Les amants parallèles

Quelle émotion de lire le premier roman (adulte) d’Adeline Délie-Platteaux, que certains connaissent ici sous le pseudo « la_liseuse » ! J’ai découvert une plume parfaite, à la fois moderne et littéraire, une narration totalement maîtrisée, une histoire d’amour impossible comme je les aime, mais aussi une acuité très fine sur les relations passionnelles.

Vous l’aurez deviné, « Les amants parallèles » nous emmène au coeur d’une fusion amoureuse, de celle qui vous engloutit, vous libère et vous emprisonne à la fois.

L’angle du roman est très intéressant : c’est le point de vue de Margot, jeune étudiante en Art, qui rencontre sa voisine de soixante-dix ans sur le trottoir alors qu’elle vient de trébucher. Cette dame c’est Mathilde ; elle repère vite chez la jeune fille une sensibilité qui l’émeut. Celle qui a tout connu va se dévoiler à celle qui n’a rien vécu par le biais de vieux cartons qu’elle a toujours conservé. À l’intérieur, des photos (Mathilde était photographe) et des lettres, des centaines de lettres numérotées. Le narrateur va s’y plonger en même temps que Margot et découvrir par bribes des morceaux de la passion qui a habité Mathilde et Paul pendant de longues années.

Commence alors une histoire parallèle entre Margot et Mathilde au présent, et celle de Paul et Mathilde dans le passé. Qui était cet homme? Pendant combien de temps se sont-ils aimés ? Pourquoi n’ont -ils jamais réussi à vivre ensemble ?

Un roman envoûtant au souffle fortement romanesque dont la partie épistolaire est d’une grande beauté. Il interroge sur l’Amour et le désir, la chimie des corps, la séduction entre les hommes et les femmes. Il pose une question essentielle : aime-t-on plus fort quand l’autre est loin et la relation impossible ? Parfois la distance est un leurre et entraîne une distorsion des sentiments, comme si les mots devenaient plus forts que la réalité. À découvrir je vous le recommande !

Tu as raison Mathilde, tu es comme ton héroïne de Sautet et c’est pour cela que je ne t’en veux pas de construire ailleurs avec un autre. Oui peut-être, je t’emmène sans t’emporter, peut-être je te tiens sans te prendre, peut-être je t’aime sans te vouloir. Mais c’est parce que je suis trop libre. C’est violent et brutal parfois la liberté. Et ton regard à toi et tes yeux de chat sont toujours plus beaux que ceux de ta Rosalie adorée.