La fille de Deauville, de Vanessa Schneider

La fille de Deauville, ça pourrait être le titre d’une chanson de Vincent Delerm.
La fille de Deauville est née à Neuilly et a honte de ses origines bourgeoises.
La fille de Deauville était trop jeune en mai 68, alors elle se rattrape en intégrant Action Directe, un mouvement d’extrême gauche.
Le quotidien de la fille de Deauville, « c’est de ne pas avoir de quotidien ».
La fille de Deauville prend des cours de tirs puis enfile un trench Burberry.
La fille de Deauville prend de l’héro et ne souvient plus de ses nuits.
La fille de Deauville, elle a des yeux tellement dorés que Luigi Pareno, le flic en charge de son dossier, ne cesse d’y penser.

La fille de Deauville s’appelle Joëlle. Cela fait des années qu’elle bosse pour Action Directe, aux côtés de Jean-Marc et Nat. Ensemble, ils ont organisé des centaines de braquages, attentats et assassinats dans les années 80. Emprisonnés une première fois, Mitterand les a relaxés. Mais Luigi les piste, il n’abandonnera jamais la traque car Joëlle le fascine. Il l’a retrouvée en pleine campagne, il la reconnaîtrait entre mille. Il l’attend, tapi dans le froid. Enfin, Luigi Pareno va arrêter la fille de Deauville. C’est son jour.

J’ai lu cette histoire d’une traite. J’ai retrouvé tout ce qui m’avait plu dans le précédent roman de Vanessa Schneider « Tu t’appelais Maria Schneider ». Entre faits historiques passionnants et personnages ultra attachants, je vous recommande le roman de cette combattante politique, cette rebelle aux yeux d’or. ✨

Les choses que nous avons vues, de Hanna Bervoets

Quand vous signalez une photo ou vidéo au contenu choquant, pensez-vous à la personne qui va l’étudier ?
Je ne m’étais jamais interrogée sur le métier de modérateur avant de lire ce roman. Il raconte l’histoire de Kaleigh, une jeune femme qui sort d’une rupture et qui accepte ce job par nécessité plutôt qu’envie. C’est un peu mieux payé et moins pénible que son ancien job dans un centre d’appels.
C’est même plutôt gratifiant au début, de décider de ce qui reste ou de ce qui dégage. Un type torture et tue un chaton : on supprime. Le même type se filme a côté du chaton mort : on ne supprime pas. Oui mais la vidéo d’avant montre qu’il les a tués ? Oui mais on l’a supprimée. Bon, on garde. Effacer les photos où l’on voit des tétons, facile. Censurer la vidéo où une nana se taillade les veines, un peu plus compliqué de s’endormir le soir. Kaleigh et ses copains doivent chacun en vérifier 500 par jour.
Alors Kaleigh boit une bière, puis deux, puis dix avec ses acolytes au bar des Sports tous les jours après le boulot. Pendant les pauses de dix minutes, ils se font passer un joint. Le soir tard, elle embrasse Sigrid, mais quelques mois plus tard, Sigrid commence à débloquer sérieusement. Elle veut une vie saine, propre, ne se nourrit plus de baies de Goji, se met au lit à 7h30 le soir. Kaleigh se tourne vers un porno mais il lui paraît bien sage comparé aux scènes hardcore qu’elle visionne toute la journée. Sans parler des théories du complot… Peut-être qu’à force de le lire et de l’entendre, la Terre est réellement plate..? Sigrid deviendrait-elle platiste, comme leur collègue Kyo ?
Il paraît qu’ils ont le droit de consulter un psy, mais à peine dix minutes par semaine, cela n’est pas suffisant. Quel inconscient peut supporter autant de traumatismes répétés ? Et si l’on dénonçait les dénonciateurs ?

Un premier roman détonnant, paru à « Le bruit du monde », une nouvelle maison d’édition dont l’énergie est très prometteuse.

