Lundi Mon Amour, Article et Interview de Guillaume Siaudeau

Quelques questions à Guillaume…

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Bravo  pour ce texte sensible, lumineux, et au titre splendide. Comment est né ce nouveau roman ?

Merci beaucoup ! Ce roman est né comme mes précédents, d’une idée saugrenue dont je ne me souviens plus quand ni comment elle m’est passée par la tête… Et sur laquelle j’ai décidé de me pencher un peu plus que sur les autres. Mais vraiment, j’ai beau y réfléchir, je ne me souviens plus si elle m’est venue en jetant un rouleau de papier toilette à la poubelle ou en observant la lune un soir.

Comment présenteriez-vous Harry, votre narrateur, aux lecteurs qui ne le connaissent pas encore ?

Hum… Je dirais que c’est un mec bien, attachant, tendre et tout. Qu’ils pourraient l’inviter chez eux les yeux fermés pour un repas. Qu’il adore les desserts alors qu’il ne faut pas hésiter à mettre le paquet en fin de repas. 

Avez-vous déjà eu l’occasion de rencontrer ce genre de personne, ou de visiter le milieu « des hommes en blanc »?

Ce genre de personne, vous voulez dire des gens bien, attachants, tendres et tout ? Oui bien sûr, c’est pas si rare au fond. Pour ce qui est des hommes en blanc, il m’arrive assez souvent d’aller flâner dans les hôpitaux, j’ai déjà vu pas mal d’hommes en blanc du coup, mais je ne pourrais pas vous donner de nombre précis…

Aller sur la Lune, est-ce un rêve d’enfant ?

Pitié non, j’ai le vertige sur un tabouret. Je préfère la regarder de loin, très loin. Je trouve d’ailleurs que la distance qui nous sépare est juste ce qu’il faut, vraiment, ç’aurait pas été mieux avec un mètre en plus ou un mètre en moins.

Partagez-vous la même joie que le narrateur, le même éblouissement du quotidien?

Malheureusement non, il est bien plus optimiste que moi… Il m’arrive d’être joyeux ou ébloui, mais pas tous les jours non plus, ça va je ne me plains pas quand-même. Une fois de temps en temps, c’est pas si mal hein.

Vous avez commencé avec des poèmes…Quelle est votre définition de la poésie ?

Oui, avant mes romans j’ai publié des recueils de poèmes. Dans le dernier paru, je conclue justement le recueil en faisant un long texte sur la poésie. Bien sûr, je ne parle pas de ça pour que vous alliez l’acheter et le lire. Mais si vous voulez ma définition complète, achetez-le et lisez-le, ça s’appelle « Inauguration de l’ennui » et c’est aussi paru chez Alma. Pour ceux qui n’auraient pas les moyens de l’acheter, voici un bref résumé : la poésie c’est quand même cool et vachement accessible quand on y pense.

Votre inspiration semble illimitée, comment la cultivez-vous ?

Elle a ses limites, rassurez-vous. Pour ce qui est de l’entretenir, je fais comme tout le monde, je sors me balader, je bois, je fume, je lis et regarde des films, je caresse mon chat, je vais faire les courses, je cuisine, je dors mal et le tour est joué.

Quel est votre univers littéraire, vos lectures et auteurs de prédilection ?

Je lis beaucoup de littérature américaine, tous genres confondus, je ne citerai pas d’auteurs, je ne voudrais en vexer aucun, certains sont déjà morts et tout, c’est un peu ma réponse langue de bois de l’interview. Nan mais vraiment, je lis plein de choses, mais pour vous donner un exemple, quand je suis dans une salle d’attente, je suis le plus heureux quand j’aperçois un Picsou magazine qu’aucun des enfants présents n’a eu la bonne idée de prendre avant moi.

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Le Roman

Lundi, c’est son jour préféré parce qu’il la voit. Les autres jours, il est bien trop occupé. Sa mère lui rend visite uniquement ce jour-là et repart en disant « À lundi mon amour ». Puis les gens en blanc prennent le relais.

Le jour Lundi tient son nom de l’astre Lune (tout comme mardi de Mars, mercredi de Mercure…). Ce n’est peut être pas un hasard alors, si Harry ne pense qu’à une chose, finir la construction de sa fusée pour s’envoler au plus vite sur notre satellite naturel, avec Toby, son petit chat. Pour l’heure, la fusée est cachée dans le placard, assemblée de dizaines de rouleaux WC.

En attendant de poser un pied sur la Lune, Harry doit guérir, mais de quoi ? Est-on si malade que ça quand on poétise excessivement le monde ? Quand on prend le temps de discuter avec la dame de l’accueil, de suivre son ombre, de s’intéresser à tous ceux qui gravitent autour de nous ? Quand on transforme un scanner irradiant en séance photo ?

