La femme révélée, de Gaëlle Nohant

« On dit que la deuxième vie est la plus surprenante, parce que c’est celle qu’on vole. »

Même si on ne la présente plus, je tiens tout de même à le rappeler : Gaëlle Nohant est une brillante romancière, une conteuse hors pair ! Elle pose dans chacun de ses romans un décor historique documenté et des personnages attachants, chez lesquels elle distille une psychologie subtile et moderne. Son travail est au service de son écriture sans jamais se faire ressentir, et nous, lecteurs, prenons un plaisir fou à nous immerger dans ses histoires.

La femme révélée est Violet Lee. Mais ce n’est qu’une identité figurant sur son nouveau passeport, son vrai nom est Eliza Donnelley, elle a quitté une existence dorée à Chicago pour s’installer à Paris dans un hôtel de passe puis une pension. Elle ne possède rien, seulement un appareil photo qui l’accompagne partout. On est en 1950, et c’est dans ce contexte d’après guerre que tentent de se reconstruire à la fois Eliza et tout un pays.

Mais comment continuer à vivre lorsque l’on a laissé derrière soi un petit garçon que l’on aime plus que tout ? Où travailler lorsque notre seule amie est une prostituée et que l’on vient de se faire cambrioler ses dernières économies ? Le roman nous révèle pourquoi cette femme n’a pas eu d’autre choix que celui de partir, ce qu’était sa vie auprès d’un mari dont les valeurs divergeaient tant de ses convictions. À l’époque, le racisme aux Etats-Unis était omniprésent, et pour Eliza, rester avec cet homme dont l’argent provenait en partie du sang des noirs n’était plus possible.
En voulant sauver sa peau, l’exil de Violet deviendra le carrefour de rencontres artistiques, politiques et amoureuses, sous l’oeil bienveillant de son meilleur compagnon : son Rolleiflex.

Ce roman est une ode à la liberté et à la féminité, le combat d’une génération qui s’est battue pour les discriminations raciales et féminines à travers le monde. C’est aussi un livre qui raconte nos choix et le courage qu’il faut pour redevenir celle que l’on était. Et avec un peu de chance, on vous pardonnera… Magnifique roman, à lire !

Nos rendez-vous, Éliette Abécassis

« Le meilleur moment de l’amour, c’est quand on monte l’escalier » écrivait Clémenceau, Il sous-entendait le désir d’amour, le champ des possibles, l’idée d’un feu que l’on va allumer en tremblant.

J’associe une de mes citations favorites à ce livre parce que j’aime cette idée romanesque : pour préserver un amour ardent, pour le garder au chaud pendant une vie entière, il suffit d’imaginer un immense escalier dont vous n’atteindrez jamais la dernière marche. Chaque palier sera un rendez-vous avec lui ou avec elle, à des mois, des années d’intervalle. Et vous vous retrouverez toujours. Les rencontres seront aussi éphémères qu’intenses, et les amants cristalliseront le fantasme de l’histoire d’amour parfaite et éternelle. En somme, ils seront portés par un espoir enfoui, une religion bien à eux, secrète et exaltante. L’assommant quotidien n’interférera pas dans leur liaison et ils s’inventeront une bulle magique.

C’est ce qu’Amélie et Vincent ont fait. Pour réussir cette prouesse, il a suffi d’une nuit magique à bavarder jusqu’à l’aube et d’un rendez-vous manqué. Ensuite, ils ont passé leur vie à s’attendre, à vivre des rendez-vous courts ou inaboutis, comme deux vieux amis dont l’histoire n’aurait pas commencé, dont le goût d’inachèvement motiverait sans cesse l’envie de se revoir.

Après leur premier-rendez vous raté, les réseaux sociaux n’existaient pas encore, et il a bien fallu avancer. Vincent et Amélie, chacun de leur côté, ont fait leurs études, se sont mariés, ont eu des enfants. Amélie a ouvert une librairie, Vincent est devenu un homme d’affaire. Leur vie, pensaient-ils, était tracée. Mais prendre des décisions ne résout pas tout.

