Bilan 1er semestre 2018 / Recommandations pour l’été

Je vous le concède, j’ai eu un mal fou à choisir. Les livres sur cette photo sont ceux dont je ne pouvais vraiment pas me passer. Parce qu’ils ont marqué cette première moitié de l’année, parce qu’ils m’ont bouleversée, parce qu’ils ont ouvert des possibilités que je connaissais pas. Ils sont tous habités par la sincérité et la qualité. J’en ai aimé beaucoup d’autres, mais voilà, choisir c’est renoncer.

J’ai fait deux piles, -je n’ai pas de pile préférée- car beaucoup d’entre vous  ne veulent pas forcément connaître les livres qui m’ont fait moi agathe the book le plus vibrer mais quels sont ceux que vous devez acheter pour cet été. Et je vous comprends !

Il y a donc la pile de droite de livres compatibles avec les vacances et l’idée de s’aérer l’esprit sans pour autant être taxés de légers, et la pile de gauche, la pile de ceux qui ne sauraient être appréciés à leur juste valeur entre un mojito et un match de raquettes, ne pouvant souffrir d’une ambiance estivale décompressive. Ils ne sont pas « plus sérieux, moins drôles, moins bien », au contraire, je ne veux simplement pas être de mauvais conseil à cause d’une inadéquation d’ambiance. Ça dépend aussi de votre été, me direz-vous, certains ne partent pas sous une ambiance darladidadada et en profitent justement pour lire des choses plus spécifiques. C’est pour cette raison que je les détaille tous ci-dessous, à vous de vous faire votre idée.

Pour résumer, ceux de la pile de droite pourraient aller à gauche, dans le bilan semestriel des coups de coeur, mais pas l’inverse. (je vous ai perdus).

Voici donc le détail des deux piles, succinctement. ⇒ Ce qu’ils représentent pour moi, pour qui ils s’adressent, et le lien vers la chronique complète.

La pile de gauche : Des magnifiques romans, spécifiques ou chefs d’oeuvres, mais pas forcément « estivaux » 

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En détail :

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Je n’aime pas classer les livres mais si je devais n’en retenir qu’un : ce serait Fugitive parce que reine. C’est pour moi le livre le plus bouleversant de cette moitié 2018, sans doute parce qu’il est auto/biographique.

Pour qui : ceux qui aiment les histoires de famille, les liens mère-fille, les récits testaments.  En savoir + ici.

 

 

fullsizerenderL’autre qu’on adorait, de Catherine Cusset, ayant remporté notre distinction estivale « L’été en Poche des Blogueurs littéraires 2018 », et célébré par Folio le 21 juin, jour de l’été !

Pour qui : ceux qui aiment les portraits d’hommes attachants et dramatiques, de la même manière que Fugitive parce que reine, en version masculine, un livre introspectif, un récit inoubliable. En savoir + ici.

 

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Roman coup de poing, une claque, sorte de conte contemporain entre cette jeune fille qui n’en finit pas de manger et grossir.

Pour qui : ceux qui aiment les romans allégoriques de notre société, servis par une plume magistrale.

En savoir + ici.

 

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L’histoire de cet homme soumis psychologiquement à sa femme raconté par la terrible Claire Castillon est terrifiant, rarement lu un livre qui vous fait autant réfléchir.

Pour qui : ceux qui aiment les relations homme-femme, les livres chocs, qui bouleversent les codes. En savoir + ici.

 

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Eparse ressemble à un recueil de pensées à picorer, grossière erreur, c’est un roman très soigné et construit à lire avec beaucoup d’attention.

Pour qui : ceux qui veulent s’ancrer dans notre époque, jouer avec les mots et les maux de la vie sentimentale.

En savoir +

 

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Une réflexion philosophique sur la place du visage dans notre société, que sommes-nous sans la beauté? Où placer notre âme ?

Pour qui : ceux qui aiment les univers oniriques et complètement déjantés, en quête d’absolu.

En savoir + ici.

 

FullSizeRender-4Avec ce roman, ça passe ou ça casse. Certains crient au scandale quand moi je transfère et transpose complètement sur ce récit d’adolescente. Le Goncourt l’a placé dans sa sélection pour l’été. Merci les 68 premières fois pour la découverte !

Pour qui : celles qui veulent se reconnaître dans les relations d’amitié fusionnelle et destructrice. En savoir + ici.