Avec un humour tendre, des pensées ubuesques (mais pas tant que ça : effacer les lundis gris, quelle bonne idée ) ce court roman est un éloge de la différence, de l’abstraction du réel, dans la lignée « d’Einstein le sexe et moi » paru chez le même éditeur. C’est un texte sur la beauté d’âme des gens simples.

Je préfère cent fois aimer plutôt que manger. L’amour est une bien meilleure nourriture que n’importe quel dessert. Chaque fois que maman m’embrasse, je me dis que j’en reprendrais bien une tranche. Une tranche de baisers et d’amour bien épaisse. Vous pouvez engloutir autant d’amour que vous voulez, vous ne tomberez jamais malade. Je peux vous le garantir car j’ai déjà essayé. D’aimer à m’en faire péter le cœur. Eh bien, je ne me suis jamais senti en meilleure santé qu’à ce moment-là. Vous pouvez y aller les yeux fermés.

Einstein, le sexe et moi : Chronique et interview!

Place au jeu !!!

Le livre le plus lumineux, le plus drôle, le plus original de la rentrée littéraire, c’est lui !

Olivier Liron est autiste asperger. Il pose ça là, dans le premier chapitre. Il retient les dates, les plaques d’immatriculation et réagit parfois un peu trop violemment. Quand il ne sait pas quoi faire, il trempe une madeleine dans du coca. Il y a quelques années, il a participé à Question Pour Un Champion. 

Si vous aussi vous avez regardé l’émission assidûment aux côtés de vos grands-parents —et même qu’à force vous y preniez goût— achetez ce livre, il vous fera hurler de rire.

Julien Lepers l’a invité pour la finale des supers champions. Olivier Liron a alors 25 ans, et grâce à sa mémoire d’éléphant, il retient l’éphéméride, les noms latins des plantes, les dates de naissance des inventeurs. Cependant, derrière Einstein, il y a l’homme. L’émotif, l’enfant-martyr, l’amoureux incompris, l’homme en colère.

Ce roman est un thriller humoristique dont le fil narratif est une émission de télé entrecoupée de confessions amoureuses et philosophiques sur la vie de l’auteur. Entre deux questions du Quatre à la suite, il s’interroge sur ses premières expériences sexuelles. La description de l’animateur et des autres joueurs est tellement subtile qu’elle provoque chez le lecteur non seulement le rire mais la réminiscence de souvenirs proustiens et universels.

Ce livre, par son humilité et sa sincérité, redéfinit le pouvoir de l’écriture et apporte à la littérature un message de résilience : une différence n’est pas un handicap, bien au contraire, c’est parfois grâce à elle que l’on dépasse ses limites. Un roman à lire et à offrir, un bijou !

Extraits choisis

Questions pour un champion a changé la vie de millions de personnes. Et pas seulement des retraités. Une dame d’un certain âge m’a avoué un jour « Julien Lepers, je ne suis même pas sûre de l’aimer, et on dit ce qu’on veut, on peut lui reprocher beaucoup de choses, mais tous les soirs il est là pour moi. Dans ma vie, je ne peux dire la même chose de personne d’autre » C’est peut-être la plus belle chose qu’on puisse raconter sur Julien Lepers et c’est aussi une très belle définition de l’amour que Julien nous porte à tous.

 

C’est ça que j’aurais voulu dire à Julien Lepers : « Vous ne savez pas ce que c’est. Je suis enfermé derrière un mur de politesse. Attaché et bâillonné. Dans un monde sombre et silencieux, où seule pousse la colère. »

Interview d’Olivier Liron

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Crédit Photo Lionel Samain

 

La première question que je ne peux retenir plus longtemps est la suivante :  Julien Lepers a-t-il lu votre roman? Si oui, comment l’a-t-il accueilli ?

Oui, Julien Lepers m’a fait l’honneur de lire le roman! Il l’a trouvé plaisant et drôle, selon ses propres termes. C’est pour moi très touchant. J’avais peur que certains traits d’esprit sur le jeu le choquent, mais ce n’est pas du tout le cas. C’est quelqu’un qui a beaucoup d’humour, et pour qui j’ai beaucoup d’admiration.

Après cette délivrance, revenons à des questions plus standard : En quelques mots, qui êtes-vous Olivier Liron ?

J’ai eu un parcours d’universitaire. J’ai étudié à l’Ecole normale supérieure, réussi l’agrégation d’espagnol, puis j’ai enseigné à l’université. Mais le cadre était difficile pour moi, j’ai fait un burn-out et j’ai entamé une reconversion. J’ai décidé de me consacrer pleinement à l’écriture. J’ai la chance de travailler beaucoup pour le théâtre, comme dramaturge et acteur, et aussi pour le cinéma.