« Qui était-elle pour lui ? Elle n’était pas son amie, elle n’était pas sa maîtresse, elle n’était pas sa femme. Elle était différente, et ne lui était pas indifférente. Elle était comme une constante, au sein des variables de son existence. Cette conversation qui s’éternisait, ou bien qui n’en finissait pas de mourir ; ne de mourir de ne pas dire, ne vois-tu pas que je meurs d’envie de t’aimer ? »

Un beau roman d’amour éternel et impossible, à la plume délicate, comme on les aime. 

Les Magnolias, interview et chronique

Quelques questions à Florent Oiseau.

Bravo pour ce texte décalé et profondément sensible ! Commençons par le titre.
Pourquoi avoir choisi « Les Magnolias » comme nom de maison de retraite, est-ce un hommage à Claude François ?

Je crois que mon roman s’est toujours appelé ainsi, je ne sais pas trop expliquer pourquoi. Avec le recul, j’aurais peut-être dû opter pour un titre qui ne fasse pas écho à un tube. Les Glycines par exemple, désolé pour les fans de Serge Lama.

À propos de la genèse de ce roman, le sujet de la vieillesse vous touchait-il particulièrement ?

Plus ou moins. J’aime assez les vieux. Les vieilles, surtout. J’ai passé quelques après-midi dans une maison de retraite pendant trois, quatre ans. Il m’a semblé que ça pouvait constituer un endroit intéressant pour y installer un roman. En revanche, dire que c’est un sujet qui me touche « particulièrement » serait un peu malhonnête et relèverait de la posture. Aucun sujet ne me touche particulièrement, en réalité. Je cherche seulement à planter un décor susceptible d’abriter mon histoire. C’est tout. Je n’ai jamais un quelconque postulat ou autre sujet intime avec lequel j’entretiens un lien particulier quand je commence à taper sur mon clavier.

Alain est décrit comme un loser mais si on lit à travers les lignes il démontre beaucoup de sagesse. Est-ce que le loser ne serait pas le nouveau philosophe du siècle ?

Peut-être bien. Mais je ne pense pas que ce soit sa vocation. Je n’accroche pas trop avec les personnages de losers magnifiques qui finissent par inverser la tendance et devenir riches/beaux/puissants/regardés/écoutés. J’aime, ( dans les fictions, du moins ) qu’un/une héros/héroïne qui n’était pas destiné/e à se retrouver dans la lumière profite de ce hasard pour rester la même personne, sans jamais avoir envie de s’en sortir. D’évoluer. Je trouve ça rassurant et plus romantique que de se prendre en mains. Peut-être qu’on peut laisser la sagesse aux philosophes ?

Dresser la liste des prénoms de poney est-il un meilleur moyen que l’écriture pour combler le vide de l’existence ?

Assurément. L’écriture ne comble rien d’autre que l’ego de celui qui écrit. Alors qu’établir une liste de noms de poney offre des perspectives assez insoupçonnables et fait d’avantage travailler l’imagination, les souvenirs. Sans que cette quête ne soit biaisée par une recherche d’effets, de style, de complications absurdes et inutiles – comme c’est le cas avec l’écriture.

– Caramel
- Pompon
- Cachou

. Je vous laisse continuer.

Faire rire le lecteur, est-ce inné ou cela dépend clairement des jours ?

Voyez, par exemple, je bloque sur cette question 5 depuis quinze minutes sans parvenir à être drôle. C’est qu’il doit y avoir des jours sans.

Est-ce qu’à partir de trois romans l’écrivain que vous êtes pressent qu’il ne pourra plus jamais se passer de l’écriture ?

Il y a mille choses dont je suis incapable de me passer, mais l’écriture n’en fait pas partie. Et ce ne sera jamais le cas. Je lui préfère les émissions de faits divers, l’odeur de merguez sur le parking d’un stade de banlieue, les comptoirs de bars, les promenades. Le gaspacho. Le football. Les autres.

La nuit. Les trains.

Le fromage.

La radio.