 

imageLu récemment et heureusement, un récit sublime, envoûtant, très fort et indispensable. L’histoire d’un viol d’une petite fille, l’histoire d’une résilience par l’écriture.

Pour qui : pour tous, pour comprendre, pour ressentir, avertir. A lire concentré et au calme.

En savoir + ici.

 

IMG_9992Un court roman sur Orphée parti à la recherche de son Eurydice.

Pour qui : ceux désireux dé découvrir un mix entre mythologie et nuit parisienne. En savoir + ici.

 

 

La pile de droite : Des livres impossibles à lâcher que je vous recommande pour cet été, à emmener en vacances en toute sécurité 

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En détail :

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Vous aviez été très emballés par ma chronique, (gros pic dans mes stats) sûrement aviez-vous ressenti mon engouement terrible pour ce roman. Il possède tous les ingrédients pour que vous le lisiez en deux heures sans vous arrêter.

Pour qui : ceux qui aiment les histoires romanesques et les histoires d’amour impossibles. En savoir + ici.

 

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Comme le précédent, ceux qui l’ont lu l’ont approuvé. Non ce n’est pas un feel-good mais si le feel-good fait lire alors tant mieux. Comme le précédent, je l’ai dévoré et fini en larmes. Un roman sincère et un message positif.

Pour qui : Ceux qui aiment les parcours de femmes incroyables. En savoir + ici.

 

FullSizeRenderQuand je l’ai lu en hiver je me souviens avoir pensé qu’il était sorti trop tôt et que je le conseillerais volontiers pour cet été. Un roman haletant, sorte de thriller psychologique entre une jeune fille et les membres d’une jeunesse dorée.

Pour qui : ceux qui aiment les récits prenants et qui projettent de partir au bassin d’Arcachon 😉

En savoir + ici 

 

img_2429.jpgUn roman italien d’un souffle volcanique, impétueux. Commencé en larmes, fini en larmes. Le croisement de deux maternités, une accouchant sous X et l’autre n’arrivant pas à tomber enceinte. Superbe !

Pour qui : ceux qui aiment les ambiances réalistes de jeunesses italiennes, les combats de femme.

En savoir + ici.

 

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Tout ce que j’attends de la littérature française : un récit psycho-romanesque, les histoires de familles, des réflexions actuelles, de l’humour, de la sincérité… et surtout de la fraîcheur ! Roman estival mais pas que.

Pour qui : ceux qui aiment les histoires trans-générationnelles, les secrets de famille, le goût de l’écriture… et Saint tropez !

En savoir + ici.

 

FullSizeRender-4.jpgSi vous ne connaissez pas encore le talent et l’humour d’Anne Akrich, c’est le moment de succomber! Hilarant, le mot est léger. Son avant-dernier (Il faut se méfier des hommes nus) est sorti en Poche et se déroule à Tahiti…

Pour qui : ceux qui n’ont pas peur de dépasser les tabous et la bienséance autour de la maternité intouchable… Résolument moderne, servi par une plume parfaite. En savoir + ici.

 

Les deux commis d’office

Je pars du principe que je vous en ai déjà beaucoup beaucoup parlé à travers des chroniques dithyrambiques, mais sachez que mes deux grands écrivains chouchou ont sorti un roman dans ce premier semestre et je les ai adorés. Parce que je n’arrive pas à être objective ou peut-être aussi parce qu’ils n’ont pas besoin de moi je ne les ai pas mis sur la photo car ils ne peuvent pas bouger de mon coeur… (oui c’est mon coté fleur bleue).

Evidemment qu’ils sont à lire !!!!!!

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Entre cellules souches et critique acerbe de notre époque, un roman grinçant et documenté, riche et construit que j’ai dévoré.

Pour qui : ceux qui ne veulent pas mourir.

En savoir + ici.

 

FullSizeRender-5Quand l’art nous sauve, David Foenkinos n’est jamais bien loin.

Pour qui : ceux qui aiment les histoires de vie, subtiles et sublimes.

Si vous aviez loupé la chronique de la groupie elle est ici…

Casse-gueule

Une des questions essentielles à se poser en littérature est : A quoi reconnait-on un véritable écrivain ? 

