Lettre d’amour sans le dire

Je me suis souvent demandée pourquoi on tombait amoureuse, car la plupart du temps, l’amour est déraisonnable et irraisonné, on tombe amoureuse quand on ne s’y attend pas, on tombe sans savoir jusqu’où, on tombe au fond d’un précipice obscur et épineux dont l’aboutissant est peut-être juste celui-ci : s’aimer soi-même.

Dans ce magnifique roman, cela arrive à Alice ainsi, sans qu’elle s’y attende. Alice n’a pas d’âge, elle est à la fois jeune et vieille de ce corps qui un jour, il y a longtemps, s’est éteint.Chaque vendredi, ce corps se retrouve entre les mains d’un Japonais et se réveille peu à peu de sa longue anesthésie. En posant ses mains sur le dos d’Alice, Akifumi dénoue les noeuds de son existence. Il ne parle pas français, il est à Paris pour exercer son Art de masseur. Alice ne sait rien de lui mais la chimie opère. Lorsqu’un matin ils se retrouvent ensemble au café en attendant que l’institut ouvre ses portes, Alice peine à échanger quelques mots. Parce que cet homme réveille ses sens et son passé, parce qu’elle en est amoureuse, Alice décide d’apprendre le Japonais. Elle prend des cours et essaie de lire dans sa langue.
Petit à petit, Alice amorce le bilan de sa vie de femme à travers une lettre. Une succession d’évènements et de rencontres aussi décisifs que désastreux. Jusqu’à ce jour, les hommes se sont emparés très tôt de son corps et ont maltraité sa féminité. Aujourd’hui, sa fille qu’elle a eu très jeune est enceinte pour la première fois, comme si tout concordait à lui offrir enfin une réflexion sur elle-même.

Ce livre est une lettre d’amour à un inconnu, des mots que l’on envoie sans savoir s’ils seront lus, et qui dans l’acte d’écrire ont libéré l’essentiel d’une vie. C’est la lettre d’une guérison.

Magnifique et court roman dont le rythme m’a bercée et la langue m’a envoûtée, comme toujours avec Amanda Sthers.