La bière.


La sieste.




Par ailleurs, plus le temps passe, plus je trouve qu’elle (l’écriture) comporte bien plus de frustrations que de moments de joie. Je n’exclus pas d’arrêter du jour au lendemain, d’autant qu’il faut savoir faire de la place aux autres.

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Florent Oiseau, Copyright Olivier Marty

Le roman

Son premier roman « Je vais m’y mettre », avait été désigné comme livre le plus drôle de l’année, puis « Paris-Venise », le deuxième, a été très remarqué et sélectionné pour le prix Orange. Dans ce troisième opus, Florent conserve l’humour —burlesque, cynique et parfois noir— mélangé à un bon soupçon d’émotion pour nous servir en cocotte un livre humain et attachant, à son image.

Le dimanche, Alain se rend aux Magnolias, visiter sa grand-mère qui perd la mémoire et le sens de l’existence. Elle ne se souvient que de lui et il en retire une grande fierté. Il lui rend visite tous les dimanches par habitude, par devoir, et sans doute aussi par amour. Ceci dit, il pourrait tout aussi bien aller la voir le lundi ou le mercredi, cela ne changerait pas grand-chose. Sa carrière d’acteur ne décolle pas. Elle recule même, il a joué le rôle d’un cadavre dans une série d’été il y a quelques temps et depuis, plus rien. Ce n’est pas son agent, Rico, sans domicile fixe, qui, installé sur le canapé d’Alain, semble influer le cours des choses.

« — Mon proprio me fout dehors. Il faut que tu m’héberges.

— Dans mon studio ?

— Je sais, c’est pas l’idéal, mais le fait de vivre ensemble, ça va nous souder. On pourra bosser. On va te trouver un grand rôle, fais-moi confiance Alain. L’idéal serait que je puisse arriver lundi prochain. J’ai juste une valise, mais j’aimerais bien, si tu le permets, venir avec mon joli portemanteau en bois flotté. Celui que j’ai apporté de Marrakech, là, celui-ci, sur ta droite.

J’ai jeté un regard plus que sceptique sur l’objet. Son portemanteau ressemblait à un épouvantail, il prenait une place conséquente, je n’ai pas réussi à feindre l’emballement.`

— Il apportera une valeur ajoutée dans ton entrée, c’est un bel objet. »

Pour tromper son ennui, Alain passe voir Rosie, une voluptueuse prostituée dont le camion est situé près de chez lui. À Rosie, il raconte ses peines, ses joies, ses rêves avortés. Depuis peu, il s’est attelé à la rédaction d’une liste de noms de poneys. Il prend ça très au sérieux. D’ailleurs, si jamais vous aviez un poney dans votre enfance, n’hésitez pas à suggérer son prénom.
Voilà à quoi ressemblait le quotidien d’Alain avant que sa grand-mère lui demande de l’aider à mourir et que parallèlement à cette requête angoissante il tombe sur le journal intime de son oncle Michel. À ce moment précis du récit, la vie d’Alain devient quasiment celle d’un agent secret. D’autant qu’un visiteur mystérieux vient également aux Magnolias tous les jours…

Qui était réellement la grand-mère d’Alain avant de perdre la mémoire ? Une femme au foyer dévouée, ou plutôt une terrible femme fatale ? Et cet oncle Michel, alcoolique et dépressif, a-t-il vraiment eu la vie qu’il méritait ? Un jour, Alain lui donne rendez-vous dans la maison de Dordogne, prêt à en découdre avec les secrets familiaux à grand renfort de prune. Parallèlement, Rico annonce à Alain qu’il lui a trouvé un rôle génial, un benêt pédophile, Alain va enfin pouvoir faire la fierté de sa grand-mère.
Vous l’aurez compris, vous n’êtes pas ici dans un roman de cape et d’épée, ce tendre roman raconte d’un ton décalé, un peu à la 0SS117, le quotidien simple et minimaliste d’un homme seul et sans avenir. Mais il parle aussi des liens familiaux, de l’amour qui tient à un fil et du pouvoir des rêves que l’on garde en tête toute une vie.