A son concept: unique, identifiable, inimitable. Clarisse Gorokhoff, c’est un univers singulier et complètement perché, car à quoi sert la littérature si ce n’est se percher quelque part, s’affranchir des codes, du réalisme, de la bienséance ? Clarisse, c’est une voix nouvelle, un souffle sensuel et déjanté.

Après « De la bombe », aujourd’hui sort en librairie « casse-gueule », et son deuxième roman confirme le premier. Talent absolu, plume extra-terrestre, littérature noble et élégante.

A prime abord, on ne devine pas tout ça chez Clarisse, derrière ses airs de statue grecque, son minois lisse et symétrique, ses yeux de chat, on ne perçoit pas le volcan. Le thème récurrent de son oeuvre ? Le chaos, le néant, les visages… C’est destructeur, c’est cruel et plutonien.

Voilà ! Vous avez le signe astrologique de son roman, Scorpion.

« Que veux-tu? crie Ava. Qu’es-tu prête à sacrifier pour l’obtenir ? hurle-t-elle encore plus fort. Elle peut, il n’y a personne autour d’eux, ni dans le salon, ni dans la rue, ni dans la ville ou l’univers. On est seul au monde quand on ferme les yeux et qu’on pense à jouir. Tout, murmure Ava, je pourrais tout sacrifier. (…) Je sacrifierais tout pour me sentir vivante. »

Vous, lecteur, par pragmatisme, allez peut-être tiquer sur cette héroïne, Ava, qui se fait littéralement « casser la gueule » un soir, à Paris, et s’en réjouira. N’en souffrira pas. Mais où est la douleur, où est la laideur ? Une fois libéré de sa beauté, le corps reprend son authenticité et son insouciance.

Vous ne comprendrez pas pourquoi elle ne va pas voir la police, pourquoi son petit ami s’en moque, pourquoi elle en veut tant à sa mère. 

Vous vous demanderez qui est cette organisation, appelée « Nyx » Vous lirez le roman et le reposerez, soulagé d’avoir résolu l’énigme de ce thriller. Et ce roman vous restera en tête. Vous serez partagé entre roman esthétique et essai de science fiction. Plus tard, dans quelques jours, semaines peut-être, vous comprendrez, et le nommerez chef d’oeuvre.

Casse-gueule est une réflexion philosophique sur la beauté, le pardon et sur l’âme. 

Extrait choisi

« J’étais belle oui, oui, mais d’une beauté qui suscite l’angoisse. Les traits fins, taillés à la serpe, de grands yeux sombres avec des éclats gris, un teint glabre mal assorti à la vie, un sourire tourmenté sans la moindre trace d’enfance… Belle à se noyer dans le néant. Je n’ai jamais pu échapper à ce que mon visage évoquait : la tragédie. C’est leur infini désespoir que les autres projetaient sur moi. Ils voyaient dans mes traits un prélude à la fin du monde. »

Nyx
Nyx, déesse de la nuit

Merci aux Editions Gallimard et à l’auteure pour cette lecture!

Soirée de remise de Prix 2017

Vendredi 26 janvier 2018, Librairie L’instant à Paris, s’est tenue la première édition du Grand Prix des Blogueurs Littéraires ! Environ quatre-vingt personnes étaient présentes autour d’un cocktail servi par François-Xavier Ferrol, gérant du restaurant Pirouette Paris Ier, pour couronner Bakhita, sublime roman 2017 de Véronique Olmi publié chez Albin Michel. 80 personnes, Auteurs, éditeurs et blogueurs confondus étaient présents, dans une ambiance festive et décontractée, et se sont laissés photographier toute la soirée par Albin Durand que je remercie infiniment pour sa prestation de qualité.

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Parmi les invités : David Foenkinos et Olivia de Lamberterie en guest star et marraine bienveillante, Eric Metzger qui écrit aussi bien qu’il nous fait rire dans Quotidien, François-Henri Désérable et son acolyte Clément Bénech, l’incroyable Sylvia Rozelier à l’origine de l’idée de ce Prix, la drôlissime Sylvie Le Bihan, les belles et inspirantes Charlotte Pons, Clarisse Gorockoff et Hadia Decharrière, ainsi que les talentueux Mahir GuvenJean-Baptiste AndreaSébastien Spitzer et Mathieu Ménégaux, venus avec un aplomb inégalables.