Les écailles de l’amer Léthé, Éric Metzger

Mon cher Éric, j’ai lu quelques passages de ton nouveau roman à mon combattant, qui s’appelle Boris. Comme celui de ton narrateur, l’intellectuel Cookie, il a eu l’air d’apprécier la bonne littérature et ce roman en trois actes. Ses écailles ont scintillé lors des instants poétiques, je l’ai senti frémir à la mélancolie des déambulations solitaires de ton protagoniste.
Je lui ai décrit son monde, sa dépression, son quotidien de comptable, qu’il leurre avec les livres ou en manipulant son psy, ou encore en inventant des anecdotes fictives à son entourage, pour le persuader de sa bonne santé mentale. Boris était impatient de connaître l’issue de la rencontre avec la charmante voisine aux yeux verts, avant que le drame du roman modifie ses velléités romantiques. En outre, il a beaucoup apprécié le passage du séjour chez les amis Benetmarie et particulièrement cette tournure à propos de leur petite fille « Ses cils applaudirent de déception ».
Boris et moi avions envie de savoir. Que s’était-il passé dans la vie de cet homme, pour arriver à un tel degré de retrait et d’humour doux-amer ?
Plus tard, Boris a dû verser une larme, pudiquement, mais dans l’eau du bocal cela est passé inaperçu.
Bravo mon cher Éric pour ce roman que je recommande à tous les combattants de notre époque.

La nuit recomposée, de Jocelyn Lagarrigue

🎭Que faisons-nous et pourquoi le faisons-nous encore ?

Cette phrase est le leitmotiv de ce roman, roman qui est une magnifique surprise, surprise qui ne devrait pas en être une au vu du thème, un comédien en déroute, et l’ambiance : le théâtre.

Rares sont les livres qui nous plongent dans ce milieu, j’ai adoré être une lectrice en coulisses, observant les déambulations de ce narrateur aussi poétique que désespéré, l’artiste par excellence, soumis aux tendances du moment, à l’âge, aux actrices et à sa propre sensibilité.
Je ne m’attendais pas à un texte aussi construit et abouti, nourri d’un grand talent romanesque.

Antoine Lepage a fait une overdose, il est plongé dans le coma. Au lieu de se recentrer sur sa pièce et le personnage de Don Juan, il tombe amoureux de sa partenaire, Alexia. « L’art d’Alexia consiste à faire croire que, naturellement, tout le monde peut, et doit avoir une aventure avec elle, l’actrice dans toute sa splendeur, qui pour survivre dans ce monde d’hommes met en avant son corps de femme ; un attrape mouche, un leurre. »
Mais est-ce de sa faute, à Antoine, s’il mélange la fiction avec la réalité, s’il en a besoin pour nourrir ses démons et son jeu ?
« J’ai quitté la maison, en descendant la pente qui menait à l’artère principale. Je ne pesais plus rien, j’étais plus que léger, un coup de vent aurait pu me déséquilibrer. J’avais tout perdu, c’était l’objectif. »

Ensemble, Antoine et Alexia n’iront pas mieux. Ils s’enfonceront davantage dans la nuit, jusqu’à la folie.

À lire 🎭

jocelynlagarrigue #lanuitrecomposée @quidamediteur

Une vie possible

À partir de quand devient-on mère ? Et femme ? Faut-il se sentir femme pour devenir mère ?

C’est l’histoire de deux grossesses interrompues, involontairement et volontairement. À partir de deux événements douloureux vécus à un an d’intervalle, une fausse couche puis un avortement, Line Papin raconte la maternité, la féminité et la liberté.
Comme beaucoup d’entre nous, Line ne savait pas exactement ce qui l’attendait, notamment les codes que la maternité imposait. Elle a vite perçu cette vulnérabilité, ce pouvoir incroyable, mystique, craint, envié, de donner la vie. À l’aune de sa grossesse, elle comprend enfin les combats des femmes avant elle et revisite l’histoire féminine et féministe. La femme a toujours représenté un sujet politique. Le droits des femmes, le vote, le compte bancaire, l’avortement… On a longtemps décidé à leur place et rien n’est acquis. « Sommes-nous si bêtes, nous les femmes, au point de mettre sept cent ans à sortir la tête de l’eau ? »
Le roman alterne entre le récit intime, sincère et courageux de l’auteure, avec des chapitres plus documentés, pour en faire un livre complet sur la maternité et l’histoire de l’émancipation des femmes. D’ailleurs, les précieuses références citées en fin d’ouvrage m’ont donné envie de découvrir ou relire les grands textes de Virginia Woolf, Gisèle Halimi ou Benoite Groult.

Peut-on devenir mère sans enfanter ? Peut-on transmettre sans tenir entre ses mains la chair de sa chair ? Après avoir lu cette magnifique déclaration d’amour faite aux femmes, Il semblerait que oui. Une vie possible, c’est aussi celle d’une femme, d’une écrivaine.
Merci @linepapin.officiel ❤️

« Au fond, je crois que je m’accrochais à la promesse d’un enfant comme à la promesse d’un bonheur. Puis, j’allais comprendre qu’il fallait aussi promettre le bonheur à l’enfant. Et de ça, j’en étais incapable. »