Vous faites de l’autisme un portrait sensible et sublimateur : cette différence devient votre moteur et vous réussissez à la dompter et vous en servir. Le chemin a-t-il été difficile, avez-vous toujours cru en vous ?

J’ai reçu un diagnostic d’autisme très tard, à 29 ans. Comme beaucoup de personnes autistes de ma génération, j’ai vécu dans une errance diagnostique, allant de psy en psy, sans savoir ce qui faisait que les relations sociales étaient si compliquées… Mais, c’est ce que je raconte dans le livre, j’ai toujours cru en moi, et cela m’a été donné par la poésie, principalement, et la force de vie qu’elle porte en elle.

Qu’est-ce que l’écriture vous a apporté ?

L’écriture, elle m’a tout apporté, c’est une façon de m’exprimer, de communiquer avec les autres. Quand on n’arrive pas à parler, parfois, on écrit, cela permet de vivre. J’aime beaucoup cette phrase de Proust qui dit: « la vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c’est la littérature ». Je suis intimement convaincu de cela. Il dit aussi que « le style pour l’écrivain est une question non de technique, mais de vision. Il est la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients de la différence qualitative qu’il y a dans la façon dont nous apparaît le monde… » Cela veut dire que l’écriture nous permet d’aller vers les autres. De sortir de nous. De communiquer ce qui sans cela, serait incommunicable. Je suis très touché par cette idée.

Comment gérez vous la part d’incertitude qui réside dans le processus d’écrire, notamment la libération de l’inconscient ?

C’est vrai qu’écrire, c’est libérer à la fois son esprit, mais aussi sa spiritualité, ses affects et ses pulsions. Tout cela doit tenir ensemble, et c’est pour cela qu’écrire est un processus si intense. C’est une façon de s’exposer, de prendre des risques, de se mettre à nu. Pour reprendre les mots de Simone de Beauvoir: « Exister, c’est oser se jeter dans le monde. »

Dans le roman vous parlez d’une certaine colère en vous, apparue avec l’école et une enfance terrible dans la cour de récréation. Pensez-vous que cette colère puisse un jour disparaître?

Je ne sais pas si cette colère peut un jour disparaître. J’essaie de la transformer quand j’écris. En faire une force, un moteur. Ce que j’ai vécu m’a rendu invincible.

Votre mémoire et votre capacité de stockage est impressionnante. Avez vous besoin de l’entraîner ?

Il est vrai que j’ai une très bonne mémoire, mais pas non plus comme certaines personnes avec autisme, qui sont capables de retenir des quantités invraisemblables de chiffres ou de dates. C’est d’ailleurs un stéréotype. Toutes les personnes autistes ne sont pas « Rain Man », loin de là! En tout cas, pour en revenir à « Questions pour un champion » et au roman, oui, il y a eu un véritable entraînement. Je passais quatorze heures par jour à m’entraîner, les derniers mois. Je mémorisais et j’apprenais tout ce que je pouvais. Je crois que j’ai essayé d’apprendre Wikipédia par coeur – au moins la moitié !

Allez-vous retenter votre chance dans d’autres émissions, par exemple avez-vous déjà pensé à Qui veut gagner des millions ?

Oui, j’ai participé à d’autres jeux, mais hélas je n’ai pas été sélectionné, car les castings sont très différents de « Questions pour un champion ». Pour les sélections d’un jeu de TF1, que je ne citerai pas, j’ai dû imiter le sanglier tout en me léchant le coude! Mon imitation n’étant pas assez convaincante, j’ai dû renoncer à participer à d’autres jeux. 

Votre roman est extrêmement drôle, maniez-vous aussi bien l’humour dans la vie que dans les livres ?

J’ai parfois du mal avec l’ironie, mais j’arrive quand même à faire des blagues (d’autiste). 

Pouvez-vous parler de vos projets, notamment autour de ce livre ?

Mes projets, c’est bien sûr que ce livre rencontre son public, comme on dit. Je serais vraiment touché que le maximum de gens puissent vivre cette aventure comme je l’ai vécue, et soient sensibilisés à cette question de la différence. C’est ce que j’essaie de dire dans le roman: nos différences sont nos richesses. Une personne normale, ça veut dire quoi? Parce que moi, je n’en ai jamais rencontré! Dans notre monde, je crois que lutter pour le droit à la différence est nécessaire et urgent. 

Le signe astrologique du roman

Verseau ! Un de mes signes favoris, celui des grands penseurs et des grands révolutionnaires, les humanistes, ceux qui ont foi en leurs projets et qui par leur force, leur courage, leur ténacité, y parviendront.