Au terme de mon discours dont je préfère oublier les hoquets et tremblements, Véronique Olmi s’est vue remettre un trophée de la part de notre communauté, ainsi qu’un encadrement de la photo de couverture du roman, provenant des archives du musée Nicéphore Niepce à Chalon-sur-Saône… ma ville! (les hasards sont souvent bons..)

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Notre lauréate, dans une interview qu’elle a donné au journal Valgirardin XVème a justement déclaré :

Je trouve cela bien de donner au livre des moments hors de tout ce qui est institutionnel, attendu, rituel. Là, tout d’un coup, une très belle surprise surgit, avec cette spontanéité, ce travail, cette énergie très joyeuse et très communicative.

La suite de la soirée s’est déroulée dans la même ambiance, rencontre, échanges et dédicaces entre blogueurs et auteurs adulés.

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Clément Bénech, Estellereads, unlivreparsemaine, François-Henri Désérable

Notre équipe s’est fait une joie d’accueillir, badger et orienter chacun et chacune. Je dois énormément à mon équipe de blogueuses, qui depuis la création du Prix a su innover, réfléchir, diffuser, partager… Parmi elles, je nomme Amandine de Livresse Littéraire, mon associée principale, trésorière du Prix, que je remercie énormément pour son aide au quotidien depuis le début. Il y a aussi Bénédicte d’aufildeslivres qui a géré l’actualité de la page Facebook du Prix avec une énergie incroyable, Charlotte de Loupbouquin ,  Céline de mes échappées Livresques, mais aussi Sarah, Alex de Bricabook et puis Carobookine et Julie Vasa dont le discours surprise à mon endroit m’a profondément touchée. Merci les filles !

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Sylvie Le Bihan, entourée de Céline, Caroline, et Sarah

Comme l’a parfaitement expliqué Solène (Larousse Bouquine) dans son article sur la soirée du Prix, les blogueurs étaient encore mal perçus dans le milieu littéraire. Trop libres, trop sincères, peu formés… et pourtant, cette soirée a permis à tous de constater à quel point ce Prix et cette union manquaient dans le paysage littéraire actuel, immergé constamment dans le bain des réseaux sociaux.

J’ai eu l’immense chance de vivre cela : une rencontre nécessaire et libératrice, une communion sincère et enthousiaste de lecteurs passionnés, ravis d’échanger avec leurs auteurs préférés ; des auteurs détendus, invités pour célébrer et non pour débattre, se défendre, ou encore se faire connaître.

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Nicolas Houguet, blogueur présent ce soir-là, a publié sur Facebook un superbe billet dans lequel il y a ce passage si émouvant :

Je me tiens un peu à l’écart de la foule qui ressemblait à celle d’une fosse de concert tant elle était nombreuse dans la librairie. D’un coup, je vois une forêt de téléphones portables s’élever. On se livre à des discours allègres sous des ovations enthousiastes. Tout ça, c’est de la joie.

Quand Véronique Olmi brandit le trophée qu’elle a gagné pour Bakhita, ouvre le beau cadre qui reproduit la photo de sa couverture avec l’allégresse d’une enfant un matin de Noël, un frisson d’intensité et d’émotion parcoure l’assistance. Et je l’éprouve aussi

Ce soir-là, j’ai vu des gens prendre conscience de leur voix et de leur nombre.
C’était comme assister au début d’un beau mouvement.

C’était une naissance.

Oui Nicolas, c’était sans doute cela que je cherchais, enfanter ce Prix c’était pour moi un aboutissement utile, une reconnaissance envers les réseaux à qui je dois tant de lectures enrichissantes, tant de rencontres éblouissantes. Bookstagram est une bulle d’air immense, une communauté qui certains jours, sauve, par sa disponibilité et sa bienveillance.

Tout cela s’est ressenti, le simple bonheur d’être ensemble, l’excitation de se découvrir, entre membres de l’équipe du Prix, mais aussi entre blogueurs, sans parler de la fierté immense de passer une soirée avec les auteurs comme s’ils étaient nos amis, comme si on les connaissait depuis toujours.

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Jean-Baptiste Andréa et Sandrine Babu, libraire

Jean-Baptiste Andréa, auteur de Ma Reine publiée chez L’iconoclaste , a su percevoir ce qui avait plu, a compris d’où venait la magie de la soirée. Il m’a envoyé ce mail au lendemain du Prix qui m’a tellement émue que je me suis promis, en tant que Présidente du Prix, d’en faire ma ligne de conduite pour les années à venir, afin d’en garder l’esprit intact.

