Parmi les miens

Le roman

Il explore l’histoire d’une famille dont la mère est dans le coma, suite à un récent accident de voiture. Le médecin annonçant qu’il n’y a que très peu de chance pour qu’elle se réveille un jour, Manon sa fille, laisse échapper un « Autant qu’elle meure ».

Et c’est là que les liens sur lesquels nous tirions depuis l’enfance ont cédé.

Ses frères et soeurs sont horrifiés. A partir de cette phrase, les rapports entre les trois enfants et entre leur père vont s’intensifier, c’est le moment d’une remise en question familiale et existentielle. Dans cette famille où la communication et l’autodérision sont inexistantes, chacun semble devoir régler un problème personnel avant de se confronter aux autres. Il y a d’abord le père, un taiseux triste, Manon, la narratrice, jeune maman, Gabriel son frère, souffrant d’une maladie psychiatrique, et Adèle la jeune soeur enceinte de quelques mois et vivant avec une femme, inséminée par un donneur rencontré sur internet. Les trois enfants ne semblent plus partager aucune complicité. Parmi leur souffrance, chacun cherche sa place. Manon sort récemment d’une maternité difficile, elle ne parvient pas à prendre son rôle de mère, et c’est peut-être en explorant la vie de la sienne qu’elle trouvera enfin l’harmonie et le bonheur. Car qui était cette mère mystérieuse, qui cachait ses origines ?

J’hésite à me confier. A lui dire toute la difficulté à être mère quand la mienne est déjà en train de mourir, lui dire tout ce qu’elle ne m’a pas transmis et que je devrai trouver seule désormais; lui dire aussi toute l’intimité mêlée de défiance que j’éprouve pour mon bébé et qui me fait peur, me noue les tripes; lui dire encore que je n’ai plus le souvenir d’une telle intimité avec ma mère aujourd’hui que je suis adulte, et que ça aussi, ça me rend malade.

Du côté de la mère dans le coma, deux sujets centraux : que fait-on des vivants en état végétatif ? Combien de temps et dans quel état les garde-t-on ainsi à la maison?
D’autre part, où allait leur mère, le soir de l’accident, quand elle roulait dans une direction opposée à la maison ?

Mon avis

J’ai beaucoup aimé ce premier roman dont l’écriture est d’une grande qualité, et la complexité des rapports familiaux intéressante et portant à rélfexion. Le sujet de la mort cérébrale ne m’attirait pas à prime abord, il est cependant très bien amené, sans lourdeur, sans horreur.
La tristesse et la mélancolie abondent dans ce roman qui nous fait réfléchir aux liens que nous pensons inébranlables.

Ce qu’il reste d’une famille une fois les enfants devenus adultes ne tient pas à grand chose et notre fratrie particulièrement n’attend qu’un prétexte pour exploser.

Le signe astrologique du roman

Capricorne pour ce roman très saturnien. Le capricorne, signe d’hiver, représente la vieillesse, la maturité, mais aussi la mort. Saturne est la planète du temps, de l’ombre, du repli, mais aussi des épreuves et des responsabilités. Enfin, dans ce roman, le père taciturne mais sensible à la fois est un parfait représentant du signe.

L’auteur

Charlotte Pons est née en 1980. Elle a passé huit ans au sein d’une rédaction parisienne comme journaliste culture et chef d’édition. Elle a créé en 2016 les ateliers d’écriture Engrenages & Fictions.

 

Extraits

 

Alors on en vient aux mains. Bien entendu. Qu’espérions-nous? Qu’espérions nous à force de tourner en rond, rongés par l’attente, la vie entre parenthèses, chaque jour plus incertains de l’issue?

Qui suis-je si je n’aime plus maman?

Quarante ans à se réveiller à deux, comment s’endormir seul? C’est ce à quoi je songe en regardant papa : comment va-t-il survivre ?

L’enfant qui mesurait le monde

Des petits bateaux en papier, Yannis en confectionne tous les soirs pour rétablir l’ordre du monde. Toute la journée il compte les poissons fraîchement arrivés au port, et les compare aux chiffres parfaits. Plus le désordre a été important, plus ses pliages seront nombreux, et l’apaiseront. Yannis a douze ans, et est autiste.
Sur l’île grecque en crise dans laquelle il vit avec sa mère, un troisième personnage entre en scène : un architecte américain qui vient de perdre sa fille tragiquement, celle ci habitant l’île pour une étude et un projet d’école qui demeurent inachevés. En sa mémoire, l’homme décide de rester sur l’île pour terminer son travail. La mère de Yannis le loge, à condition qu’il s’occupe de Yannis la journée pendant qu’elle part à bout de bras pêcher la palangre pour nourrir son fils. L’homme va très vite réaliser à quel point sa fille avait su être clairvoyante et douée, son projet abouti et réfléchi, et comment elle avait réussi à capter la beauté de l’île à travers des écrits qu’elle lui a laissés.

