tout. Qu’ils pourraient l’inviter chez eux les yeux fermés pour un repas. Qu’il adore les desserts alors qu’il ne faut pas hésiter à mettre le paquet en fin de repas. 

Avez-vous déjà eu l’occasion de rencontrer ce genre de personne, ou de visiter le milieu « des hommes en blanc »?

Ce genre de personne, vous voulez dire des gens bien, attachants, tendres et tout ? Oui bien sûr, c’est pas si rare au fond. Pour ce qui est des hommes en blanc, il m’arrive assez souvent d’aller flâner dans les hôpitaux, j’ai déjà vu pas mal d’hommes en blanc du coup, mais je ne pourrais pas vous donner de nombre précis…

Aller sur la Lune, est-ce un rêve d’enfant ?

Pitié non, j’ai le vertige sur un tabouret. Je préfère la regarder de loin, très loin. Je trouve d’ailleurs que la distance qui nous sépare est juste ce qu’il faut, vraiment, ç’aurait pas été mieux avec un mètre en plus ou un mètre en moins.

Partagez-vous la même joie que le narrateur, le même éblouissement du quotidien?

Malheureusement non, il est bien plus optimiste que moi… Il m’arrive d’être joyeux ou ébloui, mais pas tous les jours non plus, ça va je ne me plains pas quand-même. Une fois de temps en temps, c’est pas si mal hein.

Vous avez commencé avec des poèmes…Quelle est votre définition de la poésie ?

Oui, avant mes romans j’ai publié des recueils de poèmes. Dans le dernier paru, je conclue justement le recueil en faisant un long texte sur la poésie. Bien sûr, je ne parle pas de ça pour que vous alliez l’acheter et le lire. Mais si vous voulez ma définition complète, achetez-le et lisez-le, ça s’appelle « Inauguration de l’ennui » et c’est aussi paru chez Alma. Pour ceux qui n’auraient pas les moyens de l’acheter, voici un bref résumé : la poésie c’est quand même cool et vachement accessible quand on y pense.

Votre inspiration semble illimitée, comment la cultivez-vous ?

Elle a ses limites, rassurez-vous. Pour ce qui est de l’entretenir, je fais comme tout le monde, je sors me balader, je bois, je fume, je lis et regarde des films, je caresse mon chat, je vais faire les courses, je cuisine, je dors mal et le tour est joué.

Quel est votre univers littéraire, vos lectures et auteurs de prédilection ?

Je lis beaucoup de littérature américaine, tous genres confondus, je ne citerai pas d’auteurs, je ne voudrais en vexer aucun, certains sont déjà morts et tout, c’est un peu ma réponse langue de bois de l’interview. Nan mais vraiment, je lis plein de choses, mais pour vous donner un exemple, quand je suis dans une salle d’attente, je suis le plus heureux quand j’aperçois un Picsou magazine qu’aucun des enfants présents n’a eu la bonne idée de prendre avant moi.

Couverture - Lundi mon amour (1).jpg

Le Roman

Lundi, c’est son jour préféré parce qu’il la voit. Les autres jours, il est bien trop occupé. Sa mère lui rend visite uniquement ce jour-là et repart en disant « À lundi mon amour ». Puis les gens en blanc prennent le relais.

Le jour Lundi tient son nom de l’astre Lune (tout comme mardi de Mars, mercredi de Mercure…). Ce n’est peut être pas un hasard alors, si Harry ne pense qu’à une chose, finir la construction de sa fusée pour s’envoler au plus vite sur notre satellite naturel, avec Toby, son petit chat. Pour l’heure, la fusée est cachée dans le placard, assemblée de dizaines de rouleaux WC.

En attendant de poser un pied sur la Lune, Harry doit guérir, mais de quoi ? Est-on si malade que ça quand on poétise excessivement le monde ? Quand on prend le temps de discuter avec la dame de l’accueil, de suivre son ombre, de s’intéresser à tous ceux qui gravitent autour de nous ? Quand on transforme un scanner irradiant en séance photo ?

Avec un humour tendre, des pensées ubuesques (mais pas tant que ça : effacer les lundis gris, quelle bonne idée ) ce court roman est un éloge de la différence, de l’abstraction du réel, dans la lignée « d’Einstein le sexe et moi » paru chez le même éditeur. C’est un texte sur la beauté d’âme des gens simples.

Je préfère cent fois aimer plutôt que manger. L’amour est une bien meilleure nourriture que n’importe quel dessert. Chaque fois que maman m’embrasse, je me dis que j’en reprendrais bien une tranche. Une tranche de baisers et d’amour bien épaisse. Vous pouvez engloutir autant d’amour que vous voulez, vous ne tomberez jamais malade. Je peux vous le garantir car j’ai déjà essayé. D’aimer à m’en faire péter le cœur. Eh bien, je ne me suis jamais senti en meilleure santé qu’à ce moment-là. Vous pouvez y aller les yeux fermés.