Chère Agathe,
Merci encore pour la soirée d’hier. Tu as réussi l’exploit de monter en un court laps de temps un événement très réussi. J’ai la réputation d’être assez réfractaire à toute forme d’organisation formelle, tables rondes, exégèse, etc… et la soirée d’hier était à cet égard une vraie bouffée de fraîcheur. Décontractée, joyeuse, des amis réunis autour des livres plutôt que pour écouter des logorrhées.
J’espère que tu sauras préserver, dans les prochaines éditions, cette fraîcheur. Que tu résisteras à la pression de l’institutionnalisation, « d’essayer de faire mieux ». Car tu ne pourras pas faire mieux, c’était parfait comme ça.
Amitiés, 
Jean-Baptiste Andréa

Dans quel état pouvais-je être, autrement que comblée par cette première édition ? Merci à tous , et vivement l’année prochaine !!

Avant de finir en images je vous joins quelques posts Instagram dont la beauté des mots résonnera en moi longtemps tellement ils m’ont fait plaisir !

Le mot d’Hadia

Le mot d’Aurélie

Le mot d’Amandine

Le mot de Mademoiselle do Lit

Et enfin, quelques photos de cette sublime soirée…

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Crédit Photo : ALBIN DURAND @_albin_

De la Bombe

L’interview

Chère Clarisse,

Merci d’avoir répondu positivement à cette petite interview que je ne réserve qu’à mes grands coups de coeur. Pour cette raison et instinctivement car nous avons presque le même âge, j’ai très envie de te tutoyer, (et vice versa). Voici donc la liste de mes questions…

Chère Agathe,

Tes questions sont très pertinentes et leur subtilité me touche d’autant plus qu’elles témoignent de la grande attention que tu as portée  à la lecture du livre – merci. Je ne sais pas si je serai inspirée de la même manière pour chacune d’elles, car certaines sont un peu plus personnelles et risquent peut-être de dévoyer le mystère qui se situe dans  la distance « réalité-fiction ». Mais voyons ce que ça donne, je me lance !

1/ Tout d’abord, bravo. Quel beau premier roman, dont le texte est magnifique et n’a rien à envier à sa couverture accrocheuse. Que ressent-on à 28 ans, lorsqu’on publie dans la collection blanche de Gallimard?

J’en ai encore officiellement 27 et je suis ravie car c’est l’âge supposé des démons karmiques et j’aime l’idée que les miens sont assez bienveillants pour me laisser accomplir mon aspiration la plus profonde (devenir écrivain et être publiée dans une maison si prestigieuse ) au lieu de me pousser vers les dangers irréversibles de la démesure (il me reste encore  un mois pour éviter cet écueil ) .

2/ Comme Ophélie, tu as passé quelques années en Turquie, à Istanbul, pour des études de philosophie. Quel challenge ! La vie là bas à 23 ans n’est-elle pas un peu risquée? 

Quand l’avion s’est posé sur le sol turc, il était exactement minuit et des poussières, je fêtais mes 21 ans et l’éclosion d’une vie nouvelle dans un pays où je n’avais jamais mis les pieds. L’intuition extatique que j’allais adorer Istanbul m’animait, je sentais une sorte de tropisme incroyable pour son histoire, ses lumières, le Bosphore, ses multiples facettes et  ses  paradoxes. C’était en 2010 et c’était alors la « movida », Istanbul rayonnait, elle était sacrée capitale européenne de la Culture et attirait les étudiants, expatriés et visiteurs du monde entier. Son énergie était fascinante. Effervescente, magnétique, elle promettait à chacun une histoire singulière, intense, imprévisible –  et dans mon cas elle a tenu ses promesses.

3/ Ophélie avoue à son amant Sinan écrire un roman. Istanbul est-elle une ville plus inspirante, ou est-ce le voyage en lui-même, qui permet l’évasion et la créativité?