Partout, des criques vierges, sans doute identiques à ce qu’elles étaient il y a deux mille cinq cents ans, du temps de Platon. Tu t’installes et tu laisses le vent te caresser. Et la mer, papa, la mer… Même lorsqu’elle est calme, elle te parle, impossible d’en détacher les yeux.

D’autres enjeux ont alors lieu au sein de l’île, pourquoi construire une école alors qu’on l’on pourrait construire un énorme centre hôtelier et touristiques, avec un casino et plusieurs piscines? Les relations entre le maire, le président grecque et la commission européenne à Bruxelles donnent au roman une dimension actuelle très intéressant sur le point de vue grec, voire turc.

Nous avons la détestation de l’Etat dans le sang, mon Alekos. Mais de cela, le monde entier se fiche et moi aussi. Nous avons reçu du Bon Dieu le plus beau pays du monde et nous lui avons pissé dessus.

C’est dans une ambiance marine remplie d’histoires mythologiques que ce très beau roman  explore les relations entre ces trois personnes et les gens de l’île, et nous enseigne à accepter le sort, en faisant confiance à notre libre arbitre.
Un roman bourré de messages et de tolérance, un voyage dans la beauté grecque, et une belle manière d’aborder l’autisme, car sait-on seulement ce que Yannis est capable de faire, et de réunir ?

 

Mon avis

J’ai été bouleversée par l’histoire de Yannis et de sa mère, moins par l’enjeu politique du roman, même si l’auteur a le soucis de respecter scrupuleusement les avis divergents et de les retranscrire sans subjectivité interférante. Cependant il était intéressant de réunir les deux thèmes, puisqu’il est bien question d’  « union » dans ce roman, grâce à ce jeune garçon que tout le monde respecte, et qui de sa seule présence remet de l’ordre dans le monde.

Cet enfant porte en lui toute la douleur des hommes, se dit Kosmas. L’immense solitude et l’impossibilité désespérante de s’ouvrir à l’autre.

Le signe astrologique du roman

Capricorne, pour symbole de l’autisme, qui pour moi n’est pas un handicap, mais presque du génie. Une sorte de diamant mal taillé, brut, qui nous apparaît par sa facette la moins brillante, alors qu’il cache souvent énormément de pureté. Le capricorne ne dissimule pas, et surtout, il est le signe du zodiaque qui déteste le plus au monde le désordre !!! C’est un signe pragmatique, dur et froid, très peu tactile, qui cache au fond de lui énormément de sensibilité. Les enfants capricorne mûrissent plus vite que les autres, ils ont l’impression très tôt de porter un fardeau, d’avoir un devoir à accomplir dans la vie.

L’auteur

Metin Arditi, né le 2 février 1945 à Ankara, est un écrivain suisse francophone d’origine turque séfarade. Il a écrit une quinzaine de romans, dont le remarqué « Le turquetto ».

L’amie prodigieuse

J’ai lu ce roman après tout le monde, mais je l’ai lu en partie à Naples, et c’est comme si j’avais rencontré Elena et Lila pour de vrai. Quelle ville étrange, sale et impressionnante. Pour ceux qui n’y sont jamais allés, lire l’amie prodigieuse suffit presque. Même si Naples n’est plus tout à fait celle de 1958, les murs de certains quartiers nous chuchotent toute la violence et les secrets qui s’y sont déroulés.

Résumé du roman

Elena et Lila sont deux petites filles qui au début du roman sont âgées de 6 ans. A travers leur enfance puis leur adolescence, on entre dans une éducation et un style de vie bien différent du nôtre dans une Naples en reconstruction et encline à la corruption.

« Etait il donc possible que seul notre quartier soit saturé de tensions et de violences, alors que le reste de la ville était radieux et bienveillant? »

Une époque difficile où les parents de leur quartier, pauvres pour la plupart, ne poussaient pas leurs enfants à aller à l’école, mais plutôt à les aider à la maison ou au travail. Rares étaient ceux qui allaient jusqu’au collège, et ne voyageaient pas plus loin que le bout de leur rue, les claques volaient à longueur de journée et chacun se faisait la justice soi même, les voisins s’entendaient hurler mutuellement et les femmes se jalousaient.