 » Parfois, la vie ne vous donne rien pendant des années, des décennies. Pas un trèfle à quatre feuilles, pas un Noël sous la neige, pas un billet de banque retrouvé dans une vieille veste. Aucune satisfaction, pas la moindre victoire, rien à manger pour l’égo. Elle ne vous donne tellement rien que vous pensez qu’elle vous a oublié. Vous êtes sous le porche d’une gare de province, un soir, et il pleut des cordes. Vous êtes trempé, il fait froid, vous êtes seul, le dernier bus vient de passer. Même un clébard ne viendrait pas vous tenir compagnie. Et alors que vous ne l’attendiez plus, elle vient vous éclairer dans la nuit de ses phares emplis d’espoir. Elle fait ça pour tout le monde. Certains sont devant les pleins phares chaque journée, d’autres -la majorité- doivent se contenter de brefs faisceaux, d’éphémères éclaircies. Mais la vie finit toujours par revenir chercher les oubliés sous les porches des gares de province. « 

 

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Extraits et citations

Le problème avec la solitude, c’est qu’elle ternit tout. Elle amplifie la peur, fait ressurgir l’idée de la mort qui, sinon, passe inaperçue.

 

Elle avait vingt ans, l’oeil presque réactif, et pourtant sa vie était terminée. Je connaissais déjà l’intérieur de sa future maison, le nom qu’elle donnerait à ses enfants, la race du chien qui les amuserait.

 

Le sel de tes yeux, Fanny Chiarello

Ce livre est, sans conteste, le roman le plus poétique que j’ai lu depuis la rentrée. Il est d’une pureté, d’une douceur et à la fois d’une puissance incontestables.
Assez unique dans son genre, je vous le recommande. (oui je sais, encore, et c’est pas fini ! Je vous ferai un Top Ten de mes lectures préférées à la fin du mois).

On est dans le bassin minier, pas loin de Lille. Sarah est une jeune fille différente des autres parce qu’elle aime les filles et malheureuse parce qu’elle le cache. Ses parents, sa fratrie et nombreux amis la rejettent, ou sans doute se met-elle à l’écart instinctivement. Sa mère fouille ses journaux intimes, surveille ses lectures et ses fréquentations.
Alors elle court, beaucoup; avant tout, Sarah est une athlète.
C’est en courant qu’elle croise l’auteure, Fanny Chiarello. Fanny la photographie, Sarah lui sourit; et c’est tout. Pourtant l’écrivain photographe saisit tout, la véritable Sarah et son secret, trop lourd à porter. Elle ne lui parle pas, elle la poétise et elle la raconte. Elle lui envoie un article dans un journal que sa mère ne lui donne pas. Tout est censuré et bien trop conforme dans le village de Sarah, alors qu’elle n’aspire qu’à un peu de liberté et de tolérance.
S’égrènent ainsi sept jours d’une longue semaine où Fanny Chiarello compose avec son imagination pour offrir à Sarah juste un peu de sel qui manque à sa vie. Un très beau roman.

« Un monde dans lequel tu n’existerais pas me paraît infiniment plus hostile qu’un monde dans lequel je n’existe pas pour toi. Je me suis fait le serment de ne plus chercher à t’approcher, pour ne pas risquer de te perdre. Je sais qu’un jour, je briserai ce serment, quoique j’en reporte chaque jour le moment. Ce sera aussi stupide et cruel que de cueillir un coquelicot plutôt que saluer sa grâce en passant, même si l’on sait qu’à l’instant où on le cueille, il perd tous ses pétales. Je n’aurai pas indéfiniment la force de m’en empêcher. »

« Un jour, quoique l’on fasse, on devient sa propre légende, tissée par l’ennui des autres. »

Deux coeurs légers, de Sophie Simon

Ce livre, quelle magnifique surprise ! 

Je l’ai abordé sans me douter qu’il me procurerait autant de plaisir. Je le recommande à tous, vous y trouverez tout ce que vous cherchez, une histoire de vie, une âme, du corps et de la profondeur. 