Lorsqu’elle se porte bien, qu’elle rayonne et qu’elle n’est pas brimée (comme c’est le cas aujourd’hui ) , Istanbul dépasse la réalité et la configuration d’une mégalopole. Elle est aussi puissante et mystérieuse qu’un magnifique visage humain qui aurait  beaucoup vécu. Elle est à la fois très incarnée et très spirituelle, elle s’offre à vous par tous les sens et vous échappe en permanence par son étrange versatilité. C’est une ville qui compose en permanence avec les lumières, le soleil, le vent … donc avec l’instant présent, et c’est si rare que c’en est presque magique (en tout cas très émouvant). C’est un sentiment que je n’ai ressenti nulle part en Europe où l’on sent bien plus la permanence de ce qui est, la gravité du temps, le poids du passé, l’inquiétude de l’avenir… A New York par exemple je ressens quelque chose de similaire, de vertigineux et possible à la fois, ce sont des endroits d’une puissance incroyable qui continuent à s’inventer et à se déployer dans le moment présent de mèche avec ceux qui s’y trouvent, peu importe qu’ils soient locaux ou étrangers… Malheureusement ,  aujourd’hui Istanbul ( et la Turquie en général) cristallise cette inquiétude.

4/ Ecrire, est-ce un rêve depuis toujours, ou est-ce venu avec tes études de philosophie?

Je me suis toujours considérée comme une  écrivain et d’ailleurs depuis que j’écris, quand on me demande ce que je fais dans la vie, je réponds sans hésiter « écrivain » . Je  ne pense pas qu’il faille absolument être publié pour se considérer ainsi.  Certaines conditions en revanche  sont   nécessaires  : la passion, l’exigence, l’ambition. On p eut  ajouter l’inspiration, mais c’est une évidence et je considère que ça va de pair avec la passion  ;  l’auto-discipline, très importante, qui est incluse dans l’exigence et la persévérance (voire la ténacité), indissociable de l’ambition.

5/ Rentrons dans le roman… Ophélie la narratrice a posé une bombe dans un hôtel. Peut-on avoir envie de commettre ce geste dans une vie ?

C’est un peu cliché mais je pense que quiconque a de très fortes pulsions de création, doit également composer avec des instincts de destruction… Heureusement, il y a ce qu’on appelle la sublimation, dont procède justement l’écriture d’un roman. La bo mbe a ceci de très particulier que la portée de son symbole est encore plus forte que la portée de son explosion.  Elle a un impact immédiat et relativement archaïque (« BOUM » et tout ce qui accompagne la déflagration) et contient un deuxième souffle, celui qui marque les mémoires.  Norman Mailer en parle très bien  dans Morceaux de Bravoure, il dit  : « La bombe en explosant crée peut-être l’image de toutes les potentialités ainsi anéanties. Il nous faut donc accepter l’idée de la part de beauté dans l’explosion de la bombe ». Il précise que c’est une découverte terrifiante…  En ce qui me concerne, j’ai eu l’envie irrésistible de faire exploser une bombe mais précisément  à travers la fiction .

6/ Ophélie n’est foncièrement pas une terroriste, elle ne réalise pas tout de suite la portée et les dégâts de cette bombe. Elle semble en vouloir à son dernier amant, Sinan, qu’elle a quitté. Quelle est sa relation aux hommes ?

Certes Ophélie joue un peu les ingénues tombées du ciel, mais à moins d’être parfaitement idiote, elle ne peut pas être inconséquente à ce point. Elle se doute bien que le propre d’une bombe c’est exploser et que le propre d’une explosion c’est de faire des dégâts, notamment des morts. C’est aussi sa mauvaise foi existentielle que j’ai trouvé intéressante à travailler, car c’est sa parole contre…. la sienne! Tout le long du roman, il n’y a pas grand monde pour la contredire, tout se passe entre sa conscience et son désir de récit. Toutefois, l’acte de la bombe n’est pas entièrement lié à Sinan . D isons qu’il a exacerbé cet état psychique confus et insoutenable qui suscite les plus grandes pulsions destructrices… Mais une chose est certaine,  Ophélie a besoin de résistance, pour avancer, pour désirer le monde,  et se découvrir elle-même. Et cette résistance, elle la cherche (et la trouve)  notamment à travers les hommes.

7/ Puis vient Derya, une femme de chambre très belle et déterminée, qui apprend à Ophélie à confectionner sa bombe. Son implication reste volontairement floue. Quel est son rôle dans le roman ?