« Les hommes finissaient toujours par se calmer, tandis que les femmes, en apparence silencieuses et accomodantes, lorsqu’elles s’énervaient, allaient jusqu’au bout de leur furie et ne connaissaient plus de limites. »

Lila est extrêmement brillante, surdouée dirions nous aujourd’hui; à 5 ans elle sait déjà lire et écrire. Elena la narratrice, dite Lenu, est également une élève appliquée, avec des facilités normales. Les deux amies vont se pousser vers le haut, une compétition ambivalente naîtra : à celle qui aura le plus appris, à celle qui aura le plus lu, puis plus tard à celle qui aura des seins et ses règles la première, à celle qui aura le premier fiancé, celle qui aura le plus d’argent. Lila se verra contrainte d’arrêter l’école faute de financement parental et elles devront se séparer. Leur amitié évoluera mais restera, tout comme leurs beautés complémentaires. Dans leur vie, tout est compliqué, les parents, les frères et les petits amis orchestrent leur existence, et il leur faudra beaucoup d’imagination et de volonté pour s’accrocher à leurs ambitions.

Mon avis

Non seulement l’ambiance m’a conquise, mais j’ai été complètement absorbée par les portraits psychologiques des personnages, et l’excellente approche réaliste de l’amitié qu’en fait Elena Ferrante. Un excellent roman sur l’amitié…

Le signe astrologique du roman

capricorne

C’est le signe de notre amie prodigieuse, Lila, tellement capricorne que je lui ai associé des visages de connaissances de mon entourage.

Elle incarne le signe du capricorne par son aspect physique : jeune fille très mince, brune, aux muscles fuselés et bien dessinés. Elle est agile et gracieuse, ses yeux noirs deviennent deux fentes quand elle réfléchit.
Elle laisse transparaitre un incroyable magnétisme, et dégage malgré elle une sensualité envoûtante. Cette puissante attractivité est réservée aux natives de ce signe, contrairement à l’homme capricorne qui cache prudemment sa sensualité.
De plus, elle est extrêmement sèche. Elle rit et pleure très peu. On dit du capricorne que c’est le signe le plus antipathique du zodiaque. Lila est en effet vue la première fois par la narratrice comme une petite fille extrêmement méchante. Si le capricorne peut parfois être, à tort, vu comme quelqu’un de méchant, c’est qu’il est d’abord extrêmement froid. Froid et sec. Un capricorne donne l’impression d’avoir besoin de rien ni de personne. Derrière cette façade impitoyable se cache souvent un diamant brut et mal taillé, mais sur lequel on peut s’appuyer avec le plus grand confort si toutefois on a su attraper la confiance de la bête.

Lila est très très ambitieuse, voit loin, ne réagit pas de façon impulsive mais toujours avec recul. Les anneaux de Saturne poussent le natif à être responsable des siens, comme elle l’est de son frère et de ses propres tâches domestiques, c’est une de leurs grandes qualités. C’est un signe extrêmement entier, très idéaliste dans ses relations, et Lila n’a qu’une parole, ne se laisse influencer par personne, elle reste intègre à ses idées et ses envies.
Si la personne capricorne présente des défauts, elle est tout sauf fourbe et velléitaire.

En revanche, elle possède aussi pleinement l’ombre du signe. On dit de certaines natives qu’elles portent le diable en elles. Elles savent tellement décontenancer le sexe masculin qu’elles rendent les hommes fous. Ils sont prêts à tout pour elle.  Lila est à l’origine de nombreuses querelles et guerres de quartier. Son frère Rino et ses prétendants n’hésitent pas à en venir au poing et aux armes dès qu’elle exprime le moindre désir. Elle attire irrémédiablement les ennuis et s’en rend tristement compte sans pouvoir rien y changer.

« J’ai quelque chose qui ne va pas? Je fais toujours faire des bêtises aux gens. »

Lila est une vraie capricorne, une indocile résignée…

« Tu perds encore ton temps avec ces machins Lenu? Tu ne vois pas que nous volons au dessus d’une boule de feu? La partie qui s’est refroidie flotte sur la lave : c’est sur cette partie qu’on construit des immeubles, des ponts et des routes. De temps en temps, la lave sort du Vésuve ou bien provoque un tremblement de terre qui détruit tout. Il y a tout un tas de microbes qui rendent malades et qui tuent. Il y a les guerres. C’est partout la misère qui nous rend tous méchants. Chaque seconde, il peut se produire quelque chose qui te fera tellement souffrir que tu n’auras pas assez de larmes pour pleurer. »

Pour une balade littéraire dans Naples, je vous envoie sur l’excellente chronique de Booksmoodsandmore :

https://booksmoodsandmore.com/category/en-balade/