Le succès ne tient pas à grand chose, peut-être hélas simplement à une couleur de peau et un père raciste. On est à Imperial, dans le Nebraska, une petite ville d’Amérique profonde. Ray est un jeune guitariste talentueux, animé par la passion. Repéré par une maison de disque réputée, il s’envole pour Los Angeles et signe un premier album. Tout le destine à une belle carrière, à l’instar des grands artistes tels que Neil Young ou Ella Fitzgerald, jusqu’à ce qu’il rencontre Minie, une jeune groupie amoureuse mais… mineure.

Allez en prison, ne passez pas par la case départ, ne touchez pas 200 millions de dollars.

Voilà un destin qui bascule et une femme qui vous épouse pour payer sa dette. Une maison et cinq enfants plus tard, vous vous demandez si cette vie que vous menez était vraiment celle qui vous était promise.

« On ne se remet jamais de ses espoirs, ils somnolent et se réveillent, s’endorment et rejaillissent, ils ne meurent jamais, vous taquinent, vous tourmentent, et c’est bien ça qui rend cinglé. »

Au rayon des rêves inassouvis, Ray n’est pas seul. Il a Marty, le petit frère de Minie, jeune homme obèse possédant un talent fou pour l’harmonica et la composition. Se forme alors un duo « improbable », qui au fil des années, espère monter un jour sur une vraie scène, plutôt que celle du bar d’Imperial. Leur plus gros problème, c’est le regard des autres. Si Ray prend les remarques racistes avec hauteur, Marty est plus fragile et les supporte de moins en moins. Il rêve d’un monde où le physique et la couleur de peau n’auraient « rien d’extraordinaire, et où ils pourraient flâner le coeur léger ».

Ce roman est une réflexion sur l’identité évidemment, mais aussi sur l’Art et les choix de vie. On se retrouve tous un jour coincé dans l’épineux dilemme des responsabilités et de la liberté rêvée. Des dialogues riches, des personnages follement attachants et une plume aguerrie : coup de coeur! 

Extraits

Ma révolte s’est éteinte cette nuit-là. Elle est allée rejoindre la sienne et tous les cris qu’on a préféré taire. La conscience de ses souffrances, de ses démons et de ses renoncements m’avaient vidé de toute velléité insurrectionnelle. Ne pas ajouter de violence à la violence. La museler, la minorer ou bien la retourner contre soi ; tout, plutôt que d’en ajouter à celles qui infectaient déjà l’humanité. C’était sûrement ça, le vrai courage.

 

J’ai eu le temps d’observer les filles justement, de m’en faire une opinion, et j’ai pu constater qu’elles ont pour la plupart un comportement totalement inexplicable et incohérent, Ray. Je t’assure. Tu ne peux pas tenter de les rationnaliser. Elle sont pleines de surprises. Il faudrait connaître leur histoire familiale, leur enfance, leur ADN, leurs antécédents médicaux, leur constitution, les avoir épiées dans le tumulte de la cour de récréation et dans l’intimité de leur chambre d’adolescente pour expliquer leur fonctionnement, et peut-être commencer à les comprendre. Oui, Tracy est jeune et son amour aussi versatile qu’une goutte de mercure ; elle m’a déjà dressé une liste de ses ex, c’est effrayant d’être si jeune et de se vanter d’autant d’expériences sexuelles. Je ne suis pas certain d’être à la hauteur mais je veux quand même essayer car je ne sais pas tout d’elle, tu vois, et il se peut que quelque chose en elle, une particule, un gène, une rencontre, une caractère, un simple geste, une odeur, un parfum ou une couleur d’yeux qui l’aurait marqué dans sa prime jeunesse, le sourire de la sage-femme, je ne sais pas, un incident, un traumatisme enfoui, la pousse vers un homme comme moi. L’amour est aléatoire, Ray, c’est tout ce que je vois. Alors je vais quand même essayer. Est-ce que tout le monde n’essaie pas avant d’échouer ?