Derya est un peu comme une pierre angulaire, grâce à elle le triangle du désir s’active. Elle représente l’élément du désir refoulé qu’on transgresse, au même titre que la bombe.

8/ Passons à l’enfance d’Ophélie, sa mère l’abandonne pour retrouver son amour en Turquie. Est-ce une des raisons de l’immense solitude qui envahit Ophélie, et de l’attraction pour un homme turc plus âgé ?

Je préfère l’idée que tout ne soit pas si « lisible » ,  procédant de mécanismes de cause à effet qui enferment les individus autant que les personnages fictifs dans des déterminismes abrutissant leur mystère.

9/ La bombe ou la mort de Sinan peuvent-elles vraiment résoudre le problème d’Ophélie?

Si je répondais « oui », je n’aurais pas écrit ce roman, j’aurais certainement déjà posé une bombe quelque part et serais en prison ou bien même déjà morte.

10/ C’est à tes parents que tu dédies ce livre. Pourquoi, pour contrebalancer ceux du roman, inexistants ? Comment les tiens ont-il réagi à la lecture du roman, parfois très érotique ..?

J’aime, j’adore et j’admire mes parents. Ma mère étant morte à 35 ans, je voulais les réunir à travers un acte de création, qui n’était pas le leur mais le mien (mais qui est la continuité du leur).

11/ J’ai lu quelque part que tu habitais désormais Paris. Le retour à la réalité, la France, n’a-t-il pas été trop difficile après 5 ans près du Bosphore ?

La Seine me semble bien étroite et peu vibrante par rapport au Bosphore et Paris bien coquette par rapport à l’impétueuse Istanbul… Mais j’ai eu besoin de retourner dans mon « foyer originel », notamment pour y accomplir mes ambitions mais aussi pour retrouver des gens et des choses fondamentales…

12/ As-tu d’autres projets d’écriture ? Si un jour un nouveau roman paraît, dans quel pays se déroulerait l’histoire ?

J e compte terminer mon deuxième roman cet été, c’est un thriller existentiel qui se  déroule justement à Paris .

13/ Enfin, que signifie globalement ce roman pour toi, que représente-t-il dans ton parcours ?

Il signifie le premier souffle, le premier battement de coeur, les tout premiers d’une longue série. C’est la vie de ma passion intérieure. Je veux que ma carrière d’écrivain soit représentative de mon évolution. Si le premier roman est impétueux, excessif, maladroit… le dernier ne sera sans doute pas comme cela 🙂

 

Le roman

A Istanbul, dans un sublime palais implanté sur les rives du Bosphore, Ophélie vient de déposer une bombe dans une cabine de la piscine. Pourquoi a-t-elle fait cela? Sans lien apparent avec un quelconque réseau terroriste, elle semble plutôt désirer que quelque chose s’arrête, et que le monde aussi, par la même occasion. Elle voudrait marquer une pause peut-être, que son geste l’inscrive dans un court arrêt du monde, afin de créer le spectacle, le chaos dans le Bosphore.

« Que l’on entende BOUM, ou BAM selon la distance -l’espace crée les nuances. »

Dans cet hôtel de luxe, chambre 432, Ophélie avait pris l’habitude d’y rejoindre son amant, Sinan, plus âgé qu’elle, homme d’affaire brillant et toxique, qui ne l’aimait qu’en la rabaissant. Qui est Ophélie, cette jeune femme française immergée en Turquie? Son logement et sa vie matérielle dépend des hommes avec qui elle passe ses nuits, mais on ne sait pas vraiment ce qu’elle y attend, elle semble vouloir y vivre des expériences, et écrit un roman. Un jour, elle tombe en fascination pour la femme de chambre, Derya, belle et déterminée. C’est elle qui l’initie, lui apprend à confectionner une bombe, et Ophélie semble complètement envoûtée par elle, plus que par l’acte en lui-même.

Tu as une bombe en tête. Un détonateur dans le coeur. Tu veux venger tes frères et tes soeurs kurdes. Tu penses que plus on est de fous plus on tue. Mais je ne ferai pas de mal à une mouche, le monde ne m’a jamais concernée, c’est ton regard qui m’obnubile. Il porte un désespoir universel et le potentiel soubresaut du monde.

Après son acte, Ophélie va devoir se cacher, fuir et voyager. Elle traverse la Turquie, fait des rencontres, tout en opérant une rétrospective sur son histoire d’amour avec Sinan. Elle ne suit pas les actualités, son geste n’avait pas de but précis. D’ailleurs, ce livre pose à réfléchir sur les motivations de certains jeunes devenus soudainement partis au Djihad: que veulent-ils la plupart du temps ? Exprimer leur colère, trouver leur identité, changer quelque chose, être écouté, soulager leur propre peine par de la cruauté.
Ophélie fait partie de ces êtres perdus, mais sa motivation semble également prendre source dans la symbolique du geste, la beauté du cataclysme. Ophélie est une esthète désorientée.

Reprends toi Ophélie ! Le chaos est à portée de main, la beauté du néant gît dans ton sac à main.

Ce roman envoûtant nous plonge dans les délices de phrases oniriques et sensuelles, et oscille constamment entre pulsions de vie et pulsions de mort. Eros souvent, quand Ophélie se perd dans la volupté et dans les bras des hommes, voire des femmes, Thanatos parfois, lorsqu’elle dépose la bombe, lorsqu’elle boit à outrance, que sa colère la pousse dans ses retranchements.

Ce roman me laisse l’empreinte d’un tableau esthétique et cruel, une sorte de conte tragique et érotique où la morale cède face aux désirs bruts, aux errances de l’expérimentation.

Mon avis

Pour ma part, la lecture de ce roman s’est apparentée a une jouissance littéraire. Les mots parfaitement choisis et agencés entre eux en font une œuvre sensuelle et poétique qui correspond entièrement à mes aspirations. Difficile de conseiller ce roman à tout le monde, mais plutôt à ceux capables d’apprécier une telle qualité stylistique, et à ceux qui savent se détacher du réalisme pour s’évader et lâcher prise. Ce roman est une métaphore à lui seul, une ode à l’extase romanesque, un fantasme verbal. Après la lecture, il m’a habitée plusieurs jours, m’en détacher était douloureux, car persistait le sentiment de l’avoir lu trop vite, alors que j’avais déjà relu dix fois chaque phrase, j’aurais voulu apprendre par coeur des passages entiers.
Par ailleurs, on sent que l’auteure parvient à se détacher des clichés, qu’elle prend plaisir à écrire et à inventer, et tout son bien-être nous revient en boomerang. Ce roman, bien évidemment vous vous en doutiez, c’est de la bombe…

Le signe astrologique du roman

Lion, pour ce roman emprunt d’une grande vitalité mais aussi de mort. Pour la grandeur de l’écriture aussi, on mettrait bien une grande crinière flamboyante en ornement de la couverture, avec le palais somptueux baroque en fond. Il est impossible d’ignorer le Lion, qui donne à se mettre en spectacle, comme cette bombe qui explose. Le lion est un signe de feu, et c’est l’élément qui correspond au livre, le feu pour l’énergie, pour la lumière, pour la guerre.
Et puis il y a le personnage de Sinan, tellement égoïste et impétueux, qui veut tout posséder, Istanbul et ses habitant(e)s. Sinan, en se mettant constamment au-dessus des autres, représente parfaitement le côté sombre du signe.

L’auteur (source Babelio)

« Clarisse Gorokhoff est née en 1989 et a vécu plus de cinq années à Istanbul où elle a notamment achevé son master de philosophie puis créé une foire d’art contemporain abordable. Sa démarche d’écriture la pousse à s’intéresser aux paradoxes qui façonnent nos manières d’être -à la fois triviales et bouleversantes- qui forgent la société de nos jours. »

Extraits et citations du roman

Il est minuit passé. Il reste deux centilitres de raki dans la bouteille et le ciel est empli d’étoiles fixes. La terrasse tangue et, dans l’obscurité, le Bosphore gondole à nos pieds. L’air est léger, il arme nos rires enfantins d’une note de confiance. Cette nuit, rien ne peut se dresser contre nos volontés. La vie est éphémère, la nuit est éternelle, fonçons ! — c’est la vie baroque, le désespoir sublimé.

Tout cri dans la nuit est une menace pour la vie.

On m’a souvent reproché l’état secondaire dans lequel je me trouve quand j’ai bu… Mais c’est quand je suis sobre que je suis véritablement hors de moi : une créature hermétique à toute chose, étrangère à tout le monde, que rien ni personne m’émeut, qui se situe entre la folie et la mort.